DANS
«J'avais pris envers moi-même , dès ma
première jeunesse, rengagement de parcourir f Orient. Cette volonté qui maîtrisé les circons* tances , fit naître eniin i occasion que je cherchais depuis si long-temps d'accomplir mon vœu le plus vif y et décida mon départ. J en pressai Tépoque de tout mon pouvoir : il eut été dérai* sonnabie d'entreprendre plus tard une course aventureuse et pénible. Une multitude d'idées . sages, prévoyantes 9 s opposaient tellement à Fexécution de, ce projet, que je n'osai la soumettre au jugement de personne. Mon plan, tei que je le concevais , n'aurait pas tenu contre le moindre argument de ia raison et de f amitié ; je
ne me serais pas senti le courage de prendre la défense du rêve de mes plus belles années.
âuand les inconvéniens de ce voyage se présentaient à mon esprit avec plus de force et de vraisemblance, je confiais mon avenir au hasard , sans varier dans mon projet. Cependant, au milieu du trouble de mes pensées, dominé par mon serment , je me plaignais sou* vent intérieurement de ma propre résolution, comme on le ferait d'un ordre injuste et absolu.
Je traversai rapidement la France. Le retard de la frégate la Cléopatre me retint pendant quelques jours à Marseille. Les bontés du Roi, qui daignait autoriser ce voyage et en proté* ger Texécntion , m'avaient permis de prendre mon passage sur ce bâtiment , Tua de ceux qui formaient la division du Levant.
M. Huyot, architecte habile, aussi estimable par son caractère que par son talent, voulut bien s associer à moi. M. Prévost, si connu par ses beaux panoramas , et -son neveu , M. Cochereau , jeune artiste de la plus haute espéranee, dont on avait déjà atfaniré au Salon un ouvrage charmant, faisaient le même voyage.
On devait se réunir à Marseille, oii M. fabbé
de. ForbiiKlanson , mon cousin , vint nous rejoindre. Nous allions ainsi chercher ensenîbie le tombeau de Périclès et les ruines de la superbe Tyr : nous nous sommes rencontres plus tard sous les voûtes de Westminster , devant l'épi*» taphe de Newton, devant celle de W. Pitt* Après nous être assis sur les débris de i'Aréo* page , nous avons entendu, dans la chambre des communes d'Angleterre , déplorer les malheurs d'une ville grecque , de cette Parga qui vient de voir ses courageux habitans abandonner leurs remparts , et n'emporter dans i'exii que les osse-^ mens de leurs pères.
La division navale dont la frégate la Cleo* pâtre fiiisait partie , se composât en outre de la corvette l'Espérance, des gabares la SurveUlanU et (Active, et du briek le Lézard* Cette division était CQmmandée par M. Haigan » officier Sun rare mérite , qui joint à une ins* truction profonde et variée le cœui* le plus noblement français* Je devrais, à chaque page, payer un tribut de reconnaissance , à ses excellentes manières, à ses procédés aimables pour nous. 11 serait difficile de rencontrer unes féunioa d'officiers plus distingués que ceux
Oigitized
qui commandaient ces divers bàtimens ; jai sui^tout à me louer dé Tobligeance qu'ils n*ont cessé de me témoigneiv
On était mouillé en grande rade de Toulon , du 21 au 22 août 1817 : le 22, à quatre heures et demie' du soir, après un orage, les vents se fixèrent au nord-ouest , et le commandant Hal? gan ordonna d appareiller. La division se di« rigea, sous petites voiles , dans le sud; elle était à cinq heures entre Fîle de Porquerolles et le cap Sicié. On aperçut, dans laprès-midi dulendciuain, l'île de Sardaigne, celle de Saint- Pierre, et le rocher nommé le Taureau , dont nous étions éloignés denviron vingt milles. Du â3 au 24^ à quatre heures après midi, nous vîmes la terre dans le sud : c'était Tîle de Galetta. La mer était belle, et la division naviguait dans l'ordre de marche, sur une ligne de convoi , la frégate en tête. Le 25 , nous étions tout- à- fait en vue de la côte d'Afrique , courant bord sur bord. On signala le fort de Biserte , le rocher Lécanis , et enfin le cap Zibis, qui se montrait au' sud-ouest.
Labbé de Janson célébra la jnesse sur le gaillard d'arrière ; rétat-nmjor et l'équipage y
assistèrent : un coup de canon avertit les bitimens de ia division au moment de ia consécration.
Ce jour-là même , fa frégate salua de vingt-un coups de canon et des cris de vive le Roi le rivage où S. Louis rendit à Dieu sa grande ame. Ce noble souvenir frappa tout 1 équipage ; quel rapprochement, en eiiët, quel spectacle, que celui de ce désert qui fut jadis témoin du deuil des lis , et qui conserve encore aujourd'hui les ruines de Carthage !
Le 26 , les vents , devenant contraires , noua obligèrent de courir des bordées dans ia baie de Tunis. Le 27, nous étions en vue de la Pautalarie, courant bord sur bord pour nous élever au vent, U devint plus favorable le 28. Le 29, une forte brise du nord-nord-cst fit souffrir quelques avaries à la corvette tEspé'rànce. Nous aperçûmes ia terre de ia Moréc, les montagnes de Navarin , le cap Gallo et l'ile de Sapiçnza. Le 30 août, les vents nous sei^ virent pour donner dans le détroit entre l'ile^ de Cerigo, Tancienne Cythère , et File de Cervi. Dès les premiers jours de notre navigation , M. Cocliereau avait été atteint d'une maiadio
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dont ia malignité se communiqua bientôt à une
pai tie de l'équipage. Cestle30 août que ce jeune homme mourut en poussant des cris déchirans, et au milieu d'un délire et de convulsions si effroyables , que les chirurgiens disaient n*en avoir jamais vu de pareils. Il avait entrepris ce voyage plein de foie et d*ardeur : hélas ! le terme devait en être bien court. Nous vîmes jeter à la mer , près des côtes de Cerigo , le corps de cet infortuné : c est là qu'il fut , selon l'expression anglaise, lancé dans rétemité. M. Pl^vost né sentit plus vivement cette perte cruelle que parce qu il connaissait mieux que nous encore toutes les qualités de son neveu» Ses regrets font suivi par-tout sans l'abattre , sans nuire à ses. travaux; et cette douleur si vraie me fa rendu bien plus intéressant , parce qu elle donnait aussi la mesure de son courage.
La division louvoya entre Cerigo et la Morée , pour sortir du canal et se diriger sur Milo. Le 31, à sept heures du soir, le cap S«aint-Ange noiis restait au nord , à deux milles de distance. Du 1." au 2 septembre, on approcha idu mouiHage de Milo. La corvette fran- Çtti^ Ae Zéphyr, faisant pai tie de la station du
levant qui élevait être relevée, et qui nous
attendait depuis quelques jours, vint reconpaître ia division; nous apprtmea que là peste se répandait dans rArcIiipel, et quelle s était manifestée à Smyrne.
L*ancre fut jetéç dans la baie de Milo , à, sept heures et demie du soir* Le temps était orageu}^ : on ût des dispositions poui* la sùf eté des navires pendant ia nuit.
Unp longue manoeuvre d^u^s la baie de Milo,.
fancienne àiehs, nous inontrafile.sous tous ses aupect^. pilote qui vint guider la frégate , était le premier Grec qui s'ofirait à ma vue. Mon ima» ginatipu s empara de son origine; je cherchais à la reconnaître dans la gravité de ses ' traits et dans l'harmonie de son- langage. Il mac^ eompagna le lendemain. Le jour paraissait A pein^e, que je gravissais une montagne élevéer nommée Mavrmttieho , couronnée par un petit monastère dédié au prophète Ëhe [stounaEUaj.
B n'est habité que par un pauvre caloyer , qui m oiTrit des figues » du pain et du fromage. .Die la porte de cet ermitage, on découvrait tout l'archipel de la Grèce : une mer d'un bleu éclatant , dont nuances allaient en s*adoucissant
8 Voyage dans Lis levatït.
jusqu'à Fhorizon, envdopput toutes ces Mes
fameuses. Près de nous était l'Argentière ; plus près encore » dans Tlle de Miio même , je voyais à mes pieds le bourg de Castrr, et les ruines d'un théâtre de marbre bianc, qui se dessinait au milieu d'une forêt de cyprès. J'apercevais sur le rivage, auprès des sépultures anciennes, les ruines de Milo, ville toute vénitienne, dont les clochers, les dômes, semblaient n'être plus soutenus que par des palmiers. Ces aibres percent l'enceinte des églises; leurs radnes s étendent dans les sépulcres , et leurs tètes do^ minent ^égamment cés chapiteaux corinthiens , qui en sont une faible image. Ces bosquets, si pittoresquement placés parmi ces vestiges , ont eu le temps de croître depuis lepoque de lahandon de cette ville , jadis si riante , au jounfhui si malsaine et presque entièrement oubliée.
Tous les habitans se sont retirés dans le bourg de Castri, placé sur une colline très-élevée; on y compte de deux à trois mille ames. J' ai trouvé de l'industrie chez ces Grecs, et de la propreté dans leurs petites maisons blanches terminées par une plate*forme. De jeunes filles travaillaient en chantant sur ces terrasses, et lançaient des
regàrcts trè»-ezpreftsi& dans les rues montuenses
et rapides , que les jeunes Grecs parcourent avec une agilité surprenante.
Je voulais passer de Milo à l'Argentière. Ces -deux lies se touchent, pour ainsi dire^ un point que nous allâmes chercher à travers les campagnes incultes. Plusieurs vallées peu profondes portent tous les caractères volcaniques. Quelques ceps de vigne assez rares étaient chargés de raisins exquis. Enfin, au bout de deux heures de marche, nous atteignîmes une petite anse. On reçut, dans le bateau qui nous, porta, quelques habitans de Milo, presque tous minés par la fièvre. Le trajet de Milo à fArgentière me parut être environ Jun mille.
L'ile de TArgentière a long-temps appartenu aux Vénitiens. Le misérable bourg où le viceconsul de France nous reçut , a été construit par eux; il a Tair d'un grand hôpital délabré, fermé par des portes crénelées. On . pouvait aisément, derrière des monceaux de ruines, braver les attaques des corsaires barbaresques; mais aucun rempart netait assez fort pour protéger les habitans de fArgentière contre ces .flibustiers français du xvil/ siècle, dont le
10 VOYAGE OAm IX LEVANT;
nom fidt encore trembler les iles et les cAtes du
Levant.
Spiro Franco Poulo , à la téte de cinquante . hommes, avait jeté la désolation , peu de mois anpaisvant, parmi les habitans de l'Argentièré.
11 en avait enlevé de jeunes filles ; le vice-consul de France ne lui échappa que par la fuite , et sa fenune faillit être victime de la brutalité féroce de ce chef de Maînotes. Cet homme fiit pris enfin; je le trouvai enchaîné sur la corvette
. V Espérance. On le ramenait alors de Toulon , dont le tribunal ne s'était pas cru autorisé à prononcer sur mn sort. Spiro s'évada plus tard de Smyrne ; il est à craindre que sa liberté ne devienne une seconde fois funeste à cette population de TArgentière , la plus belle et la plus pauvre de la Grèce.
f Un Grec , agent du capitan pacha^ et qui était logé chez. le vice-consul de France, venait exi< ger le kharadj. Traité respectueusement par févéque, H lui faisait garnir sa pipe; et le prélat la lui présratait ensuite avec une soumission hypocrite , aussi plaisante que riinportance du trésorier.
Les habitans de Milo et de TArgentière
8'aperçoîvent piiift tristement , une fois par an , de
la tyrannie des Turcs, qui souventaussi chargent un subalterne, un Grec des bureaux de Const tantinople ( comme celui qui dépouillait, alors f Argentière ) , de recow^rer Yîmpàî , et de juger les procès qui divisent les b^kbitaos; ce quil &it avec une promptitude égale à son igao« rance. La justice expéditive de ce commissaire pourrait être impartiaie ; mais, mise à Ten* chère 9 elle accable le iaible et le pauvre , plus souvent que si les arrêts étaient prononcés même par lin cadi. L'ile est gouvernée par des primats : ce sont les chefs des plus anciennes familles , les plus riches propriétaires , qui exercent cette magistrature pendant une année ou deux.
Le théâtre de Milo avait été découvert par M. te baron Haller de Munich, qui vient de mourir dans la Morée, victime de son zciepour letude et la recherche des monumens. «Tai rarement rencontré autant de modestie et un talent aussi éclairé. Ce savant artiste doitlaisser bien des regrets en Bavière- Toute k famille du vioe-consui cherchait àr nous bien traiter. La jeuiie femme, élevée à
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Constantinople , avait suivi son mari dans ce triste lieu, où , peu de mois après leur arrivée , Franco Ponio pilla ieur maison et menaça leur vie. Us habitaient une des meilleures masures de i'Argentière; 'c'étaient quatre murailles lézardées, grossièrement reblanchies, meublées de Imncs et de tables vermoulus. Toute la popu* iation se pressait à la porte pour nous regarder. On nous servit de mauvais pain , des fruits , et du vin passable. Le vicen^onsul et sa iamille avaient un si vif désir de nous bien recevoir, que je fus d'autant plus touché de leur position : ce jeune' ménage ne trouvait de consolation que dans une union qui Jut long-temps con-> trariée.
Le sol de FArgentière porte des empreintes
volcaniques , ainsi que celui de Milo. On marche sur .des scories , des pierres ponces, et sur cette terre blanchâtre appelée cimolie , dont les anciens fiûsaient un grand usage : -die est douce ,
grasse et savonneuse.
. Je .quittai bien vite ce triste séjour, dont les habitans me poursuivaient en me demandant tumultueusement Faumène. Deux piastres fortes , partagées entre eux , me valurent des bénédic"»
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lions saiis nombre. Je descendis au port par des ravÎDS ]H^onds et de; couleur de soufre; une barque nous ramena à Miio. La nuit était superbe. Nous suivions cette câte escarpée, dont les rochers, d'une forme bizarre, semblaient autant de géans armés pour la défense du rivager. Le vçnt de terre nous apportait tantôt des exlialaisons sulfureuses, tantôt i odeur de i'oranger ^ du sureau et de toutes les plantes balsamiques dont fiie de Miio est couverte.
J acquis , le lendemain , deux fragmens assez beaux de deux statues de femmes.- Depuis mon départ , on a fait des fouilles très-fructueuses à - Miio. M. Montagniès , lieutenant de vaisseau, commandant l'Active, trouva, dans un tombeau , un casque de bronze doré de la ' plus belle, conservation , une urne contenant des céndres , deux petites chaînes d'or et plusieurs autres objets, qui! voulut bien céder pour le Musée royal.
Un accident très-malheureux marqua notre sé^ur à Miio. M. Huyot , qui était venu avec moi mesurer le théâtre et visiter TArgentière, se casàa la |ambe le surlendemain de notre arrivéew Cet accident fut suivi de circonstances
très-fàcheuses. M. Huyot est demeuré six moii sur un lit, après avoir souffert des douleurs intolérables , occasionnées par un traitement incomplet , autant que par ia gravité de la fracture. Nous nous décidâmes à ie faire conduire à Smyrne , où tous les soins de l'hospitalité ia< plus touchante lui furent prodigués pai* les reli* gieux missionnaires de cette ville.
Ce triste événement me fut sensible sous tous les rapports. M. Huyot est plein d'instruction et d'Iiabileté : un architecte aussi distingué meut été d'un grand secours à Athènes. Je re^ seul avec M. Prévost, qui ne voyait plus cet Orient, qu'il était venu chercher avec tant d'enthou* siasme, qua travers ie voile de ia plus juste et de la plus profondé tristesse.
Il est temps de redire à ceux qui pensent trouver dans cet ouvrage des lumières nouvelles sur les pays que j'ai parcourus , que je a ai jamais eu la prétention d'éclairer lesT autres; je me suis seulement proposé de les intéresser peut-être par quelques dessins exacts, par quelques vues naïves. Le texte suffira, j'espère, pour exptit]uer les gravures , et donner , pour ainsi dire , en. margé, les indications nécessaires pour en
VOYAGB DANS LB LEVANT. It
V faciliter Imtelligence. Ma narration a besoin de mes dessins; et, malgré l'appui qu'ib se préte«> ront mutueiiemeut et tout ce que mes croquis ont gagné à être traduits par les artistes les plus habiles, je dois redouter le jugement que ion portera de l'ensemble de cet ouvrage.
Que reste-t-ii à dire de la Grèce , de ia Syrie ^ de f Egypte , après Spon, Wheier, Toumefort, Guys, Choiseul - Gk>ufBer , Stuart, Chandleri Leroy , Volney, Châteaubriand , Denon , et Tad^ mirabie ouvrage de l'Institut d'Ëgypte? Tout a été présenté , par de savans voyageurs , sous ies aspects les plus divers et les plus remarquables* Cependant quelques-uns d'entre eux ont négligé d'ajouter des dessins à leur ouvrage. Je désire que Ton veuille bien considérer mon travail tomme un atlas qui peut présenter aux yeux une image des vastes tableaux que ces écrivains offrent à nos méditations.
- Je quittai avec peine M, Huyot j il demeura sur la frégate 4a Gléopatfe, qui fiiisait voHe pour Smyrne , et je partis pour Atliènes , sur le brick le Lézard, commandé par M. de Na<* vailles. Un jeune volontaire , M. Linant , avait ^iibté la fr^te> et suivait M. Prévost pour
Taidcr daiis ses opérations. M. i abbé de Janson 5 embarqua avec nous.
On mit à la voile le 4 septembre, à sept .
heures et demie du matin ; mais notre bâtiment se trouva en calme à peu de distance de Tile déserte d'Anti-Miio. Il y demeura jusqu'au lendemain matin ; à une heure après midi , un vent frais du sud-est ie porta sur file d^Egine. Nous mimes alors en travers; le cici était noir, et l'on ne distinguait la côte et les formes des mon* tagnes qua la lueur des éclairs. Le tonnerre gronda toute la nuit sur la ville de Minerve. On pouvait craindre une bourrasque ; la mer fut cependant assez tranquille. Le lendemain 6 septembre, nous entrâmes dans le port Pirée. Le rivage est sablonneux, ensuite noirâtre, argileux, couvert de petites ruines, au milieu desquelles s'élève la maison du douanier turc
Au lieu d'envoyer chercher des chevaui;»
nous partîmes en toute hâte. On monte d'abord . une petite colline aride ; on descend, ensuite dans une plaine riante, plantée d'oliviers et traversée par les restes de la grande muraille de Thémistocle. Une forêt très- serrée, très -épaisse , d'oliviers de fâge de Péridès, ,
couvrait des vignes dont les rameaux s'entrekçaie&t dans les branches de ces arbres , vieux témoins des plus glorieux triomphes. La culture de TAttique me rappelait celle du midi de lltalie. Nous marchions cependant rapide-ment vers une faauteur d'où Ton peut aper* cevoir Athènes; nous en approchions : le cœur ' me battait avec une violence extraordinaire. Je la vis enfin, cette ville sacrée, ce temple de la liberté, de la gloire, des. arts. UAcropoUs se détachait sur un nuage sombre, reste des orages de. la veille; le soleil frappait vivement ces masses de marbre blanc ^ dont la couleur est demeurée si pure au. miliisu Âe toutes les constructions des âges barbares. .Ces vieilles murailles qui entourent les Propylées , semblent se confondre ^tre elles pour augmenter leclat du peu qui reste dés cbefs-d'cravre dlctinus et de Phidias. Le temple de Thésée se découvrit ensuile à nous : jplus loia, sur la droite , pai;aissaîeat le Pnjfx, colliae du Musée , TAréo-. page, le monumeiit Hiilopape, et, sur la gMicbe, le mont Ancbesme , pour achever ce tstbleau , qui semblait réaliser en quelque sortè une composition aussi mâle que les plus beaux
tK VX)YAGB DAliS L£ LEVANT..
paysages lév^.pairié P&usski. Aucun atobre m céjouit la Tue ; une demi^lieue (L'un tecrain ro^ eaiHeux:, inégal, aride, sépare ia.vilk.de»ee*bQi» dlolhrie», qui nest pas^sans quelque charme^ sur-tout pour un homme né dans lie midi dé la' Francei AiréÉé^sans. pouvoir. pro£ârer une pa«^ rôle , c&acun de nous cherchait TAthènes modèror .: sesi minaret», nou» b. firent: déao>uviw;- Elle eaii enfiormée par de petites murailles, dont Ira postes*, peiivient; être comparées! à celles dM
plus mauvaises- fermes des environs de Paris. On k trouve' jnodestemenl: aasîfae'.aui bas* de ÏAhrô^ foli^, silencieuse comme Icsclavage, honteuse de ses fetrs et dë sia misère. ^ • passai par des rues étroites et par le geand: baz^ir pdur me rendce ebea ¥mv^v Sa retraite est celle dun sage ,> embellie par lé goût; H . est entouré de débna- de« l^aneîenné Athènesi^ on s'assied cliez lui sur des- tron« çoos.ife- coloonesTy suv<-^6B:'c|ifq)Heanx; cm<eM> abrité pjar des. tuiles antiques. Des tombeaux;^^ dès'imcrfpti0ii$., jrc^jfieilentrder.toatesr parts mr voyageur les noms» les entreprises^, lestregret^, dé ceux qui. tt mm inià'mmL oetlel vie înquiAtf et' agitée. , .
Diyitizea by ^OOglc
V6YAGB miig^ LE iXYXmf. t9r
Je ne trouvai pas M. Fauvei ; mm^ A revint
peu de temps après , et je reçUs de l'ai raccueiP ïè- pluft anliabie: Noufi; passâimes en i'evtie tbafe^' ffcs richesses. H voulut qiïe je logca^ chcz lui ; ét tioti^ ilous' sommet rareméilt quittés {iendant
le séjour que j'ai fait à Athènes. Que ne puis-je
avérer iriés leeteiirs' ttu plaitir qoe" fépi'ouviiis'
à parcourir avec M. FauVel ces nohiés^ ruines qu'il iutërrbg'e depuis^ trleute* adsf ! Oii piiisé de
i^instructiôn jusque dans ses doutes.
M. Ffluvd , qui me parut âgé de ^oiiaûiiiti^
cinq ans environ, venait d'être fort malade. La' vhractié, fatticiâteûié dé ^ti esprit, (ùûitkMfëët dimentetit' ia discussion ; il i'auratt méùie soutefitte' aVécr âvautîige sdtitf le portiqbé éélèhr^ éôtïi sou imiigiiiatiori relève lés vestij^és. ' ^ dtt imibon' efct pbccéé* éùite lesr ruiiiési tfé' h: bibliothèque des Ptoiémées et le temple da' TBéiîéë/As(ài!^surÀ'tëttiteàé', lious énteiidibfis, iè soir, ia musique discordante des esclaves e^gyptiens, qtif SÊf rëirtiîteelit pai^fà pôlii* oif-* IHier leur servitude ; ils forment dé^ dàlises liu-* Ifienii^ W fe Ôett mmë-dî dé bVftfanteV •
théories célébraient jadis la. féte du fpadateur tfÀtfiètter.
Nos premiers pas se dirigèrent vers le temple de Minerve et les Propylées; nous y montâmes i^veç empressement : j étais troublé , je voulais Umi admirer à-Ia-fois. Jaurais baisé ces marbres yénérables , s'ils n avaient pas été couverts des noms obscurs de tous les voyageurs qui sont venus visiter Athènes depuis plusieurs sièclès.
On parle plus bas au milieu de ces ruines sacrées. L echo , que nous respections , redit autrefois les chants rivaux et célèbres des tribus* Acamantide, Hippothoontide : cest là quelles chantèrent les victoires de Thésée sur le mont d'Homoié ou dans les plaines du Thermodon.
Nous avançâmes lentement au m3ieu .d*un amas de colonnes renversées , de frises brisées , |usqifà Tendroit où devait être la statue de, Minerve; elle est ren^placée par une petite mosquée.
Cette grande destruction nest pas fouvragO' des siècles : leur empreinte.ne parait nulle part;, f éclat des marbres, la pureté des angles, la justesse des assises, tout se réunit -pour absoudre le temps et pour accuser ia main barbare des, hommes.
Je suis allé souvent m*asseoir, au soleil levant, .
VOYAGE DANS LE LEVANT. , Si
sur les^ sommets des murailles de marbre. du Pàrthénon.
Montra-mot eetto MhhoM
Où m^itéit Platon , où tonnait IMmottbinot.
Qoe do ebarmet oneor dana Mi mtoi flétrial Hélas! ii tempa allait consumer ces débris.
DfiLILUE.
De là je planais sur C6 théAtr6 immense des pompes I des dissensions et des combats des peuples de PAttique ; |*en évoquais lès souvenirs : tout s animait; la. mer se couvrait de flottes victorieuses ; des chants de triomphe se répétaient le long des rivages de Phalère et de Munychie; Egine, Sa!amine,y répondaient. Je voyais Mégare tressaillir dans son vieux cercueil; Eleusis se couronnait de fleurs et depis, et Torgueifleuise Corinthe essayait de secouer la poussière de son front jadis chargé d'or.
Le Pnyx semble encore attendre cette foule tumultueuse et frivole , cette multitude aussi agitée que les flots de la mer; je croyais entendre jusqu'aux louanges que lui prodiguaient ses orateurs : mais ces jours de gloire, ces grands débats , ces cruelles proscriptions , toutes les passions, filles de la liberté sont devenues
99 XOXAGJE. IM,N$ W-V^T-
piyettes cotpipe les xcmdcef et Uss ^nyiive»
mentouraieut.
Le réveH de rhomme est triste : quand je sortais de mes iouLg^ues réve^i^., .jçiç voyais plus autour de tBMH^e'd'iiiiiiienses décombres, des plaines stériles, une mer déserte; je n entendais que des plaintes ou les cris du disdar IW# go.uy4erQ£tjur du cbât^ , ^mî 7^i|lUl«tait ^es esclaves.
jJ>f^BS9i^ ftcésent^ pi^qpaDsr un insmH At^èaea : il me .dispep3era d'entrfr ici 4^s 4^
àétfH» /Mtraicgdt .sunqm^ k^ijfy ^ ^ x ^fm
bcaM,couj) de pç^rsuMue^. .Je me ,bo^i>ex:^ donp
A fii;iejr xpdlqiA^unes 4e mesmpmsmoa^mm
]|voir Jl^ prétenliûJ^ ,de moiiji^cer iVtbèue^ a.v^
ufjsthodfij jst •sajds Touloir y tnouver un ae»|
^op^ceau de iiji^hre qui n'pit p^^^été décr^. .
iJj^è«ies iQOmtîen.t dU à douze nylie im]bî>^am^ ^ecs , ^i^rx:s jet albwais l ccu^-ci «dominent iiws les ynngjt miUe amfes qui peuplent i'AjU» tjlq^ue ). Ellp .t^t entourée de mumiile^ hasse^ ^ inal bâties, xpù fanent rqpiureies ^t reconstnoîtep en grande pa^ljie ea 1779) sous Tinspi^ct^oiu 4'un chef de bostangis, vayvode d*AtIiièo^:toiis je$ .Grecs 4^ cette ville^ sans .exception » fvreot
mYAGE BS/kKS LE LEVANT. .33
«contraints cTy 'tntToilIer. Le son d'une trentaine Jie rfanibonns jdevaît animer les 'Bwmen :
nouvel AmphioD aclieva cette «inigulière opëiratmiieD imsim de taon mfm.ije'V9ipnde «iMMa du pouvoir, et finit par étiîeiétcanglé à Cos, où ii s'était redré ap«ès ivoir compiétemeiit dépouillé les .babitftiis de T Attij^ue. Sa maison , le tfuréiii^ que lWTaateèeaiiocuiqpv'Muit.8itaiâi xie ceux de l-ancianne Académie; ils ^qypar- JonaioA à ia uguàÊtm V^iUdé. Ge dieu a'wt Mjuarquabie que parce qu^Mi y trouve quelques «rbrea 9t d'Mfiez Miea eank. Twm ttémbeaiiK idoot les vestiges se voient assez près de , ^xnimient être <»m de Chitbnas^ 'de 'Béri<dê!8 ^et de Thrasybude : -dmx^ont démcdis; oin seid îrappeMe it moniniient des Hotw^'k %AAmiiio.
M. £auvd«.imitileffleiift tenté de le faire miner. <k» teai b»a w4Staieirtiattptfte Wttiiift'miM;, 4ont les traces sont encore apparentes. ^Les mnorité& :les ftus grat«s iixeilt à sept stnJès la •distance qui séparait la porte lùip^n de i'Aoaadéawe ; œtle opinion placerait là frtArte ttdtttiflle, dite des Égyptiens, à <peu -de «bose jprès » dons 9e même lieu que la porte Hipylon ; îi parait tique i'aadeane ^eeinjfce d'Albèiieft notait
très-vaste. On trouve eDSuîte la porte dé Mondravili, qui conduit au temple de Thésée; celle de Mnenumria ou des Tombeaux; cèlle SIndi Baba, ainsi nommée par les Turcs, parce qu un derviche indien vient d y fixer sa demeure ; la porte d'Adrien ; celle de Bobonistra, qui mène à Marathon , au Lycée , au Stade ; enfin la porte Sel-Djeryd, autrefois porte Hippade , hors de laquelle se faisaient des courses de chevaux : les Turcs a y livrent encore à toute sorte d'exercices.
Nous essayâmes de faire des fouilles du côté du port Pirée ; maïs elles ne furent pas trèsheureuses : je trouvai pourtant dans un tombeau un va^e, de ceux qu^on a. coutume d'iq)peler vases étrusques; il était d'une belle forme et du meilleur temps^ Lorsqu'apièspluaîeuraesaak .infructueux , le retentissement des outils et des jûojcbes annonçait enfin une construction, sum tout une voûte , les ouvriers , les assistans , se •livraient à ia joie. Ce genre de travail a tout rinté^ét d'une chasse et d'une loterie. Nous attendions avec impatience, que les premièies briques fussent enlevées.
, .«Tétais néanmoins surpris de voir les gens qui professent le .plus .de.respect pour les sépultures
modernes, troubler sans scrupule la paix de deux qui dorment sous les cyprès de Piudère.
' Tous les rivages circonvoisins sont couverts de débris : on peut cependant , Pausanias'à ia main , retrouver les lieux où les longs murs se réunissaient à ceux du Pirée et de Phalère»
Nous crûmes reconnaître remplacement des marchés r et, .près du grand port, les ruines du portique du Lesché et celles du temple de Vénus, élevé par Gonon. Un monastère grec est bâti sur les restes de lautel de la déesse de Cnide^ les vestiges d'un théâtre sont adossés à ceux de la citadelle de Munychie ; des gradins indiquent un amphithéâtre près du temple de Diane.
duand la mer est ti*anquille » elle laisse juger les distributions des caks , des jports dePhaière et de Munychie , presque comblés aujourd'hui.. Les plus , petites choses conservent des noms héroïques. On vous montre une grosse pierre noire , plus informe que le moindre monument druidique élevé sur la côte orageuse de Bretagne*: cW le tombeau de Thémistocle.
. Le Stade , ce monument de la magni^cence dTIérode Atticus , est entièrement dépouilié de ses. marbres y et cependant sa forme est e^ore
9inposaiit6. Avrivié'iBii wflinwt, cm déccniiiTOicB restes ûu pont jeté «ur XJJissus, les ookmnes da •temple de Jupher Olympien (1) , la porte d'AdneD, ie tbéàtoe de Baocbus , yïAcrcpoUs, et la juer de Salami ne.
Oeet de jce lien i{u^ Athènes le ^pniseBle de la manière la plus complète et ia mieux dév^lioppée. rQa toome enooie , près de 4a porte .d'Adrien , ie monmnent de Lysicrate (2). Cet marmge^ de la plus belle époque de fart «et ^fune él^auce admirable , est enclavé dans fangle Kfun eowent ktm -qui tombe en tune. & la Propagande de Rome fait rebâtir oe hk>nastère , la ttrëpied «boragiipie «uva autant à ^soufirir de cette reconstruction que de la chute prochaine et «néintable 4e «oet ^édifice.
M. Fauve! pense que ce aiouument faisak partie de la ixiedes IVépieds, qui-seteinkiaît Ters le théâtre de Baccfaus.
^nand fe iwenais 4e mes longnes proma- -nades du mont Pentélique » de ces camèpes
(i) M Fauvel croit trouverfe temple de Jupiter Olympien dant Je» j-uineft^ont les oaUane» c^imiillMtim^ifaBt A prétenl •cm^qm p«r les boutiques du hatar.
tons lenoiii'de'ixiiterne de O^uwsClièiie.
<<f où ^o^t soptis tant de icbc^f&idVïAiv^re,; quanj
jtQaux de i'Hyoïqtte, je retrouvas M. J\auvel,,
. (Uîn^ ^rv^ite libanaise , parée de son cos- ^WSie fuinoiiQSf ue , ^btûwâ: tetle sou^ une treille , et »niou6 imii^gipn^ 4p grand ap|)éjût 4ea iQPBteeH^ ide âwîia«i« bwaot du vin 4^JJit^im^\^ M. F^uvel n avait essayé au^aiiit 4^ qiK3itîfiQ#, pmÎ69iifi«ck»eei«'aivMi une
iWi^i f ud^ ^prflMVA. Oa doit r^gr^ter qulU ïi&r crive pas ; car personne n^ât été pins m éM 4^ ^pn»iBjenljer J^lisiiiiîts » d'à^kicoir son v^biage
$iro.us a^^i^tâfoes' à k dwas d^ d^iches ^Im(eiii9i^b«i9 Al tour 449S Vewis. CSe rnooimienit )i pp ^ ii^Qge iiyéîSMliipAe;:
on pense ^'il futiéjevé )Soh6 la >directîo« d^A»- ^iUÛP Cyrrb^^. Les d^icïbes s€» spnt ^m- Nws les trouvâmes dans uh aooès de feiw .WMT Bçi^îeiMis, 4p0t ies wm!^ «o<Kt iisseit gaffes î fumée d'un aaint Muwitean , qui rev^ jmi de }a jtfeo|^€^ fytppfiiïtoîi; qn^lt^ues goutte»
iWu sacrée du puits de Zemzem , exaltait
IfW'd^ptipn )|vsqi|!w Mm^ ^iim\èaKifA des
chants et des danses en préludant sur un mode lent et traînant; mais ensuite iis s'animèrant aft point de pousser des hurlemens horribles : des vieillards de la plus belle figure se roulaient par terre, déchirant leurs vétemens^ on les emportait hors de ce temple dans un état d'ivresse et de dégradation difficile à décrire.
«Tai vu quelques Grecs instruits qui ne supportent qu'avec une douloureuse indignation le |oug qui leur est imposé : fen acquis la certitude le jour où le bey de Caristo , en son entrée à Athènes.
Quelques coups de canon tirés de ÏAcro" polis annoncèrent lapproche du bey. Placés sous le péristyle du temple de Thésée, nous jouîmes , avec une grande partie de la population d'Athènes, d'un spectacle qui avait, au moins pour nous, le charme de la nouveauté.
Ce cortège bizarre se composait rfAlbanai*; à pied , de janissaires , de spahis à cheval ; tous les Turcs considérables, suivis de leurs- gens, caracolaient autour du bey, tandis que la plus fiasse milice musulmane criait , agitait des drapeaux et tirait des coups de fusil. Le bey de^ Caristo , monté sur unecavale afrjçaine , et caché ^
Négrepont, fit
^eus an nnmense turban , regardait inadlemnient' la ville qu'il venait imposer.
Les Grecs qui m'entouraient étaient mornes, : embarrassés de leur physionomie toujours si expressive , et je vis des larmes généreuses u^ouiUer encore ces marbres , vieux trophées de la puissance d'Athènes.
Les Grecs espèrent 1 mdépencbuiçe comme les Hébreux espèrent le Messie : ;Cependant la Liberté. <{^scendrait en vain sur rivage , qui fut son plus noble domfdne ; ce peuple n'entendrait plus sa; langue divine , et des caloyers ignorans seraient seuls ch^i^gés de la. tecevoir.
' Athènes conserve encore douze archontes, Rome élit encore un sénateur. Cette dérision du passé me semblait bien autrement affligeante chez . les Grecs, parceque c'estle dernier degré de fab< jection que d'être courbé sous un cimeterre. .
