MŒURS, CS4CES, SUPERSTITIONS, ETC
s'asseoir en raog sur le parapet. Tous les cantons voisins sont représentes dans celte fête. Tons ces groupes animés , riants et parés , présentent , au milieu de la campagne qui les environne, un spectacle charmant. D'un çdlé la coulée de Pen-hoat s'étend toute bordée de saules, de cbèvre-feuilics et de houblons sauvages ; de l'autre étincelle la mer resserrée comme un lac entre de nombreux coteaux couverts de bruyères, tandis que plus bas apparaît le bourg couvert de chaume, pauvre et joyeux comme un mendiant de Cornouaille. Les mille costumes des jeunes filles assises sur le pont se reflettentdansles eaux tranquilles de la baie, et au loin, «ut les grèves , le son du bigniou appelle à la danse.
Bientôt les jeunes gens arrivent accompagnés de leurs parens; ils passent gravement au milieu du pont, regardant à droite, à gauche, et cherchant dans cette double haie de visages celui qui lui fera quelques douces promesses et éveillera une sympathie dans leurs cœurs. Lorsqu'une jeuue 01 le a filé leurs regards, ils s'avancent vers elle, la prennent par la main , la font descendre de son siège de pierre. Quelques saints et quelques eomplimens sont échangés; le jeune homme offre des fruits à sa préférée , qui reste immobile devant lui , roulant les rubans de son tablier. Pendant ce temps, les parens des deux jeunes gens se sont abordés; ils s'interrogent réciproquement, et si l'union de leurs enfans leur sourit , ils se frappent dans la main. Ce signe est nnc sorte de fiançailles et est ordinairement suivi peu après du mariage.
Ajoutons pour être vrai et complet que cette coutume antique a bien perdu de sa poésie/ Il est rare de nos jours que le jeune homme venant au pont de Penzé obéisse à son inspiration en choisissant une des jeunes filles assises sur le parapet ; le plus souvent il a pris d'avance ses informations sur l'une d'elles ; il s'est enquis de sa fortune , de ses espérances , et la réunion annuelle n'est pour lui qu'une occasion de faire connaître ses prétentions à la main de celle qu'il a déjà marquée dans ses pensées pour la moitié de sa maison ( anter tjreguez ).
Mais tous ces moyens d'union , comme nous f avons dit plus haut, tombent en désuétude. La plupart des jeunes gens et des jeunes filles se marient par convenance d'intérêt ou par inclination , après s'être rencontrés dans les pardons
et les danses , s'être fait la cour pendant plusieurs années, et avoir eu de longues conversations aernere lu pignon uc ia maisuu. ifu reste, us se font habituellement la cour sans honte , et ne s'en cachent point. Dans les pardons et dans les assemblées du dimanche, il est facile de recèle à côte, se tenant par le petit doigt et balançant leurs bras comme le pendule d'une horloge. Mille autres privautés révèlent d'ailleurs l'espèce d'union anticipée qui existe entre les deux jeunes gens. Ainsi, pendant les jours d'été, on les trouve souvent au coin d'un fossé mangeant ensemble des iabaes noires ( mérises ) dans le chapeau du garçon , ou bien partageant un pain blanc qu'ils ont acheté au village. Parfois la jeune tille ramasse dans sa poche des noix que le jeune homme fait tous ses efforts pour lui arracher. Rien n'est épargné dans cette lutte amoureuse, ni les bourrades, ni les tiraillement ni les coups de poings loyalement appliqués au milieu du dos : on juge habituellement dn degré d'affection que se portent les deux combattais par la vigueur des gourmades qu'ils se distribuent. Ces agaceries ont d'ailleurs un but, et si les noix finissent par être saisies dans la poche de la jeune fille, on doit penser que l'époque do mariage n'est pas loin et qu'elle ne tardera pas à abandonner à son vainqueur un prix plus doux. Cet usage est celtique , et les noix sont un emblème : nous laissons aux lecteurs le soin d'eu deviner le sens.
Dans la Cornouaille , les amans font présent a leur maîtresse , pour les pardons, de . badines de noisetier dont l'écorne , délicatement sculptée avec la pointe du couteau et enlevée à demi ou eotièremeut, formé de gracieuses arabesques blanches, brunes et vert tendre.
Cambry décrit les cérémonies qui accompagnaient le mariage et l'intervention des ri meurs dans ces circonstances : nous ne répéterons pas ici ce qu'il dit Une fois la noce fixée , les invitations sont finies à plusieurs centaines de
chaque invité apporte un cadeau^ et alors le grand nombre des invitations devient une spéculation lucrative pour les époux.
Parmi toutes les noces dn pays auxquelles nous avons assisté, nous en choisirons une au
MOXRS , I4XCCJ, SCTinSTITinVS, ETC.
lieue» de Itr**fct. Il immenses tentes avaient été
.Ir.-xiV^ dan* on champ | r n-< ev.ur l.-s convives.