Les douze archontes se réunissent pourtant quelquefois; ils. pr^s^i^t^t, leurs t]rès7humbles. remontrances au vayvode qui tes <^i^ge d'In-jures^au mufti qui les ma udit . au cadi dpiit ib. aehèlet^t' ehésement et firéqueniimeatt«>kt pri^tMtion. Soixante Albanais » $ous les ordres d'un
boutouk bâchy , font tix?TïîbIèr toute FAttique. • Le climat d'Athènes est admirablè : nuiis eettd* Intntère pui-e, cette chaleur vivifiante, nontplus d'inflkieitce sur lës^Gvecs ; ellès^ ne leur mspîrent ' plus de pensées fortes et ingénieuses , elles ne' voient pltis'éciore dé chefs^d'eeurvre : tout ÎMgiBSt^ * et les Grecs naissent pour la souffrance , comme^ ifir niôââafent jadis pour la gloire.
La liberté a changé de caractère en cTiangéant^ d^iévage. GeMiébie des Adiéniéiis dftl'dë^hetme* de nos jours froide et sévère : elle repousserait tfArtement ctufte-âé^ant-et FèntensTt)ittptdètQt' des temples d-Epidaure et dArgos; *
On essaie quelquefois encore de së livrer^ aux opérations commerciaici^ : Athènes vend dè'l%itfte et dès-msiroqttnis', etlk-hAmë&^e^ élevée en sa &veur jusqu'à* un million. Maisi des- avanries , des- séqvrestt«sS êé^ quereHë^ êe^ douanes, entravent sans cesse les spéculations ,i qiif ne^pétivent 6lH:ën& qtîélqtieshrésultkts' ftivorables' que^iorsqu'iUt'Grec sassocie à un Turo^
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LcA hm» ricbetnent déeorés del ndens
Atbéni^s fsit pkce à de& bâtim«Q$. d uiie.^ fintne bnsamv édairéfr par une coupole éleyée> et gi^aia de verres de cDukur. Jy; alktt sou-^ yëttl : eilvelôppé d une vapeuitétoufiante , j entendais^, aalieu dela»caaversetioades pbîiosc^lieir gdecs, le chaitt monotone, de: quelques. Turcs. <plr pwilmoriiiriept dàs pamgea du Gonm^
Je Vioulus faire av^ec iL Fauvel le triste démaoBhameût des lachetteBidont les- nuMusmeiisi d'Athènes n'ont pas encore été dépouillés : noua; ae! eomptàinea plus que viùfpksàt,mét<gps$ mx deux façades du temple de Minerve ; mais une
seule e8£pii8sabfaimiiitSeam8E^.vCc^ ibiWigle;
sud-ouest. M., de. Choiseul.- Goufiier emporta deux de ces précieux bas-reliefs : il ac&ate;lè> premier; Fautre fut acquis par Ml Fauveli .
Aiiepoqu^defCesfiédilioii ds lordf Elgin^, 'cob remplaça par un pilier de maçonnerie lè> <iariat: Isde ck langlexle kr. chapelie de:Pàndlt»e f tCfiitii} statue , qu'il empoxta > jétait la mieux. conservée., âni éonvit snn h» pluÉ!Tdisiiie , (^hiâ, Pktdum;^ et sur le pitieninfoTJïiet^û/ittf^jfi^jm., . f . 1
Mu Fonvel: imt liMMitmti , dans Ttfei dEBghidf^ i les aiiuas du . tempk. de. JLupiiec P^abeileideii^
Des spéculateurs viennent d'y trouver toutes les figures qui décoraient le fronton. On pense que ce monument dataH du retour de la guerrede Troie, et que les têtes de ces figures, portant un caractère très-marqué d'individualité, peuvent .ét|« les portraits d*Agamenuu>n et< des autres chefs de farmée des Grecs. Il reste deux colonnes du temple de Vénus, et, aur bt pointe occidentale de TUe, un tumulus inutilement fouilié, que fon Croyait être le tombeaude Phocus.
. Egine commence à se repeupla : deux mille.
habitans sont entassés dans une petite bourgade* construite sur les ruiiics de la. maison de. Lais;c'est là qu elie vécut au milieu des hommages et des voluptés. *
Revenus à Athènes, nous visitâmes les prisons de:f Aréopage.. :()n a cherdié long-temps ce tri» bunal dans un lieu voisin de la citadelle , où étid^t fadia f arcbevécfaé grec et une église dédiée à S. Denis i'Aréopagite. Mon savant guîde.avaît découvert tout ce qui est4iéicrit par; Pkusanias, ^t il le démontre de ianumière lapius sidâihisante. Mais oà pouvaient être la maison de^Socnite, celle cfAspasie et les. ateliers de
VOYAGE DANS LE LEVANT. tS
Phidias? M. Fauvei me conduisait dans un^ lieu couvert de fragmens, cfédats de marbre, et nous cherchions ensuite la demeure de Périciès ou d'Alcibkde; enfin je ne trouvai» jamais en défiuit ni sou imagination ni sa complaisance.
Nos regards se tournèrent ensuite vers Sala, mine : nous apercevions ies ruines de Tanciénne ville, en face d'Athènes. C'est du sommet dune pfate^forme circulaire de cinquante pieds de dia* mètre , soutenue par un mur eu pierres sèches, que Xerxès vit le désastre de sa flotte, dont les débris comblèrent , pour ainsi dire , le détroit. La gauche des Athéniens s'appuyait sur un promontoire où se trouvent encore les restes d'ufie
. tour, et leur droite, sur Cynosura. Quelques Grecs à demi sauvages s'enfuient dès qu'on débarque à Salamine. Deux points de cette île
< seulement sont habités : on y arrive par un .bac qui conduit à deux misérables monastères , dont
■ fun est visfà-vis dé Mégare; Les ruines de cette
• ville sont les plus anciennes de la Grèce. C'est en les . parcdurant que Virgile fut atteint de fat maladie dont il alla mourir à Brindes.
« On suppose qu^ reste encore quatre m$e
habitans à Mëgare. Peut-être les munilles »
dont les vestiges composent ses seules antiquités^
sont-elles les mêmes que celles qu Apollon vint relevàr avec Alcathoûs. Le dieu posa sa lyre sur une pierre , qui rendait depuis lors des sons . harmonieux et prolongés.
Jtegùi turrù erat, voeait'htt ûdtà'ia munt.
In fuiâus aumtam jnvlet LaMa firùtr ZkjMsuûse fyfwH ; somts ^us mkmsit»
Seqtè illuc solita est aseendere fiUa Nhi, BipeUrt tsiguo rtsmuoktia saxa U^^ith, ' Tum eùm ptuci esset : beUo pwyue uipè sdeèat ^teetarg ex iUa r^ùiUeerUmina Martù,
OviD. Metam. viii, 14.
- Lès gens de Mégare sont vêtus à l'albanaise; mais ils parient la langue grecque, et, sous les haillons de la misère, les femmes accueillent encore le voyageur par le gracieux l&aiimenu . J'assistai à- une noce chez des Athéniens peti riches. Spiro , fib de Kthina , épousait la liUe de Gidrgi, delà paroisse de Pànagia Ulassaro. La jeune mariée était agréable, mais défigurée à force de papier doré , de mouches , de gros rouge et de bleu, dont on avait peint ses joues. Elle était si chargée de vêtemens, qu'elle pouvait à peine marcher. De jeunes femmes T ai-
'daient à tourner autour de gros cierges. Lies trois Papas chantaient en nasillant, et tous les quarts d'heure on ramenait la jeune femme et fépoux sur mie estrade où ils s'asseyaient»
entourés de leurs plus proches parens. Cette cérémonie est ordinairement fort longue chei les gens aisés.
Je rencontrai à Athènes des Anglais ridies^ dont i affaire importante était de traverser la Grèce le plus ]Mromptement possible. J'y trouvai aussi plusieurs artistes anglais ou allemands dessinant» mesurant» depuis plusieurs années » avec l'exactitude minutieuse des commentateurs Jesplus scrupuleux» ces monumens , noble cvéar tion du génie. Esclaves malheureux des règles, des moindres caprices des anciens, ib écrivent des volumes pour relever une erreur de troif lignes commise, en 1680 » sur la mesure d'une Architrave; ils s'appesantissent, s'endorment et tiemeurent huit ans à Athènes pour dessiner trois colonnes. Us font construire , sur la place ^où ils prennent leur point de vue , une petite maison , et leurs tristes aquarelles uatteignent t]u'au bout de plusieurs années le plus haut degré de leur ennuyeuse perfection. Ils se régr
nissent en petite académie , s'honorent , se « iouçnt : wol d'entre eux , chargé de la partie Jittéraiie, fait en grec tudcs(jue des dissertations assez aigres pour prouver que , grâce à la marché du temps , les arts ne peuvent plus fleurir qu'en Norvège , ou chez queiques^peupies méridionaux , tels que les Prussiens et les Bavarois.
On. pariait alors dun projet de mariage qui ^ occupait toute la ville d'Athènes , : un jeune Anglais était vivement épris dune Grecque, . Mina Macri; cette jeune Grecque a imesœur, et les charmes de toutes deux ont été consacrés par les vers de lord Byron. Leur père avait jété consul d'Angleterre. Je ne fus pas frappé ' de leur beauté; mais un Gaulois devait respeQj;er l'enthousiasn^e des Athéniens.
Je ne puis quitter l'Athènes moderne sus (dire un mot de société de cette ville. Lia plus agréable ,* sans aucune comparaison , était ceQe ijui se rassemblait chez M.""^ Groppius, fenuue du consul 4'Autriche; c'est line jeune Grecque .de Comtantinople, d'une figure agréable, qui parle plusieurs, langues avec la grftce et la finesse naturelles à ses. compatriotes. Son msud , artiste.
«t homme instruit , s'occupe beaucoup d'antiquités.
Le consul anglais se nomme Logothéti, du titre de 8on père , qui avait une cliarge dans leglise grecque. On le voit peu , et sa liaison^ avec le consul de France ne me parut pas in* time. L'archevêque d'Athènes a pour suffragans les évéques de Thèbes , de Livadie , et de Ta^ ianda , l'ancienne Opoute , au golfe de Négrepont et au nord de Lébadée. Cet homme , qu»
a de la fmesseet une sorte de politesse grecque est natif de Mételin. II a été précepteur* d'un, prince de Valachie. Je le trouvai fort occupé des intérêts de ce mondé : fl aHait marier rii-. chement son neveu . à la sœur de l'agent de; France à Zéa. Cette aflbire, qui animait lel tracasserîès et le caquet des Athéniens^ iuté* ressait bien plus ce primat que le souvenir de la prédication de S.. Paul à l'Aréopage, ou celui des rêveries mystiques de Pàtmos. Je ne dois pas oublier le docteur Avramiotti .et /sa grande colère contre M. de Châteaubriand :
croyant avoir à se plaindre <le quelques phrases dé l'Itinéraire , il a distillé sa vengeance dams
une petite brochure .grep^e, traduite en italiea
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à Pacloue , et qui n en a pas acquis plus de célébrité.
Je m'airachai d*Athènes avec lespérance dy retounier ; je ne puis encore me pmuader que je ne reverrai pas ce iieu où mes journées séeoulaioit anrec tant de rapidité , où tout m%Dtéressait et me rendait les illusions et les rêveries dû mes }rfus belles années. Je m'y promenais souvent la nuit, parce que Theure des ténèbres semblât me mettre naturellement en rapport avec le passé. L'imagination relève alors aisément les édifices les pins somptueux ; la lumière» douteuse de la lune se prétait à cette grande résurrection ; je peuplais les portiques, les places* publiques « d'ombres célèbres ; j agitais la multitude par fincertitude d'une défaite ou d'un triomphe; les temples s'ouvraient, et je croyais entendre les cris beiiiqueux des citoyens, les accens passionnés des orateurs , et le tumulte d'un peuple libre , jaloux^ de sa gloire , dévouant aux divinités infernales tous les ennemis de son* indépendance.
J'avais acheté une partie de la collection de M. Fauvcl : ces monumens auront au moins le mérite d'avoir été trouvés pi^ lui; il se proposait
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depuis iongriempft <f en oriier le musée de son pays. Je regrette qu'une grande distance et Tâge de M. Fauvel me laissent peu d'espérance de fe revoir. Il saura peut-être combien j'ai été touché de son hospitalité , et combien ses leçons m ont été précieuses. - * -
Je m embarquai de nouveau sur le brick le Lézard f nous mimes à la ^vcnle le 23 septembre » à huit heures du soir. Un vent faible et contraire nous anréta long-ten^s devant le temple de Sunium ; le soleil levant dorait ce lieu , choisi par Platon pour y démontrer Tinmiortalité de Tame. Sur ce promontoire , incessamment battu par les tempêtes, s élèvent encore ces nobles ruines comme un phare religieux , comme le monument éternel cFune divine, inspiration.
Nous nous dir^eàmes ensuite sur Psyra et TenedùSy en snivaiii ia rivage de Troie. Cette traversée fut charmante ; elle me fit peu souffrir^ et fe conserve une grande reconnaissance pour un vent frais de>ud-ouest qui nous 4t franchir rapidement le ornai des Qapdatielleaeit h mer de Marmara.
. Les bords du déiarôit s<ont couverte de villages » . de maisons de caoïpagne ^ i^t ion ne se doutei'ait
ptA que, le despotisme habite dans ces rkJbes vallées. J'en acquérais pourtant bientôt la conviction , dès que le vaisseau approchait assez de la cote pour me laisser distinguer les traits dea habitàns : je trouvais paiotout iiiors F^ressioa: du pouvoir ou celle de la servitude.
Lé 28 septembre au matin , nous mouillâmes sur la ppûite de .Concapi, sous les murs du sérail. Constantinople m'éblouit : jy amvai par une journée admirable. La mer était couverte dé èaïques qui volaient sur les eaux j le soleil étincelait sur les dôme» des mosquées ^et siir iea flèches dorées des minarets; la colonne brûlée Véteyait ma|estu6usemeni au milieu des groupes d'arbres qui enveloppent ces édifices à-la-fois légers et somptueux. On. lipercevait derrière cette ligne, sur un autre rivage, une ville à demi eachée par tes cyprès de^ fardiio» du séraiL '
Constantinople semble avoir été bâtie pour le p}wir des yeux i craignant que Tillusioii ne -cessée trop tôt, ou se bâte de graver dans sa mé^ moire ce qui partit, pbur ainsi dire ^ fantastique^
La mer est presque cachée par des milliers de vaisseaux*; les matelots étrangers crient, awarri^nt des cord^es^ saj^ilent et se quea'>
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VOYAGE BANS LE LEVANT. it
tionnent sur la peste; près delà, de graves Musulmans , établis dans un kiosque avancé. sup la mer, fument lentement une pipe chargée de parfums, et regrettent de payer le plaisir de, prendre le café par la fatigue de le boire.
Le canot du Lézard nous coiiduisit au port ^ nous allâmes ensuite au palais de France , à Péra, assez effrayés de ce qué nous apprenions des ravages de la peste. Quoiquils eussent diminué, ils étaient encore fort redoutables. On vous engage à ne toucher personne : mais il e^t jfanpossible de marché dans les rues étroites et glissantes de Constantinople , sans être atteint par le" bout 4*un 9cbàl^ d'une rpbe oa.^un cafetan.
M. le marquis de Rivière , ambassadeur de
France à la Porte, habitait à Tharapia, sur le Bosphore , la maison d'été de l'ambassade de France ; nous mimes plusieurs heures, à nous y r^dre : lé temps ne me parut jamais si court. Tout excitait ma curiosité : des pai^s cbiurmans bordéni le rivage ; ils ne semblent être construits qMe. pour. une fete^. Je voyais, partir ces barques dorées , • longues , étroites ^ dent les yeu)L peuvenjt .à pein$ suivre la traçe. .Un
Musulman , accroupi sur un tapis cTfann m bout du caïque, souriait aux efforts de ses rameurs, en caressant doucement sa barbe; son regard oblique et dédaigneux tombait parfois sur les autres embarcations qui osaient lutter de vitesse avec la sienne.
On sort de Constantinople : le détroit se resserre ; des prairies, des jardins, aiment fus* qu a la mer ; les ruisseaux qui les arrosent Tœnnent sy jeter, après avoir serpenté sous les plus beaux arbres : tels sont les eaux douces d*Asie , k vallée de Caracoula et les bosquets de Buyucderé.
Je fus comblé de bontés par M. et M."' da Rivière. Les nobles qualités de M. de Rivière m'étaient connues ; mais, chaque jour, je découvris en lui de plus hautes vertus sous les formes les plus franches et les plus aimables* .
M. de Stroganoff, ambassadeur de Russie, fait à hierveHle les honneurs de Buyucderé, qu'il habite toute iannée.
La pe^e menaçait fdops le corps diploma* tique : le. fils de l'internonce d'Autriche venait d'en être victime. Cette iamiile désoléè^ s*était retirée à deux lieues de Constantinople ; quelque
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VOYAGE DANS LE LEVANT. 43 intérêt quelle inspirât, rien ne pouvait vaincre ia terreur du redoutable fléau dont elle était la proie. Abandonnés de leurs domestiques , ces hsLfortxoÈéA étaient fisubiement distraita de leur douleur par les besoins de la vie : ils demeu* rèrent ainsi pendant deax mois, entièreBient livrés à eux-mêmes.
Au moindre symptôme , à k première plainte , chacun fuit celui qui la proféra* U tombe : son eœur est frappé de mort par ce cruel isolement , avant que ie délire de ia fièvre lui dérobe Tborfenr de sa position. Ses lèvres desséchées secoilent avidement sur une cruche d eau que la pitié place kwH de lui avec terreur ; rien n etanche la soif qui le dévore. Souvent les rêves convulsife de fhomme atteint de la peste se réalisent; souvent un incendie vient consam^ le quartier qu'il habite. Le fléau destructeur gagne cette maison que chacun a désertée. Les flammes assiègent ce lit de douleur; Tinfortuné ne trouve que dans un abtme de feu la fin de son épouvantable agonie.
L'incendie est le èenl droit de pétition dea
Turcs ; il avertit le gouvernemênt des mécontenta^ens du peuple de Constîtntinople : les
janissaires en usent depuis quelque temps de la manière la plus fréquente et la plus déplorable. . J'ai vu dans cette ville singulière des palais d'une admirable élégance , des fontaines enchan-> tées, des rues saies et étroites, des baraques hideuses et de$ arbres superbes^Jai visité Sandaibezestau , Cuichilar-bezestan, où se vendent des fourrures. Par-tout le Turc me coudoyait, le Juif se prosternait devant moi, le Grec me sou« riait , f Arménien voulait me tromper , les chiens me poursuivaient, et les tourterelles venaient avec confiance te poser sur mon épaule ; paivtOHt enfin on dansait et on mourait autour de nous. J'ai entrevu les mosquées les plus célèbres , lairs parvis, leurs portiques de mai*bre soutenus par des forêts de colonnes et rafraîchis par des eaux jaillissantes. Quelques monumeus mystérieux, vestes de la ville de Constantin, noircis, rougis par les incendies, sont cachés dans des maisons peintes, bariolées et souvent à demi brûlées. Les iigures , les.oostumes , les ussiges , offirent par-tout le spectacle le plus pittoresque, le plus varié. Cest Tyr, c'est Bagdad, cest le grand marché derOrient.
Le sultan Mabmpud » suivi d'un cortège im«
VOYAGE DANS LE LEVANT. 45 mense , traverse cette fouie pour se rendre à la prière du vendredi. Je ie vis monté sur un cheval bianc , caparaçonné d*un tissu d'or et de perles, et dont les harnais sont chargés de diamans. Le Grand-Seigneur me parut avoir à peine trente ans. Sa figure est pâle, noble et régulière. Il promenait sur sou peuple de grands yeux noirs , dont les regards étaient accueillis par le silence le plus profond. Le sultan était déjà loin , des > cris de réjouissance annonçaient son entrée dans . la mosquée d'Ayoub , et le front des fidèles Osjnanlis touchait encore la poussière. Voilà, èn peu de mots, ie tableau habituel de Stamboul, la bien gardée , la bien-aimée du Prophète.
. Pendant les belles journées d automne , je rencontrais toute cette population dans les campagnes , dans les lieux les plus rians du rivçige d'Asie:elIe venait respirer un air pur, chercher de la liberté, et semblait jouir vivement du charme de ces promenades élysiennes. Des iamilles entières , les hommes à cheval , les fenuues enfer* mées dans des voitures qu'on nomme arabat, gravissaient jusqu'aux sommités de Tocat, au? dessus de la vallée du Grand-Seigneur.
Des pelouses garnissent les hauteurs^ dïes
arbres cachent les mines du château génois. On s'établit auprès des sources qui sortenteu bouilr lonnant de ces voûtes garnies de lierre. Des groupes de jeunes filles, de belles Arméniennes, y forment des danses gracieuses. La paix de ce lieu n'est troublée que par le bruit scmrd des flots de la mer Noire , qui viennent se briser avec fracas contre les écueils des iles Cyanées et les rochers de Fanariki.
Jétms souvent frappé, dans f Orient, duconr traste de la noble physionomie , de la dignité apparente de f homme avec la dégradation de son caractère. On est porté à éprouver une sorte de respect pour des hommes dont ia figure est calme^ parfois majestueuse , jusqu'à ce qu on ait souffert de leur cupidité et de leur mauvaise foi. Cela n'est pas sans de nombreuses exceptions; mais, séduit par une taille haute , une démarche grave et une barbe vénérable , je plaçais souvent les vertus des patriarches là où je ne devait trouver que la bassesse et la dépravation de l'esclavage.
On s'explique diffidlement la dufée de FEm* pire ottoman , sur-tout l'existence des Turcs en Europe , quand on voit de près Tf gnorance et Findiscipline de leurs troupes soldées , le désordre
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des finances , Tétat de dénûment des forteresses, les révoltes des agas les plus voisins de Constantinople, enfin Tindépendance des pachas de Morée» d'Égypte et de Damas. Le titre seul de calife soutient encore le sultan sur le trône le plua chancelant de f univers. Les Anglais pro* tégent cette faiblesse , favorable à leur envaliis- «méat eonuneidd.
Le voisin le plus redoutable de f Empire turc a*épargne| en le laissant vivre en Eurq>e, la difficulté de tout créer chez les autres, au milieu de son embarras de fonder des institutions chez lui. Des prédictions consacrées et les résultats de la dernière guerre européenne établissent de la manière la plus absolue le ' crédit de la Russie à Constantinople. Elle y |ouit ainsi des avantages du pouvoir , sans re» douter Teffet de la jalousie qu'in^irerait néces^ sairement ui^e pareille conquête.
Pkwque tousiesvaisseaux des négocians grecSt sur-tout ceux des lies les plus commerçantes , telles queHydra , SpezriaetHypsara , naviguent sous le pavillon russe. J'ai trouvé son influence établie par-tout ; et sa protection estaussîrecherchée, aussi désirée par les chrétiens de tous les
rites à Saint-Jëan-d'Acre , à Jérusalém et woL Caire ) quelle l'est à Constantinople.
On agrandissait les bftiimens , on redorait kiosques du sérail. Jamaisiluefiitpeuplé^dit-ony de beautés plus séduisantes et en plus grand nombre. Le sultan a deux iils. Sa mère , qu*U vient de perdre , avait assez d'empire sur son es» prit : la ville d'Athènes faisait partie deses nom* breux domaines ; sa protection remplaçait assez bien celle de Minerve pour la ville de Cécrops;
Je quittai Constantinople le 15 octobre. Le brick le Lézard me conduisait à Smymé :
quelques heures après notre départ , des coups
* de vent assez vi& forcèrent de p^dre des ris dans les huniers. Enfin nous laissâmes arriver y et le brick mouilla sur la cdte d'Asie ^ àRodosto. Personne ne descendit à terre ; la crainte de la peste me retint aussi à bord. Un vent frais noiis porta ensuite à Nagara, d'où Ton expédia un élève pour présenter le firman au* château des Darda* nelies. . * ' :
Nous vîmes Tenedos. On essaya de prendre
' f est de Mételin , l'ancienne Lesbos; mais le vent , ayant &ibU près du cap Baba ; contraignit ^ie passer en dehprs de l'Ile. Malgré unebouirasque
VOYAGE DANS JL£ LEVANT. ig
assez violente , qui faillit jeter le brick sur les rochers de Carabouroou , H entra dans le port de Smyrne le matin du dimanche 20 octobre.
L'état de faiblesse et de soufirance de M. Huyot me parut très-inquiétant. Cet aitiste était depuis deux mois chez les Pères de la Mission , aux soins desquels il doit incontestablement la vie. Je mVperçus , à la tranquillité dont fouissent ces bons religieux , de la tolérance qui distingue les Turcs de Smyrne. Uéglîse catholi(|pie est très^ grande , très-oraée ; les portes en sont toujours ouvertes , et les vrais croyans des bazars entendent sans indignation les chants des Chrétiens. Souvent des enterremens précédés par une croix rencontrent les obsèques d'un Musulman; des baptêmes , des mariages chez les Grecs et les. Latins , se croisent avec le cortège de la circoncision y isL chape dorée du prêtre s'engage paisiblement dans la rue avec le beniche d'un Osmanli ou le voile d'une femme turque.
L'esprit commercial qui anime la vjUe de Smyrne , radoucît et rapproche ainsi tous les^ hommes. Ce grand comptoir ofire sans cesse le mélange des mœurs européîennes et des coutumes orientales : .on rencontre de jeunes per-
sonne» charmantes, mises avec une recherche, toute irauçaise , -coupant lestement une longue file de chameaux.de ia. caravane de Seyde ou de Damas.
Les dames grecques setablissent à leurs fenêtres , causent vivement avec les passans ; d auti es forment des danses en revenant des bains , ou se rendent en fouie aux campagnes délicieuses de Bournabat : tout se ressent de l'influence du climat le plus heur^ix, celui de la moiie et riante lonie. . .
Le théâtre de f ancienne ville de Smyrne était placé sur une colline escarpée. Des gradins sur lesquels on était assis , la vue dominait la ville et le golfe : il reste encore des vestiges du prch seenkim, dont la forme est assez bien indiquée-
Les iiabitans de Smyrne furent , dit-on , réunis par Alexandre ou par Lysimaque. Une colonie sortie d'Ëphèse vint donner à la nouvelle ville le nom d'un quartier de la métropole.
Le château placé au sommet de la montagne est presque entièrement ruiné : un janissaire est à4arfbis le coinmaniknt et la.ganiison. U char*, geait péniblement deux canons de fer , qui de- . yairat annoncer ieJbndemainiaféte du CqurbamN
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VOYAGE DANS JLË LEVANT. fri
Beyram, la Pâque des Musulmans {ly Cet homme était très-honteux, de ss maladresse. Uo Gree qui accompagnait, Tinjunait en mauvais iUr lien du son de voîx le plus doux, et le regard dait opérer avec l'air de la plus respectueuse ' soumission.
Une téte antique assez fruste, placée au-* dessus de la porte du diâteau , paratt avoir appartenu à une statue de Pacchus ou d'Apollon , plutôt qu*à celle d'une Amazone , quoique Tour* neiort f indique comme telle.
Du haut d'une vieille tour, se découvre une vallée profonde, et qui est arrosée par ce Mêles sur les bords duquel on assure qu'Homère reçut le jour; ce qui lui fit donner le nom de Mêlé* sigène. Ce âeuve glorieux passe ensuite sous des aqueducs, enfin sous le pont des Caravanes, et presque par-tout de grands arbres le couvrent de leur onibre.
M. Méchain , fils du célèbre astronome de ee nom, gère le consulat général de France à Smyrne; il me reçut avec la plus aimable obli*
(l) Cette fà\M M «élèbr^ les trois premiers jours de la iune de ichcmAl.
geance , et me facilita tous les moyens de visiter les raines d'£4>Iiè8e : Ismaêl, son premier janis« saiie, fut chargé de trouver des chevaux, prépara notre départ et nous escorta.
. Un jeune Français attaché au consulat, qui parie avec beaucoup de fiiciiité le grec » ie turc et larabe, se joignit à notre caravane; un élève de M. Huyot me suivit, ainsi que mon domestique , et nous primes gaiement ie chemin de Sediceuii.
M. le comte d'Àuchepied , consul du Roi des Pays-Bas et fun des plus riches banquiers de Smyrne, habite, à Sediceuii, une belle maison, dont les jardins rappellent ceux d^urope. II estentouré dune fiuniile intéressante, qui nous combla , ainsi que lui , de toute sorte de prévenances et de bontés.
Notre caravane partit ensuite de Sediceuii de très-grand matin. Le chemin, à peine indiqué , tiaversait une plaine entourée de montagne^ , ét coupée par la petite rivière Tertulittliai et le ruisseau Duriikeuil : ce dernier porte le nom duo mauvais village; les bords de la rivière étaient garnis de cyprès, d'agnus castus et de lauriers roses. Nous rencontrftmes
une petite caravane juive [tchifoutj : elle fut: effrayée de voir arriver une douzaine d'hommes armés qui se dirigeaient sur elle ventre à terre, bmaêl avait fait notre allure ordinaire du gaipp le plus vif; nos chevaux s animaient, ie temps était magnifique , et la plaine de Develikeuii et la vallée de Palamon-Deressi furent franchies en peu d'instans. La cavalcade ne s'arrêta qu'à Ghiridli^Kawe : nous y déjeunâmes dans une chaumière habitée par un paysan turc. Le lit d'un torrent sert de chemin dans uii valion pierreux : ce lieu , connu sous le nom ilAlamanrBogazi, est fort sauvage; des rochers pointus montrent leurs cimes noirâtres et dentelées au-dessus des touffes épaisses de lauriers , d*oliviers et de chênes verts. On suit long-temps ces roches glissantes , avant d'arriver au café d'Alaman-Bogazi ; Ismaël y fit encore une station , selon l'usage des Musulmans. Le voyageur trouve souvent y dans les lieux les plus déserts de l'Asie mineure , de petites cahutes ; un Turc , un pauvre derviche , lui offrent quelquefois du riz, de l'eau fraîche , de mauvais frmts, mais toujours du café. Après avoir traversé le Caystre (lans un bac , je vis , sur ses bords , les restes
d*uu quai des faubourgs d'ÉpIièse et les fondemens de plusieurs grands ^onuikieiis. Ën suivant le rivage de la mer jusquaux ruines de NeapoliSp nous arrivâmes de nuit à Scakh JVova : ce petit port est devenu lentrepôt , le magasin d'une grande partie des grains de TAsie mineure ; il est situé vis-à-vis de Tile de Samos, dont les vins sont toujours transportés chez les marchands de SccUorNovcu Cette ville est bâtie sur un coteau en pain de sucre : je suis encore à concevoir comment nos exéeliens chevaux purent arriver chez ie consul de France par des rues escarpées « sinueuses èt pavées ia manière la plus inégaie, . Heiès Ogtou, comtnande une partie de la Carie et de ilonie; il réside habituellement à Scala^Nova : son gouvememmit commence dans les jardins de Smyrne , aux portes de cette viite , comprend une partie de la Caiîe et de rionie, et setend jusqua douze lieues au-delà du Méandre. U gouverne avec beaucoup de fermeté; les formes de sa. justice sont promptes et sévères : on cite quelques traits de la sagacité et de limpartiahté de ses jugemens. Plusieurs commandons soitt sous ses ordres ; entre autres ,
Gumuch-aga , propriétaire de MHet et* de Magnésie. Le lendemain de mon arrivée, je fu& présenté à Hélès Ogiou. Logé dans me maison asseî médiocre » dont i apparence et ie mobilier répondaient peu à la réputation de richesse de ce gouTOmeur , il était assis sur un tapis , dans l'angle d'une petite chambre. Pour affecter sans doute îin air d'occupation et de sollicitude sur les intérêts de ses peuples, Taga dictait à quatre secrétaires , placés à genoux devant lui. Ces pauvres gens n'osèrent même pas tourner ia téte pour yoir les étrangm introduits 4 1 audience de leur maitre. J'avais trouvé beaucoup de gardes , beaucoup de Bosniaques , dians les cours du château; des Albanais s exerçaient à tirer au bat, et de fenoes Maures domptaient des chevaux d'une rare beauté. Helès Oglou •fit Msea peu d^état de nous : il se contenta d'envoyer chez ie consul un présent de détestables petits poissons. Cet aga, dont la figure est spiiituelle , est craint et aimé de6 siens. Il «erahr aisé' de s'entenàre arec loi., sî Ton; entreprenait des fouilles dans cette province, jeo«V9rtedes.ruiiies^ de . tant de villet^-^pâlefvties. Le consul de France nous paria avec admira-
ûiyitizea by ^OOglc
-tion , ainsi que sa famille , d'une jeune esclave » favorite d'Heiès Oglou : cette Siciiiemie, que ion dit charmante , et dont le crédit est exclusif» •a donné des preuves de bienfiûsanoe et de force de cai actère dans plusieurs circonstances ; sa .douceur tempère la surveillance despotique . d'Helès Oglou.
Le jour nous trouva sur le chèmin d'Epbèse, traversant à cheval une seconde fois les ruines <le NeapcUê. «Texaminai le temple principal de cette ville, qui me semble avoir ^té circulaire et eonstruit de grands blocs de marbre.- Une «montagne rocailleuse., aasez pénible à gravir , conduit, par de longs délours, -ail-dessus delà plaine d'Ëphèse, dont la. longueur parait être -dcf trois lieues depuis le rivage de la mer jusqu'à la mosquée, connue sous le nom d'église de Saint -Jean; les principales ruines sont à mi* .côtelv lë long des collines qui bordent 4:ette plaine; elle est couverte de bruyères,. coupée par des ruissetax qui descendent des montagnes et par les bras sinueux du Caystie : ce petit fleuve la traverse, et va se.jéter dana la mer, près du lieu où le$ restes d'un quai désignent reqaplacem^t du port. Cet espace -immenae est
semé de tronçons de colonnes , de ruines de maiions particulières dont on juge très-bien les jdistributions. On marche sur des substructions qui contenaient les eaux , et sur une iiinombrable quantité de morceaux de granit , de marbre et jde porphyre. Un amphithéâtre dessiné d^ilne manière parfaite , de longs aqueducs , des arcs de triomphe , tout parie aVtec grandejor de 1 élégante et magnifique Ephèse.
Les colUnes qui environnent cette plaine, sont entièrement creusées et voûtées; à chaque •pas, des sépulcres, desépitaphes, sont confondus avec les inscriptions orgueilleuses d'un are 4e triomphe. A droite , le phiire s'élève comme si le; navigateur s'approchait encore de cette ;grève abandonnée; à gauche, en allant vers ijç. temple, on ne trouve que dçs fenouils de huit ou dix pieds de hauteur, des nopais et 4es figuiers, sauvages' recoiivnmt par-tout d'im- 4n€|ns<es débris. . .
Li^ ^ie antique conduisait du :poft dans la •viQe;. eile était formée de gros quartiers de nmlbire ou de pierre def b montagne , qui est une espèce de palombina* Cette voie commence é f angle du quai;, se prolonge devant les niipes
58 Voyage dans le uevant.
des magasins, du Stadiutn, du théâtre, et passe ^ntre les deux montagnes, dans ie valioii où étaient situés les principaux édifices de la ville. L'arène AwStiidmm était au niveau de ce chemin , «t les gradins, taillés dans le roc , s'élevaient jusqu'au sommet de ia coltine. L'indication d'un portique désigne remplacement qui a pu être ie Forum* Le Stade devait, ce me semble, contenir trois fois plus de spectateurs que ie Cotisée de Rome : en générai , tes diéâtros de cette capitale du monde suffisaient à sa nom- %ipease population , tandis que ceux d'Éphèse attendaient toute k Grèce.
Deux grandes portes décoraient l'entrée dit Stade : tune délies est presque renversée : celle qui existe encore est en marbre ; deux des assises ont été restaurées avec des frftgfnens rapportés dun iiUtre édifice : on y remarque plusieurs inscriptions ^cques , quelques bas^ reliefs très-frustes placés sans ordre , et une inscription tatine, accenso Kmsi nt Ai»»fi/^'
En suivant la voie qui se dirige ensuite sur le penchant de la eoltiile , j'arrivai jusqu'à «m autre théâtre. Deux inscriptions étaient placées wt une arcade : je ne pus les copier parce
VOYAG£ LE LEVANT. 69
qu'elles avaient été laissées remplies de plâtre par des Anglais amis des scknoes et toufours soigneux des jouissances des autres. Ce théâtre , taillé aussi daos le roc , est d'une grandeur sui^ prenante : dmis quelque lieu de sou enceinte que le apèctateu!^ fût plaeë, il avait devant lui la xuer^ le cirque, k naumacbiey les montagnes du golfe, le port, et le temple de Diane.
Plus loin était un temple dont on T<Ht le^ colonnes, les entablemens; il était d'ordre corindikn et de la plus grande richesse. Un des angles du fronton me parut être de la dimeniiotk de ces fragmens qui spnt conservés dans ie jardin Colonne à Rome.
Derrière ces grakides ruines s'élève un théfttrè beaucoup plus petit que le premier ; c*était pèutrétre {Odenm : il est drculaîrfe ; tes gradins , taillés dans la montagne, furent sans doute répétas de OHirW. Ênfin des thermes Immenses sont appuyés contre les restes d'un aqueduc , ëntré deux motitagfies eo^ertes de débris plus ou moins fanportans. Cette recherche intéres^ santé me conduisit jusqu'aux muraille^ de la ville { elles en laissent juger d une manière assez ]positive le prodigieux çircuit»
Je parvins , avec assez de difficulté , par une |ourtiée brûlante , jusqu'à la vaste enceinte du temple de Diane. L ensemble parait être de la grandeur du Louvre et des Tuileries , en y coin-' prenant le jardin. La masse des constructions , sur laquelle était élevé Tédifice principal, subsiste encore : mais on ne retrouve plus d^ colonnes; une grande partie a été élevée et portéeà Constantinople. De fortes murailles en pierre et en brique indiquent "une restauration faite à la partie postérieure du temple , du côté de fopisthodome. Des souterrains, construitsen gros blocs de pierre blanche , offrent une infinité de corridors qui pourraient donner les plus justes «dimensions de l'édifice , la place des colonnes et des murs de la cella.
A la vue de ces constructions gigantesques , il est aisé de concevoir les dépenses qu elles coûtèrent à tous les peuples de la Grèce et de TAsie* On renconti e , derrière le temple de Diane , un monument circulaire orné de colonnes , un autre de forme carrée , et au milieu, un emplacement dont le pavé était de marbre. Un édifice assis sur des souterrains est entièrement tombé. Ces ruines coibposent un grand monticid^ entouré
VOYAGE DANS LE i^EVANT. 61
de plusieurs autres , tous formés de débris portant la menreilleusé empreinte du goût exquis des Grecs, à l'époque brillante de leur puissance 9 de leurs succès dans tous les genres.
Quel sujet demotions plus profondes que celui de cette grande destruction ! Quelle terrible et singulière leçon que cette promenade d'une lieue où 1 on marche sans cesse sur des décombres, où des matériaux d'une admirable richesse couvrent des plaines , des montagnes , des vallées , n offrant d'asile qu aux loups et à de nombreux sangliers!
I^a porte de la Persécution est un monument en marbre, construitdesarrachemensetdes restes d édifices postérieurs ; elle me rappela les monumens romains. Deux bas-reliefs étaient placés sans régularité au-dessus de la porte ; les Anglais ont emporté depuis peu celui qui représente la mort d'Hector : fopération a été si maladroitement dirigée, que le char d'Achille ^t le corps d'Hector restaient encore à prendre. J'essayai d'enlever l'autre bas-rehef ; mais , manquant de cordes et d'outils , nous fumes forcés d'^ renoncer.
Le dénier tremblement de terre a renversé
cette porte 9 qui était encore si bien conservée iorsque je la de&sinai. Oa marche pendant un quart de lieue sur un terrain couvert dTun épou-< vantabie chaos de pierres et de marbres amon-. celés, empilés : frises, frontôns, architraves, métopes, statues, tout ce qui charmait autrefois les yeux par sa régularité et sa perfection , les effraie aujourd'hui par la confusion de ses débris.
Je suivis un aqueduc qui réunit dans les mcmtagnes les eaux des sources les plus abondantes : il les amène encore ; mais personne ne va s'y désaltérer. Cette rivière , portée sur des murs élevés , rencontre enfin une brèche chargée de vignes sauvages i .éie tombe alors en ca»* cade , et sa nappe limpide se brise sur le dôme des ruines et des bains turcs.
Les siècles les plus reculés et les âges de barbarie ont écrit leurs annales dans ce lieu des regrets , des hautes réflexions , où tout parie si noblement de la mort.
La citadelle, construite sur le mont Pion , dominait cette partie de la ville au bas de laquelle est la grande mosquée : c*est le plus précieux modèle de l'architecture moresque , préférable même à f Alhambra sous le rapport
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du plan et de TexécutioD. EUe est oonstniité en entier de marbre d une blancheur éblouis-» santé. La porte , dont tes omemens sont d'un fini admirable , conduit dans une grande cour plantée de beaux arbres , au milieu de laquelle un bassija reçoit toujours des eaux fraîches et transparentes. La légèreté des arceaux, soutenus par des colonnes de quarante^inq pieds de hauteur, le travail élégant des voûtes, tout, dans eet édifice , est ravissant et merveilleux.
Nous dinâme^ près de trois ou quatre cbau« mières malsaines , qui composent rËphèse mo* derne. Les habitans sont pâles et malades. Un aga, aussi misérable que le peuple quil gou<« verne , se mourait aussi de la fièvre. Cest une cbose remarquable , que le séjour de toutes les villes ruinées soit infiniment dangereux : j en ai vu des exemples .fréquens en Italie » dans la Morée, en Syrie. Par-tout, la mort semble jalouse de régner exclusivement sur les lieux qu'eUe a conquis.
L'aspect générai d'Ephèse me rappelait celui des marais Pontins. A l'heure où le soleil des? cendait dims la mer, l'harmonie des lignes, la vapemr phaude des lointains, le voile de cette
heure mystérieuse, formaient un ensemble toô* chant et mélancolique , supérieur aux plus beaux paysages de Claude Lorrain. Peut-être un fOur ^ me disais- je , un homme des Florides viendra^ t-îl visiter ainsi les ruines de ma patrie , et , comme dans Ëpbèse , quelques noms seuls de* meureront debout au milieu de la poussière des marbres et de la cendre du cèdre et de rairaitf • Je me rappellerai long-temps l'impression triste et douce de cette soirée : les échos, cachés dans des conduits profonds , répétaient alors les moindres bruits; le frémissement du vent dans les bruyères ressemblait à des clameurs souterraines; rimagina^on croyait entendre. les derniers sons de l'hymne des prêtres de Diane , ou les diants des prmiers chrétiens autour de fapôtre d'Ephèse* .. ..
Une pluie constante attrista notre retour.
Les stations marquées pour le repos n'étaient que de misérables habitations d'où lès insectes nous chassaient. Galopant jour et nuit, la caravane atteignit aofin Smyme, harassée .de fatigue.
tTaurais consacré bien plus de temj)s à i étude de cette portion, célèbre de l'Asie , si je nVvaia
VOYAGE DANS LE LEVi^NT. 65
été contraint saisir roccasiou que m'offrait le brick le Lézard ]^ottr nie rendis en Syrie : j'aurais remonté le cotirs du Méandre et visité Magnéste , Sardés et Sftipôs. Là &ftk6h m'ôbtt^e^ de m embarquer, le 29 octobre, pour laPatestine : je quittât à regret M. Htiyot ; nous àlté» tâmes qu il viendrait me rejoindre , au mois de ihftrs , à Aièirandrie. Céhtît i époque où nou^ pensions qu'il devait être parfaitement rétàbli ; ièt si son état lui kvàh permis de remplir cet engagemént, notre voyage aurait eu dés fésut tais bien plus sàtisfaisaiis.
Après avoir appareillé, à quatre héure^
matin , par une petite brise de nord-est , lé b'ricL couhit dés bôrdéés tôtite ia journée : ce flit àVèc assez de peine qu'on doubla le Cap de Carâ* Iboumon. Nous pasisAihes, lé âl « à sépt heures du matin ^ vis-à-vis de i'iie de Scio : la ville me parut c^dttSîdéràbte ; elle est environnéé de maisons de l[ïainpagne j de jolis villages sont cachés dans de^ vanéë» Ibrt hieû cultivées , appuyées cohtiré des rochers qui rappellent, pour la couleur et pour la forme, les montagnes des envi* tons de Toulon. Scio est remarquable par Taménité des mœurs de ses habitaus. Ils doivent à
la culture du lentisque des privilèges dont ik
sont foii; jaloux : celui de porter le turban bknc y comme les Osmanlis , n'est pas. le moindre à leurs yeux. Je dessinai les îles de Spalmadori , et y vis-à-vis de Scio, ia ville de Tchesmé dans f Asie mineure. Ce rivage , qui avait vu le désastre des galères d'Antiochus, cent quatre»
vingtonze ans avant J. C. , fut témoin » en 1770, de fentière ' destruction de la flotte turque par les Russes : son incendie éclaira le massacre d'une grande partie de l'équipage et la fuite de tout le reste. La marine turque, n a jamais pu se relever depuis cette terrible catastiophe. Une brise fraiche de nord-ouest me montrait Rapidement Nacri , Lipso , Lero , Colminé , StanchOf Nicero, Biscopi, Carchii et enfin Rhodes. Du 1." au 2 novembre, la mer devint houleuse , les éclairs furent très^ftéquens , et , le vent augmentant toujours , nous perdîmes de Tue la côte de Caramanie. Depuis le .3 de novembre jusqu'au 7 au matin, où Ion signala ies montagnes de ia Syrie, notre traversée der vint toujours plus pénible.
Les soirées dliiver sont bien longues à bord, et ces nuits orageuses inspirent une invincible
tristesse. Je me demandais vainement pourquoi
j'avais quitté ma patrie, mes amis, mon repos » lorsque les vagues couvraient ie pônt du vaisseau , quand la lune était cachée dans des nuages noirs, sillonnés par la foudre, et que lequipage, fatigué, découragé, n entendait plus la voix du capitaine. Les meilleures raisons paraissent alors frivoles ou absurdes. Des souârances continuelles, des dangers qui semblent inutiles, ne sont cependant pas .entièrement perdus : de grandes et profondes impressions retrempent famé et félèvent à la hauteur des plus nobles méditations. C'est peut-être sur le tillac d'un vaisseau battu par la tempête, que lé, monde est le mieux jugé, que ses grandeurs et ses misères sont appréciées 4 leur plus juste valeur. Quelle destinée que celle du navigateur ! Il part plein de vie et d'espérance : envahi tout-à-coup par les horreurs du naufirage, il doit encore lutter contre sa destinée, interroger le péril , calculer la durée de sa propre agonie, assister enfin tout entier à son inévitable destruction.
Le matin du 6 novembre, un matelot cria terre. On s'efforçait d'entrevoir, au milieu des brouillards ) une montagne dont chacun dési-
gmii fMitè tl'iftie ittanièrè dSffërehte. Lé mont Garmei fut pourtant reconnu : une grève inhalé l«i MrViiè éh M; c^étàft h baiè tie
Le brick n^ouilla vis-à-vis de !a petite bdur^ gade de Caifii, àà pied du mèht Carmel (1).
Une embaixation nous conduisit à Saint-Jeàn* HAtre f en tritVàrsaùt k baie. La mèt était encore agitée, ia lame difficile à couper, et nous arlivAiBes avefe peiné im petit port de SàîntA Jean-KrAci^.
Leé murs éievéà du niâle soht tombés d'oné manière inégale; quelques pans couverts de créhéfmt dèntfsuréili èiièote debout. Notis ehtràmes par une brèehè pour éviter les brisans
(l) Le nom de Syn'e, donné par les Grecs au pays où je débarquais, vient probablement de celui d'^/jyntf, sous lequel est connu un empire célèbre d'Asie, dont les Ioniens étendirent les limites jusqu'à cette cote, lorsque les Assyriens de Ninive eurent fait de la Syrie une province de leur empire. ^
La Syrie, à celte époque , ne comprenait ni la Phénicie ni la Palestine. Les Arabes ia nomment Barr el-Châm , ou payfi dé là gâache : c'est ainsi qu^ils désignent tout l'espace compris daxtf le Cftrré d*Alexandrette à l'Euphrate et de Gaza an désert^ en prenant la Méditerranée pour base de cé cnré.
Damas, réputée capitale de ia Syrie » est appelé eux ^ Châm. Ainsi donc la Mecque sert de centre entre XYémen, ou pays defedr6ite,ctÀiir6^C(^, (ertèiiélkgtttélire. • '
VOYAGfi DANg LE LEVANT. $9
qui couvraient (f écume cette jetée » ouvrage des Crobës*
Saiut-Jean-d'Ac|re I FancieimeP/o^i»^, est Wtourée de hautes murailles , de fossés profonds ; de nouvelles fortifications forment à présent upe double enceinte, terrassée, fiUnquée de bastions. Elle se défend ainsi par les vieux remparts des chrétiens et les txavaux récens des ii>génieurs européens; sa fpnn^ est celle d'un demi-cercle appuyé sur ia mer. Les vagues se brisent contre {es tours qui garnissent le riv^e.
On trouve par-tout, dans cette viliç, up mélange de ruines gothiques d^ copsiructions modernes : ici une église entièreqient détruite; là des cloîtres, un palais, un hôpital, également abandonnés ; pli^s loin unç mosq^é^ nouvelle , riche et élégante ; des minarets dont h base sort du mdieu des décombres ; enfin le sérail , que des jardins en terrasse séparent des remparts. Des sycomores, des oi:anger^| le^ plus beau;c palmiers, balancent graciei^sement leurs cimes audesw d^ cet wembl^ge bizfuwe ; et cette vue tempère seule la tristesse et le dégoût qu'inspire
le séjour de SaintrJean-d*Acre.
Les rues sont étroites et fangeuses; les mai-
son3 1 construites en pierres de taille, basses, écrasées, avec des toits plats et de petites portes, ressemblent à des prisons. De lourdes arcades établissent des communications entre les terrasses des difierentes habitations.
Les consuls européens sont logés dans des kans (1) , grands bâtimens carrés, qui renferment une cour, et deviennent des forteresses dans les circonstances difficiles. On monte dans f intérieur par des escaliers rapides, étroits, où un homme seul peut à peine passer : trois étages de grands corridors, ouverts en arcades, donnent 4^sur la cour, au milieu de laquelle est une fontaine. Cest là que je reçus l'hospitalité chez M. Pîlhvoine , consul de France en Syrie : toute son obligeance parvint avec difficulté à faire de Son logement un lieu habitable.
Huit ou dix mille Turcs, Arabes, Juifs et Chrétiens, promènent dans les rues de Saintr Jeiin-d'Acre , dans ses bazars infects , une tristesse sombre et farouche. Tous les sens sont désagréablement affisctés par les diffi>rmités les plus hidçuses : des êtres qui semblent sortir du
(i) Coanvis aussi sous le nom à'okels, - - • -
sépulcre, se tiainent à demi iius, enveloppés dans de grandes couvertures d'un blanc sale , bariolées de noir; leur téte est affublée de haillons qui leur servent de turban ; et Ton rencontre, à chaque pas, à côté des victimes de l'ophtalmie ^ les victimes de la férocité de Gezzar-pacha (l), des aveugles . ou des malheureux sans nez et sans oreilles. Cette masse dliommes , inerte , misérable et dégoûtante , demeure sans cesse couchée au soleil , sous les murs des jardins du sérail. Soliman-pacha, qui habite ce palais, sort rarement en public: ce successeur de Gczzar, sourd aux cris d une population infortunée, passe sa vie sous des bosquets de myrtes et de ba<^ naniers , rafraîchis par des ruisseaux profonds et limpides.
Il abandonne entièrement la conduite des affaires à un Juif, Haïm Farhi. Celui-ci , intendant de Gezzar-pacha, n'avait conservé la confiance de son maitre qu'en subissant so4 caprice bizarre. Le tjrran doubla ses gages et le combla de bien&its le jour même où il lui fit couper le nez d'une manière si cruelle , que
(i) Ei-GtMzar, le Bo«cher*
çe s^rr^f (i) eA est deimucé bonriblemeiDl défi-r gurç. H^v^ç.i^t un hoi;ni:ne sçtupkj^ adroit; ses^ tré^rs sept iiiçalouj«^ble&. Le ptcbft actuel de Saint-Jeigg^-d'Acre ne dut quVujç jjojtçigv\e$ du Juif Tayantage d'être choisi pour successeur de Gça(z^, moirt daii$ son Ut» entouré de $ainset lie respects. Soliman et Hi^ Farhi fput le cçfXf^^rce çj^ciusi^v^n^ent et desp^tic^uep^t : ils. ^nt les seuls propriétaires deç terrains 19^-
l|A.en§e$ qu^ e^.virooAeAt ^4t<-4^*d'^^® ^ Tîazarçth. Les concussions, les a,yanies, la tyraiinii^ de dét^ dç cç< odieux §ouverneine»it ^ ïimspiveçt q^ue ie plus. pi;ofon4 ^în^P^^ pçur ççœ^ q^^ pi^uvent lendwer.
Haïm Farhi esjt le çhef dçs^ I^é^i^çux de 1% Syrie. II possède un palais somptueu)^. D^v^as » ^t me reçut^ (^efis i^e ifi^i^pn ^s^s^ m^dioç^e , au milieu de sp^ i^iiMUe et d*ifn girand i\om^ d esclaves. Je fus ajdmi^ jeiitfffiip^fi à 1 audi^nce^ du pacha. SpliipaQ est âgé de soixante %ns; né en Çéor^ie ^ If^liq ^. Inî vaU^ de& succès auprès d^ Qezs^ar, donl^ il fut esclave. Cet homm^ dépw^ nomm S9lwa%n p«iti9..4e
(i) Secrétaire inlime.
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^yde ; mais f ingrat favori cç^spara «QJMrfl fOn patron., ftit découvert , exilé ^g-teoipf f rrant che^ les Bédouins. Indigne de celle yie
de spn maître : dfos^a^ pendant quelque^ miimt^ son eîmei^e am* çau 4h proaerit;
il lui paj donnai cepe^i^nt, çt luif^^it mémQ
trouvai Solîm^a i^çcroupi dfti)^ l'âinglQ
louks j a^aUtaient à ççXt^ r^eptîon : tous^ sil^ç^i^, «ttt^iitifs, t^. mm eroîa#ea devanè ew^ osaient à pçine souriire d^^ plaisanteries d'uA boujSEbu qui jouit ^uiie grande ùmw 4 kl ^u.r 4e. ^oiùam* p^l^ba 91e fijt ^|§egir 4 côté c|e lui ; U fumajt en regardant avee atten* tion mes w^m^ ^t t^jut^s ije^ parties 4e nKMH unifori^e , et en m aceordaat avec politesse ce j?, lui iwmk^»h piMT l'eipitjremise di» dr og«. xxm\' Qo apporte ç^fé daps desj t«i3ae§. doF gwiieft die^i^^w^ plpn^ et te p(»g9^ cIq
Saltfn^ft çn étei^nt couverts, s to» questiow^ kit que je fisse 4^s. i^puyelie». focUiication^ 4^
arabes, dont il est très^ceupé. Je dus à ses soins et à la terreur quil inspire, la tranquillité la plus profonde et la (acilité de dessiner les lieux les plus remaiiquables. Jamais la plus petite insulte, la moindre menace , ne suivirent le mouvement de curiosité que nous inspirions en parcourant les bezestans. M arrêtant pai-tout pour prendre des vues , je dessinai , entre autres , celle de Sain t-Jean-d' Acre , du lieu même où cette ville fut canonnée sans succès par les troupes françaises sous les ordres du générai Bonaparte. Gezzar-pacha, aidé par les Anglais, soutint le feu le plus vif et repoussa les assauts ies'plus meurtriers. Soixante mille Druses n'attendaient que la prise de Saint- Jean -d'Acre pour se réunir aux troupes françaises; et peutêtre c'en était fait de TEmpire turc«
Les consuls étrangers sentent le besoin de s'appuyer, de s entendre, contre un pareil gouvernement : aussi vivent-ils dans la meilleure intelligence. M. Catafago , ridie négociant grec » consul de Russie , me reçut dans une salle meublée à la turque :-sa fenune , sesfiUes , portent ce costume. Elles étaient assises sur un divan très-bas et très-large , et leurs tètes étaient
enveloppées de bandeaux garnis de sequins ; elles portaient des robes de velours brodiées d'or, et leurs cheveux , tressés et parfumés, pendaient sur leurs épaliles. Deux d'entre elles me semblèrent charmantes, mais d'une immobilité si indolente et si fixe, quon aurait pu douter au {premier moment que ce iîissent des créatures animées.
M. Malagamba, consul d'Angleterre, est
logé dans le même kan que M. Çillavoine et les Pères de la Mission : ils ont une petite église dans ce vaste édifice, qui s écroule de toutes parts.
Les officiers de la milice dalmate et bosniaque- m'invitaient sans cesse à venir prendre le café dans leur quartier, lorsque je dessinais sur les remparts : quelques-uns mW compagnaient dans la campagne, m'offi^aient leurs chevaux , et parlaient avec admiration des efforts de l'armée française dans l'Orient. Le premier eunuque noir du pacha, jeune Ethiopien ifune adresse admirable pour tous ' les exercices militaires, me donna le spectacle du djeryd, dws la vaste plaine qui entoure les restes de la redoute des Français. Ses chevaux
76 VOYAGE PANS l£ LEVANT.
arabes , de la race de Guelfê , étaient choisis 4ras les haras i$ Soiimm , ({o^t ii était le confident et le favori intime.
. Son adoiiratioB , son étonnement , en voyant un dessiq , ne peuvent se comparer à rien. Ii w fit demander si les secrets de mon i^rt n'ai-* }aient pas j^squ a deviner ce qui sç passait dans f intérieur des édifices dont il reconnaissait* la forme e^i/^ie\:^ ; feu» assez peine 4 rassurer ; mais je ne pense pas l'avoir complètement cenvaineu de i|ion innocence.
Je quittai Sain t-Jeau-d' Acre le 12 novembre, avec une caravane assez nombreuse, i iaqueUe se joignirent quelques officiers du brick le Lézard* 0^t à c^tte époque que M. f abbé de Janson se sép^ de nous pour aller visiter le mont Liban et les étabiissemaia religieux de Seydie et, de IX^-mas, Après avoir traversé Caïfa et passé sousie inont Carmel, on trouve une plage biaiiche, sabiomieus^ , d^s collines incuj^s qui bordeot par-tout le rivage de la mer , dont elles sont éWignéc^ d'environ une lieue. JUes ruiner d une ville importante, de la dernière forteresse des Ccoisés, s'élèvent au-dessus des bouquets do lentii>que$ et de çaroubiers. Alblit montre se$
tours , al^ftnâennéés depuis iong-tèmps ; son pori, eù lès èkUes s'amoncelient; ses rempaHs^ jadis le noble i^fuge des chrétiens de la Palestihe; sM fio'âiùs) qui sent deveilus des marais infects et impraticables.
8urpl« pal* là ^ de k pliis lAaiheureuse bourgade de la Syrie le kan de Tani&éété, étaht oéeupé pat* liÉé caravane airivée àVaht la nôtre, nous fûmes contraints de nous placer souà de pétites cabanes « séjour habi* tuei des crapauds et des insectes les plus importuns e% lès plus èchàfnés. FOTcés de quittei^ cette triste demeure, nous allumâmes un grand feu , et nos Arabes ihiMrèiit et chantèrent tout le reste de la nuit : cètte féte na pas pu^éirtïbèBfr iè sétttenir que je conserve de Tantoura.
Parti bien avant le jour , je voulais visiter Gésaiée; Cette viHe, dans une position semblable à celle d'Athlit , est entièrement déserte ^ et la eôbservàtioh de ses remparts , de son p6rt , de ses monumens , inspire une surprise indéfi- . liissabfe. Ofa y trouve des i^es , dés places \ et en rétablissànt les portes de ses hautes et térriUèé^ inihitiiies ^ ii serait .fitcHe d'fcabîter et
78 VOYAGB BAm Ul UVANT»
de défendre encore Césarée. Un éréaemeût
désastreux semble avoir fait périr ou mis en fuite ses nombreux habitans depuis peu d'années ^ depuis peu de mois. Les murs de Tégiise sont empreints de la fumée de Tencens des chrétiens; on retrouve même jusqua la chaire illustrée par des évéques savans et coorageux. Les tombes sont ouvertes, et des ossemens attestent seuls le séjour passé de l'homme au milieu de cette solitude, effrayante. Le silence qui règne ^ C3ésarée , n'est troublé que par le bruit régulier .et monotone de. la mçr : les vagues s'indignent de rencontrer des obstacles inutiles , d'obéir à ceux qui ne. spnt plus ; elles brisent avec, furie , elles couvrent d'écume la jetée et le^ quais du port« Leurs efiprts [redoublés ont ' ébranlé des masses énormes de granit ^ la tour du pj^Mpe s'es( entr'ouyerte ; l'escalier^ jies distributious.du château restent à décpuvert, et foiseau de proie en fait sa demeure.
Çésai'ée , que les Ai ahes nomment Qe^sà^yeh, renferme encore des .colonnes superbes et en grand nombre , dont .quelquesrune& sont parfaitement entières ; plusieurs^ dans le moyen âge , âtfcut. employées à la construction 4^ ooiôle :
cet édifice savani^t trèaJoin dans la mer; les
matériaux les plus riches servirent à former sa base. On voit, parmi ces débris, des blocs de granit rose de huit pieds de proportion » qui portent des inscriptions latines ; mais elles sont trop frustes pour pouvoir être déchifirées. La mer devenait toujours plus orageuse, Técume réduite en pluie nous atteignait par-tout^ et, malgré ma curiosité , je ftis contraint de quitter le port dé la noble et triste Césarée.
Nous suivîmes encore, pendant 1 espace de deux lieues, la plage la plus* âpre et la plus désolée : on seloigne ensuite de la mer pour traverser les plaines incultes qui précédent Humcalad. Dégoûtée par la petitesse et ia saleté du kan , la caravane bivaqua sous un sycomore , auprès d'un puits abondant : de jeunes femmes, assez belles, y apportaient d'un pas maîestueux la cruche de Rachel. Lie cheykh el-beled (l), vieillard vénérable, nous offrit le chevreau , des pastèques, du bois. La cuisiner Alt faite à la hâte ; nous avions à-Ia-fois le plue^ ^rand besoin de repos et une fain^ pressante*
- (i) Commandant du village : tl est ordinairement choisi parmi • les neillards.
Après ce repas frugal et «n soilhmefi réparateur f on reprit la route de Jafa , où nous
arrivâmes te 15 novembre. En suivant le rivaore
de la imer, on enfonce dans un sable dont la
blancheur fatigue la vue ; et ce n est qu'assez près de la ville que Ton troure tout-à-coup d'énormes figuiers , des fontaines , des orangers et des toitabeaux.
Ja& ^ iancienne Joppé , que les Arabes nomment Vafà, vient d'être aghihdté, embélliè, fortifiée par les soins de Méhémet-aga , son gouverneur , dont f aurai occasion de parlér ûini la suite : il était absent, et venait dé se tendre à Nabolos , fanctenhe Stchefn, pour àpàisër uîié sédition.
Le port de Jafa est petit , et dangereux pendant neuf mois de Tannée. JTallai . descendre au couvent des Pères de la Terre-Sainte. Ces relî* gieux nous reçurent d abord aVèc une Sorte dë
froideur, qui fit place ensuite à la plus prévenante bonté. Leur hospice est très-pauvré ; les atimâne*S deviennent rares, les pèlerinages sont difficiles, et le sort chrétiens de la Syrie est plus dé< plorable que jamais. Us viennent timidemejat entendre la messe dans une petite chapelle vofttée»
TOTACffi DANB. XR IZVAlfT. . 81
^ w&ukKtm ut y mystérieuse \ ,.qui rappelle le iultt
des premiers chrétiens dans les jcatâcombes. Perr ^ séculés sans cesse , ces malhetireax oublîeûl au pied dcTautei leurs sacrifices et leur profonde iiûsèi^*
. UhôpitaldeJafa, célèbre de tant de manières, célèbre aussi par le qiagnifique iaUeau qu*A a inspiré, est situé à peu de distance du .couvent. J'essaierai de dire queiqiies:iiiotssiir Jafa , kmon retour de Jérusalem. Nous .partîmes poui^ Rama à treîstbettres après imiK. J'y arrivai dernsit^ suivi dlun intexprète- â:/ gavais un .c^ieval .trèsf ardent, qui me forçait à précéder mes:c6mpa« gaons de wjfsjge. Nous .étions' adressés an.supé** rieur du couvent de Bjnauii cetaitun Espagnol, naturellement' brasqaeiv 'd(^t::la;^s était baute et la voix tqnnjuitc. Ce bon moine ne me parut pas résigné-àu mafl^v dont ces rel^ieuz sont toujours menacés. Le couvent de Rama»
MÉIe^'VOûté, f^faapectjd'uneforteresse.: ouin'y <ion|ii^ ia diaiabre laplus propre , sur une .ter* tasse lAttvirtum ée^e palmiers* : » :
: Pour se rendue à Jérusalem, il faut traverser î féiidanl deux ou trois mittes , des plaines asseï iiieuoi^tivées » . ceUes. xle. l'anoieiuie. Ario^atlue
8S VOyAOB BANS LB LEVANT.
et 4ie Lydda. Lé soleil levant éclairait notre
route : j arrivai aux collines de Latroun. «Voilà, «me dit le drogman , k patrie .du mauvais larron; ttceux qui regardent long-temps au fond de »ce puits, là-bas, a|outa*t-il, finissent par voir 2>ia figure de cet homme de sang. On pénètre ensuite dans des vallées profondes : la végéta^ tion devient faible, rare; elle cesse enfin toutéisàt', Jes:pieds.jie;f0ttleèt -pkis, jusqu'à Jern» salem , qu un sol ifiégal , rougeàtre «t ingrat; faï ne-^découvre au.Join que des éboulemena iounenses , ies lits de tocrens desséchés ,! et des chemins tortnéux,' couverts de pierres aiguës. Des citernes détruites ., au. fond desquelles sé» joume une eau verdâtre; des montagnes nues^ escarpées : voilà. Jérémie , voilà, la vallée de Térébinthe , voilà ce qui prépare lame à 1 impression forte et terrible de l-appariticai do. Jé* rusalem.
' Le soleil aiiaît.se coucher,, quand,- du faaut
dutie montagne, où je suivais un chemin pier^ reux, que deux murailles séparaient d'avec des champs tout couverts aussi de cailloux, j aperçus enfin de longs reipparta^ des^urs, devdsteàéd^ fices , environnés d'une terre aride et de|>oinlaÉ
ée rocher noircies et conmie brûlées par fat foudre : cetait Jérusalem. On voyait çà et ià quelques. chapelies ramées, le mont Son, et plus loin la chaine décharnée de» montagnes de FArabie déserte. Emus , pénétrés d'une terreur involontaire , nous saiuftmes ia viiie sainte, dont la première vue fait autant d'effet sur les sens que l'existence et la dispersion du peuple juif peuvent en produire sur l'esprit.
La porte de Bethléem ou d'Ëphralm , par laquelle notre caravane fit son entrée , est peu éloignée du couvent des Pères de la Tenre*-- Sainte , qui nous reçurent avec la charité iar pins soigneuse. Us habitent ^ une maison im-^ mense , dont la porte , basse , écrasée , garnie de fer , est toBjonrs ouverte aux pèlerins , à tout ce qui soufire, et toujours insultée par les Musulmans. Ensuite , après avoir passé sons des voûtes, on entre dans. une cour intérieure^ où des escaliers sombres et détournés conduisent à plusieurs cloîtres et à l'église. C'est là que de courageux solitaires combattent chaque jour contre les porséeutimus des Turcs, la haine des Grecs et les souvenirs de la patrie. J entendais, tons ces faonunes, venus 4e pays si différeus,
confondre leurs voix avec cette de Thabitant
dlsraël. Un religieux, qui avait autrefois exercé avec Iiabiieté les arts de fËurope , jouait de l'orgue; et l'encens fumait dans ce lieu, oîi retentissent encore les pardes du Dieu dHoreb çt de Sinaï.
Je n'essaierai point de peindre Jérusalem après le grand écrivain dont la plume brillante et animée en a fait un si admirable tableau. II est dil&cile de voir la Palestine sous un autre aspect que M. de Chateaubriand, et impossible d'en parler après lui : il a tout moissonné sur la terre de Chanaan. Malgré la maiédicdoR dont cette terre est frappée, sa récolte a été abondante; elle a épuisé les champs de Zaï bulon , de Mageddo, et les plaines de Pliaran : il serait inutile et. maladroit de chercha à glaner sur ses traces.
. Je plains le voyageur, s'U n'est guidé parmi ces nobles ruines que par le doute et finmie; j'envie, au contraire, le bonheur de l'homme qui voit cette terre singuyère avec une foi. vive et confiante. Mais , quelles que soient les opimons religieuses , le seul engourdissement de i^esprit pourrait supposer à la sensation de
VOrAGE DANS LE LEVANT. S6
surprise et de respect quiospire Jérusalem.
Tout est silencieux autour de cette viile, tout est muet : ie dernier cri de THomme-Dieu semble avoir été ie dernier bruit r^té par les échoa de .Siloé et de Gehennon. Des sommets d'Abap rim, de Phasga, d'Achor, la nature désolée se présente à vous comme un témoin encore frappé d'épouvante de la scène qui vient de se passer. On se figure les guerres meurtrières des Croisén comme ces combats qui se passent dans les nuages, et dont la vue annonce de grands désastres aux enfans de la terre.
Le jour même de mon aimée, je vis toute la population juive de Jérusalem réunie dans la vallée de Josaphat : le motsaUam (1) avait vendu aux Hébreux la permission dy célébrer la féte des Tombeaux. A voir ces captifs assis en silence sur les pierres sépulcrales de leurs pères , on eût dit que la trompette redoutable s'était fait entendre, que les générations se pressaient sur les bords du Cédron, et que du sein de la nuée étaient déjà sorties des paroles de joie et de douleur.
(i) Gouverneur.
< Le quartier des Juifs est la première chose . que fe voulus visiter. Huit ou neuf mille fils des maîtres de Jérusalem habitent encore cette capitale du passé. A peine peut-on appeler du nom de rue un espace étroit , montueux , couvert de boue , qui divise les maisons à demi renversées du quartier des Hébreux. Des êtres hâves , mdlsains , d*une physionomie fortement prononcée , sy disputent avec acharnement pour quelques médius (l). Descendu , par un escalier ruiné, dans des caves dont les voûtes étaient éboulées ou soutenues par des piliers ' •qui furent jadi^ sculptés et dorés , | appris avec surprise que c était la grande synagogue : des enfims couverts de haillons y apprenaient d'un •vieillard aveugle Thistoire de cette ville , où leurs pères adoraient le Dieu dlsraêl*et de Juda sous des portiques de marbre, sous des voûtes appuyées sur les cèdres du Liban. Us redisaient •les miracles de celui qu'ils attendront aussi , de celui qui guida jadis leurs ancêtres dans les déserts de Madian , et qui les ramena tant de fois en triomphe dans cette terre de Chanaan, oà
(i) Petite monnaie turque.
devaient couler des sources de lait et de mieL Sdens dolorem ejus, deseendi ut Uberem mm de mambus jEgyptiorum , et educam de terra iUa in terram banam ei spaHosam, m ierram quœ Jbdt lacté et mette. ( Ëxod. UI , 8. )
Teb sont les restes de ce peuple , dont b captivité laissa par-tout de si ^wids souvenirs, cpii éleva de ses mains et baigna de ses sueurs les monumens les plus fastueux de Memphis et de Rome.
Je me rendis le. même |our cbes Abcfit Kerym, aga motsallam, gouverneur de Jéru« saiem (l) : cette ville d^nd du pacbatik de Damas, dont elle est éloignée de quati^e jours de marche. Le motsaUam est un Turc da Constantinople , qui jouissait de qudque &* ▼éur à la cour de Sélim : à la mort de ce dernier, la fortune d'Abdil-Kerym lui valut une disgrâce complète ; relégué depuis à Jé> rusalem , il tire parti de ce gouvernement avec des formes douces et polies. On prit du cafii, nous fumâmes la pipe. Abdil-Kerym approcha
(i) Cette ville est située, selon les tables françaises | par le ^1* 46' 34" de latitude et le 33* de ioogitude est
88 ' ' VOYAGE lUNS LE LEVANT:
respectueusement de son front le firman dtt Grand-^SeignetiF : fe lui présentai ensuite les personnes qui m accompagnaient, et les Jettrea qui 4tti étaient adresséès. Le drogman du cou« vent du Saint- Sépulcre nous servait d'inter* prête. J'insistai sur la permission de premfee des vues de ia ville et des dehors î laga sen fil expliquer longuement Tobjet, les moyens j et &Ht par m'acoorder cette grâce. U. s'empressa de m'offrir une escorte pour le voyage de la mer Morte, que je voulais entreprendre iiprès eiiui'dé Bethléem.