Vu moment ou nous entrâmes tout cette salle itii|.t.i» .m plein jir. iinus ne pûmes retenir nue expression de sin prise et presque d'rponvaiile. lie longues tailla avairnl élé dressées eu tout ww. etcinqeeuts .ouverts \ ëtaient disposés A la «rril^r* rouvert était simple comme celui de premier» |>errs : il »e composait pour chacun d'un»» assiette, d'un Trrre et d'une cuiller de bouL Le commencement du repas fui câline «*t prr*que silencieux. La soupe fui distribuée et mangée a la gamelle rnmmunr |»ar chaque groupe , «ou» avidité et avec celte leuieur prvlenlieuv habituelle au pavsau breton quand le repas conmeocc Ma» bientôt les plat* de tripe» succédèrent ; les cuisinier» et le. scrvau» faisaient I. t.. m |*aj table» portant le met favori dan» leurs immenses tabliers et en laissant tomber une poignée dans chaque plat vide qui frappait leurs yeux* Le vin bleu coulait dan> les verres de noce» , espèce de godets île lampe ipu m- ivuvcrvul au moindre ■ li>< ; les graves ligures des pavs.ms cuimneuc.aieut a « animer , les mains calleuses s'avançaient plu» souvent vers le plat (tour y saisir, entre le pouce et l'index, b? met délicieui ; quelques bouteilles renversées coulaient a dot» parmi les viandes fumantes, mm arrêter I avidité des convives. lr> dm^l» »uint.ml uue graisse à demi ligee > imprimaient plus trequcinmeut >ur 1rs verre» vides »aiis te-v et «..ins ces.se remplis. Kntiii le second servie* arriva : il se composait de bu-uf houlli seni dans l« > m< nie» gamelle» ou la soupe avait défi été mangée. Puis vint le far de blé noir , dont les masse» roui pacte* et grisâtres s élevaient et disparaissaient magiquement devant chaque invité. — Ici il y eut un instant de lelj. h.-, ur les eslouui-s les plus mliepide» couiuien.aieul a défaillir de lassilmle l.es | ip. fureul allumée» pour haler la digestion , et bieutol les tables disparurent dan» uu nuage de fumée. Quelques vieillards et quelques jeu nt geas , trahi» par lage ou peu habitas» à ces fctliit* bomrnques , furent forcés de quitter la table , nuis il» y reparureut bieulol plus légers et plus avides que jamais. Alors ou servit le beeuf rôti au four et le ur de froment. Les tètes éUieul déjà echiultèai ; 1 orgie devint complète, mou*~
MM cotés MB tablier* chargés de bouteilles, de viande» ou de far. C'était sur la table une pluie de vin. de bœuf et de hrouet blanc, l-es bouches ne désemptismieat pis* ; les deux maint étaient employées; les yeux des comités roulsseat égarés de soffocatioo et d'ivresse; leurs doigts défaillan» v rri»|Mieiil sur les mets, leurs estomacs écrases M contractaient en horribles hoquets , et , malgré tout . leur vorac île tenace luttait contre 1rs viande» rl le far qui les inondaient. — llepuis
trois heures il» buvaient , ils mangeaient sans interruption, et nul n'avait encore abandonné le festin. Les giMsitx furent en lin apportés. C'étaient •le Ioiik» pains leriueut.s au levaiu «b* bierre. et au milieu desquels s élevaient trots pruneaux
croule coriace. Les loorlea faites d'une même paie étaient en outre frottérs d une grosse cea- Hture aigre-douce dans laquelle dominait un arriere-gout de miel. Ce fut la lin du repas. I es cinq reulseoim».-» ... levèrent . lui). .1 ans , <|r-
rouviirent leur* léiet , et vieillard répéta à haute voix le» grâces , auxquelles la foule répondit par un amen prolongé.
Alors se firent entendre les cadences uarillarde* des ménétriers. Tout le monde te rendit a l'aire, où l'orchestre attendait sur quelque, barriques vides. La danse commença.
El c'était une tlause avoir! une clause chancelante entremêlée de rugisse mens de mie et de hoquet* d iv rognes. Les danseur» la pipe à la bouche , les femmes les yeux baissés , niais les jouet empourpré», tournaient , tournaient toujours* et le mouveinent de cette espèce de ronde interrompue par un saut de carpe devenait de plu» en plus rapide
t epemlant les,„r vint, le higui e t,u, et Ion
songea au couclter de la mariée. La |eorae femme fut dépouillée de ses vètemeos du jour et parut tout en blanc Ni coifle de noces lui fut laissrv , . ..i b lendemain . Ile d< «ail rep itailr.- sur s., tri* sans froiwemeiil ui.li- rel . aussi blanche et aussi pore. Le» parens et la tille d honneur placèrent ensuite la jeune tille dan* un lit clos , espèce de buflet eu bois de chêne , noirci par I âge et artislemenl découpé eu ogives capricieuse». Fuis liai le marie , . paiement vétu ca bisac, et le ballant a piur du lit fut tiré dans sa coulisse. Ce fut un moment sol. uuel et tnUe ; tou» M fiouls sr chcouvrirent , et le plos ancien de la famille chaula