Abdil-Kerym avait un bel enfiwt que fe ca^ ressai beaucoup , des janissaires à qui je fis des . présens, des esclaves <|ue je payai, et nous nous quittâmes fort satisfaits l'un de l'autre. • . '
Nous traversâmes la vallée de RephAïm pùiit aiTÎver à Bethléem ( en sLc^he^Bei/t el-lahm). Eile fut absi nomniée , dit-on , par Abnediam , et cé nom signifie Maison du pain (i) : on l'appela aussi Ephrata [Fructueuse ] , pour la distinguer d'une autre Bethléem située dans la tribu, (k ^abulop, Pi^vid y gar4a {es troupeaux. Abemi,
Booz et Ruth étaient Bethléémites. Les pre* miers dirétîens se hâtèrent de construire une petite chapelle qui renfermait ietabie dans la* quefle est né Jésus-Christ : f empereur Adrien y substitua l'autel d'Adonis ^ qui fut renversé par l'ordre de S." Hélène , et sur les débris duquel elle fit construire une église spacieuse, dont la forme et f architecture rappellent celles de Sainte Paul. hors des murs, à Rome, âuarante-huît colmines de marbre rouge d^gypte soutiennent une. charpente que l'on assure être de bois de cèdre : les -mosaïques, les peintures dont les murailles sont ornées , portent tout le caractère delà barbarie du moyen âge; mais le goût en est moins mauvais encore que celui des chapiteaux et des bases des colonnes. Les Arméniens/ sont en possessk>n de ce temple.
Les religieux me conduisirent en procession dans l'église souterraine ; ils me montrèrent le lieu où s'arrêtèrent les mages , et celui où Jésus- Christ reçut le jour : toutes ces chapelles sont incrustées de marbre, de jaspe, de lames de i>ron£e'doré ; elles sont éclairées par une innomibraUe quantité ie lampes dor et d'argent
Ibe couvent est vajite , enfermé par de hautes
90 yOYAGB DANS LR LEVANT. .
murailles ; il a tout Taspect d'un château fort : la porte, principale est très^basae » très^troite , poui' éviter que les Arabes puissent pénétrer dans le couvent à cheval et en grand nombre. tTy trouvai , à mon arrivée , un tumulte effroyable : Bethléem venait d être frappée d'une contribution de dix mille piastres à répartir sur la po*» pulatîon, qui est entièrenient chrétienne.. On n entendait que des menaces et des cris.: les bons religieux , habitués à ces orages, ne nous en fusaient pas moins les honneurs de leur modeste réfectoire avec toute la prévenance do cet esprit charitable et hospitalier que j ai trouvé dans les autres monastères de la Palestine.
Les habitans de Bethléem cultivaient une partie de ces coteaux de Rama qui entendirent les regrets touchans de Rachel : cette ressource leur a été enlevée; ils sont réduits àfiûre des chapelets, des croix de b<Hs incrustées de nacre, et des imitations de la crèche ; tout eek se bénit au Saint-Sépulcre , se vend aux p^ • lerins, et se paie aux Turcs. Les filles de Bethléem ont généralement de la grâce et de la régulai'ité dans les traits; un voile enveloppe ieiir visage sans le cacher ; leurs bras sont nus
et souvent de la plus belle forme : elles furent très^^racieuses pour nous. Je visitai plusieurs ' fiuuiiiesi et ces bonnes gens m'accompagnèrent en formant pour moides souhaits pMns de bien*' veiliance*
Les maisons de Bethléem, basses et carrées comme celles de Jérusalem , sont couvertes d'une ' terrasse ou dun petit dôme : presque tous les escaliers sont extérieurs. En sortant de la ville , la vue s étend à droite sur les montagnes d'Hé* bron ^ où fou montre encore le tombeau d*Abr»> ham, et sur la vallée de Mambré, où reposent , les cendres de Caleb. Plus loin , se voient les monts d'Ëngaddi, les collines dOdoIIam, le rocher aigu qui protège la caverne où David se -cacha pour se soustraire à la fureur de Saul , Massade, les vestiges du fortdUérode, Béthulie et les sommets de Sennachérib.
Xétaisà.peine de retour à Jérusalem, que je m'occupai des prépa]:ati& de mon voyage à la •mer Morte : la crainte que la tranquillité précaire de ce paya ne fût troublée , me fit avancer mon départ pour Jéricho. Abdil-Kerym me donna pour escorte quatre cavaliers dés plus braves et des plus déterminés de sa garde » un drogman
chrétien qui parlait un assez mauvais italien^ un chef des Arabes nommé Méhémet : f»une»
nai aussi un mamlouk , nommé Hàggy SoUr rnim, qui m'avait été donné par le pacha d'Acre* Soliman était ie plus doux, le plus charitable des hommes : f aurais été complètement satis- £BLit de lui y s il n'avait parfois déployé un zèle trop vif contre ceux qui me regardaimt dessiner. Mon domestique me suivit, l'aga m'envoya d^excellens chevaux , et nous étions tous diargés d*armes.
Notre caravane sortit de grand matin de Jérusalem par la porte de Setty-Maryam, traversa le torrent de Cédron , et se dirigea sur Jéricho en prenant le. chemin de Béthanie. U meut été difficile ^assigner, aaprès la température de f air et l'aspect des champs , 1 époque précise de ce voyage : dans toute la Judée, quelques pluies seulement indiquent f hiver, l'automne n apporte point de fruits , le printemps ne fait pas édore une fleur , et cependant les ardeurs de l'été consument Haceldama et tarissent 1^ source de Siloé; on. croirait qu'il ny a plus éd saisons pour cette, contrée malheureuse.
Cest à Bétfaanie que se voit la grotte où
Lazare fut enseveli. Dans sa résuitection peinte par Rembrandt , ce grand artiste a tout-à-fait deviné le lien de la seène : n'auraitil pa& consulté ie portefeuille de quelque voyageur ?
' Engagé dans une vallée étroite, on suit le lit d*un torrent , dont les sinuosités conduisent jusqu'au mont àiAdomim: cest une colline argileuse, et rougeâtre, inculte comme tout ce qu'on vient de parcourir; les restes d'un cloître ou d'un kan couronneiit le sommet Adamim signifie du sang en hébreu. Après une halte d'une demi -heure, nous entrâmes dans des* ravins presque impraticables , qui semblent éti*e les eflfets d'un désordre réc^ de k nature. Des mon* tagnes blanches paraissent sillonnées par le ieu , empreintes de la eouleur du soufire , et ne peuvent être comparées qu'à la solfatara de Naples. Descendus dans des abtmes , nous fômes obligés de gravir des roches aiguës, afin de découvrir la plaine de Jéricho (l), où l'on arriire peu après: ies Arabes la nomment Ryhah. Ce n'est plus qu'un assemblage de cabanes de terre et de ro-' •eaux , recouvertes d'aune espèce de fougère Je»»
« (I) /MAP en Mbi«â t%iiiSè Aric.
aéehée : ses murs si célèbres sont remplacés par des fagots de ronces et de chardons^ qui défendent à peine les troupeaux contre les attaques fréquentes des bétes féroces. Uaga, pour lequel j'avais une lettre du gouverneur de Jérusaiem , habite une tour carrée , ruinée à tel point, que jeus beaucoup de peine à monter jusqu'au logement de cet officier. li était malade, et, jugeant sans doute de mon crédit par les ordres qu'il recevait^ it me pria d'intercéder auprès du motsailam pour le faire employer à Jérusalem. Ce chef de spahis m'assigna le lieu le moins incommode pour y passer la nuit : je n'avais p« . supporter fod^ et la saleté defhabitatiop où notre caravane était déjà réunie. Me& gens se placèrent autour d'un grand feu allumé en plein air , et dévorèrent un chevreau égorgé devant nous , dont une partie fut brâlée sur les charbons. Enveloppé dans mon manteau et couché sur la terre , je m'endormis malgré ce mauvais souper et les cris, de mes hôtes. lies notables de Jéricho étaient venus causer avec les Turcs de mon escorte ; la conversation fut longue et bruyante. Nous étions debout avant le jour : le soleil se leva derrière les montagnes
de f Arabie déserte ; léur forme se perdit dans une vapeur argentée , changeante , nuancée des teintés les ptas riehés et des plus admirables cou^ leurs : combien je r^rettai de ne pouvoir pas peindre cet effet fugitif et mefveilleux!
Jéricho est assise dans une plaine, La mer Morte paraît sur la droite , cachée en partie par le promontoire deSegor. Le Jourdain se montre de loin sur la gauche , entre des monticules GOiiverts de buiâK>ns né^inenx. Derrièhî moi étaient les montagnes (Jue je venais de quitter, et dont, le désordre . et la solitude m'avaient frappé d'une manière si vive, . Xjes femmes de Jéricho sont vêtues d'âne chemise bleue , attachée par une ceinture ; leur tète est couverte; d'un voile : elles ont les jambes et les pieds nus:, ainsi que les bras, qui sont ornés de bracelets d'argent , d'étain ou de vcfrre. Ëlles sont presque toutes grandes , élancées ; mais
ion remarque chez ,les plus jeunes, une lutte continuelle de la beauté contre la misère.
Uitga de Jéricho foignit quelques, hommes à notre escorte. Nous traver3âmes une plaine sablonneuse, où se trouvaient seulement d«
M yontàGE BA»ê us UeVANT»
loin en loin quelques petits arbustes ^pineià èl
quelques plautes du parfum le plus suave. Plusieurs auteurs pensent que {a couronne (Tépines de Jésus-Christ fut formée d'une brancha de rhamnus, arbuste que les Arabes nomment alauseffi, et qu'on trouve en grande quantité près du Jourdain : plusieurs Tolumes ont été écrits pour attaquer ou défendre cette suj^o* N sition. Ce pays est souvent couvert de sauterelles : les . Arabes les font cuire .avec ^oin et les trouvent d un goût très-délicat ; je fiis peu tenté d*en faire 1 épreuve* Hélas! que sont: de* venus les jardins qiii couvraient ce rivage ? Jéridio. jQ'a^ pbis de fleurs^ fdus de. nioSsaons. . Sicut plantatio rosœ in Jéricho. Achor red&p mandé ses sources vivifiantes; A8a8on4iuunar pleure ses forêts de palmiers : une main puissante arracba ses vignes féobndes. Btàrua Cypri dilecius .meus mihi,m vineis Engaddi*
îious marebionsayecordre , quelques hômmes formant favant-garde. Uaga avait été prévenu qu'un corjps d'ArabesBédouins(l) s'étaitmontré la veille 9 . et quiis avaient dû coucher? sur la
(i) solitude ; bedâoujf, homme dn déiert, dérivant de
Digitizod by Gû*..wtL
VOYAGE DANS LE LEVANT. 97 rive opposée du Jourdain. On aperçut quelques lanees au détour d'un monticule : des hommes à cheval fuyaient sur plusieurs directions ; nous 1^ourùmes ventre à terre à leur poursuite. Un Bédouin , trahi par son cheval , se laissa tomber au milieu des roseaux , au moment où il selançait dans le Jourdain : nos mamlouks i atteignirent ; les cimeterres étaient tirés , il allait périr, iorsque je demandai sa grâce , que Soliman eut beaucoup de peine à m'accorder. Cet Arabe , frappé de terreur , fut long-temps avant de pouvoir s ex- "prîmer. H était de la terre tfHébrôn , et venait avec les siens venger la mort d'un de leurs cheykhs, tué depuis trois jours par des Bethléémites. Je ne pus jamais parvenir à lui fidre Tendre sa cavale , qui hennissait autour de nous. Les prières du Bédouin » ses pkurs , irritaient de nouveau nos spahis. J'arrachai une seconde fois ce pauvre Arabe de leurs mains : il se précipita dans le Jourdain , gagna la rive opposée 'et disparut.
Les bords du fleuve sacré , appelé par les * Arabes el'Charia, sont élevés et couverts d'arbres; l'eau en est jaunâtre» trouble et assez profonde : sa largeur est f environ un quart
moindre que celle de la Seine (1). «Tai pris une vue exacte du Jourdain dans iendroit où une lie cachée dans les^bres et dans les roseaux (2) arrête le courant , le fait refluer, et donne du mouyement à cette onde par-tout assez paisible* Ravis du murmure de Teau, dont nos oreilles étaient déshabituées, nous nous plongeâmes avec délices dans le fleuve.
«Tai rempli tous les devoirs du voyageur , accompli les ablutions, et emporté de cette eau saiate , dont nous bûmes avec tant de plaisir. Nos chevaux marchèrent dabprd difficilement dans la plaine sablonneuse qui conduit à la mer Morte. Mes janissaires et mes Arabes chantaient, et tiraient des coups de pistolet. Soiiman - aga , chef de l'escorte , était le plus adroit ; il montait un superbe cheval arabe. J imitais mes guides : tantôt nous cheminions au pas en silence , plongés dans des rêveries dont le sujet était sans doute bien difierent; tantôt nous courions ventre à terre sur ces plaines de sable.
(i) On peut la supposer de quatre-vingts pieds : ie Jourdain ^ dans ce lieu , a de douze à quinxe pieds de profondeur.
(a) Les Arabes font des jareiots, des piques» des lances » avee - ees roseaux, auxquels Us atUcheot une idée superstitieuse.
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respirant les parfums, jouissant de notre indé* pendance : c'est ainsi que f arrivai sur les bords de la mer Morte ou lac Asphaltitc.
On assure que cette mer a vingt iieue» de Ion** gueur et dix à peine dans sa plus grande largeur^ Les Arabes la nomment BakarLd^A. Us piiraient nutrefois de conduire à un pilier enduit de bitume , qu'ils montraient comme la statue de sel ; il est impossible à présent de pénétrer jusque là sans danger : les Bédouins y sont dans un état . de guerre continuel av.ep les.vioyageucs. La plus grande longueur de la mer Morte est du nord lui sud. C'était du côté de la rive occideutale que se trouvaient les cinq villes de Sodonie , Gromorrhe, Adama, Seboyi^ c^t Segor. Les Juils croient qua la venue du Messie, ces villes abir mées dans les flots reparaîtront dans tout leur éclat : Et soror tua Sodoma et filiœ ejus re* jverimtur ad aniiqmiaUm suam. ( Ezéchiel , cliap. XYI, V. 55.)
La vue générale de Ja mer Bforte et. des montagnes qui lentourent, jointe à latlas de cet ouvrage, est prise du sommet d'un monceau «de ruines informes : on croit y reconnaître celk» de Gomorriie. Cest vi^à-vis , sur le mont
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Nebo, que mourut Moïse : c'est au-dessous qu'il iiit enterré. Cherchant sur le rivage de la mer les vestiges des villes coupables, je vis, en ^et, des restes de murailles , ceux d'une tour et quelques colonnes. Leau de cette mer est pesante, Acre et amère^ Elle rejette sur le rivage des bois pétrifiés , des pierres poreuses et calcinées. Les Arabes en iacontent des choses mystérieuses , et n en parient qu avec le respect le plus religieux.
Un enduit giutineux, salin , corrosif, couvre les ruines et tout le riviq^e du lac Asphaltîte. La végétation , qui suivait les bords du Jourdain , depuis le lac de Tlbériade, est remplacée, près de la mer Morte , par de petites touffes de zaqqoum et d'autres arbustes , dont on extrait des baumes précieux.
Nous prîmes ensuite , par les montagnes , la route du monastère de Saint-Sabas. Jen avais encore rien vu de si funeste , de si sombre , que ces vallées profondes, qui sont quelquefois fermées tout-à-coup par une haute montagne complèteméat blanche : on la prendrait aisément , quand le jour diminue , pour xm énorme fantôme qui défend le passage les crevasses , les' cavernes,
Oigitized by
figurent ses traits, et les ravins forment les plis de sa robe effrayante. Des montagnes de cendres, des cônes tronqués, renversés, des rochers d une forme bizarre*, fantastique et déchiré, voilà ce que je rencontrai pendant quelques lieues, jus* qu'à un point plus élevé, d'où fe revis la mer Morte. Le soleil se couchait sur TArabie déserte , derrière les montagnes d'Edom.
^ Quis est iste qui venU de Edom, Unctis ves" 4ibus de Bosra? , . .
Calcavi eos in Jurore meo , et canculcavi eas in ira mea, et aspersus est sanguis eorum super veêthnenta mea, etamma indimenta mea itir ^uinavi. (Isaïe , chap. LXiii , v. 1 et 3. )
Cette mer me semblait une table du plus ;beau lapis , dont les montagnes qui lentouraient formaient la bordure d'or.
' Plus loin, des rochers entassés paraissaient .tantôt une ville fortifiée, dont les murailles, les édifices, menaçaient le ciel; tantôt un amphithéâtre qui n'avait pour spectateurs et pour .acteurs que les milans et les vautours : dim- .menses aigles se balançaient aussi majesttieusement dans les airs, au-dessus de leur empire»
Le monastère de Saint-Sabas , construit sur
lOi VOYAGE DANS LE LEVANT.
Fangle d'un rocher, domine de quatre cents pieds le torrent desséché de Cédron. Cette solitude est la plus affreuse que j'aie vue de ina ▼ie : les grottes des cénobites sent creusées i cent pieds au-dessus du torrent, dans des lieux qui semblent inaccessibles. Des colombes et des milliers d'anachorètes habitaient autrefois cette vallée sinistre et désolée ; les tourterelles bleues volent encore aujourd'hui au-dessus de cet abîme. L'enceinte de cet immense monastère , auprès duquel on ne trouve pas un arbre , pas une plante , pas une goutte d'eau , est défendue par de grosses tours carrées. Deux portes basses, étroites, chargées de bandes de fer et d'énormes clous, nous furent inhumainement fermées : l'heure semblait indue aux moines grecs ; effrayés sans doute aussi par le nombre d'hommes qui composaient la caravane , ainsi que par Texpression d'impatience qui accompagnait nos sollicitations, ils nous refusèrent l'entrée du monastère. On nous parlait du haut des rem^* •parts, en se cachant derrière les créneaux; la •négociation dura une heure : les prières les plus instantes, les menaces les plus vives, tout fut inutile. Une cruche pleine d'eau , long-temps
kttendue , descendit du sommet d'une tour de quatre-vingts pieds de hauteur. Les caloyers y demeurent en sentinelle jour et nuit» dans la crainte des Arabes , dont souvent des tribus entières viennent les assaillir; ceux-ci s'emparent de toutes les issues , jusqu a ce qu un traité leur assure une contribution.
Nos chevaux, épuisés de fatigue, ne pduvaient plus faire un pas; la nuit était sombre : il fallait cependant regagner Jérusalem. Notre Arabe nous fit traverser des lieux inaccessibles , au risque de rouler à chaque instant dans des précipices : |e fermai les yeux et m'abandonnai à i adresse prudente de mon cheval, qui tantôt se laissait glisser sur des pentes rapides , tantôt s'arrêtait tout court, rebroussait chemin ou se détournait avec une intelligence admirable. Le tonnerre grondait, et il était deux heures du matin, lorsque la lueur d'un éclair nous montra Jérusalem; un autre, plus prolongé, frappa de sa clarté sinistre la vallée de Josaphat , le mont de f Offension , et le tombeau d'Ézécbias : sans les cris presque continuels de nos guides, la caravane se serait sans doute égarée; jamais les ténèbres ne furent plus épaisses.
Après avoir gravi péniblement jusqu'à Bàà eUNaby Dàoud^ la porte de David, nous fîmes une décharge de tromblons et de pistolets qui finit par réveiller la garde , et nous entrâmea dans Jérusalem.
' Je visitai le lendemain i église du Saint* Sépulcre : le couvent de ia Terre-Sainte n'en est éloigné que de quatre cents pas. Les rues de Jérusalem sont tortueuses et mal pavées; les maisons qui les bordent, ordinairement con»& truites en pierres de taille , ne reçoivent de jour que par une petite porte et une ou deux fenêtres grillées en bois. On vend , dans quelques chétives boutiques, des olives, des firuits ap* portés de Damas, du riz, du blé, et quelques légumes desséôhés.: un groupe d'Arabes mourant de faim dévore des yeux ces richesses, et le marchand turc fume sa pipe avec indilTérence , sans paraître occupé de ses intérêts. Le couvent des Pères de la Terre-Sainte étant situé dans la partie la plus élevée de ia ville , on descend, par des escaliers abrités sous les voûtes en ruine de Souq el-Nassâra, jusquà la place du Saint-Sépulcre. La façade de ce monument est un mélange du style moresque
Voyage dams le levant. 105
de I arehitecture gothique : une tour carrée,* privée de ses cloches, et rasée à la hauteur de leglise , est ainsi mutilée depuis iepoque où les Musulmans reprirent Jérusalem. Le dessin exact que j'ai fait de ce lieu , aidera peut-être à s*en former une idée. Cétaît un four de féte, les portes étaient ouvertes, un grand nombre de pèlerins se pressaient pour entrer ou pour sor« tir; des Turcs établis sur un divan percevaient durement le droit d'entrée ; on criait , on donnait des coups de bâton ; la foule s'embarrassait au milieu des processions qui se croisaient : tout cet ensemble composait un spectacle tumut tueux et affligeant. L église du Saint-Sépulcre a été décrite d'une manière si exacte , que je puis m'abstenir de répéter ce qui en a été dit par-tout : le plan de cet édifice est tellement irrégulier,' qu'on est long-tempsf avant d'en pouvoir saisir la distribution. Le dôme de l'église circulaire au milieu de laquelle ^ trouve placée la chapelle du Saint -Sépulcre , avait été brûlé le 12 octobre 1807 : il fut rétabli , six mois après , sur les dessins d'un architecte grec de Constantinople, nommé Comeano Caifa. Les Latins accusent de cet accident les Arméniens et les Grecs ,
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que leurs richesses mettaient seuls en état de le réparer : les Grecs trouvent en effet dans cette reconstruction , qui leur coûta fort cher, le prétexte d'éloigner du Saint-Sépulcre les ca-* tholiques latins.
Cette coupole en pierre enduite de stuc , ouverte comme celle du Panthéon ^ est appuyée sur trente-six pilastres; chaque pilastre est séparé par une arcade , qui forme une tribune circulaire , partagée entre les diverses communions admises dans cette basilique.
Le Saint-Sépulcre est un autel de marbre assez bas , de sept pieds de long sur deux pieds et demi de large, enfermé dans une petite chapelle carrée y construite en marbre, éclairée par des lampes d'une grande richesse , et recouverte en entier par une tenture d'une étoffé de velours. Un tableau placé dans Tintérieur, au-dessus de la pierre sainte , représente Jésus-Christ vainqueur de la mort. U est impossible de n être pas profondement ému , de n être pas saisi d'un respect ireiigieux, à la vue de cet humble tombeau , dont la possession a été plus disputée que celle des plus beaux trônes de la terre ; de ce tombeau dont la puissance survit aux empires , qui fut
couvert tant de fois des larmes du repentir et <Ie fespérance , et d'où s'élève chaque jour vers le ciel {expression la plus ardente de la prière. On est dans ce tabernacle mystérieux , devant cet autel des parfums» dont on vous entretint dès Fenfimce. Vo3à la pierre promise par les pro* phètes, gardée par les anges, devant laquelle s'inclinèrent , et le front couronné de Constantin I et le casque brillant de Tancrède : il semble enfin que les regards de rÉternel soient plus spécialement attachés sur ce monument , gage sacré du pardon et de la rédemption des hommes.
Je sortis de la chapelle et marchai pendant une heure, visitant toutes les stations, qui m'étaient expliquées par des religieux itaUens. Combien je regrettais que Gran^ ne fût pas avec moi ! quel beau motif de tableau pour lui ! avec quel art il aurait rendu ces effets mystérieux, dont il possède si admirablement le charme et la magie ! Passant ensuite par des nels latérales , >8ous des voûtes élevées , soutenues par des colonnes groupées qui n'appartenaient à aucun ^es ordres connus, nous rencontrions des ap> cades à demi fermées, éclairées pendant notre
route , tantôt par des milliers de lampes , tantôt par la lumière incertaine des vitraux. Ici, Jésus- Christ avait été battu de verges; plus loin, une couronne d'épines avait été enfoncée sur son front; plus loin encore, ses vétemens avaient été drés au sort. Diviseruni sibi vesiintenta fnea > et super vestem nieam miserunt sortem* (JÉRÉM.) Montant par un escalier qui tournait autour d'un énorme pilier , nous entrons dans une autre église , dont chacun baisait respec» tueusement le pavé : c'était Golgotha. Un re» ligieux , tout en récitant des prières , me montrait à travers des grilles la fente du rocher où fut placé l'instrument du supplice de Jésus, «c Voilà lé lieu , me disait-il , où l'opprobre et
la douleur vinrent prêter leur secours à la Il mort pour consommer avec elle le triomphe >^ du péché. C'est là que fut commis ce crime
qui consterna le ciel , épouvanta les sépulcres 1) et fit trembler la terre jusque dans ses abimes. »
Disons avec Bossuet : « CW là que Jésu»> ^ Christ sur la croix parcourt toutes les pro- « phéties pour voir s'il reste encore quelque
chose : il se retourne vers son père , et lui de- )i mande s'il est apaisé. Voyant enfin la mesure
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7à Gomblée, et qu*U ne restait plus que sa mort » pour désarmer entièrement la justice , il re- II commande son esprit à Dieu ; puis, élevant sa Il voix avec un grand cri qui épouvanta tous . Il les assistans, il dit hautement : Tout est con- 91 sommé . n
Des chrétiens de Coptos , de l'Yémen , de i'Abyssinie » étaient là prosternés avec le pèlerin de Tobolsk , de Novogorod et de Téflis.
Toutes les sensations que ces grands souvenirs font naitre dans mon ame, seront donc vaines , inutiles , perdues pour les autres ! me disais-je en sortant de ce lieu sacré.
Que vient faire ici le voyageur obscur , marqué pour loubli, dont le passage ne laissera aucune trace sur la terre? Comment pariera-t^l de Jérusalem, celui dont les plus nobles mouvemens furent étouffës entre les préjugés et les convenances du vieux monde? .Comprendra-t-il ces monumens mystérieux et prophétiques, celui qui n'appartient plus à la terre que par les regrets, triste héritage du commerce des hommes et des passions de la jeunesse?
Mais quelle langue inconnue et divine eût -été révélée au Dante i à Mflton , à Racine , à
KIopstock , s% étaient venus écouter ici , dans le jûlence de la nuit i lia chants de douleur dea filles de Jérusalem , si fes harpes d'or de ces chantres immortels avaient accompagné ces voix
touchantes au milieu des ruines du temple disraèi!
Cest (1 ici enfin , c'est du sommet de la montagne de Sion, que^ comme foiseau dont le regard altier ose fixer le soleil , le génie de Michel-Ange aurait sans doute dérobé quelques traits de plus à la majesté de Jéhovah.
Quant à l'effet général de Tintérieur de cet édifice , je poiurrais renvoyer ceux qui voudraient s*en former une idée assez juste , à quelque beau tableau de Rembrandt , sur-tout à celui de la Femme adultère : lorsqu'il traite le sujet du Samaniain, ce peintre semble avoir habité penr 4ant toute sa vie la Palestine. Le Poussin peignait le peuple de Dieu, écoutant sa voix dans le désert; et Rembrandt a fait revivre les scribes «t les pharisiens.
En quittant le Saint-Sépulcre, et suivant la voie Douloureuse, les pèlerins se rendent à ce qu on nomme le palais de Pilate : c est une grande .fabrique dom^iée par unç tour ^ et qui pocte évir
VOYAGE LE LEVANT. Ut
déminent dan$ $on ensemble et dm$ tous «es
détails le caractère de l'architecture sarrasine» On me permit de monter sur une terrasse élevée , doù je découvrais la place immense jadis occupée par le temple de Salomon : il est remplacé par deux mosquées counues des Arabes sous les noms Sel^Haram eUMoqaddes au Chety/ et de Djàmi eUHadrah. Je pense que le dessin que j en ai fait avec soin , vaudra mieux qu'une . description dillicile et toujours incomplète , telle ^ue je pourrais la faire (1).
J'ai dit que cette place était immense ; deusc de ses côtés sont entourés de bàtimens soutenus par. des arcades; Lorsque je fis la vue de ce lieu, j avais derrière moi ia piscine probatique; sur ma gauche, les longues murailles de Jéru*
(f) Lm Tores loiil ooDYaineiu que Mtboniet eit Tcna bénir cas mosquées; qu'il a visité Jérusalem monté sur sa jument r/-^9n2^« qui n*est antre chose qu'un ange au corps de dieval ailé et au visage 4e jGBmme* Le prophète doit revenir à Jérusalem i l'époque du jugement dernier^ accompagné de Jésus-Christ, ilon Allah [ Esprit de Dieu]. Il ^jambera la vallée de Josaphat; un de ses pieds posera sur le tempie , et l'autre sur le Djebel Tor : sa robe sera formée de peau de jeune chameau ; les ames des {ostes viendront s'y nicher comme des insectes \ et, lorsque Mahomet sentira, au poids de ses vêtemens, que toutes les ames des vrais croyans suat venues se ranger sous ses ailes , il prendra son vol vers le ciel.
salem qui ferment la partie orientale de ia grande
enceinte. Le temple octogone, placé au milieu, sur un parvis pavé de marbre , où l'on monte par quelques escaliers en passant sou» des portiques isolés, est peut^tre construit sur remplacement du Sancta Sanctorum : je renvoie à mon dessin pour juger de sa forme et de ses ornemens; on y retrouvera la recherclie et le goût de rarchi** tecture arabe. L'enceinte est enfin terminée et fermée au midi par un autre temple,, appuyé sur les murailles crénelées de Jérusalem , qui dominent, ainsi que le mur oriental , la vallée & Josaphat. On pense que le second temple était celui de laPrésentation [DjàmiêUHadrah]. Alybey el-Abbassy (1) assure que cette mosquée est soutenue par quatre rangs de colonnes : il donne, à ce sujet , des détails d'un grand intérêt , qui font vivement regretter qu'il n'ait pas dessiné l'intérieur de ces mosquées célèbres , il est plus que jamais impossible d'y pénétrer. Cest au milieu
(i) M. Badia, Eapagnol, connu dans l'Orient sons le nom ^Aly* hey eUA^Sasjy, qui entreprauit un leoond voyage dans le Levant, ^est mort,^ dtt-oo, pràs.de Damas. Le pacha d*Égjpte m*avatt parié de lui. dans des termes qui me laissent le regret de n*avoîr pu con* iciller à M. Badia de ne pat reparaître dans cette contrée.
VDXAGE DANS LE LEVANt. 113
«feft miurmiires que f ai achevé mon deattin ^ quoique je ne fusse entouré que des officiers de la ganle du motsaiiam : mais quelques-uns d'entre eux étaient hâggy, c'est-à-dire, pèlerins de la Mecque ; ils pensaient faire éclater leur zèle en biâoiant hautement la tolérance obligeante d'Abdil-Kerym. Les Musulmans en sont venus au point de maltraiter tous les individus des antres religions , dont les regards indiscrets cherchent à pénétrer de trè&-loin à travers les pop* tiques de ÏEcce Homo : ils se vantent d'avoir refusé à shr Sidney Smith (1) la fiiveur de visiter ces monumens.
Je suis honteux du peu d'effet qiàe produite mon faible croquis , quand je me rappelle la magie de la lumière sur ces édificfes si .variés . dans la couleur de leurs ornemens et si éiégaus dans leurs défiâls. Une piaine de gazon, semée de fontaines, de tombeaux, de palmiers, enveloppe ce parvis de marbre ; son reflet se niéle à l'éclat de Témail et .de l'or dont les mosquées sont couvertes.
A l'occident, derrière les remparts et au-delà
(i) Afiit b 4<feiike de 6uiit<Jeà»d*Acrt.
U4 ymAm dans i» unrAvrr.
4i» toiront de Càdiam ^MuaidJ, le mon* éw '
Qliviers [Djebel TorJ vient fiair dans la j^aur-^ gade de Silaw; plw kàa^ dans un paysage bqlUpar l'illi^QA d'une vapeur briilantejatdocée, a'iqieroeweat feii wilines de Betihléem , Ii^ mer MûCtQ moatagnes de f Arabie.
Ig-fl était posnliie de fiiire aujourd^iii ht ve^ oberohe de$ ne^U» .^5éaéraUe& de Tantiquilé hé?^ braïque, combien ellé serait çuriei^sè ! Quand piiunra-i<-oià fouiller cette terre .enriebie.par h deistructioa de tant d'immenses monumens !
Les mosqdées ac^uellea, conatcuite&par Omarf furent témoins de ia terrible vengeance des • Crojséa. Soladin , pour purifier le temple .de cette souillure religieuse., qn fit laver ie& pavés ^ iea muis, iocsqu'fl se r&néà maître de Jénin saie|3i, en 1 188. Cinq cents chameaux suffirent à peine , dit^on , pour appovt^ de i^Yémeo la prOK digieu^ quantité d'eau de rose en^playée dans cette cérémonie lustrale.
Je fis le tour des nuiraiUes de . Jérusaiem on assure que cette ville a quatre mille cinq cents pas de dccuit. La perte de âio»i £à& eUMoghreà, et la porte Sterquilinaire , sont
au midi , comme celle de .Nab^ JDumtL^ X(V*
chitecture romaine de la porte Dorée , Bâb eU Dakrii, murée depuis long -temps , rappèflè lepoque d'Adrieû. Les chrétiens de la Syrie sont persuadés que Jésus4[;;iirist fit S6A éhtréê dans Jérusalem par cette porte, quils vénèrent. Béé d^at on Béb etSetty-Matym , située à 1 orient, donne , ainsi que Bâi eUDakrié, dans la vallée de Josaphat. Lâ porte de Damas , Bâb el-Atnoud, placée au nord , est celle dont la forme m'à semblé k plus romantique , ta plus pittoresque. On trouve enfin à i'occidéni fat porte dIÉphraïm , de Bethléem , ou du Bienaiméi Bâb el-KhalyL Les murailles sont hautes, crénelées ; des tours carrées , garnies de meurtrières, les appuient à des distances rapprochées. Godefroi de Bouillon prit Jérusalem d'assaut le 12 juillet de fan 1099, à trois heures après midi, du côté de la porte de Damas.
C'est encore fendroit des remparts dont Tattaque serait la plus facile : Jérusalem résisterait > avec peine pendant quelques jours à la plu$ faible batterie établie au-dessus de la grotte d^ Jérémie.
Jérusalem, en arabe el^Qods [ la Sainte], est située sur deux collines, Acra et Moria.
Lorsqu' Adrien releva cette ville , le mont Cal-
vaire fut enfermé dans ses remparts. Golgçtha est une pointe de la- colline de Moria, si peu considérable., quelle se trouve entièrement enclavée dans la nef principale de Téglise du Saint-Sépulcre. On croit que Jérusalem contient encore vingt-cinq mille habitans, arabes, turcs, juifs, arméniens; il ne sy . trouve plus que deux cents familles chrétiennes. L'enceinte de la viQe contiendrait aisément six fois plus d'habitans : aussi une grande partie de ses rues montueuses,. dépavées , sont-elles inhabitées ; de vastes maisons, des églises , des cloities , sont entièrement abandonnés.
Je parcourais souvent ces lieux désexts ; je me faisais jour à travers les halliers, les ronces et les raquettes du iiguier des Indes. Le lierre garnit les parois extérieures des hantes, murailles, et i'aloès croit en sûreté sur les terrasses, dans les crevasses des clochers. Le palmier, oublié dans les jardins, s*est élancé jusqu'aux corniches les plus élevées : ses fruits négligés deviennent la pâture de f oiseau solitaire. J'ai souvent passé des heures entières assis au sommet terrasses, des tours, des minarets : mon
mne s'y pénétrait (Tune tristesse profonde ^ à ta vue de cette affreuse désolation.
PUmseruni super te manibus amnes trans'^ euntes per viam ; sibilaverunt , et moverunt caput smm super JiUam Jérusalem : Haeccine est urbs, dicentes, perfecti decoris, gaudium unîversoe terrœ! (Jérêm. Lament. chap. ii, v. 15.)
jrassistais à toutes les scènes désastreuses de cette ville infortunée, théâtre constant des passions des hommes et des vengeances du ciel :
que de fois Pair y a été frappé de cris de douleur ! combien de fois le sang de ses citoyens a-t-il vainement coulé, sans pouvoir éteindre i'incendie qui la dévorait et la colère des vainqueurs ! Les tableaux les plus terribles s'offraient en foule à mes regards : les flammes du temple selevaient jusqu'aux plus hautes régions de fair, qu'elles embrasaient; la milice céleste les voyait avec une sainte terreur consumer ces parvis , d'où n'étaient jamais sortis que la douoe fumée des parfums , le nuage mystérieux de l'encens disraêl. Oppressé par mille sentimens / je redescendais dans d'autres menu mens; je.
traversais les salles > ruinées de Hiâpital > de Sainte^Héiène , du couvent de 3cÛAt*Pierre , de
)18 VQYAC£ BANS l£ L£VAKT.
la mo$<juée d'Ahoubeker, de l église des Sept- Douleurs : je trouvaii par-tout <ieft cendres, det d^lbris , par-tout laccompUs^ement d'ua terrible
enrét.
Ainsi tout se détruit : |e cherchai vaiaeineat deiii: nobles tombes dans féglise du Saint-Sé» ulcre; elles eu furent enlevées par les Greç^, y a peu d'années : leurs maoïs sacEÎléges osèreut mutiler et détruire les tombeauji; d^ Oodefroi de Bouillon et de BatudouiB'i Qu y li^t ces inscriptions ;
êmàM» BB QODEFAOI M BOITILLOV.
iSe/ooef incitftus dux Godefridus de Bulion, qui totam istam terram ac^t^ùmi cuiti^i càmUano^ cuj^us anima rtffui mtm Chiffo ! Amen.
ipiTAPHB DX lAUDOVIN.
Rcx Balduxnus , Judas aller Machabœus , Spes patries, vigor eeclesict, 'virtus utriusque, ^dem formidabant, cui dona tnbutaftrtifoM, \ Cedar et j^lgyptus, Dan ac homicida Damascus^
Froh dolorl in modico cUutditur koc tumulo.
bdîgné de cet outrage , oïdWant que n^axais. nullement la mission, de redresser ua pareil tort , je courus chez le patinaveite gree pour connattre la vérité t poitf! lui demandée
coimpte de ces moAum^n» vespectaJbie^. J'es^
Sayais de faire» partager ma sainte colère au ^gmttn ^ni ài'aeêompagnidt) nous cherehioiis ensemble à recueillir une quantité de choses que nous dûviom diré à ces Grecs, et qui tefUtes me paraissaient saas réplique.
Le patriicrclie était entouré d'étéqiieS', tféni fittpecttieusement par des caloyers^ et gardé par plusieurs janissaires à la solde des Grèce. Cette soldatesque leur lait sa cour en maltraitBnt ies caâiolîques tomoiRS.
Le patriarche et ses archimandrites , sés diacrés , se confondireiit en politesses. Ils sont tMs tfone finesse ignotante; et je comptiu peu sur le succès de ma réclamation , dès que ^ me fas assuré qu'aucun d'eu n'avait etitenda JiÉrIer des croisades, et ne savait ce que c'était que k Jérusalém délivrée : que dire À de pareilles gens? Ils affirmèrent que ces tombeaux avaient été détruits par fnuceildie , tandis ^èi'incéndie n'attaqua point cette portion de 1 église du Saint- Sépuiere. On ftima la pipe , on mangea des fruits eonfits de Damas. Je me plaignis du peu d'hos* pltalîté des caloyefs de Saint -Sabas. J'étais A peine revenu chez moi , ifae le supérieur dè ce monastère m'y suivit : il venait me faire ses
120 VOYAOB DANS JLE LEVANT;
excu^y et des gens du patriarche m apportèrent de SA part un prësfflt de vin de Chyràz. Voiià le meilleur résultat de ma négociation.
Depuis mon retour en Europe , j ai parié de cette profanation et de la Seicilité de £ure ré-* tabiir ces deux tombeaux , avec aussi peu de succès que fen avais eu auprès du patriarche de Jérusalem.
. Quoique je n'aie nullemeat le projet de m'étâ»
biir juge de la longue querelle de l'église grecque et de Tégiise latine , je me sens néanînoins plutôt porté à prendre la défense des catholiques romains , parce qu ils sont pauvres et persécutés. Cette guerre, dont le Saint -Sépulcre est le champ de bataille continuel , aigrit les moines italiens et espagnols à un point difficile à croire. Leurs rivaux sont riches, et paient foumelle. ment le gouvernement turc pour en aciieter des privilèges qu'il urache aux prêtres latins. C!est tantôt un builet d'orgues qui est déplacé, tantôt un tableau qu'on enlève , quelquefois un refus de chuter une grand'messe; on écrit, des volumes à Constantinopie sur tous ces diffé-. rends, et il n'est pas rare de voir un «aini rdi-« ^ieux mou^-j^r dç chagrin d'un petit triomphe d^ô
Maronites y des Grecs ou des Jacobites. Les colères de ces pieux cénobi^s me faisaient une peine extrême : je ne concevais pas que de semblables misères pussent être aperçues des hauteurs de la montagne de Sion. . Us se chargent continuellement danathèmes les uns les autres , et chacun des partis se console par la conviction du succès qui i attend dans l'autre monde.
Le gouvernement temporel et spirituel des couvens de la Terre - Samte réside entre les mains des .religieux espagnols. Leur souverain envoyait autrefois de grosses sommes en Syrie. Tous ces établissemens sont sous la protection du Roi de France. Aujourdliui FEspagne promet beaucoup; le Roi de Portugal ofire des vœux; le Pape bénit la Palestine ; les autres souve« rains permettent à peine de faire des quêtes dans leurs états en faveur du Saint-Sépulcre.
Les Pères de la Terre-Sainte (1) ont det dettes et des ennemis : je les ai trouvés en guerre
ouverte avec plusieurs personnes. Ils poursuis
, I» I I . . Il
(l) Ils sont de l'ordre de Saint-François; j'en ai laissé quarante & Jérusalem, six «i Bethiéem, autant à Nazareth, quatre iKama •t autant à Jaii». . ' * - *
Tarent vivement M. PiUavoine , consul générai de France en Syrie, auquel ii» re)»ochaient de n'être pas assez bon catholique ; le consul se plaignait, de son cdté , du peu d'affectmn des moines pour la France , et de la profusion d'écus* sons espagnols, portugais êt MitricbîeBs, dont ils couvrent leurs murailles. O» voit que ce pro-» ' cès était, de part' et d'autre, une sort6 de passe* temps.
Si j'itf trouvé des modèles de vertu parmi les religieux de Jérusalem , fy ai. recentré , comme pôp-tout , des prêtres beaucoup trop occupés des aâaires de ee monde. Cependant, si lesrdigiettK qui composent les couvens de la Terre-Saint<* ue sont pas égatemeilt reciOnUmandableâ , j0 découvert chez aucun d'eux les turpitudes et iavicfoé dont M. de Voiney le» aiecuse : voihl le seul point sur lequel il lae serait impossible d'être d'aecord nvec eet écrivain , d'ulleurs A exact et si profond. Personne ne mérite moins d'éire voué a» mépris de l'Europe que les refi* gieux qui nous reçurent au couvent du Saint- Sépulcre : leur pauvreté n*est que trop réelle , et leur courage est trop cruellement éprouvé. Peutêtre letat des choses, les principes de$ hommes,.
VOYAGIEZ l£ i£VANT. 123
sontrils fort changés depuis trente ans : dans cotte deniière hypothèse , ye puis seulement affirmer (jue la réforme est complète. Le Père r<évérandissnne , Antonio Saivator, est Maitais, yeuné f d une santé faible , d un caractère conciliant et doux; mais le pouvoir est tout entier ^ntre les mains du procureur générai , le P. Ciemente Pe* rez , Espagnol , d'un esprit ferme et décidé : tous tes Castillans se réunissent à lui ; ils sont d'une obéissance et (Fun dévouement 4 toute épreuve.
Jesoito d» Jérusalem, W 34 novembre, par fat porte d'Epbraïm , pour aller visiter les sé* puleres des rois. Us sont situés à deux milles de la ville , dans une carrière de trente pieds de profondeur» carrée, divisée en deux cours par un rocher en forme de muraille , qui me parut avok quatre ou cinq pieds d épaisseur; on entre dans la seconde cour par une porte ronde , si basse , qu il £àut se courber extrêmement pour y passer. Les quatre côtés de cette carrière sont taillés perpendiculairement ; une ouverture de huit pieda de hauteur et de trente de longueur environ , pratiquée sinr Tun d'eux , s'enfonce de douze pieds dans le rocher. Le côté gauche de cette caverne artificielle présente une porte si
étroite y quoa ne pénètre dans une première chambre qu'en se trainant ; cette chambre , qui est petite » est suivie de trois autres : chacune d'elles a une avance en forme d*autel , où les corps embaumés étaient placés. Les portes qui feiinaieut ces sépulcres , étaient de pierre , ainsi que leurs gonds, qui étaient artistement travaillés. Un gros serpent et d énormes chauvesouris furent les seules choses que je trouvai dans ce iieu funèbre. On voit à feutrée du souterrain une frise élégante et de bon goût , sciiIp-> tée dans le rocher. Je renvoie , pour faire mieux comprendre cette description, à la vue que fai faite de ce iieu , dont la destination historique est incertaine ; les sculptures du fronton pourraient appartenir à i époque où Hérode le Grand gouvernait la Judée. Les sépulcres des juges' sont assez éloignés de ceux des rois. Des ruines de citernes prouvent qu'on essaya jadis de cultiver l'espacé stérile qui les sépare : le rocher pa« raît presque par-tout ; quelques chétifs oliviers croissent dans ses fentes, qu'ils disputent & des broussailles et à des ronces.
J'ai dessiné avec une exactitude extrême ce qu on nomme les tombeaux des juges , sur les- '
quels j'aurais à répéter à-peu -près les mêmes détails que j'ai donnés sur les sépulcres des rois.
Jérusalem est la ville des tombeaux ; les vallées d'Haçeidama et de Josaphat en sont couvertes; les vivans n'y sablent être que les gardiens de ces cendres innombrables : tous les rochers sont creusés pour recevoir des ossemens, et les flancs des montagnes sont chargés de pierres sépulcrales ; des inscriptions mystérieuses défendent contre les efforts du temps le souvenir de çeux dont la mémoire fut si vite effacée du cœur de l'homme. Tels sont ces lieux de lamentations, ces vallées de larmes^ vastes annales de la mort.
On vous montre, près de qudques vieux oliviers , la place qui fut baignée de la sueur de sang de Jésus^Christ, où lui fut présenté le cidice amer des outrages et du trépas; plus haut, le lieu d'où les fidèles croient le voir encore s'élever; dans les airs, et laisser après lui une trace lumineuse et brillante. Des marques de pieds, humains sont empreintes dans le rocher : le pèlerin les considère avec une pieuse confiance; il oubUe toutes ses fatigues , toutes ses misères , en appuyant son front chargé d'ennuis sur cette terre des miracles.
Les bazars de Jérusalem, oû se trmrent en* core quelques négocians, quelques ouvriers, sont voûtés et spacieux ; toutannoiiee qu'au lieu <rétre habités comme ils le sont à présent par des gens craintifs et misérables, ces magasins furent jadis la demeure de ces marchands de l'Asie qui trafiquaient des parfums de FArabie , des perles du Gange et des tissus de Lahor. De longues files de chameaux s'engagent sous ces galeries ; la foule s'écarte : le chef de la caravane , couvert de son g'ilabtas (l) et monté sur le droma* daire &vori, salue les passans en appuyant fa main droite sur son cœur; les autres lui répondent, le questionnent, et le derviche bénit le voyageur qui se courbe devant lui.
«Tallais parfois chez un vieux et riche Juif de Constantinople, pour lequel j avais eu des lettres de recommandation ; if venait mourir dans la ville de David : Raphaèl^Baruch Motro parfait espagnol avec pureté; sa conversation était piquante; observateur profond, il avait rapporté de ses longs voyages une philosophie douce et tolérante. J'ai rencontré peu d'hommes
(i) Grand manteau iitridé dm noir et de blanc.
qui, connaissant tmit bien le monde, en pac* lassent avec moins d'humeur. Sa maison , qu'il
arrangeait avec beaucoup de soin , lui avait coûté ciaq cents bourses (1). Le hasard fit aiovs trou* yer dans ies papiers d'un frère de Baruch Motro, HMHTt à Jéni9fdeBi , un aiarché passé entre le dé* funt et deux rabbins , et qui assurait à ce Juif cré* dule une place commode dans le sein d'Abraham pour le prix de huit cents bourses.
Abmi'S<ntan, second drogman du couventdu $aint»Séputcre , ofie condui&it dans sa familie : son hftbîtatton est fort modeste; je m'y repo* sai& parfois de mes longues promenades. La plus âgée des quatrè sœurs d'Abou-Souan avait dix-^ huit ans; mais en Syrie une femme peut se marier à douze : toutes ces jeunes personnes étaientagréables o» belles. La plus jeune, Angéhi» avait treize ans , des yeux superbes , des dents de perles f et une pbyskmomie fine et timicfe, habituée à se cacher à demi sous un voile.
Les femmes chrétiennes de Jérusalem sortent toujours enveloppées dans une mante noire :
ies pins âgées sont si sen^nieuses smr ee pomt.
(i) Environ quiiise mille fiane».
qu'il est iaconcevabie qu eiles pinssent se con«
duire dans des rues étroites et mal pavées. Cest
PU
d'une famille chrétienne , d y voir les femmes à visage découvert, de recevoir d'elles le café» f eau de rose , la pipe qu'elles chargent d'aloès , qu'eliés allument et qu'elles présentent avec grâce.
Nous aurions fort désiré que M. Prévost put dèssiner M)n panorama de Jérusalem , du haut deia tour de David (qui fait partie Sel-Qaîaa, la citadelle), ou du moins de la terrasse des
Arméniens ; mais il fut impossible d'obtenir cette faveur, quoique l'absmce du mufti , Laher^ eflendy , pût nous être favorable (l). Abdil-Kerym redoutait le fanatisme du chef des émirs, Omar-efTendy , que les Francs désignent ordinairemeiit par le titre de Ctqfo Verdê. On fut réduit à prendre le point central de ce panorama, du sommet du couvent des Pères de la Terre-Sainte. Je faisais à cette, époque la vue. générale deJérusidem, prise, dans la vallée de Josaphat , du lieu où les chrétiens supposent que
(i) Il venait d« partir pouri^ Mecque
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Jésus-Christ, regardant cette ville, prononça ces terribles paroles : V <b ùbi > Jérusalem ! J'eus fort à me louer, dans toutes ces circonistances, de la complaisance des religieux, et sur-tout de Factivité soigneuse des respectables PP. Bav on et Angelo Munnos^.tous deux Espagnols. Ces bous religieux venaient le soir causer avec nous dans un petit réfectoire , où ils nous traitaient de leur mieux. J'admirais toujours leur courage, leur abnégation d eux-mêmes , et la gaieté avec laquelle ils attendaient la nouvelle persécution sous laquelle gémissent à présent les églises de la Palestine.
Rien n'est plus profondément triste que Jéxustdem, lorsque le veut du nord, chaigé de pluie, sifBe à travers les créneaux dés remparts, s'engoufiiie dans les tues désertes, ou gémit dans ies cloîtres et les corridors du couvent. J'étai» logé dans une chambre froide , éclairée par une petite fenêtre grillée : elle donnait sur un îardin auquel le mur élevé de la ville sert de clôture.
Le climat de Jérusalem est souvent rude
pendant l'hiver; il y tombe parfois de la neige, et le froid y était assez vif lorsque nous quit-
lâmeft cette vHIe. Les religieux mè noimnèrmt chevalier de l'ordre du Saint-Sépulcre. Lepée de Godefroî de Bouillon, dernière relique qui me fut montrée, nest pas celle qui m'in^ira ie moins de respect ; je me la figurais entre les mains de cet homme fort et juste , qui renversait tout sur son passage : un noble orgueil me rappelak que ce héros appartenait à ma patrie. Ainsi les Français ne parurent jamais én armes dans fOrient sans fétonner ou l'asservir.
Mon départ de Jérusdem fîit fixé au 2 de* cembre : je me séparai des religieux avec un secret pressentiment des nouveaux malheurs qui allaient fondre sur eux. Le convoi en bon ordre suivit le chemin de la vallée de Térébinthe : la journée, d abord nébuleuse, devint très-belle. Airivés au village de Jérémie , chef «lieu des Arabes d'Abou Cioch , nous y trouvâmes cette nombreuse qabyleh (1) presque entièrement
(i) Tribu , famiUe. Les Arabes donnent comiannément aux habitans d*nn pays le nom de fils de ce pajt : i|i nomment OuM Matr lei Égyptiena, OvM Châm ies -Syriens, &B. Les pères ajontent ordmairement à laur nom celui de leur lUs premier në : ils disient ainsi MoKmned Ahau Qâstm, Mohamed père de Qftsein*
réunie : on nous offrit du miei , du lait de jument mgn ; nous goûtâmes de tout pour ne pas mécontenter nos hôtes. Je dus ce bon accueil à fâmitié dlbi âhym Abd-el-Rahmân , frère d'Abou Goch Y chef de cette tribu : notre liaison s'était formée chez le gouverneur de Jérusalem; il avait insisté pour me fidre visiter son établissement au désert. Ibrâhym habite parfois Keryet- Lefta, ou le vallon d'el-Bjrr.
La différence de température est extrême entre fes montagnes de la Judée et le rivage ' de la mer : Thiver était à Jérusalem , et le printemps à Jaia. Nous aimions à respnrer le par* fum quexhaiaient les jardins d orangers et de citronniers qui précèdent Jafa sur la route de l'ancienne Arimathie. Ces jardins sont plantés sans ordre et sans art ; des ruisseaux fuient parmi des rangs d'arbres pressés les uns contre les antres; des fleurs, des fruits, chargent les branches, les courbent, et se rafiraiciussent dans cette eau dont le murmure est si doux ; de beaux palmim s'élèvent comme dès minarets au-dessus de cette forêt embaumée. On ne saurait se faire Une idée du plaisir que Ton éprouve à s'en* foncer dans ces bosquets, quand les yeux se
sont promenés toute la fournée sur une plage brûlante » quand I oreille n'a été iiappée que par les cris aigus et continneis de cette populace arabe , qui semble être toujours menaçante et révoltée.
Méhémet, aga de Jafa, prévint ma visite par un présent qu'il m'envoya, et qui était composé de quatre agneaux de riz, de blé, de volaille, de sucre et de café. «Taliai le remercier : il me reçut dans un pavillon qu'il venait de iàiie consr truire sur ie bord de la mer; ses manières furent cordiales, polies, et les meilleurs rapports seta7 blirent entre nous. Cet aga , Circassien d'origine , est âgé de quai aute-cinq ans : amené fort jeune, à Constantinopic , il fut acheté par Gezzar , pacha d'Acre, qui le plaça paiw ses mamlouks. Chargé de quelques missions difficiles, Méhémet s'en acquitta en homme intelligent; sa bravoure fit le reste. Nommé gouverneur de Jalk depuis la piort de son pation, il vise à l'indépendancç , et peut-étue même aspîre«t»il au gouvernement général de la Syrie. Cet homme, d une belle ligure, actif, adroit, dur jusqu'à la férocité , est capable de revêtir toutes les tonnes pour atteindre à spn hut^ Méhémet*aga, qui fait cultiver à son profit
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les territoires de Jafa>, d'Ascalon et de Gaza, s est exclusivement emparé du peu de commerce de cette contrée : sans cesse à cheval , exerçant ses troupes, inspectant ses ouvriers, ii se charge lui-niéme de veiller à la sûreté de la ville pendant la nuit. L(H*squ'il parcourt Jaia, suivi des exécuteurs de ses ordres, sa rencontre est toujours funeste pour ceux' qui cherchent à tromper sa vigilance. Méiiémet augmente chaque jour sa garde , fortifie ses remparts , agrandit le port, fait consti'uire des quais : c'est enfin un homme
destiné à rappeler Cîezzar-pacha, et qui, comme ce dernier, finira peut-éti^e d'une manière tranquille an milieu des liombreuses victimes de sa tyrannie journalière.
Méhémet-aga vivait eii assez bonne intelligence avec les religieux (hi couvent de Jafa, qui sont tous Espagnols. Le Père procureur exerce riiospitahté avec toute la simplicité évangélique. Le Père curé , Juan Soler , est plus travaillé dé l'esprit politique, des intérêts de son ordre, du crédit qu'il tâche de consérver auprès de 1 aga : il est lié avec un chrétien syrien, nommé Elias Basila, second écrivain de Méhémet-agà. Le P. Soler cherche à faire arriver Elias au premier
ministère; il i*appuie , le souffle , Tagîte : Gelui-ci, qui a de l'indolence et de la probité » se laisse fiure, et fume deux cents pipes par jour, ea attendant la faveur; ce qui nest pas dénué ph^osophie. Le drogman du couvent de Jafa est aussi pauvre et plus obséquieux encore que le^ Autres interprètes, dont m est poursuivi dans les villes de la Syrie : on> les trouve toujours à ses pieds , et fon ne peut arracher Toiabre d'un renseignement qu'après- avoir , au préalable » essuyé deux m trois Iong,s complimens ep euw vais ùbdien.
L*aga de Ja& me parlait souvent des armées françaises; il insista pour connititre ce que je pensais des nouvelles fortifiealious qu'il venait de iaiire ajouter à celles qui n'arrêtèrent le gé* nëral Bonaparte que quelques heures (l) : eela le conduisit à me demander des détails sur les «ferniers .événemens de fEurope. Je le trouvai
■ I ' i ■ ■ I m , , , , ii.i » a II I I < m >
(i) Les Français enlevèrent d assaut ia ville do Jafa en 1799; ils pénétrèrent parle quartier des chrétiens, situé dans la partie Fa plus élevée de la ville, et commirent la faute d'en massacrer un grand nombre, les prenant pour des Musulmans : cette erreur, dont ils témoignèrent ensuite un vif regret, ralentit le zèle de tous les chrétiens de la Syrie, <|ui attendaient les Français comme leura ibéra leurs.
singulièremefit instruit, non-seuiement faits, mais eucoi^ sur les houMnes. Mébéaiet«aga affectait de montrer une profonde aversion poUr ies Anglais et les Russes ; la réalité de cette inimitié me fiit cependant confirmée par les per» sonnes qui le voyaient le plus souvent et le plus intimement. Un matin , fe le trouvai asris au mi» lieu d un quai qu il faisait terminer : des paysans arabes battaient en mesure une sorte de pooazoiane ou de ciment qui devait garnir le pied des muraiUes opposées à ia mer; ces ouvriers tni» vaillaient au bruit de quelques instrumens bien aigres , bien discords , et accompagnaient cet orchestre par des chants tout aussi barbares que son hai^monie; ils figuraient ensuite des danses, et sur-tout FejL^cice et la marche des soldats européens. On apporta les pipes ^ le sorbet; nous causâmes ainsi long •temps, entourés de plus de cinquante mamiouks , presque tous échappés au dernier massacre quon en a ftit au Caire. Méhéàiet me parla de ses troupes , et appuya beaucoup sur la confiance que lui inspirait le courage des habitans de Nabolos ou Naplouse , f anei^ine Sicheni : cette portion des montagnes de la Syrie fournit la plué
gi*ande partie de la garde de Méhémet. On raconte en effet, de cette tribu d'Arabes , des choses singulières, qui prouvent rintrépiditc la plus féroce. Us sont ennemis jurés de la tribii d'Abou Goch , rancieniie Jc^rémie j il y a du sangf selon ieur expressioii , entre ces ideux pays, et les individus isolés en sont journellement Yictimes.
ûue de fois, sous ce climat brillant, j'ai regretté les brouillards , le ciel nébuleux de la France ! Combien de fois mes yeux se sont tournés tristement vers l'occident! Quand, aprèat avoir rencontré sur tous les visages l'exprèssion de la malveillance, je revenais au couvent de Jafa, cette charité douce et vive des religieux européens consolait mon oœur, le dilatait, lui rappelait ses plus chères affections.
Je partageais ma chambre avec, une feûne hizondelle ; elle s'établissait tous les soirs sur une cheville du plafond ; chaque matin , au lever du soleil , je rendais la liberté à mon amie : peut* être venait^Ue de. France; peut-être livait-elle quitté un toit que je regrettais. * '
Un dérangemenjt de santé toutf4»f«it subit, la veille de mon dépai t de Jafa, m'effraya d'au-
tant plus , qu'il me semblait être lavant-coureur d'une maladie : je me soumis au remède turc ; un mélange de cafe et de punch très-chaud me mit fort heureusement en état de monter à cheval le lendemain matin , quoique je ne fusse pas encore très^^issuré de pouvoir continuer ma route. Point de médecins, point de secours d'aucun genre : il faut en Syrie se résoudre à guérir ou à finir selon le vœu de la nature, sans aucune intervention des homme^.
Décidé à traverser la Palestine et le désert pour me rendre à Damiette , je ne me Iaksaî
fioint décourager par toutes les difficultés que on opposait à' ce voyage* L*aga voulut me donner un liomme sûr : Abou Dâoud , dont l'aurai occasion de parier dans la suite, avait habité la France pendant plusieurs années; il en résultait que , lorsqu'il parlait français , f avais de la pjeine à l'entendre , et lorsqu'il parlait arabe , on ne le compramit plus. J'avais en outre* pour escorte deux cavaliers, un Arabe de Nabolos et un 'Africain rde Mogador. Toute la ville de Jafa assistait à ce départ. Notre caravane était fort nombreuse ; les chameaux , les dromadaires » la gai de de Méhcmet , encombraient k s rues : de&
janissaires maitraîtaîeiit les Arabes , qui poussaient des cris affîreux; nos chevaux effrayés se eabnûe»t; et le» bons moines, affrontant les ». jures de cette multitude , se mêlaient à tous ces turbans pour nous faire leurs adieux. Je par> vins enfin à me soustraire à cette foule , dont une fiubie portion élut si insdienle, ^ Faute sr misérable et si abjecte.
L aga de Ja& , dont les ebevaux nous emit duisirent jusqu'à Gaza , m'ofibit en signe de sou** venir un cheval arabe , que je refusai : on lui porta en revanche , de ma part , une montre garnie de perles, dont il parut charmé.
Notre sortie de Jaât fut pcMnpeuse ; le canon tirait , et des hommes à cheval nous escortèrent pendant une partie de k journée. Nous cou»
châmes en rase campagne , sous une assez mauvaise tente , à Yabena , l'ancienne Jammia, qui n est habitée que par quelques Arabes pa»* teurs. Tout ce pays pourrait être dune f^lilé surpraiante; mais la miân du despotisme dé« truit pendant k jour ce que k* rosée du ciel kit éclore.
Je quittai bien avant k jour k caravane» qui devait se diriger sui* Gaza. Suivi d'un drogoiaa >
VOYAGE DANS LE LEVANT. tM
de moB Amiestique et d'un mcmlouk , f aflifti ebet^ cher les ruiiies d'Asçalaa : le crépuscuk parut bientôt. Un Arabe se joignit à nom psrè» des Fuiaes d' Azotb , jadis si florissante sous la domi* nation des Philistins. Ce Bédouin , errait sans projet, fut charmé de trouver loccasioa den« tendre lonet la beauté et ia vitesie de sa betts cavale aux yeux de gazelle ; il se penchait sanâr cesse sur If con de cet animal ebaraiant , lui parlait coi^me à un enfant chéri , et le couvrait de baisent. Lorsque nous* fiftiiies arrivés près d*un ravioy notre compagnon me montra e^Tle//, chef- Ken delà tribu des Ouahydyeh (infinie alliée de Faga. de Ja&i), dont lui-même faisait partie ; ii e*étendîÉ longuement suir b gloire et la puissance de sa tribu. Malheureusement on> me traduisait d'une façon fort laconique ce que le Bédouôtt disait d'une manière tvès-animee.^
Nous franehAmes comme i eclaîr fespace de (Ux4&uit milles qui sépase Yabena d'el-Madjedal, Cette bourgade , située à deux milles des ruines d'Ascaion [en arabe, Azqalân\ et (te ia^ mer, est assise dans une plaine superbe, entourée d'an renqpart de palmierS' et de ^nds aloès« Toutes les haies jr sont formées d'une haute
l40 VOYAGE DANS LE LEVANT.
charmille de raquettes entrelacées, plus impénétiable que la mui^lle la plus épaisse. C'est dans ce lieu c'est dans les plaines d'Àscalon , que les Croisés remportèrent cette victoire si^ gnalée contre l'armée du Soudan d'Egypte ; sa perte lut immense. Cette bataille mémorable a inspiré ces beaux ym à Jean-Baptiste Rousseau :
La Palestine enfin, après tant de ravages, ' Vit iïiir ses ennemis ^ connue on voit les nuages Dans le vague des airs fuir devant l'aquilon ; Et des vents du midi la dévorante haleine
N'a consumé qu a peine^ Leurs ossemens blanchis dans les champs d*Ascalon.
«Taimais à les répéter dans ce même endroit où campèrent, il y a peu d'années , d'autres Français qui venaient chercher de nouveaux hasards. Une plaine conduit jusqu'aux ruines d'Ascalon. Cette ville, qui ne compte plus un seul habitant 9 est située siu: un coteau immense , fermant le demi*cercle : la pente est presque insensible du côté de la terre; mais l'escarpement est très-considérable au-dessus de la mer, qui forme la corde de cet arc. Les remparts , leurs portes, sont debout; la tourelle attend la sentinelle vigilante. Les rues vous conduisent à des places , et la gazelle franchit Fescalier inté-
rieur (Tun palais; i'écho des vastes églises n'entend plus que le cri du chacal : des bandes entières de ces animaux se réunissent sur la place publique , et sont à présent les seuls maîtres d'Ascalon.
Les Arabes, qui la nomment Djaurali, frappés sans doute de sa tristesse imposante , en font le séjour des esprits malfaisaiis : ils assurent que y la nuit, cette ville est souvent éclairée; qu'on y entend le bruit de voix innombrables, ie hennissement des chevaux , le cliquetis des armes et le tumulte des combats.
Non loin de ces monumens gothiques , se trouvent les grands débris d'un temple de Vénus : quarante colonnes de granit- rose de la plus haute proportion, des chapiteaux, des fnses du plus beau marbre , s'élèvent au-dessus d'une voûte profonde et entrouverte. Un puits d'un orifice immense descend dans les entrailles de la terre; des figuiers, des palmiers, des sycomores, voilent en partie ce grand désastre, duel contraste pittoresque et philosophique que celui de ces ruines grecques disputant d'élégance avec l'ogive et les colonnes accouplées qui supportent ie d^mé d'une chapelle de ift
Vierge! Elle dominait ce rivage, et ftit flans doute invoquée plu& d'une fois au miiieu dea périls de celle e6te on^use. On. lit enedt« siif i*azur de sa voûte ces paroles écrites en carac* tères gothiques : SfeRa nuOuiùui, €UhùeM^neh vigmntmm, ora pro nobis*
Les travaux du poit sont devenus le jouet des vagues; elles se rompent avec furie et à une grande hauteur sur des rochers , bases inébran^ labiés de ces tours inutiles , de ces créneaux abandonnés. Je ne pouvais m'arracher de ce lieu : } aurais voulu attendre les ténèbres , qui devaient, ce me semble, repeupler ce séjour lugubre et redoutable.
C'est là qu'habitèrent la force , la valeur brillante f c'est dans Ascalon que 1 élégance des temps chevaleresques, la politesse européenne, vinrent s'unir au faste voluptueux, à toutes les jouissances du luxe de TOrient. Cest là que Dieu , Tamour et la gloire , exaltèrent les inuiginations au plus haut degré, et enfantèrent ces prodige»' qui donnent à l'histoire de ce temps tout féclat , tout le charme des fictions les plus éi0v4es de la poésie.
L' jWabe d'el-Âfadjedal , pressé par la misère ,
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VOYAGE DANI^ LE LEVANT. l43
entreprend quelquefois de fouiller dans les sables
d'Ascalon ; il considère d'un œil stupide la cuirasse fadis dorée que le hasard lui fah trouver; son (ils essaie de placer sur sa téte le casque dévoré par la rouille , et soulève avec ,eiFort la grande épée du chevalier chrétien.
jigricola, incurvo terram moHtus amtro, Ssèsa iweniet seabrâ rubigine pila, Aut gnmbns rastris gaUas puisabit t'nanes, OnauUaque êjfmù mtmbtiur asta sepwtem.
On trouve à toute minute des cottes de mailles, le fer dune lance ou les débris d'un bouclier. Lady Esther Stanhopc (1) venait de tenter & Ascalon des fouilles dont Iç prix lef* fraya trop tôt. Une tribu s^était chaî née de cette entreprise ; mais la protection ruineuse de f aga de Jafa décida lady Stanhope à renoncer à ce projet.
Je n'atteignis Gaza que fort tard. Après avoir
(i) Lady Bither Stanhopè btbtte la Syrie depiiif ]pIiaieM amiéei ; elle a fiië ta demeura dans la petite ville d*Aiitoiura, audessous du Liban. Ses bien&its lui ont conquis Taffection des Arabes Bédouins : on usure <|u*ils sont très-disposés à la proclamer reine» et à la reconnaître pour teBe. Une cérémonie , qui ressem* blait fort au pouronnement de la souTeraine du désert , Tattendait à Tadinour, Tandenne Paimyre , lorsqu'elle est allée visiter ces ruines ; mais sa modestie s*est refusée à ce triomphe étrange,
traversé , pour y aiiivej' , des forets de palmiers et de nopals , on trouve , en s*éIoigiiant de ia mer , des vallées agrestes , des ruisseaux qu'il faut chercher sous les arbustes odorans qui les couvrent. Cest peut-être là que la noble et douce Herminie rencontra ces bergers , cette retraite , qui n'avaient jamais rien vu de si brillant que son armure , et rien de si agité que sou cœur.
Ciio non prende, gik che de' suoimaU Soio sCpasee, t sol difianto ha sete.
Non si destb finche garrir^ «aigoUi Non sontiUeti, e sabttar glt albori , E mormorare il fiwne e gU oxhoscdli, JS eon VfOnda schenar t aura, e eo'fiorù , jtprt i languidi hmi , e guarda ^qtteUi Alberghi soHtarj de* pastori i E jiSirlevoccusetr, tra t aequa e irami, . Ck' ai sospiri ed al pianto la rtcAtami,
T. Ta»o, G«ru$al iiber. tii.
Ces campagnes, presque entièrement incultes, sont admirables : une végétation active , puissante , et des palmiers chargés de fruits savoureux (1), montrent la nature redoublant d'effinis
(i) Les dattes, les oranges , les citrons de Gaza, sont d*un goût exquis et les plus estimés de TOrient.
VOYAGE DANS L£ LEVANT. 14i > sur la frontière du désert. On comprend fort bien qu'on se soit disputé long-temps cette terre fortunée. Gaza (1) , élevée sur une colline basse et dé forme ^ircullûre, dotnine cette contrée si riche , si féôonde. A la clarté douteuse de la lune , alorft cachée par des nuages , fe fùs étoniié de la grandeur de cette ville et des belles lignes du serây, de ce pdlius qui ritppeiie lis t*ègne des Salàdins.
Camû i dtA délia ùàidea nelfne, &i queUa ch' tmer Pelusiâ mena^ Pûtia m rt'm del mare; éd ha vicine Jmménsè sotttudtni d^ arena , Le qitai, corne austro suol t onde marine, Mesce il turbo spirante , onde a gran pena Ritrova il peregrin riparo o scampo HelU tempes te deW imtabil campo.
T. Tasso» Gtrusal. Iib«r..4vii*
Je traversais des bosquets de bananiers, je
franchissais des arceaux moresques , pour porter à l'aga la lettre de recommandation ou plutôt les ordres de Méhémét de Jafa , son supérieur. Ce maître tertible est si bien obéi , que Ton toe reçut très-poliment. Le palais de marbre construit dans le tetaps des califes , où réside
(i) En aube , Qhauah,
f aga , a dû être la maison de délices dea 'sou« dans. Tout y parle encore de ces princes braves et gaians , qui prêtaient Tappui de leurs armes à la séduisante Armide. Le gouverneur de Gaza était misérablement établi sur un div^n déchiré, milieu de ces ruines somptueuses. Cepea«* dant les murs sont racore incrustés d'azur et d*or, ^t de§ arcades de marbre , gracieusement travaillées, laissent arriver les parfiims des forêts voisines. L'illusion du soir embellit par-tout ce qui existe 9 et relève admkablement ce qui n'est plus : aussi le lendemain ne trouvai-je plus que les vestigés de ce qui, la veille , avait prêté le plus de charme à mes rêves briilans et chevaleresques.
Après avok fumé la pipe et bu le café , qui nous forent présentés pap do beaux enfiui» de douze à quinze ans, je fus conduit che:^ uql iixec , premier éfcrivain de laga.
Ëtabhs dans une çouri qui nous parut préfér rable à l'intérieur de la maison , nous dormîmes sous des treilles épaisses* On me réveilla de grand ^matin : un courrier de Faga de'Jafa m'apportait jun présent de très-belles étofjfes de Damas; (e n en fus pas surpris , connaissant ses manières
VOYAGE OâKS LEVANTi 147 tiiagniri4uc& et sou désir detie agréable aux étFuigers , spécialement aux Français.
Ga2a contient à peine maintenant luiit mille fcjbitftf» turcsy arabes et cfatétiens gmct. Leî palais appuyés conti^ le rempart sont tout-àftîtdéserts. ToutpDoave iadcbesseet félégasee . andennea) le mauvais goût et la misère du temps présent. La mosqiiéè prii|cipaie est 'tomée quatre rangs de colonnes de marbre africaia > coumuinées de. dbafiiteiiiui ooripthiens dii meilleur goût : tout ceia fut évidemment apporté d*A»* cfdtm» Mon héte me. montrait avec respect des débris de murailles sur le sommet d'une collinê il eâ faisait les mines du temple rén^ versé pai' Samsoii , et marquait plus loin le lieu; où :eet Hercule des isr&éiites vkk déposer }es. portes de Gaza,. Nous rencontrâmes lag^ fMTtant pour la diasse : il se dirigeait du c6lé lie la mer, qui n'est éloignée que de quatre pûifes etKvâ)to* Ce goumnieur était suivi d'un ^lombieux coitége de mamlouks , et je retrou* yai-'pehiâ eurics^i^iniea gens dént la besNité m avait frappé la v^lle : j'appris que ces mallieu^ mUBcta&fis, cobviu)És jdSanp^ brâlatftieÀ^et moniwt des chevaux .^^erbes^ étaient les favori^
tie laga, donl âa se dictaient -déjà IWgent et le pouvoir. -
Les Français M s^emparèrait de Gaza, à 1 époque de ia campagne d'Egypte , qu'après une action assez vive. Nos ingénieurs firent alors construire une redoute capable de maintenir la ville : fai encore vu les restes de cet ouvrage « presque informe aujourd'hui.
Si f avais ^ seul, èt que f eusse été sur^tout •moins eifrayé du prix énorme qui me fut de*> mandé , je me serais sAreinoit livré aux Arabes 4.e 3^yr et à des gens connus de Gaza , et je serais allé chercher dans le désert ; au sud-est jdu làfi Asphaltite , les ruines des vilies 4es Na^ batjiéens et des Iduméens. Uhonorable voya- •geurfi^nks visite à présentcette partie de f Asie , peu connue jusqu'à ce jour : on lui préparait , 'in*a-t-on dit, pour cette ;expédiiion , une escorte de trois cents homnies. Il verra sans doute le désert d'el-Tyh , où Moise conduisitles Hébreux ; Pharan, et les restes d'Asion-Gaber et rfAylah, qui servirent (du temps ^léme de Salomon) d'entrepôt au commerce de TAi abie et de l'Inde,
he Grec duoz lequel fêtais logé i pariait un peu italien ^ il jouait la gravité et se donnait
des airs d'iaiportance , parce que Taga ne £usaii rien sans le comulter. Je n'ai jamais rencontré ; même chez les autres drogmans, une indolence qui pût être comparée à celle de cet homme; J'ignore comment se traitent les affaires du gouvernement ; je lè voyais sans cesse famant sa pipe et roulant dans ses doigts les grains d'un chapelet d'ambre.
II est impossible de se figurer lembarras , lea tourmens d un malheureux voyageur obligé de perdre des journées entières en attendant lexpé* dition d'un bouycurdik (l). Les agas, les émirs, les trucbemens , les chameliers, s entendent tous pour le faire languir , et ce n'est qu'à force d'argent qu'il parvient à obtenir les choses les plus simples et les plus faciles.
• * On ^vatuait alors à trois mille bourses les sommes annuelles que la Syrie devrait payer au khazneh, trésor du sultan ; ce qui représente environ trois millions deux cent mille francs de notre monnaie. Me^^ Tripoli, Saint-Jean»
d'Acre , seraient ainsi les lieux les plus imposés. Lea Musulmans ne paient rien ; ks Chrétiens;
■* - W I ^. . I >■ I . ■! Il ■ . ^1. Miim.
. (t) Sorte «le ptite-port ou dt faineB-paiiecx
tàil YÛYAGE mS» LE LEVANT. ^
}ç& Maronites, les Druses, les Juifs, sont seufs çOooidérés comne rayas, sujets nnmédîats. Le kharadj, impôt auquel ils sont assujettis , forme um*capitâtioa 'rrigie «UstHicteaient, et dont Hs «ont comptables aussi envers le trésor du sultan, La fiyf io pourrait verser dix miliions à Constattinopie cette province , accablée d'impôts , paie effectivemeiit plus de trente millions de notre monnaie , qui sont dévorés par les pachas , les ntofsailams, les agas.et leinrs agens. En léurâs^ sant toutes les troupes soldées par les pachas de DamaA et de Saiiit<JeaQ«d' Acre et par l'aga de Jafa, on trouverait à peine huit mille hommes, sur lesquels on ae pevt oompter que deux mille fantassins , tous Métoualis ou Moghrcbins.
Jé quittai Gkiza le 9 décembre, après avoir essuyé toutes les contrariétés qui pourraient le plus déôoorager d'ua. voyage déjà pénible par lui-même. Je refusai des escortes armées ; mais fobtins-des chameaux, des dromadaires, eé un chef de chameliers , qui ne me fut recommandé» parmi beaucoup d'autres, que par k noblesse et l'honnêteté de sa physionomie. Abd«<allah d'ei» Aryeli ne trahit pa s T o pinio n que f avais conçue de lui ; cet houuoe , simple et hop , nous lut
VOYAGB PANS LE LEVANT. lôl
cf un grand secôurs. Les préparatifs de notre dé* part rassembièreAt à notre porte,- selon f usagé, toute la canaille de Gaza : les plus hardis nous chargeaient d injures, quelques pients avâient été déjà lancées ; mais la menace d'une déchargé de Dûs armes à feu calma bientôt cette popu-» lace , la plus insolente de ia Syrie. Nous montâmes sur nos dromadaires au milieu des cris des Arabes conducteui^. On aurait pu croire , à la fureur de tous ces gens afmés, qu'ils allaient s entre-tuer ; il n'en était rien ; à peine s agissaitil d'une courroie, dune corde ou de quelques Tnédins : lorsque le plus faible était traîné paf ia barbe sous les pieds des chameaui, les janis« saires survenaient, faisaient pleuvoir sur les eombattans une gréle de coups de bâton , et tout rentrait dans Tordre.
Assez itiquiet d'abord de fallure du droma^ daire (l) , qui me paraissait devoir être incom* mode pendant une rOule aussi longue , je &m Cependant par en trouver le mouvement supportable; fêtais assez passablement établi sur eèt énorme animal, si docile, si doux, dont le
(i) Surnommé, par le» Aiabes, ie navirt du dcsert^^
pas est d'une sûreté extrême : mais feus phis <fe peine à ip'habituçr au ràiement affreux de oett# pauvre béte , toutes les fois quon la forçait de se coucher pour oie donner la facilité 4^ monter sur sop dos ou d ei> descendre.
On sarrétii au milieu des bruyère^, à dix heures du soir : chacun s'empressait à ramasser du bois sec ^ nous allumâmes du feu tout près d'un monceau de cendres qui indiquait le pas* sa^e d'une autre caravane. Je n'avais traversé que d'inimenses planes incultes ; plus de pid^ miers, plus de sycomores : la monotonie de ce lieu désert q était variée que par des ravins ar^ gileux et les )its de torrens desséc(iés. Jfe n'en«r tendis pendant toute la soirée que le cri des çhacals (^) : no^ gens tirèrent des coups de pis* tolet pendant la nuit poyr écarter ces désai gréables; voisins; qui se promenfdent par bandes autour du t^iv^c. Je n en dormis pas moins bien\ et [e ne fii^ réveillé, ^ quatre heures du madn « que par te cluuit 4e priè^-e des chameliers. La, caravane se composait de neuf personnes.; quatre çiopjt^en^ des dromadaires; les bagages > fçs^^
^i) Chuçal y canù a^KI^ • * >
lès vivres, étaient portés par cinq dmmeaiix : nos •
Ari^bes nous précédaient à pied.
Je voulais aller concher ie soir à eI*Arych : la journée était longue , et ie cliemin fatigant. Nous traversâmes des collines et des vallées d'un sable fin, mouv^t, et dune blancheur éblouis* santé, sans découvrir aucune trace de végéta*» tion : par-tout , à notre approche , de gros rats se réfugiaient dans les trous dont le sable est rem-» pli. A midi, le soleil était brûlant et la chaleur presque insupportable. Nous rencontrâmes quet ques Arabes pasteurs auprès du tombeau d'uQ.
santon : ils buvaient avidement de Teau saui màtre quils puisaient dans une citerne à demi éboulée. Quelle misère! quelle maigreur ! quel air de soiiûrwçc ! Cette tribu, indépendante ily a peu <f apnées, fut poursuivie et soumise par I aga de Gaza : les femmes et les enfans sont demeurés prisonniers di^^s cette ville < et répondent à faga de la fidélité des hommes de la tribu , aux^ ^els il a confié la garde de ses troupeaux.
Descendus vers les bords de la mer, noussui- ▼tmes le rivage pendant près de six heures. On fper^t enfifi les palmiers d'el- Arycb long-temps f^vfmt 4e les atteiudie- El-Arych n'a qu un peti^
154 VOYAGB DANê'LE LEVANT.
fort , entouré de cbaumières enfouies dûm le sable ; mais sa forêt de palmiers est de la plus grande magnificence : ce fut sous leur dditté agité par la brise du soir , que nous oubliâmes . les fatigues de la journée. Les ténèbres viennent reposer les yeux ; le calme et la fraîcheur de la nuit sont d'une inconcevable douceur : lamé retrouve des forces , et le corps reprend, de la vigueur et de I élasticité.
Les Arabes de cette contrée sont encore iort occupés du souvenir des Français : ils nous indiquéieiit le^ difiërentes positions qu'avaient occupées nos troupes , les lieux oii s'étaient livrés les combats les plus vifs, et jetaient au vent deé poignées de sable pour figurer le nombre déi morts. On nous apporta du poisson , que noué « fîmes cuire tant bien que mal , et des datteè fraîches d'un goût exquis. - '• ' ^
Deux heures de marche sur le rivage de I4 mer-conduisent à un puits dont l'eau est treuM^ } mais passable : nos outres fureut remplies, ^ nous dirigeâmes notre caravane par lesmôntagties vers le grand désert. On ne traverse plus dè# iors que des sables' coufpés de coitinestirès-hassés; ou des plaines à perte de vue » couvertes d uûe
voyage: daks le levant: 155
eroûte saline d'une bianclieur éblouissante. L'ho* rizon ne présente que des dunes mouvantes , A ia surface desquelles les diverses directions des ▼entft impriment des formes variées : elles offrent des cannelures très-régulières , des festons , et le plus souvent des ondes comme cellés qué la mer dessine sur le rivage. Leau de la Médi-* terranée arrive par des vallées, quand les venti du nord dc(tninent; et ce qui reste de cette eau dans les plaines (es plus basses , forme d'immenses salines naturelles. On ne trouve que dô loin en loin de petits bouquets d'une bruyèré noirâtre, épineuse : des troupeaux de gazelles se laissent à peine apercevoir à Thorixon. Qudques lièvres y dont l'oeil aurait pu suivre ia coursé pendant près d'une lieiie , et quelques' tortues se réfugiant lentement dans leur retraite , voilà l6s seules distractions du désert.
Jamais le chant d'un oiseau n'égayé ce pay* Sage d^une imposante monotonie; le silence lé plus profond n'est interrompu que par i'éclat du tonnerre ou ie bruit sourd de Touragan.
L'Arabe nous montrait , sur le monticule de sabie bfane qui s'opposait sur un ciel blèû foncé , la trace récente de k béte ïçvQfie ^ui venait
de le traverser avec ses petits, peut-être peu de minutes avant, notre passage. Nous ne rencontrâmes que deux caravanes : des femmes arabes suivaient à pied ia dernière , portant leurs enfans sur les hanches et un vase sur leur téte ; les maris étaient entièrement nus , à l'exception des reins, que couvrait une ceinture de cuir à iaqueiie était attaché un petit morceau d étoffe le plus exigu possible.
L'Arabe du désert vaut bien mieux que odui qui habite les villes : hospitalier, fidèle à sa pa* roie, il sent tout le prix de . son indépendance.. Le Bédouin traverse sans envie les bazars du Caire et de la riche Damas; on ne le voit dans aucune circonstance se débattre contre sa destinée. Lbomme civUisé attend, toujours de la vie ce quelle na jamais pu lui donner; il essaie; dans son inquiétude, de remonter avec effort le cours dun fleuve rapide t que l'Arabe descend avec résignation. Tous ceux que nous trouvâmes ^ur notre route, nous abordèrent avec ia plus confiante bienveillance ; leur main droite était appuyée sur leur poitrine , et ils nous offraient « des vœux religieux : Dieu est grand , il protêt vqtrf vayqge çtle notre, était h (ormul^
VOYAGE ^ANS LE LEVANf. i&l
ordinaire de leurs souhaits. Allah kerym et In ehâ Allah terminaient cette conversiition , qui avait commencé par des salem multipliés , les saints de paix. Le soir, mes gens dressaient notre tente. Le repas était très-court : on se couchait à huit ou neuf heures , pour partir le lendemain à trois heures du matin. La chaleur qui régnait pendant le jour, était encore augmentée de toute l'action de la réverbération du soleil sur ces plaines de sel : la température ne pouvait étré comparée qu a celle d'une journée très-chaude du mois d'août dans le midi de la France. Uhumidité des nuits fait éprouver ensuite le froid le plus pénétrant : ces rosées sont parfois si abondantes, quil devient très-difCcile d'allumer du feu; notre tente était aussi mouillée le matin que si on Pavait trempée dans ieau. Pour me reposer de l'allure de mon dromadaire , je montais sou-, vent une petite jument arabe de trois ans , véri* table moelle de beauté, de vitesse et de douceur : elle était si caressante et si apprivoisée « <|u'elle venait le soir appuyer ses beaux naseaujt sur mon épaule et prendre sa part du souper.
- AfHfès leur repas, nos Arabes s'asseyaient en rond, et chacun à son tour racontait unq
histoiFe : on jugeait aisément de f intérêt du récit
par les physionomies de ceux qui 1 écoutaient^ Un soir ils. me parurent |^us attentif et piui| émus ; j en voulus connaître la cause , et j'obtins d'Abou-Dàoud, notre interprète , b traductioii d'une Histoire qui devait être bien plus touchant^; chnslabouchedlbràliymd'el-Arych. «Seigneur^ >)me dit le drogman , je Tai entendu raconter plusieurs fois par un religieux de Ja&t : |e sui^ presque certain de la dire aussi bien que lui,
Histoire d'/snia^l et de Maryam^ %
Dans les démêlés continuels qui divisaient {es Arabes du désert et {e motsallam de Jéni« ^alem» ies gens de ce dernier firent prisonnier ^ dans une embuscade , près de la vallée de Be» qâ^, un jeune cheykh déjà coimu par sa bravoure et sa hardiesse; il se nommait Ismayl fils àl-j^hf med fils de Bâhir : son père était chef de la tribu des (htahydyeh, iWe des plus consîdér rabies de Barr el-Châm (1), Ismayi se défendit avec ie coulage, des fions , q^' il attaquait, som^
' " ■ ■' j n I — i^—W lliil * M »i> —
tent dans les sables de Mftan et de Karac. Blessé
morteliement » on eut beaucoup de peine à le transporter jusqu'à Jérusalem : ilfîit déposé dans la cour du palais du gouverneur, couché contre une colonne. La pâleur de la mort couvrait son yisage basané, sans altérer la beauté mâle et fièire de ses traits; cependant ses membres gla* çés, roidis, semblaient annoncer que celui qui fut le rempart du désert et la terreur de la Syrie , allait bientôt cesser de vivre : son sang coulait pourtant encore ; et ce que la pitié n*a ùâtf est inspiré par un sordide intérêt. Le inotsallam , espérant une rançon considmble du fils unique du cbeykb des Ouahydyeh, fit appeler le drogman du couvent de la Terre-Sainte « qui passait pour un médecin habile. (iHàkim(l) t «(lui dit-il, puisque tu as reçu du ciel le don de )i .guérir les honunes , et que ce peuple voit ei| » toi un secimd Averroès , je te confie ce pri* sonnier , sji tu crpis pouvoir lui conserver » la vie ; qu'il soit emporté dans ta demeure. 3> Jurç que tu me représenteras cçt esclave le ?>20.^ jour de la lune de sçhowal : si tu y
CO *>oci©»»rt.q?é4fçiii. ....... . z
160 VOYAGE DANS LE LEVAKt.
» manquais , s'il échappait à ta surveillance , ii, téte répondrait de cette trahison. Rendshie à
>^ la vie; la moitié de sa rançon sera le prix de ce service,
Le drogman s'inclina, visita les plaies du cheykh, et dit, en portant lit main succéssive^ ment sur sa poitrine , sur sa barbe et sur son front : «t Seigneur, il éM. bit WkA que tu lor^ » donnes : livre-moi cet esclave , et je tâcherai de » te le rendre Vàlant toute la rançon que ta jus- » tice doit en espérer. ï>
Le mourant fut transporté dans la niaisod du drogniau, qui se nommait Youhannâ ben Temyni. Le feu de la thflrité animttit le cœur «le cet Iiomme chrétien : il habitait près de là porte de SAint-Étienne, sur la voie Douloureuse , et le jardin de sa maison était formé de 1 eboulement d'une muraille de la piscine probatique , jusqu'au fond de laquelle il descendait.
Maryam', la plus belle des filles de la Palestine, entendit frapper à coups redoublés : reconnaissftnt la voix d'Ëbn*Teniym , son père , die ouvrit cette porte, barricadée comme celle de tous les élu^tien» à Jérusalem, -etne vit pas sans surprise entrer des sftys portant le . corps ina-
iiimé du jeune cheykli. Ma fille , dit le drogman , je t'amène un malheureux; et dès-lors la compassion se peignit sur le visage céleste de Ma* ryam. (iCest le chef le plus redoutable de cea «Bédouins , lefils d'Ahmed , cheyfcb des Ouahy» ^.dy.eh*. — âuoi! si jeune» dit-elle, et cest lui
qui se rendit si terrible aux Bethiéémites ! O
mou père, pardonnons-lui; rappelle-toi riiifr», )»rtoire'du Samaritain. Si ton art pouvait sauver
cet infortuné! — Va, cours, lui.réponditËbn- ».Temym, apporte du baume de. zaqqoum et
des bandes de lin. ».
l^e vole. On dépose Ismayl sur le modeste divan du drogman. Maryam. a jNréparé la ccm»* presse : à genoux, elle soutient dans ses bras la tête défaillante du jemie homme; elle attend fopinion que son père va se former de Fétat d'Ismayl.. Hélas! un dernier soupii^ est près de s*exhaler de sa bouche ; les battemens animés du sein de la jeune vierge ne rallument pas pour lui le flambeau de la vie. Maryam épie le moindre nu)uyemeut, la plus. faible étincelle : cest la pre?. mière fois quelle regarde un homme; elle con* t^p{e avec., une... pitié ardente les yeux..fiçrmés. du Bédouin , dont les longue^ paupières noires
dessbient leur ombre sur des joues éteintes. Une krge blessure a brisé la poitrine d'Ismajl; Ebn- Temym la croit mortelie : Maryam fréroh ; elle sçrre contre son cœur le triste fardeau quelle soutient. Cet homme souffre , il ne lui est plus étranger : une de ses maii;is contient lappareil destiné à étancher le sang qui coule avec abon* dapce sur le barnous et le turban déroulé du Bédouin. Ses larmes , qu elle ne peut essuyer, inondent le front du jeune homme : ce baume puissant l'aurait réveillé du demiar sommeil ; il ouvre les yeux , il les tixe sur cette beauté tou* chante. Troublé par la fièvre qui le dévore , «Mahomet, dit-il, suis-je eulin dans ton divin
paradis! • • • . . • — O Vierge , mère du vrai Dieu , s'écrie Maryam , il vit encore ! que ton » nom soit béni : soulage ce pauvre infidèle, car » nous ne pouvons rien sans toi. »
Pendant tout le temps de cette longue maladie , Ëbn-Temym et sa fiUe ne quittèrent pas un instant lefilsd*Ahmed.II voyait sans cesse, pre^ que jour et nuit, l'expression de la plus douce pitié embellir les traits de Maryam ; des paroles de bonlé présentaient Tespéra^ice d un meilleur gvcnir >à ce jeune homme ardent , moins accablé
par 9BS maux que par ia honte de TeMsIavage.
Cependant Ismayl reprenait des force», et son cœur payait avec usure la dette de sa vie. L'amour et la reconnaissance rempUssaieot son ame. Dés qu'il put marcher, Marjrtfïn ie eda-^ dttisit sous ie sycomore dont les branches om* bi ageaient ia mteson et ie fardin dlBbn^Temym ; assis à côté Tun de l'autre, elle se plaisait à lui faire raconter- tes guerres de sa tribu, ia vengeance des Ouahydyeh contre le pertideGezzari et les détails de sa fadiilte et de ses plaisirs au désert. \jà soir les surprenait dans ces longues et douces distractions : ils d'en ét&ieât* réveillés que par le chant des mauezzin, qui, du haut des minarets de la riche mosquée d el-Haram , ap« . pelaient les Musulmans i iâ prière.
« Maryam , lui disait l'Arabe , tu me fais oublier » mon père, le Prophète et ma tribu. Au milieu , 1» de ces murs sombres, éievés, doù je ne puis » voir ie ciel , tes yeyx sont devenus la seule étoile » que je veuille suivre. Ou mes os deviendront » une cendre légère dont se jouerà le irent *> d yamyn , ou je planterai pour toi la tente ^ nuptiale ail désert; mon pèi^ et tna mère », tressailleront de joie à ta vue-^ tôus les 0\i<i^
» hydyeh baiseront le bas de la robe (TEbn- » Temym, et les jeunes filles de la qabyleh se «» disputeront Tbonneur de laver la poussière » de vos pieds.» Mary am, attendrie et troublée, lui répondait qu'elle était chrétienne , que tout dans la vie les séparait. «Hélas! la mort, ajouta* . ttt-eile avec un cruel pressentinient, la mort
» sera peut-être moins injuste.»
Sur ces entrefaites , le pacha de Damas , jaloux des trésors du motsallam de Jérusalem,, l'appelle à son divan , lui reproche ses rapines , et fait tomber cette téte dont un seul regard . épouvantait , la veille , toute la Judée. Un favori du pacha obtint legouveruemeut de Jérusalem, et voulut payer cette faveur à son patron par un. présent aligne de lui; il frappa d'une avanie le couvent du Saint-Sépulcre et ceux des Arn^éniens et des Grecs : vingt Juifs des plus, riches moururent sous le bâton des chiaoux.
Toute la ville de Jérusalem était dans le troubb
et la consternation. « Ecoute , fils d'Ahmed , » dit le drogman au cheykh confié à sa garde : >i lié par un serment sacré envers le dernier Il motsallam, je n*ai. rieu promis à celui qui
lui succède \ si tes forcer te le permettent.
» profite (le la confusion dans laquelle se trouve » cette ville ; sors demain « au coucher du soleil , >i par la porte de Naby Dâoud ; cache-toi dans les grottes d'Haceldama, les séputores t'offriront un asile sacré; dirige ensuite prudemiftment tes pas vers le désert, due Dieu, qui » t envoya dans ma maison , protège ta fuite , et s» qu'il te donne de longs jours comme à ceux » dont le sang coule dans tes veines. Maryam rougit à ces paroles; le breuvage qu'elle apportait, échappa de ses mains.
« O mon père , dit Ismayl » comment veux-tu que je m éloigne de vous , lorsque le péril men nace ceux que mon cœur ne quittera prniais? » Abd-allali, cet homme cruel , persécute à pré- 1» sent les grands de Jérusalem; mais^ quand ce nouveau motsailam aura sacrifié les dioma* Si daireSf sa main égorgera les brebis et tondra » le faible agneau. Il se souviendra du combat ^ de Tibériade, lorsqu'on lui* dira qulsmaylest » prisonnier , et aucune rançon ne rachèterait i> ma vie : il y a du sang entre nous et les enfans » de nos enfans. Bientôt Abd-allah te deman- » dera compte de Tesclave; et ta bouche ^ fille » de la vérité , que pourra-t-elie lui répondre?
166 VOYAG£ DANS L£ LEVANT.
« Fuyons plutôt ensemble ; ou , si tu me jures » in fdf j'irai Ters mon p^; il s'approchera 0» de Pharan avec les enfans de sa tribu , doux -» comme des gazelles , courageux comme- des )i lions, et j'amènerai un chameau docile, que '1» Maryam eonduira sans peine. Vous viendrez
vous réunir à nous à lentrée de la vallée de ^ (Saza, et des cm d'allégresse vous accueilles
ront chez les fils des Ouahydyeh* Nous reste-
rons à vous attendre pendant les troîsdeniieim s> jours de la lune de sepher, et je- veillevai sans « cesse sur les hauteurs d'Ebœr pour découvrir
votre arrivée. »
« Mon père« dit Maryam en embrassant sea
"» genoux, l'offre de ce jeune homme est une •1» inspiration du fkeV : j'étais prosternée hier 1» devant Tautel de la Vierge, et mon cœur devinait tout ce qu'il nous propose. Fuyons les premiers coups de ces bat^bares; la main de Dieu dissipera ensuite cet orage ; ce Dieu puissant regardera son peuple eu pitié : i»^mais, je fen conjure, partons sans perdre 1» de temps. »
Ebn-Temym , frappé de la sagesse de ces paroles et 4e la douleur de sa fille » se rendit
à sa prière. Tout était convenu , toutes les mesures étaient prises; Ismayi leur adi*essai( déjà le souhait du dépdrt : « Puissiez-Tous de* » sirer la vue du camp d'Ahmed ids de Bàhir»
comme le voyageur fatigué désiré eeile d^ f oasis ! » Mais ce doux, projet fut bientôt détruit : le tumulte était devenu tel dans les rues de Jérusalem, que jamais Ëbn-Temjrni ne put se décider à laisser partir son hôte ; il {obligea même de se cacher sous les voûtes d^ la citerne , et d'attendre un moment plus iavorable. Après cette précaution , il remontait plus tranquille auprè^i de Maryam , lorsque des ^his vinrent le saisir. Dénoncé par de perfides Grecs, il fut conduit chez le motsallam ; sa fille ne le revit plus.
On s empara du peu que possédait Ebn*' Temym. Maryam éplorée courut se jeter au]c pieds du supérieur des religieux de la Terre- Sainte, pour le conjurer de rédamer son père. Des soldats entouraient le monastère et menaçaient les religieux. « Ma rdle, dit le révéreor « <fissime à Maryam , Notre - Seigneur nous > haf^ d'une grande plaie , et vous é(es une d<^ ^ victimes les plus éprouvées j offrez vo$ dou»
lean à celoi qui , dans ce même lieu , en a bu ^ volontairement le calice jusqua la lie : iilie de î> Jésus-Christ , vôtre père n'est pllis. »-
L'infortunée ignorait cette perte funeste : elle tomba privée de mouvement. Lorsquelle reprit f usage de ses sens, quelques femmes chré* tiennes l'entouraient, et s'opposaient en pleurant à ce que Maryam jut conduite chez le gou* vemeur. Cet homme , informé de la b^uté de cette jeune Me, desirait offrir au pacha de Damas une odalisque digne de Itii; Les prières et l'argent des religieux suspendirent cette poursuite pendant quelques heures. Ds espéraient soustraire la jeune chrétienne à toutes les re* cherches , en la confiant à des femmes pieu^s de Bethléem; mais on apprit le soir que cette ville était aussi livrée aux fureurs des Métoualis. En même temps on eut avis que le couvent de Jé^ rusaiem et Téglise du Saint-Sépuicre devaient être forcés le soir. Dès ee moment, chacun ne pensa plus qu'à Ift fuite. Les femmes , les enfans, furent cachés dans les souterrains profonds des tombetiux des rois et des juges. Des chrétiens courageux franchirent les murailles ; ilsenfouirent 'les reliquçs les plus précieuses , les vases sacrés^
sons le sable de la grotte de Jérémie ou dans les profondeurs de Siloé.
Abattue, consternée, sansconseil, sans asile, Maryam revient vers Ismayl, qu'elle Uouve consumé d'inquiétude. II frémît de rage, il ne respire que vengeance , en apprenant la mort d'Ebn- Temym , en voyant le désespoir de sa fille, «Si Dieu me laisse quelques forées, lui ditp nelle, c'est pour t'en gager à partir. •Taî tout >i confié au Père du couvent : Yousef , un des 1» janissaires chargés de la défense des religieux , » , gagné .par eux, favorisera ta fuite; il a con^ la senti à se cacher dans les ruines de Béthanie , » où les Arabes de Siloan lui fourniront un châlit meau. Voici la nuit , gagne la vallée de Josa- « phat; tu trouveras ton guide , il doitt'attendre » Jusqu'à la neuvième heure. Que Dieu bénisse » ce voyage et qu'il accompagne tes pas! Soup » viens-toi quelquefois d'Ëbn-Téroym et de iti sa malheureuse fille. — Tu ne me suivrais i»pas, dit Ismayl, et tu me proposes de fuir! » «— Je suis chrétienne; il ne m'est pas permis n d'être ton épouse : mais , si tu m'aimes , Ismayl , ^»;Sauve ta vie, sois heureux au désert; Maryam - n trouvera toujours un refuge près du tombeau
m de son Dieu. » Puis , reprenant son courage , elle ajoutait d'une voix entrecoupée par ses larmes : <t La seule douleur que je ne pourrais tt supporter, serait celle d'oublier mes devoirs, » ou de te voir perdre la vie : je saurai résister
à toutle reste. — Tu n'as pas cm que je parti-i» » rais, dit Ismayi d'un air sombre, en quittant » ses armes et son manteau : je ne t'ai pasdonné » le droit de soupçonner le fds d'Ahmed d'une « insigne lâcheté. Voudrais-tu m'éprouver 7 Et
que m'importe la vie loin de ce que j'aime !
« Que viens- je d'apprendre ? tu pourrais (bmc » vivre loin d'Ismayl? Je reste, et j'atteste le « Prophète que rien ne m'arrachera d'auprès de » toi. -r- Tu restes, s'écria Maryam, et la mort « qui te menace ! — Je la méprise , dit Ismayi.--*
Et ton père qui t'attend , et la ti ibu qui te « redemande ! — Je reste , répéta-t-il de nou^ » veau. — Malheureux , reprend Maryam , ne 1» 8a»*tu «donc pas -que je ne pourrais te sm> » vivre ? — Mais du moins je mourrai le pi^
mier » , dit Ismayi. Ces derniers mots, -pnv noncés avec tout l'accent de la passion , eurent toute sa puissance : ils décidèrent du sort de Maryam.
« P mon Dieu ! que faut-il faire? s écria la A^eone fille -m tombAOt à genoux. Piiift*|e » quitter cette terre aiTOsée du sang de mon » père 7 dois-fe laisser périr Ismajrl ? Que suis-fe » donc y pauvre orpheline , pour le sacrifier « ainsi ? Si mon père vivait , un devoir sacré
m'attacherait à lui ; mais , seule au monde , ^ isolée , sans appui , je ne tiens à personne. ^ Une fiunille nombreuse pleurerait Ismayl , et ^ f e pourrais consentir à sa mort ! Qu^mporte
le sort de Maryam! il vivra» il peut encore » être lieureux. bmayl , sauve ta vie , prends la
mienne, je pars avec toi. Pardonne, ô Vierge Il sainte, pardonne; et si nous sommes cwr ï> pabfes, ne punis que moi seule.
Il n'y avait pas un moment à perdre : guidés *par le feu de iincendie qui consumait Tjiôpital des Arméniens , Ismayl et Maryam traversent •avec difficulté les haies daloès qui ferment les jardins des environs. Ils arrivent au pied de la muraiUe d'enceinte de Jérusalem, et la frandiissent , aidés du secours de quelques chré- ' tiens, dont ils favorisent aussi la fuite. On pouvait les apercevoir, les entendre; le moindre Jbruit pouvait les trahir : Ismayl pour la pre-
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mière fois connaît la crainte ; ils précipitent leur marche. Marjraoi / accoutumée à la vie sédentaire des femmes de l'Orient , peut à
* peine suivre son ami : il la porte dans ses bras. On aperçoit le minaret de Béthanie. Chargé
•de son doux fardeau , le fils d'Ahmed se croit maître de la destinée de Maryam ; elle remer-
*eiait encore le del, lorsqu'ils, airivcâit aux ruines. Us se hâtent de faire le signal coh-
^veuii*: personne ne leur répond, tout est muet; la nuit est obscure , le guide et le chameau ont disparu. Ismayl répète le signal ; il cherche en
^ vain , rien ne parait : la neuvième heure était sans doute écoulée.
Que faire? Comment traverser soixante milles de chemins rudes, montueux , cfêserts, sans secours, sans provisions, pour trouver, à la fm de cette route, des ^bles inouvans-, dévorés par lardeur du soleil? Tout parait possible à l'amour ; bmayt persuade sans peine à Maryam qu'il faut continuer leur voyage. « Je connais , . » ditjl, une source à moitié chemin de la terre » occupée par ma tribu ; nous trouverons auprès de cette; fontaine des dattiers dont les fruits te nourriront. Je te porterai j il ne nous faut que .
» deux îours pour faire k route : si tes forces ' » t abandoiineiii , tu eu retrouveras sur mon » cœur. »
, Lmnocence pure et sacrée les enveloppait de sa robe virginale ; elle tempérait Fardeur de . leurs ames ; elle y faisait régner cette sainte con» fiance , charme tendre et religieux du premier amour. Maryam croit aisément ce que lui dit Ismayi : ils s'empressent de quitter ces ruines désertes ; ils veulent profiter de la fraicheur de . la nuit pour feire un peu de chemin avec moin$ de fatigue. Vain espoir! déjà Maryam se sent épuisée de lassitude ; ses pieds délicats sont ' décliirés par les épines. Ismayl voit ses efiarts^ sa souffirance, et son cœur est brisé. H. la sou^ lève dans. ses bras, la porte longtemps; mais H. avance lentement sur ces cailloux* aigus qui se dérobent sous ses pieds. Le soleil levant leur montre le désert : une plaine immense de sable rougi par les premiers rayons du jour; pas un arbre, pas un abri. Mais cet aspect, loin d'à* battre Ismayl , semble ranimer son ardeur ^ le désert est pour lui la patrie et l'image de la liberté. « O Maryam , dit-il , prends courage : 1^ avant la fin de ce jour nous trouverons la
174 VOYAGB Lfi LEVANT.
» fontaine d*Ëngftddi , et demain nouà serons
près de mon père. » Maryam, un peu ranimée par ces paroles , essaie de déguiser ses maux ; elle veut maixlier en sappuyant sur Ismayl :
bientôt sa pâleur la trabit , elle est près de s évanouir ; Ismayl la reprend dans ses bras. A ia fin de cette longue îourhée, l'Arabe conva^ iescent saflaiblit aussi, et à peine aperçoit-ii à l'horizon la cime des palmiers d'Ëngaddi : il lui parait impossible d y arriver avant Içs ténèbres , et 'cepemknt Maryam est mourante; consumée par la soif, elle peut à peine articuler une pa» foie. C'est pour lui quelle meurt TCette pensée ranime le Bédouin : il marche, s an été , marche encore. Lacrainte de perdre ce qu'il adore, couvre son front d'une sueur froide; tremblant, haie* tant, il presse son trésor contre sa poitrine Oflpressée : quelques pas encore , et ils atteindront cette fontaine tant souhaitée. Us y arrivent enfin , et tous deux sont près de succomber ; tous deux, privés de mouvement, demeurent étendus sur le sable.
Ismayl se traîne pourtant îusquà la citerne;
il puise de l'eau dans ses mains, il en humecte
lés lèvres de Maryam : elle ouvre lentement des
yèux humides de larmes , qu'un fiûble sourire
voudrait vainement déguiser. Inquiète de l'état dismayl , elle ne s'occupe que de lui. «Hélas! dit la jeune iille, sans moi tu ne serais pas ainsi » mourant , épuisé de fatigue. » Elle s'accuse » et veut trouver jusque dans ses sacrifices l'occasion de se blâmer et de plaindre ce qu elle aime.
Us se reposèrent pendant une nuit et un jour v$ous les dattiers. Le soir, Ismayl se plaçait aux pieds de Maryam j il veillait sur elle , tandis qu'au milieu d'un sommeil agité elle prononçait souvent des paroles inarticulées et sans suite. L'Arabe Técoutatt avec un mélange de surprise et de terreur. Le charme doux et merveilleux des^ nuits de l'Orient semble mettre l'homme en communication avec le ciel : les harmonies de ces heures mystérieuses accompagnent éga* lement la plainte de letre souffrant ou le cantique de la reconnaissance. Parfois t des lumières soudaines se promènent sur l'horizon comme un char de feu , et colorent d'un rouge pâle et fugitif les nuages légers airétés sur les cimes des montagnes : ces vapeurs indécises appa* raissent alors comme des intelligences célestes qui défendent les en&ns de la terre contre les
entreprises de 1 esprit de ténèbres. Les frluttr
savoureux du dattier, une eau pure , ranimèrent > bientôt les forces dlsmayi; ia fiUe de Jérusalem ne retrouvera plus les siennes. Craignant toujours pour la sûreté du jeune cheykb, die veut « partir. Cette troisième journée est moins pénible que les autres : Jsmayl emporte de Teau et des dattes qui rafraîchissent leur poitrine desséchée.
Bs lencontrèrent eni^n des Arabes pasteurs/ qui, touchés de leurs maux, leur oj^frirent le. lait, de leur jument et le pain ouït sous la oendre«,. Le plus âgé d entre eux , uni d amitié avec les Arabes Ouahydyeh, voulut être le guide de ces. pauvres fugitifs ; ils se dirigèrent ensemble vers ^ vallée tfHarma : le pasteur les aidait à gravir les sommets de Gabar » à traverser le torrent de Soéta et les solitudes d*Hébron. tt Ma fille , » disait-il à Maryam, espère en Dieu : c est lui ii:qui t'a adressée vers nous dans les pâturages )i d'Ëdom. Il ma enlevé une fille chérie , le « seul appui de mes vieux jours ; tu me là
rappelles : la douleur aime la douleur. Aptttpnie*toi sur moi-, pauvre roseau; résistons
ensemble à la ten^péte. » Et cependant Maryam pouvait à peine se traîner; déjà ses yeux
fiWatent plus de larmes. La vue perçaute de
fArabe lui fit découvrir , le soir, quelques cavaliers placés sur uiie haûtetii' : il cacha ses amb derrière uh rocher ^ et courut à la hâte vers ces ^ homuies , qu'il réconftiaissait pour dés Arabes. Dès que les Bédouins purent apercevoir le pasteur , ils descetidiretit la colliâe comitae i eClair» O fils du désert , s*écria le vieillard , &eiieir vous des ehfans de là noble qàbyléh dOiioAy^ ^dyek, reine de Bosor et d'Eblata? Oui, b oiihi, s'écrièi^nt-ilstous à-la-fois. Le vieillard» sans leur répondre , retourna auprès dlsmayl, qui lui confia son dépôt précieux pour voler vers les iiens , faire avertir son père et amener un chameau. Il revint peu d'iustans aptes ; et se mettant à genoux devant Maryani , a Ma sœur, lui dit-il , n reprends courage , toute la tribu t'attend , et je » veux te rendre un père.»
On plaça Maryam sur une jument douce et légère comme un chevreau : des Arabes aidaient son amant à la soutenir. Ëlle s'évanouit plusieurs fois avant d'arriver sur le plateau d'Harma,prèà duquel le vieux cheykb vint à sa rencontre , avec sa femme et ses filles. Ismayl lui cria de loin : ttCbeykh des Ouàkydyeh, ô mon pèrCi voici
» lange qui t'^ cgn^ervé ton fils ! faî» tuer en soit » honnei^r le chameau nQuve^u-n^ , et présente- ^ iui le. pain et le sel. » Ensuite il raconta le^ malheurs de ta filie çhjrétien^e. , 4es larw^^ inondèrent la barbe vénérable <Ju fils de Bâlinr* Hélas I la mort s était déjà, emparé^ du cw^r dq Ma,vyam. Les jeunes sœurs dlsmayl cherchaient • vainement à la di^tfair^ : ^ua^d on H croyaif uu peu mieux , elles la conduisaient au puits de Lat)^n; a^i^e^ sous Iç figuier « \^ liUes arable; lui racontaient leurs inquiétudes pendant Talî? sencfi de leur frçr^.» et tput qu il des bie% faits d'Ebn-Tçtniyn^i. Lorsqu'elles revenaient ^ la tente des fenuùes, l^ip ^re» ^ui les atteii? (iai( avec inquiétude , ouvrait ses bras à Maryam ,
l'appelait ^ fille , et la tratfftit ^jm». W e^iJwf 5^çuÇrfii\t ^\ chéri : ellç envoys^it clicvcher à Gaza ce qu'on croyait être agré^,ble m, sai^tair^ p9HÇ
lifaryaiu. « Qn est p^u^vre ignorant au dés^,
» lui ^is^it^Ue; mais pp$ cœui? s'o^Yl:q^tài'<^^li«
» ti4 , coran^e lesi gçefla(}es 4'A^Ç^jlpn aux rayon^ ^ du ^leil , qui \^ opjqwe ^ te^ adoucit ^
I^aryatn é^ait vivement é^iiue de ces marque^ intérêt si sîi^ple et si vrai. £11^ aimait te if m^e çhçyHh • iÇ^is Sia piété , Içs ter rçiui^s
VOYAGË h% |^VA!«T. 179
autre vîc , m puissantes chez une chrétienne né« au pied du mont sacré de Golgotba, tout s« réunissait pour troubler son ame ; elle ci^yait san$ cesse entendre k vpix de son père, qui l'appelait vers lui , et la fièvre et rinsomnie la consumaient. Ismayl « enivi^é d'amour » royait Maryam descendre lentement dans k tombe :
irrité contre le sort, il errait autour du camp, et rugissait comme un jeune lion blessé par la j^ècbe empoisonnée du chasseur. Son père l# ramenait alors. « Dieu est grand , disait Ahmed , 1» puisqu'il a permis que la colombe vint se
fugier dans ma tente. Crois , Ismayl , que c est » un signe de bonbeiur pour les Ouahjfdyeh t ^ calm^onc ton ame, plus agitée que les fiot# » de la grande làer. ».
Les soins les plus tendres furent inutiles. Un îour, la téte de Maryam tomba sur sa. poitrine, un, dernier soupir sortit de ses lèvres décolo**
irées, et spn ame pure remonta vers le Tout»
puissant. Toutes les racines qui faisaient vivre ije £siUe arhrisaeWf aveient.été ooupéea. La ipprt ^e son pài\' > des scrupules religieux , un premier «ww» tout je réunît pour flétrir cette lleuji n^i^èr^ ççktante defraicheuretdebeauté.
180 VOYAGE BANS L£ LEVANf.
tsmayi demeurait morne , Foeilsec, au milieu deà cris de toutes les femmes de sa famille. Le vieux cheykh , abattu , consterné , présida lui-même aux funérailles t il cacha sous des palmiers là dépouille mortelle de la vierge chrétienne , et fit placer sur sa tombe le crucifix que la jéune infortunée n'avait cessé de porter sur son cœur. Les mêmes mots dont on s*èst servi pour expri^ mer tant de fois les regrets cuisans de Thomme, suffiraient-ils pour peindre la douleur dlsmayl » de cet enfant de la nature , révolté contre se$ arrêts barbares? Cotait vainement que son pèré lui présentait lui-même un peu de nourriture^ qu'on lui pariait des intérêts de la tribu , et des guerres qui la menaçaient : on n obtint jamais de lui une seule parole. Cependant le répos'dé cette grande faniilie allait être troublé par laga de Gaza » et le consèii des vieillards venait de décider une retraite générale jusqu'au désert.de Mephaath, derrière la mer Morte, aii pays deé Moabites. Chacun était occupé de ce dépait, lorsqu*au coucher du soIeS cet astre parut en'* virpnné d'une auréole couleur de sang; le ciel, devenu tout«àH^iq> jaunâtre , ne donnait qu'une lumièrelivide et sans ombre y les oiseaux fuyaient
VOYAG£ DANS L£ LEVANT; 18 i
vers roccident, eu rasant la terre; le sol pa« raissait lunnineux , tandis que l'air ^était tênie et opaque ; le palmier immobile laissait tomber yers le saUe ges branches flexibles, que le moindre vent élève et seeoue dans les airs ; tout se tai^ sait ; la peur régnait sur Fespaee ; les cris piaintifs de3 animaux annonçaient l'approche dti terrible senwum, ce vent pestilentiel , Tefiroi du déaert« Ismayl, souriant à l'espérance de ce iiéau, embrasse la tombe de celle qu'il aimait ; ses mains écartent le sable qui la couvre ; il a déjà touché » pressé le linceul sur son cœur; le voile qui enveloppait le visage de la vierge , est soulevé : Ismayl contemple d'un regard avide ces traits que la mort respecte encore. Maryam parait sourire A son ami ; «Viens, semble*t>«lle lui dire, viens , ô mon bien-aimé; quitte la terre des larmes » pour le séjour de la paix. — Ouï », s'écrie Ismayl en imprimant ses lèvres sur le front glacé de Maryam , « i^ois le chaatebaiser de l'époux )i du sépulcre : ma chaîne va se briser , nous se« ^ rons réunis à jamais^ L'infortuné attend avec une joie impatiente la mort , qui doit confondre ses restes avec ceux Ae l'objet de ses crueis regrets. Bientôt un nuage rougeâtre arrive du
182 VOYAGE X>AKg LÉ lÉVANT.
tàté dé r«oiient : le souffle de louragan fait un ehftoft de ce désert tranquille; des vagues de sable se heurtent, les pius hauts dattiers sont déracinés : quelques minutes suffisent pour combler utié vallée. Ismayl disparaît dans cette épouitantâble destmotioti. Ah ! céhit vers qui b prière des cœurs affligés s'élève plus vite encore que fettèensde&tabemaefes, celui qui juge les pen« sées les plus secrètes des hommes , voulait sans doute i^dir eés dent âmes noMes et pures dans la région des joies saintes , étenielies et iHèâables.*
Nous rte ttouvàmes qu'une seulé dâtsis sur lé
toute d e!-Arych à Damiette , celle de Romalé , lé soir de b quatrième joamée ; c'est iiti bou* quet de palmiers, caché dans une vallée dé sâUe. Des cabanes formées de brancbes dé dattier sont placées dans ce triste lieu, où des Bédouins plus noirs encore que tous ceux que f avais vus jusqu alors, nous offrirent Ihospita- Kté. Après les avoir remerciés , nous eontinuftndea notre route » soutenus par l'espérance d'atteindre « "^etè le séif , le* rivage de fa mer. On m^assurait que bs bateauiL de pécheurs qui sorte<it du laô.
VOYAGE BANà LE LÊVANT. ÎSi
Menzafeh , vehaient fréquemment sur (à côté dé Péluse , où f arrivai à dik heures du soir.
Leâ choses àllàicrit si vite et si bien dans rirïiagination d'Abou-Dàoud , notre drogman, tjrfî! croyait sè reposer doucemént à Damietté le lendemain Édatin. U en fut tout autrement : hôus né pûmes jalnàis traverser sur nos dromadaires lin canal qui cdmmuniqùe dans ce lieu avec la mer, et que le refoulement des vagues Irendait alors impràticabiè ; il fallut . coucher Sur lè rivage. Ibrâhym d el-Arych retourna vèrs foàsisy dont nous étioiis déjà fort éloignés., pour y chercher un Arabe qui connût mieux ce labyrinthe de cànàus^ àii iniliéu dùqîiet nos con-^ ducteurs ne se retrouvaient plus. Ils avaieni entré ëttx dès explications assez vives , dont lé seh^, * facile à comprendre , prouvait qu'ils setaient égarés , et qu'ils n'espéraient pas que té iù^fm leur apportât des notions plus exactes. Le jour pèttit enfin ; notre chaiàeiiér ramehait un Béâùuin de la physionomie la plus malheureuse. Im mér, àgitée pài^ lé vèiit dé nord, était devés nue forte. t)errière nous, sur la droite, setenp dait té grànd désért; siir là gauche, cïés canaux,, dés marais couverts d énormes roseaui^, laissaient
m YCÇfAQi; DANS LE LEVANT,
entrevoir Ie$ ruiner de Péluse, Des npilliers (fibis
(Tune blancheur éclatante , rangés ies. uns à côtç des^autres, de^sint^ent toutes ies. lignes de cet monumens , dopt la forme majestueuse frappait pour pretni^re fojs ipes regards. Pest nuéeji d'oiseaux aqi^atiques s'élevaient du se^n de cette plaine marécageuse. Un épouvantable Qun^ii fivait bouleversé depuis peu 1% surface de cette solitude; des trombes dç sable ^ ^meiiées du ri^ vaçe de Sue?;, comblèrent des maraiç et de^ çanaux. Lies colonnes de Péluse , et les débiîs. de Faïama, qui garde les cendres de Pompée, çtaient alors, prçsque eiitièreineiit ei^v^Qs.
Le Bédouin, auss^ embarrassé que nous^ essaya de traverser le canal; qums i^u bout d^ quelques pas, il fut obligé de se mettœ à lai liage , et les çb ^eUe^s^ déclarèrent q^u il serait impossible de tentçr le passage. ^
L* Arabe de Romalé assurait que le&eaux dimi-i nucraien^ au ço>ucber du soleil ; mais il doutait; quVprès avoir franchi uu grand nonibre de car naux^ on pût trouver la plus petite embarça-i tipu sur le lac Menzaleh. tl pous rançonnait,^ et se faisait payer fort cher le moiud^*e conseil ^ |a plus légère tentative. Le soir wiytK WM^
VOYAGE DÀNg LE LEVANT. 185
qu'il y eût aucun changement dans notre posi«
tioa : elle commençait à clcveiiir diflicilc; la nuit fut m^me assea& inquiétante. Les onces et ies ehacals sont en possession de ce rivage : des feux furent allumés* La mer étant enfin plus calme » on se hasarda» le matin, à eflectuer !e passage ; }es plus grands chameaux avaient de leau jus* , (jua la moitié du ventre; ces pauvres animaux, étourdis par le bruit et ie mouvement des vagues; faillirent cent fois nous jeter d^us la mer, ainsi que nos bagages. La caravane traversa de la même manière, avec plus ou moins de difficulté, ^es marais fangeux et profonds. Un Arabe mar«» çhait devant et sondait le gué avec le bois de 3a lance ; il enfonçait dans la vase, avançait, recu-^ lait; nous suivions de notre mieux. Un scuf Jiomme fut renversé par son dromadaire ; il savait liager, et gagna {e rivage sans accident. Ai^rivés p^blement dans 1* endroit où les pécheurs ont ordinairement une baraque, un poste ayançé»
nous ne trouvâmes personne. Manquant d^ tout, fatigués (je corps et d'esprit, nous commencions ^ être de mauvaise humeur; chacun était mécon» tent d\^bou - I)àoud , qui pétait pas facilement '«^cppris par les Arabes, et dont {e ne pouvais
tirer que des phfases vagues et iticohérientes.
La caravieine était au bout de ses provisions : les conducteuts demandèrent avec inâtahce qu'on . les laissât partir , si ion ne voulait pas revenir avec eux paf le désert. H était impossible d& retenir des gens aux gages de Taga de Jafa, doiit la présence devéiiàit inutile, et qui commençaient à manquer d'eau. Un nouveau Bédouin s était joint à fiotre guide , et spéculait , àinsi que lui , sur notre position , dont ils surent <irer uh parti assez avantageux. Ils offrirèrit daller à la recherché d un bateau : le frit fut fixé à cent piastres , s'ils parvenaient à ramener ié moindre canot. Us parlaient d*un établissement dé pêcheurs distant de quatre ou cinq lieues , et nous étions enCoré à quati^e-vingt^ milles de Damiette et à une liéue de Péluse. il fut convenu en outre que la csiravane retotime^ rait fusquàloasis détlomalé, où elle attendrait le chef des chameliers, qui voulût bien demeorei' jusqu'au retour des Bédouins. Jean , ftioh dortié^ tique, èt M. Linànt (jéune élève dé la mariné, qui avait quitté la Cléopatre pour s'attacher à M. Prévost), se décidèrent à partir avec fe^ ^ Arabes : ïU ne furent point arrêtés par les dit*
ficultés d'une excursion qui se présentait sous des couleurs peu grftdéuses; tous les quatre se jetèrent gaiement à la nage , et nous demeu* rftmesy entourés de nos maiies, dans une lié dénuée de bois. Cette côte, fréquenunent submergée , est la partie la plus basse de TÉgypte. Elle est entrecoupée de petites iles , dont quelques-unes sont entièrement recouvertes par une eau stagnante et méphitique. A trois lieues de là f sur les bords du lac ^ se voient les ruines d'un iort nommé Tyneh, construit par les Français pendant fexpédition d'Egypte , pour s'opposer au débarquement des Anglais et les empêcher d'arriver à Damîettè«
•Tétaifdautaut plus inquiet sur le moyen d eC* féctuer notre retraite, qu'elle était presque im* ' ]^ossib{e pour M. Prévost : aflaibli par le voyage du désert, comment aurait-ii pu repasser à Ik nàgé tôut l'espace qui nous séparait de la terre ferme? Le projette plus raisonnable, si là eôursé dlhctos Bédouins et de nos compagnons devenait inttffle, élaif d'abandonnér le bagage ét dé liiat^ cher vers Toasts de Romaté : de là, j'aurais dé* pêehé, è féree d'argent , des Bédouins atèè des letties pour M« VasiU Fackre «.consul de France
188 VOYAGE DANS LE LEVANT; à Damiette , qui nous aurait envoyé un bateau et des guides. Peu ^heures après ie départ de nos gens, on aperçut, à l'horizon, un petit bâti- . meut qui semblaît se diriger de notre coté ; cbacua se livrait à l'espérance, sans se rendre compte de (a possibilité de ie voir arriver jusqu'à nous : en effet, il disparut, et nous laissa plus tristes qu'auparavant.
M, Linant et mon domestique revinrent vers le soir, nus, excédés de fiàtigue, les pieds dé^ chirés par les épines; ils avaient laissé les Bé* douins dans une lie à trois lieues de distance : voyant qu'on les engageait sans cesse dans des marais, ils craignirent une trahison ; et i'aspect d'un corps mort, abandonné sur la grève, acheva de les décourager. Nous comptâmes dès*Iors fort peu sur le succès de l'entreprise des Arabes. Un troi^ème Bédouin, entièrement DU, maigre, cbé« tif, malheureux enfant du désert, nous apparut à travers les roseaux , d'où il nous considérait avec une extrême curiosité ; nous lappelâmes : il vint d*asse% bonne volonté s'accroupir devant notre fçu. I^a nuit arrivait : Abou - Dâoud au désesponr, ne saclumt pas bien s'il devait recom«> piandcr 3on ame à Jésus^Chrit ou à Mabomet ,
Oigitized
proposft à notre nouvel h6te d'aller aussi à Ift recherche de ce bateau si désiré : je jurai sur ma tète qu*il aurait une botine i^ompense.
Il partit par la nuit ia plus sombre et sans vouloir répondre de tien. Nous soupftmes de trois poissons que le Bédouin avait apportés; on prit ce maigre repas auprès d'un très^ïetit feu, et) chacun s'enveloppant dans son man* teau , je besoin de sommeil flit plus fort que iinquiétude.
Le crépuscule commençait à poindre , lorsque lë chef des chameliers vint me réveiller en criant de toutes ses forces, Sulian! sultm! baieau/ bateau/ et nous vîmes en effet, avec une joie inexprimable , tout-à-fait sur ITiorizon , quelque chose qui ne nous parut ressembler à une em* barcation que bien des heures après.
; En effet, c'en- était une , qui nous atteignit avec peine, à cause du vent contraire. Il était trois heures aprçs midi lorsqu elle parvint au rivage, ramenant nos trois Arabes. Cette barque était assez grande et fort sale; mais jamais vaia^ seau ne nous sembla plus beau ni plus commode : elle était conduite par .des Arabes pé* cheurs. Nous manquions deau depuis trente-
«ix bi&vm f et Q0115 troiivAiiies daos je tmtenii une jarre pi^iae 4Wu du Nii. Cette boi^oit fraicbe et pure* qui me parut délicieuse, effaçft le $Quvei|ir de privations, Je payai les Bédouiua : mm k vue de eet urgent éveiii^ ia cup pidité des bateliers , et produisit sur eux leffet que nou» m redoutions; ib roulurent être payés d'avance ; ieur chef faisait des diiCcgItés mt tout 9 et il devint plus imoleut lorsque U» i^ffett furent embarqués. Nous soulFrions depuis trop ioug-lemps de la mauvaine foi et de la cupidité dégoùtaute de ces bonmies, qui abusaient do ia difficulté de notre position : je m'élançai dans la barque, le sabre nu à la main, et, saisissant le râys par la barbe i je le menaçai de lui èter la vie , s il ne mettait 4 ia voile survie-champ ; tous mes compagnons montèrenl à la hâte. Ce peu de mots fut prononcé sans do^te d'un ion bien persuasif : personne ne répliqua. Le fils du chef se jout à mes genoux ;.ii&.promirent tout ce qu'ott vofltlul, et cinq misutea après nnus étions partis. . ...
Nofere petit bAtiment sV^juravait dix fois par lieiice; l'éipiipage entier se jetait à toute minute à l'esji fMMir tinr fensbarqition. : oa enfiinçail
jusqu aux épaules dans une va^e verdAtre et fih ticie. La nuit survint au milieu dç ces embarras. Un vent d*est assez frais et tout-à*fait favorable porta notre bateau dau$ le iac Menzaleb , et le lui fit traverser directement. Le lendemain , f^pt heures 4u matin , nous aUeignimes les palmiers de ce rivage de Pamiett^ si désiré , aprè^
' avoir mis treize jours 9, iious y rendre de Jafa« Le petit port de Dai^iette sur le Menzalel^ est éloigaé d'environ uqe iiçuç de cette yiile^ J'étais à peine débarqué , qu'un douanier turc piç mopt^ , W le rivage , un grand édiUcQ f onstrutt avec soin , eq me disant que j y trou«f yçrais dçs Fr^çs. Uu gr^d nqmbre de matelot^ génois et vénitiens y étaient occupés à sal^ du poÂ^so^ diui§ um cour carrée , eutpHrée de grands mugasins. M. Piozin , Français d^origine,
. dirige cet éUbii^meut pour ic. coippt^ Mohamed Âly , pach^ d*Égypte , dans les étsits duquel uo|is vçuiops^ d'^^r* CcUQ çutr^pris^ pourra devenir trésrimportaute : le lac Menzaieh fo^ruit u^e umuwse ^^lautité de poisf^ ^ et je peuse que l'ou çoqnaitra Uentdt en Europe sa J ftisoaj N dc^ miette. M« Pioz^ nous iu( tW^iràte,.^^ Wttç l|(tlM^.usQ ifoncootr^ dçtru^it
i9È VOVAGE DAJSà LE Ll^VANf.
rimpression désagréable qu'avait produite sui* nous ia triste nécessité où nous avaient mis nos Aiabes , d être sans cesse eu garde, contre eux. ^ Damilette est située, par le 31/ degré 25 niU nutes de latitude , sut" la rive de ia bouche iâ. plus orientale du Nii, au milieu d'une plainé entrecoupée de canaux vivifiés par les eaux de ce fleuve et bordée de palmiers. La végétation de Damiette , nommée par les Arabes Doumyât, est admirable. On est obligé d'employer des machines pour porter les eaux au niveau de cô terrain noir, gras et assez élevé. La danné i sucre, le bananier, le riz, le blé, lorge, sont les produits les plus abondans de ce pays, doni le commerce, entièrement entre les mains des agens du pacha, est immense, et pourrait l'être encore davantage. On y compte vingt-cinq mille habitans , dont quatre ou cinq cents chrétiens du rit grec. Les rues sont étroites et sans pavé, les maisolis construites en brique , et toutes à demi détruites. II est impossible de maichcr dans cette viUe sans craindre ia chute de quelque corps avancé , de quelque poutre vermoulue :
tout est en poussière ou en pourriture; les mosquées nont plus de portes y et les minarets
VOYAGB DANfl 13 LEVANT. l93
menacent d'écraser des voûtes déjà entr ouvertes^
]^es bazars sont étroits et habités pai^ la populace la plus misérabie. Les femmes marchent , enveloppées d'une draperie bleue de toile grossière ; la pointe de leur voile est attachée entre les yeux par une petite monnaie dbr ou d argent : elles semblent être de véritables spectres.... Les ophtalmies sont fort communes, et le nombre des aveugles est très-considérable.
Le gouverneur de Damiette se nomme Hasaw aga : c'est une créature du pacha du Caire. Je . suis allé chez lui, et le même jour il m'a rendu sa visite. Ce Turc est poli; il conserva un reste . de l'urbanité de la cour de Seliui , dont il fut câpidgi bâchy. Les troupes sont cantonnées à . Ezbeh ; ce n est qu'un mauvais village , situé à deux lieues de Damiette , et que les Français, fortifièrent. On vient d'y construira deux casernes pour la cavalerie ét rinknterie.
A peine Vasili Fackre , consul de France , .
eut-il reçu la lettre que fe lui avais écrite, chez . M. Piozifl , qu ii m'envoya des chevaux. Son . chancelier ou drogmaUt jeune Smyrniote, et .
un capitaine de vaisseau marchand français, qiît se troûTait alors ches le. consul, vinrent
I9i VOYAGE DAN8 LB LEVANT.
au-devant de. moi. Je me rendis chez VasiU Fackre en réviuit au contraste de notre entrée dans Damiette et des autres circonstances de notre voyage , qui n'avait été qu'une suite de privations et de désagrémens de tous les genresr. Je me troi#ais dans un pays superbe, me dm** géant vers une bonne maison ^ où m'attendait toute sorte de soins. On suit , pour arriver à Dar miette» une avenue ombragée par des dattiers et bordée de canaux ; les champs sont remplis de cultivateurs : mais, arrivé dans la ville, le des^ potisme reprend tous ses droits. On est frappé de Tair de destruction et de misère de la ville de Damiette, à laquelle ses nombreux minarets donnent de loin un certain air de grandeur. Dans toutes les rues , les maisons des deux cotés ont des corps avances, soutenus par des piliers, et qui se touchent, pour ainsi dire, au premier étage. Des buffles , des aveugles, des marchands de poisson, un supplice, un mariage, un enterrement, tout cela se croise ou chemine péle* mêle dans les rues de Damiette avec des cris horribles. Des trous, de grosses pierres, des canaux empestés , des maisons tellement ruinées , qu on croirait que cette ville vient d'essuyer un
VOYAGE BikNd U LEVANT. 195
long siège, suivi <fun assaat meurtrier , voilà ie
premier coup-dœil de Damiette; et mon séjour dans cette viiie ne me raccommoda point avec elle.
On vient de construire hors de la viiie, fotst
Yasili Fackre , une maison superbe", dont il fait les honneurs avec une noblesse extrême. Ce palais , entouré de beaux jardins , est situé sur les bords du^ Nil ; j'y fus reçu de mattiàre à n'ou« blier jamais ce second Aboul-ââsem. Héritier d'une grande fortune , qu'il a augmentée par le comçiercey Vasili Fackre en jouit en philosophe.* Les midheureux, les opprimés, trouvent tou« jours en lui un bienfaiteur et un appui. U^est indépendant par son caractère sous le gouver* nement le plus absolu , adoré de ses nombreux esclaves, et sa maison est un asile toujours ou« vert à tous les genres d'infortune. Ce consul jouit d'un grand crédit à la cour de Mohamed Aly ; Taga de Damiette est à ses ordres, le mufti est à ses pieds, et son divan ne désemplit pas de gens qui viennent baiser le bas de sa robe et solliciter son patronage.
Vasili Fackre est de la religion grecque. Cet homme, qui passe pour écrire et parier trè»;
t94^ VOYAGS. DANS. LE LEVANT:.
Qpireetemeiit l*arabe et le grec littéral , parle auss^ l'italren avec une extrême pureté.. Il travaille: iw». ce;moinent. à âea.traductions importantes;^ éa femme et sa mère habitent le second étage de^' ^maison. li me fit la grâce signalée ^ et tout-àfiât contre Tusage , de me présenter à ces dames. Sajfemme! était cou vertei de: diamans, et assise^
sur un divan d étoffes brochées d'or.
Il serait fort.à désirer, que. Vasili.Fackre you^' Itit écrire l'histoire moderne de son pays : j'ap--. p^s .par.iui .une multitude de détails sur l'expé*': dition des Français en Egypte, et les causes ' dii; peu;ide sitccès ;de. la . dernière entrq>rise des> Anglais sur ce pays.
« Je trouyai .dans sa. bibliothèque un xhoix des«^. meilleurs livres écrits . dans toutes les langues. Qn jbisait bonne 'chère cbez lui; le déjeuner était souvent porté sur les bords du Nil, et nous bjfiyions du vin de Chaûipagne dont les fumées • légères s exhalaient sous les bosquets de cir tipuDiers du Delta.u Une; musique .arabe, Jes.**^ n^émes sons qui charmaient l'oreille des califes de Bagdad , ajoutaient à l'i^rément de . cette. ^ liaison hospitalière, où dç nombreux esclaves prévenaient noa nioîn4res désirs. .
Jjes musiciens arabes sont toujours accompagnés (Tun bouffon [maganwmn]. fl iadte, se moque des musiciens^ prend les positions les |>lus obscènes,' et charmer toute Fos^mblée; qui ne cesse de l'encourager en criant-v Tayb, tmjh , mà chd Altùk, ét en frappant dans tôs mainsw
L'anetenne coutume des souverains de PEu^^ rope^ d'avoir auprès deux des fous ou des bouffons sW conservée chez lês Orientaux; le plus mince aga (1) ne saurait marcher sans être accompagné d'un muet ^ d'un petit* nain* bîeif difi^me,, qu'on se plaità charger dWmes embarrassantes r*b difficulté de celui-ci à monter on cheval fougueux , sa gaucherie lorsqu'il pr^ntc^ la pipe ou le café , sont des sujets de gaieté continuels pour le maître et ^ courtisans^
Cluelques-unsde ces bouffons sont gens d'esprit; il en est aussi parmi ces infortunés qui sentent profondément le malheur de leur ctMidition, 'et qui déguisent sous les formes du conte
ou de l'apologue leurs profonds regrets et les *
(i) M. <I<» Choise«I*Gft9$lîfiC> raquai on pucha 49 rAsie mit Heure demandait si son souTeraîn avait des iiouffons , lui répondit «pie son maître s*en rapportait sor cela aux hasards de la sociA)v.
ieçonsjes plus amères : mais» en générai, les grimaces dnt bien plustle suceès que les vers.
L aga de Damiette venait de marier son nain teiiet à une pauvre peCitè muette ; et Ton attea«^ dût à sa cour , avec une grande impatience , ce ijui «vien^ait de cette mîoa déjrfor&Ue.
J allai visiter le bazar des esclaves noirs : il en était arrivé tm grand nombre- du DarFour; mais tous venaient detr|e vendus, à {exception de deux négresses , f une âgée de' vingt ans et fautre de quinze. Les marchands les firent lever à mon arrivée : elles étaient étendues smr une natte* et enveloppées d'une pièce de pagna. noire; leurs ehevus orépas , enduits de graisse, tombaient ré* guUèrement sur leur front et leurs épaules ; une sombre tristesse était empreinte sur leur visage. Je marchandai la plus jeune r dont on demandait mille piastres égyptiémies t sesibrmeséteibnt'parfaitement belles. Je laissai quelques roubiers (l) à ces maiheùreuses, ccmtre Tavn de mes drogmans, qui m'assuraient que ces pauvres femmes avaient été trop beureuses dofmaiCre aime àux yeox de mon excellence. -
. (0 Petite monnaie égyptienneii
VOYAGE BANS US £EVAliT« 190
Ce qui se passa la veille de mon départ de Damiette , suflGbra pour donner une idée assez |uste des dangers auxquels la brutalité des Turcs expose les Francs dans le Levant. «Tétais aceompagné de deux personnes : M. Linant, dont f'ai parié plus haut; et M* Vian, qui, après avoir servi dans la marine française.» venait cfaerdber de Temploi auprès du pacha d'Egypte. Nous rencontrâmes , en revenant d un village voisin de DanïieCte, un soldat albanais un peu pris de vin, armé jusqu'aux dents; mais, à six pas de là , nous en trouvâmes un second complètement ivre et tout aussi bien armé : le pre-. mier mouvement de celui-ci lut de nous coucher eu joue ; il demeura ainsi pendant une minute. J*alki droit à cet homme, et je parvins à mo rendre maître d^ lui et à lui arracher ses pistolets , qui furent tirés en Fav. L'atitre Albanais , qui avait d'abord craint qu on ne voulût assas^ siner ce furieux , nous avait ^[alement menacés de &ire feu sur nous ; mais, rassuré bientdt sur nos intentions , il fut obligé de se défendre à son tour contre ce misérable : ils se roulaient par terre quand nous nous éloignâmes de cette scène , qui n'était plus que dégoûtante*.
Digi
âOQ VOYAGE DANS LE LEVANT.
je fis demander satisfaction de cette avanie à l'aga de Damiette, dans lespéraoce d'épargner aux autres Européens des rencontres aussi A« cheuses; Vasili Fackre poursuivit Taffidre avec chaleur : ie soldat fut arrêté, bâtonné; il aurait été cbaasé de Damiette , si je n'avais pas soiiicité sa grâce. . ' ... *
Nous louâmes une djermè (l) pour remonter le Nil jusquau Caire. J'ai visité avec un soin religieux les eiivirons <le Damiette, et sur-tout ce rivage illustré par la victoire de S. Louis, et que les Arabes nomment encore BiiharDam; la mer de sang. ' " - v
J'avais vu les bouchés du Nil et les communicalions du lac Menzaieh et de la mer , qui se trouvent les plus voisines de Damiette. âudques^ digues brisées par les ïurcs pour la sûreté de f Égypte 9 du temps des Croisés , firent une vaste" mer de la plaine la plus fertile ; les eaux du Menzàkh couvrent les ruines de plusmnrs villes r Tunis est de ce nombre j ses débris s'élèvent
(i) Grand bateau p!at, à la proue tluquel se trouve communément une cliambre assez spacieuse. Les djermes sont quelquefois montres par vingt rameurs, et sont aidées, pour remonler le ^Vil •t pour le descendre, du secours. d'«ine giaade voile,. .
VOYAGB OANS LE tEVAOT. âOl
' encore au-dessus des roseaux ; deux colonnes indiquent la place de cette capitale du Delta , où furent jadis ces palais fastueux , ce trône d'or des Pharaons, ces temples qui gardèrent le secret des pompes bizarres et mystérieuses du culte dlsis.
Je quittai Damiette le 22 décembre. Le vent du midi gênait notre na\ igation : nous remontions péniblement le NiL L'eau de ce fleuve est trouble , jaunâtre , mais d'un goût excellent. Le rivage est constamment garni de petits villages.
. Aux palmiérs et aux minarets près , les environs, de Daoïiette ressemblent à la Hollande. Une^ tîsière de culture borde le fleuve; derrière sont les déserts. Des femmes, déjeunes filles, presque, entièrement nues , se plongent dans l'eau , font fieursablutions, et remplissentde grandes cruches, qu elles portent avec beaucoup de dextérité.
' Je passai , le matin du 25 décembre , vis*à<vis^ du village d<3l-Massoura. Je ne saurais mieux frire que de renvoyer le lecteur au récit à?la-fois. noble et naïf du sire de Joinville. C'est dans cette grande plaine que la fortune trahit la va-, leur française. On montre les restes d'une tour où les mamlouks vinrent, dit-on, pfljrir à S..LpuiSy
â02 VOYAGE DANS LE LEVANT.
chargé de fers , le trône des soudans. Ce lieu n'est plus qu'un petit village riant , caché dan^ • des palmiers. Le soleil se levait derrière la mosquée , et les chants de mîlie oiseaux safaiaient cette matinée du jour de Noéi , qui me rappelait celles du mois de juin en Europe. Le fleuve était couvert de barques qui montaient ou descendaient; de ce nombre étaient les djermes de plusieurs riches Turcs : je les voyais assis sur des tapis, entourés d'esclaves, et ne regardant de ce paysage que ce qu'ils pouvaient en voir sans tourner la téte , sans déranger le moindre pli de leur turban ou de leur ample cafetan. Des esclaves noirs contenaient, dans les bateaux de suite , des chevaux qui hennissaient et frappaient du pied ; Jautres serviteurs préparaient le cafiif, le sorbet ; et l'eunuque gardait d un air £urouche la kange (l) qui renfermait les femmes de soi» maître.
Ces beaux rivages ofirent un aspect peu • vu-» rié, mais plein de mouvement : des bateaux chargent du riz , du blé ; des troupes d%onmieSy d'en&tns , crient , agissent ; tout est plein de vie;
< (i) BtteAii couTeit.
TOYAGE DANS LE LEVANT. 203 tout semble jouir de cette lumière brillante , de ce del heureiix , de ce climat ravissant. Les ^ages sont ordinairement construits sur un tertre artificiel. Le reste du rivage n'est élevé que de trois ou quatre pieds au-dessus du fleuve , qui caresse doucement ses bords ; sans attaquer cette terre noire et grasse, ouvrage de ses allumions progressives et régulières. Presque tous ces villages se composent de chaumières construites de terre et de paille; leur forme est celle d'une ruche : la mosquée seule est carrée , un peu plus ornée, et souvent un minaret él^ant sort du milieu de cette taupinière.
* Nous étions encore à quinze iieuesdu Caire» et déjà les pyramides dominaient sur Thorizon du désert iibyque. Le vent devint plus favo* rable , et j abordai, le quatrième jour, àBoulaq : cette petite ville sert de fiuibourg au Caire, «r y trouvai Tavant-garde de la caravane de la Mecque:; elle se composait en grande partie de Moghrebins (1) : cest ainsi que fon nomme les babitans de l'occident de f Afrique. Fatigués de
(i) Moghreby, homme duGharb ou du Couchant, paysconna ptr iet Européens sout le nom à'étati bariamques.
204r VOYAGE J>AKS LE tEVÂNT;
çette iongue route , fls étaient couché^ pét^ mél » jivec leurs diameaux. Des jeunes gens mourans^ des vieillards exténués , tmimaient tristement i^urs yeux vers^ cet rivage de Fez et ces plaines de Mogador, qu'ils nç detai'entpeut^étre plus revfrâr^
. . . Etduleet nutmiui reminiscitur Argos,
L aspect de fie camp était le plus pittoresque
du monde. Le costume des Moghrebins » quoique fort sinipiey porte un carac^re de noblesse et de grandeur : il se compose d'une couverture ^e laine, blanche qui couvre tout le. corps, et qui passe sur la téte , qu'elle enveloppe par des plis magnifiques. Leur visage est olivâtre;: une barbe noire encadre des dents blanches. Des jambes , des pieds, nus , une. cetature garnie d'armes, tout cet ensemble , sur*toiit lorsqu'ils sont ea grand noioibre, compose iiii tableau digne du pinceau, des plus grands maitres : iL formait, le^ premier plan de la vue' du Caire lorsqu6;Cette ville singulière vint pour la pre-. mîère. fois étonner Inès regards. '
Le Cah'e [Misr el-Kahira J est placé à une demi-Ueue du Nii, sur la rive orientale de Cie fleuve, sous un immense cliùtcau, dominé lui-
iiémé par lè mont Mokatam. D'un cdté, ses' murs sont environnés d'arbres, de canaux, de* jardins; tandis que, de l'autre , le désert arrive' jusqu'à ses portes. Je montai de suite à la citadeiie , connue par les Arabes sous lé nom d'Olha* ' Cette forteresse est encore une ville , couverte de monumenSf de remparts , de tours , de bastions construits dans dilTérens temps et ruinés ' en grande partie. On nous montra la salle où le sultan Salab ed-dyn donnait, dit-on, ses au- «fiences. Un ^ grand nombre de ' colonnes admi- ' rables, apportées à grands frais de Memphis»; ▼tient une seconde fois autour d'elles les vestiges * des voûtes quelles soutenaient ; tout est tombé : oïl a*fait une ménagerie de ce lieu superbe , et la griffe du lion brise les ornemens dorés où les niamnes du Coran "s'enlaçaient avec le chifire du vainqueur de Richard Coeur-de-lion. Je voyais ' un de ces terribles animaux venger ainsi le roi chevalier de la magnificence passée du monument dé sa noble défaite. PI|u^ entre deux ccéneauXy sur! le sommet de ces murs d'une hautéiir. effirayaiite , je voyais à-4a*foîs fe grand Caire, Boukq, Fostat, fJeliopolis, et le cours d«.« NiL A»^elà: de.; ce fleuve du -
20e VOYA<»L DANS LB UBYANT.
milieu des sables ies pyramides de Gyseb , cellei
de Sakkaïah et de Dachour; de l'autre côté, ies tombeaux des califes, des sultajis fiettimites» ayoubites et bahsuites : ainsi les sépulcres desî Pharaons et ceux des princes arabes termiiiaient cet horizon sublime.
On trouve ensuite ce qu'on appelle vnlgairement ie puits de Joseph. Ce nest point au ûls de Jacob que ce travail est dû » mais au sultan Yousouf Abou-Modaffar Ebn-A) oub , dont ie titre d'honneur était «SSa/oA ed-dyn. Sa main puis^ santé , qui creusa cet abîme , éleva ies plus beaux édifices de i'Orient Cet ouvrage porte un caractère de véritable grandeur. Un escalier large et commode conduit jusqu'au fond de ce vaste souterrain , à deux cents pieds sous terre : on en. tire constamment, à l'aide d'une machina fort simple , une grande quantité de l'eau la plus saine et la plus fraîche.
Les rues du Caire ne sont point pavées; elles sont tortueuses, et souvent si étroites, que iea corps avancés des maisons de chaque côté se touchent et forment une sorte* de voûte. Ou est ainsi à l'abri du soleil et du peu de pluie qui peut tomber ; mais rien ne garantit des effists du vent
VOYAGB DANS UK LEVANT. 307
de khamsyn (l). Ce fléau de l'Egypte est chargé d'une poussière subtile ^ suffocante, et si dan» gereuse pour la vue, que je ne crains pas d'exagérer en assurant qu'un quart de la population du Caire est complètement aveugle. On se sou^* vient encore, dans cette capitale, de la révolte de ces malheureux qui sortirent pour la plupart de rhôpital de Djâmi el-Azhar (2) , et causèrent un désordre épouvantable dans la ville. La population se compose de Turcs, d'Arabes, de Coptes, d'Arméniens et de Juifs. Les gens aisés parcourent la ville sar des ânes (3) , qui sont trèsforts et très-yites. Des femmes voilées et des Arméniens montés ^ur des mulets couverts de riches tapis , desTurcs à cheval , sont précédés par leurs esclaves [sâys], qui font entendre les cris, dahredj , inmek, oua ridjlak, indak, azâbi (4),
(i) En arabe cinquante, parée que ce vent désastreux règne or» dinairement pendant 4^nqnante jours. Les cHèts du semmm, vent pestilentiel , ne se font guère mtir qu*entr« Aiep et Baiaora.
{%) Plut de vingt miUe aveuglet eont nourris dans cette moiqaée*
(3) Hoummar$» Om nooinie hoummmmh les oondncteuri des . Anes, et Sagki Setim el'neuouân, les mulets captra^onnés et con« verts d*nne selle à l'usage des femmes ; les femmes les plus riches sont précédées par des esdavas nommis sé^s et MMeh,
(4) C*est«i-dire, range-toi, mets-toi en sûreté» gare ton pied^ pieiids garde à toi , prends giirde de le feire du mal.
Des files de chameaux et de dromadaires obstrueût 1m passages. Des Métoualis, des Àlba« nais, des Algériens, des Abyssins, l'habitant de Dfeddahet de Cosséyr, le Banian de Mol», iln. dien de Bombay, tout cela se heurte , se coudoie ou s'injurie; le Bédouin se prosterne devant le mufti , dont le cortège écrase tout le monde ; la populace maltraite un Juif qui n'a pas eu le temps de se réfugier dans les bazars de Khan- Khalyi ou d'Hamsaouy : enfin un grand nombre de chiens affamés suivent en hurlant des processions de pèlerins qui reviennent de la Mecque. * Voilà une bien faible image du spectacle que présentent les rues du Caire , de la vide des Mille et une Nuits , grande parmi les grandes , délices de la pensée, 6t sourire du Prophète.
A la faveur de mon costume musulman , je suis entré dans presque toutes les mosquées : mes genoux se ployaient; je récitais à demi- ^ voix la formule dû vrai croyant, et ma barbe touchait la pierre sacrée. Je suis ailé souvent à ià mosquée de Sultan Hasan : cet admirable monument de la piété des califes, et du goût exquis des architectes arabes, est menacé d'une destruction prochaine \ il s'écroulera comme les
.palais enchantés des beys ; il suivra dans la poussière un tiers de la ville du Caire , et ses fontaines détruites arroseront «ans ordre, dans les jardins qui les entourent , le jasmin de Derych et le rosier de Damas.
J'allai chercher avec empressement la place d'armes des Français , cette place de f Ezbeqyeh célèbre par la mort du général Kleber. Le palais qu'il habitait est- renversé , comme tous ceux qui iavoisinent. La place de TEzbeqyeh est un lac pendant trois mois de f année, et un jardin le reste du temps ; mais ce lieu est. attristé par d'immenses décombres, résultat funeste des guerres d'Aly-bey , de Mobamed-bey Abou*Dahab , et de celles dismàyl-bey contre Monràd et Ibràhym beys. Enfin les derniers sièges du Caire par l'armé française ont fait de cette partie de la ville un monceau de ruines.
C'est malgré les efforts du despotisme que rÉgypte est fertile. Des Coptes , des Arméniens , quelques Grecs avides , entourent le pacha , maltraitent le fellâh cultivateur , s'emparent du commerce , avilissent la monnaie , et trafiquent des sueurs du peuple le plus malheureux de la tme. Rien ne saurait doimer^fidée de fabjec-
âiO VOYAGE DANB LE LEVANT.
tioa de cet timitans, ménagés pur les négodans
européens , méprisés par les Turcs , et qui ont mérité toute ia haine des Egyptiens.
Chacun dans ce pays désire une révolution ; on appelle même à son secours les fléaux les plus redoutables , les maîtres les plus cruels : le peuple qui gémit sous l'oppression , est , comme un malade , persuadé qu'il éprouvemit du soulagement; si son mal changeait de nature.
Mohamed Aly , pacha d'Egypte , était à Alexandrie lorsque ^'arrivai au Caire. Mohamedaga Daza Ouley, sou kyâhyali bey , y commandait en son absence : c'est le second personnage du gouvernement et lami intime de Mohamed Aly. M. Roussel , consul général de France en
Egypte , qui habite Alexandrie , était alors au Caire : il y venait apporter au pacha les présens du Roi. M. Roussel trouva convenable que je me joignisse à lui pour cette cérémonie : notre marche fut magnifique ; on nous conduisit à Taujdience du kyàhyah bey par les rues les plus populeuses du Caire , sur des chevaux couverts de selles très-riches; des châouych, des qaouâs, des sàys, ^s qaouàs arabes, des daoueh, ou- ▼raîent la marche , tandis que dPautres caraco»
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VOYAGE DANS LE LEVANT. 2 il
bient autour du oortége. Le kyihyah hey nout reçut dans uoe grande salle de la citadelle ; ellf était remplie de mamlouks , Sichagkâssy et d officiers albanais. Après que nous ffunes établis sur le divan , auprès du kyâhyah bey , Ie$ deux drogmans restant debout , on échangea des corn» pUmens; des pipes garnies de diamans (îirenf •pportéeSy ainsi que du café ; et, après une conversation d'un quart d'heure , le consul de France fut revêtu d'une kurque ou pelisse d'honneur. Nous fûmes reconduits jusqu'au bas de l'escalier : là je trouvai un cheval qui me fut offert de la part du pacha , et sur lequel je revins dans le quartier des Francs, que nous habitions.
Je partis pour les pyramides peu de jours après , accompagné de M. Gaspary , second drogman du consulat de France , et dlsmayl Rechouèn , mamlouk français : il était demeuré en Egypte après le départ de l'armée française , ainsi que huit cents soldats de toutes les armes; incorporés dans les mamlouks , ils embrassèrent la religion mahométane. La guerre et la peste les ont décimés; ils n'étaient plus que quatre» vingts, et se plaignaient d'être fort négUgés et médiocrement payés : Abd^allad de Toulouse^
leur premier chef, était inorl; et SéGm iTAyî. gnon y qui lui succéda , se mourait quand j'ai quitté le Caire.
Après avoir traversé le Nil à Fostat (le vieux Caire) y que lé voyageur Norden a pris si îm<i> proprement pour l'ancienne iifemphis, on marche presque directement vers la grande pyramide de Gyzeh. Nous ûmes deux lieues à travers les prairies et ies jardins que le Nil venait de rafraichir et de féconder. La végétation cesse toutà-coup à ûn quart dé lieue des pyramides x eitadelle&immenseSy éternelles , elles sont assises sur les confins du désert comme sur les frontières de l'empire de la mort. Les eiforts du temps , la fureur des orages , se brisent centre les pyraQv^iies, cooame les flots de la mer contre ie rocher -ip^ Dieu lui assigne pour limite*
Rien ne saurait rendre les impressions qui ^emparèrent exclusivement de moi , à mesuré que j'approchais des plus grands monumens élevés par la main des hommes (l). Lorsqu'on est aà
(i) Un nMmlMro de la Commission d'JÊ^pte, dont le nom seul est une autorité, pense que toutes les pierres des monumens de Pftris réunies ne composeraient pas lés deux tiers de la gi ande p}«amide de Cyaeb^ Je ne «ais s*il n*y a pas un pett d*exagéraUoa
VOYAGE DANS LE LEVANT. lU
pied de ces masses énormes , que Ton ne peut comparer à rien, lame est d'abord frappée d'une sorte de surprise , de stupeur, qui ne fait place qi|e long-temps après au sentiment de l'admiration. J'étais tenté de croire > avec le Tarykk Tabary, que ce qui s'offrait alors à ma vue était l'ouvrage des pery , d( s fées , qui gouvernèrent le monde pendant deux mille ans , après lesquels Eblis , envoyé de Dieu pour les chasser, les confina dans la partie du monde la plus re» culée. Ces pyramides, que l'auteur arabe nomme el'Ahrâm [les décrépites], sont^Ues l'ouvrage de Djihân ben-Djihân , ce roi des génies , avant la création de l'homme 7 « Vois, dit l'épitaphe » de Kaioumarath , premier roi de Perse , ce qu'est devenu. le peuple de Djibàn '^Is de Dji» » hân : regarde ce que le temps eu^fait. » Je ne. suivis.pas la marjche ordinaire.; je n'écoutai pmntl,es avis de mes guides (i) : j'éprouvais le
rr ^ ^ ^ ■
dans sa supposition, que ia grande pyramide détruite fournifaît
une murailie d'enceinte de dix pieds do liauteur et d*un pied et demi de largeur à une contrée égale en étendue à la France. La tase du carre du Partiicnon d'Athènes est la sixième partie de la bauteur de la grande pyramide. Le carré de ce même temple est ia mesure exacte de l'ancien arpent égyptien.
(i) Je recommande aux voyageurs qui voudront pénétrer dan*
%lA VOYAGE DANS LE LEVANT.
besoin cParriver au sommet de cette montagne artifidelte et merveilleuse ; ses Angles forment des escaliers très-élevés , mais assez faciles. Lorsque j'eus atteint la plate-foime qui termiiié W pjrramide , je crus voir l'univers entier se dérouler devant moi. Le Nil semblait d'abord promener au pied même de ce monument sou immuable et aileiicieuse bienfaîiaii^ : image touchante de la Providence , il comblait aujourd'hui les vœta^ des eniiuis d'Ismaèl , i^mme il . secondait jadis la prière du prêtre de Mendès. Non-seuleBi^t mes yeux ne rèncontraient pas d obstacles , non-seulement fhonzon de Suez , de Cosseyr et d'Alexandrie , semblait être soumis à mes regards , mais je croyais encore planef sur le monde moral. Passant du désert ehee les peuples civilisés , je voyais les passions y leil souffrances , les plaintes inutiles de Hioname , se perdre dans l'espace , qui amortissait jus* qu'au bruit de la tsbute des empires. Aak^uii emblème ^ aucun signe , ne fut gravé sur les pyramides ; aucun caractère ne iiit tracé sur
le puits de la grande pyramide , ou dans les souterrains récemment découverts dans la seconde, de s*jr faire guider par un jeune Arabè
fes murs intérieurs : elles sont nmettes .conuué la mort , à qui ellet furent consacrées.
Revenant ensuite à considérer ce vaste tom^^ beau où s'étaient réfugiés les restes du mortel ic plus fastueux , je pensais que le nom de Léonidas avait passé , par une glorieuse succas^ sion , du cœui des Grecs jusqu'au nôtre ; tandis qiie Ton ignore le nom de celui qui crojah ani» ver à ia postérité la plus reculée , et recueillir du moins rhommage de son étonnement : les vents ont dispersé cette cendre ambitieuse , et loubli sest foué de son nom et de ses eq>érances.
Il serait inutile d'entrer dans de grands détails relativement aux pjnnunides : Mailiet , de Pauv, Niebuhr , Norden , Savary, le P. Sicai d , Volney,
Denon, et f ouvrage de ia Commission d'Egypte i ne laissent rien à désirer ; les critic^ues les plus éclairés ont tout dit à ce sujets Je joins à mon ouvrage une vue générale des pyramides de Gyaeb-, et un plan exaet des opérations qui donnèrent à M. Belzoni ie moyen de pénétrer dans la seconde pyramide.
Il me parait bien prouvé que les pyramides n'ont famais été des oboervatonres , que jamais les recherches astronomiques n'ont pu être le •
but de cette construction gigantesque. Ces tombeaux, élevés sans doute avec des matériaux apportes de carrières éloignées , ne sont point résultat du oivellemeiit du terrain sur lequel ils sont assis ; ce qui supposerait lexistence d'une montagne dans un lieu où rien ne porte à croire quil en ait jamais pu exister. Les souverains sont quelquefois peuple en fait de croyance : les dogmes religieux des Egyptiens faisaient espérer à leurs rois qu'ils reprendraient leur corps après quatre mille ans , si cette enveloppe se trouvait alors préservée de la corruption; cela explique comment un roi a fait souffrir tout un peuple, pour cacher sa misérable dépouille mortelle sous un amas de rochers. Mais quel fut ce roi ? le voile le plus épais couvre cette partie de l'histoire. U est difficile d'ajouter foi aux exactions tyranniqueâ de Chébps , aux prostitutions de sa fille, qui payaient ces immenses travaux. Peut-être poiirrait-on supjposer que la construction de la plus grande pyramide se rapporte à lepoque du
dait le temple de Jérusalem.
Nous déjeunâmes, avant d entrer dans : la pyramide , sur une énorme pierre qui sert de
Uiyitizea by ^OOgle
fronton à la porte. Plus de cinquante Arabes se disputaient à qui servirait de guide dans les détours des pyramides. Après que le nombre et l'ordre de notre escorte furent déterminés , on alluma des flambeaux , et , le corps très-courbé , nous entrâmes dans un corridor d'enviit>n trois pieds de hauteur. Ce chemin , qui descend avec assez de rapidité, est encombré de morceaux de pierre détachés des murailles ou apportés de Tintérieur , dans les dernières fouilles que M. Sait , consul général d'Angleterre , vient d y faire faire conjointément avec MM» Kabitzsch etCaviglia, et qui furent couronnées du succès : ils parvinrent jusqu'à la communication du grand puits avee ce que Ion croit être la chambre sépulcrale du roi ; ils ont en outre découvert une chambre dans la partie la plus basse de la pyi^mide : mais on sait qu'ils n'ont trouvé ni sarcophages « ni bas-reliefs, ni statues, pas même des médailles.
Après être descendu et monté environ l'espace de soixante pas, aidé par un Arabe , j'arrivai, le visage battu par les chauve-souris, jusqua la chambre du roi : on n'y voit autre chose que le sarcophage de granit brisé. J eprpuvais une op-
pressidn presque ipsiipportabié. Nouft redescendîmes toujours eourbés , étouffés par la fumée des flambeaux, et chacun atteignit avec grand plaisir Ja porte de ce iabyriothe terrible , dont lé •sqour produit Tîuipression d*un mauvais réve.
Le sphinx colossal est encore élevé de trente- ^ huit pieds hoi^ du sable que le vent du ^sert amoncelle contre lui. J'arrivai trop tard pour profiter des travaux de M. Sait Le déUaiemmt de la base de cette statue lui avait fait trouver un escalier qui communiquaità la porte cTuti petit temple placé entre les pieds du sphinx ; l'égoi^me le noiiis excusable venait de iâîre cachier de nouveau ce qu'il aurait été si curieux d étudier, ce qili aurait jeté un si grand jour sur l'un des plus beaux monumens de la puissance des arts dans rancienne Egypte.
. Arrivés au village de Bousyr [Tancienne Bu* siris']^ nous descendîmes dans le puits des di« seaux sacrés; ou m apporta quelques momies que Ton venait d'arracher des tombeaux dont cette plaine est couverte. Je visitai la pyramide de Sakkarah et (es environs de Memphis par un de ces clairs de lune dont l'éclat et le charme sont inoonniis en Europe.. Mon domestique , qui
demeura quelques minutes en arrière, fut nssez maltraité par les Arabes : nous accourûmes à ses cris ; mais les Bédouins s'étaient déjà cachés derrière des dunes de sable assez élevées » où il eût été imprudent de les poursuivre. Revenu au triste hameaa de Bousyr , f y partageai mon souper avec deux sous-oflicieis bosniaques qui faisaient trembler tout le pays, dont ib venaient exiger le myry [ Timpôt ].
. Nous passâmes fa naît dans une petite chaih mière de boue et de paille ; cependant la pierre qui servait de seoil à la porte la plus iiTéguIîère) était de basalte et couverte d'hiéroglyphes du travail le pins précienx. Mes Bosniaques croyaient me faire les honneurs de Bousyr , en m offrant sans cesse de faire donner des coups de bâton aux curieux qui encombraient notre cour : je les remerciai de leur bonne volonté, deleuninlM* tions bienveillantes. Je me couchai sur une natte , et nous leteumâmes Je lendemain au Caire.
J'allai le même jour à Matarych , l'ancienne HtliopoUs^ Tantique Oi» des Égyptiens. Cette ville étMt consacrée au Soleil. Platon l'habita pendant treize ans, totit en s'occupant de son commerce, car il était marchand^ il s'ius-
tniisah de rhîstohre du pays, et s^initiait dans la connaissance , des plus hautes sciences. Sans les voyages des philosophes , des poètes grecs * et de quelques Juifs , nous ne saurions rien de rÉgypte , dont les nombreuses inscriptions sont devenues tout-à-fa^t inutiles. Heliopolis est à quatre lieues do Caire. Sanchoniaton, le plus ancien des historiens apsès Moïse , avait puisé de grandes lumières chez les prêtres de Mendèsy le premier des plus grands dieux de TËgypte , et Femblème du sol^. Mendès (1) signifiait la vertu fécondante, de cet astre ; sous le nom SOsiris , ofi l'adorait comme père du temps; sous celui àiAmniûn, on indiquait son passage à féquateur.jHÎ0fY»i/(9 désignait sa force; Hôrus, les progrès de l'inondation; Sérapis, son retour au capricorne; et HarpacraêB^ sa marche pen- : dant l'hiver.
Un obélisque debout est presque le seul ves- . tige .à^Heliopalis. Placé dans un basr&nd , il était alors au milieu dun lac, reste de Tinonda* tion du Nil. Quelques palmiers se balançaient avec grâce suï» le rivage : le vent, qui les agitait,
(i) Le chacai était i'emblème du soIeii,à cause de sa vue permute : il était adoré comme tel à Lycopolis. .
«ifflaît dans ies hauteurs de Tobélisque ; et ce
souille inconstant semblait être l'image de toutes les ftireurs , de toutes les misères qu'a vues passer ce monument impérissable. Cette aiguille de granit ne parait plus dominer à présent les sables de Mataryeh (|ue pour ra])peler à la mémoire des hommes la gloire de Kleber , et la valeur de cette armée française qui , forte à peine de quinze mille hommes , défit cent mille Turcs commandés par le grand vizir.
Rien n'est si doux pour un Français que de recueillir l'expression des regrets laissés par Tannée fiançaise en Egypte. «Tai déjà entendu la voix de la postérité ; on sait ce qu elle dira du noble . caractère de Kleber, de. la justice et de la modération de Desaix. Le fils du malheureux fellàh (1) a recueilli l'héritage de ce grand souvenir; il saura le transmettre à ses enfiuis. Voilà. le seul' monument de cette glorieuse campagne qui soit demeuré en Egypte ; ceiui-là du moins ne sera pas renversé par la jalouse envie de nos rivaux.. ' ^ . On sera peut-être bien - aise de trouver ici quelques détails sur Thomme qui gouverne
* CO Pi^yMMi égyptien. .
tS2 VOYAGE BANS LE LEVANT;
fËgypte e|i ce momeat, et sur Yoiuauf Bo*
ghoâ, son principal ministre. Voici ce que j*ai pu recueillir à ce sujet.
Mohamed Aly pacha , né à la Cavalla , âgé de quarante-cinq à cinquante ans, a coipmencé sa carrière par être hya-bàchy dans l'armée du grand vizir, en 1800 : ii fut fait boulouk bâchy à la prise d'el-Arych par les Turcs ; ensuite ser etUchiM [coionei] sous Méfaémet-pacba Kho^ rou. Ii assiégea Khourchyd-pacha dans la citadélie du Caire en 1804 , et chassa les mamlouks de cette capitale en 1805 ; les Albanais le nommèrent alors i»cha. Il détruisit tout»à-&it , le premier mais 1811, par la plus insigne perfidie , le reste des mamlouks (l), qui luttaient encore sourdement contre son pouvoir.
Mohamed a eu trois enfans mâles : l'atné , Ibràhym-pacha , commandait l'armée du Hedjà^ contre les Wéchabites; le second , Toussoun* pacha , mort de la peste à Ilosette il y a deux ans , a laissé un enfimt âgé de cinq ans ; lé troisième , Ismayi-pacha , est gouverneur de Boulaq.
Le pacha d'Egypte a deux filles : l'ainée est
(i) Ce iWvt vient du verbe malek, posséder» «t daigne une personne qui est la propti«té <I'un« autre.
mariée à Mahram-bey , commandant d'Alexandrie , et la cadette à Mohamed-bey , defterdar et gouverneur de la haute Egypte.
Mohamed Aly ne connaît pas lui-même le nombre exact de ses soldats , parce que les divers commandans des corps ont tous un intérêt particulier à laisser ce nombre indéterminé , afin dobtenir une paie plus considérable que celle qu'ils sont obligés d'effectuer réellement. Lorsp que Mohamed Aly pacha partit pour commander en personne son armée du HedjAz , il sariétaàSuez; et, aiin de connaître le nombre d'hommes qu'il emmenait avec lui, il s'avisa de vouloir gratifier lui-même chaque soldat de deux talaris (l). Mohamed s'assit sur le rivage de la mer , eu ordonnant aux troupes de déhler devant lui; mais à peine avait-il commencé sa distribution., que les chefs firent entendre des murmures qui l'obligèrent de la suspendre, dans la crainte de quelque soulèvement. On peut cepelidant évaluer le nombre de ses soldats à trente mille honmies, qui sont maintenant payés
(t) Deux piastres fortes, autrement appelées dmiros. Cette monnaie espagnole est celle qui a le plus de faveur dans les mai'chéi de l'Orient.
très-exactement. On ne comprend pas dans cette
évaluation incertaine la cavalerie aiabe, dont plusieurs corps très-nombréux ont pris parti contre les Wéchabites.
Le caractère de Mohamed Aly n*est pas sanguinaire; mais il est entier, violent, et souf&e difficilement la contradiction. Quant à sa figure » je renvoie au portrait que Mohamed-pacha me permit de bire de lui ^ qui a été iithographié avec tant de talent par M. Horace Vernet , et que Ion trouvera dans cet ouvrage. Mohamed montre souvent de la noblesse dans ses procédés, et , s'il était moins mal entouré , son penchant le porterait à adopter en partie la forme de nos gouvernemens européens , sur-tout depuis qu'il s'est défait de ses eimemis les plus dangereux.
Yousouf Boghos , premier drogman et ministre de Mohamed Aly pacha, est un Arménien né à Smyme , et qui est ftgé d'environ quarante-cinq ans : il était d'abord négociant; en 1800 il vint en Egypte, en qualité d'employé à la suite du grand vizir. Yousouf fut attaché à la mission anglaise comme interprète , et il accompagna le grand vizir à son retour à Constantinople , ou il obtint un firman de drogman , avec
VOYAGB. DAMS LE LEVANT* 225 .
cinq cents piastres d*appoiiiteiiiens par mois. Boghos revint au Cahra avec Aiy-pacha, nommé gouverneur de l'Egypte , et qui fut ensuite masaaoré par les mamlouks. Cet habile drogman fit ^ alors pigrtie de la missiop .anglaise, et devint pre- * mier interprète de Khourcbyd-pacha. Lorsque celui-ci fut chassé du Caire par Mohamed Aiyi Boghos entra au service de ce dcraier , où il est toujours demeuré depuis ^ malgré quelques disgrâces.
Cet homme , d'un cai*actèi^ souple , insinuant» traite^ les affiûres avec une finesse voisine dé la iausseté. Ses manières sont caressantes , et il sait ménager tous les partis. Uparle plusieurs tangues . avec facilité. Son esprit est un composé de la réunion asises rare de beaucoup d'audace et de .beaucoup d'astuce. On lui suppose une fortune immense : mais sa position est diffimie ; et Tenvie • qu'excitent ses richesses , expose sa \ie,à des dangers eontinuefs.
Le pacha d'Égypte est entouré de plusieurs • Francs, auxquels il témoigne une grande bien-^veillance. Celui qui la méiiteie plus, est incontestablement M. Drovetti , ancien consul de France au Caire i qui a ^rvi avec distinction
22S Voyage jdans le levant.
dans nos armées , et dont les sages conseils ont été fort utiles à Mohamed Aly. M. Drovettî fail Tusage le plus honorable de son influence, et^ dans sôn extrême déMoléreMetimit , H «est tDa« jours oublié lui-même. Sa faveur ne iitt a Valu i)oe le driMt de (me fouiller sans obstacle te» sables de Thèbes et de Memphis. Sa collection d'antiquités égyptiennes est adnûraUe , et son yom le plus vii' serait d'en embellnr le musée dé Paris ; c'est dans cette espérance qu'il a sans cesse Infusé de la vendre , malgré les offres brillantes qui lui ont été faites. J'aurai encore oecasio* de parler de M. Drovetti , aux lumières et à la btmveiliani^ duquel faî eu de très^^raiules oUi^ ^tioos.
PIustewM'fliédecnis italiens ont été au seme# Mobaméd Aly. Celui qui lui inspira le plus 4è conffiaiice, est le docteur Gorachoûkia, qi «St encore attadié à la personne du pacfaa» Ce Piémontais préside une réunion de t^McS ét toutes les nations , qui ont fondé au Caire une «spèce de franomaçonmerie. Ce club , dont le pacfaà est trésorier, tst bien éloigné de se métor de politique; cette société na d autre but que 4e bAct de long^dinerSy oà Fou s'«rittt«uxifeuK
de& Orientaux , et u a d'autre avantage que de faire me ie pacha , qui p»e de fort bonne grâce les repas âréqueos de ses bouffons.
Je n'ai lamais su pourquoi l'on 6*est opposé à me laisser TÎsiter le Meqyâs ou Niionaètre de niedeRoudah, vis-è-ris du vieux Caire. Cemo- Aument se trouve actueiiement renfermé dans 1 enceinte d'une poudrière. Lorsque je demandai la permission 4f y entrer » le kyàhy ah bey me fit répondre que , devant s y rendre quelques jours après, il se réservait de me le montrer iut<ixiéme : noais , pensant que c'était une défaite , je n en
J'allais souvent au bain , et je me plaisais à y pamr plusknirs heures. Les bdns du Caire sont les plus riches de l'Orient \ on en compte «ta -gyami Mmbi«, qui sont presque tous fort anciens» La délicatesse du dessin des mosaïques qui leur servent de pavé, la forme des ba&sins^ le fini des colonnes légères qui supportent les i^upofea^ tout rappelle le goût des Arabes, à f époque où ils portèrent le plus loin f étude de fafdbitêetiM.
• Lorsque j éprouvais le besoin de îa solitude, ialàiàt ^diercber fcers. du Caire, j'en sortais
par la porte Bâb el-Nasr, dont rarcliitecture est si noble, ai majestueuse , et qui annonce si bien la ville des Mille et une Nuits : je m enfonçais au milieu des cimetières , dans les ▼aliééa aiides et désertes du mont Mokatam; i'aliais dessiner t dans Gamal el*Affifi, les mosquées immenses où sont les tombeaux des califes ayôubites, seljeuddes et baharites. M<rf»uned* pacba sest emparé des legs pieux destinés à la conservation de ces monumens : ils tombent; les minarets, si vaiiés dans leurs formes, se détruisent; les dômes élégans sont à demi renversés; les peintures et l'or qui décoraient ce qui en reste, se réfléchissent dans les réservoirs des ablutions; le chiffre de Mahomet et celui des califes s*e£facent; et personne ne vient prier sur ces sépulcres de jaspe, au milieu de ces ruines vastes, silencieuses, et presque inconnues aue* jourd^hui.
Le souvenir de ces princes si galanset si m«;^ gnifiques est presque entièrement détruit , ense* veli dans la poussière de leurs paiiûs. Depuis* que Sélim I/' s empara de fËgypte en 1518 1 depuis qu'il reçut f étendaM sacré et Tinvestiture de ïiniàniat, Damas , Bagdad et le Caire , ont
perdu tout leur éclat. L'ignorance a laissé dé* truire tous les monumens glorieux élevés par les mains des csdifes. A peine quelques hommes savent-ib encore , au milieu de ces inunéflses populations , qu ii exista jadis des Ommiades et des Abbassîdes. Les assemblées savantes des Arabes , qui^ se nommaient jadis meqàmât, n'existent plus : de pauvres màulla viennent seulement encore le soir , dans les cafés du Caire , chanter l'histoire d'Antar, de Roustam ZAl, ou . de Beybars, roi d'Ëgypte; des fables succèdent aux chansons, et ils terminent par l'histoire de* Bahiouldân, qui fut le bouffon du calife Ha* roun el-Rachyd.
Cette milice audacieuse des mamiouks (l), qui , depuis Melek Salah , faisait trembler l'Egypte, vient detre détruite en grande partie par Mohamed Aiy. Elle avait reçu l'ordre de se tenir prête à suivre le cortège de son fils dans une cérémonie qui devait précéder son départ pour la Mecque. Un jour le soleil se leva couleur de sang ,
(0 On a renarqué famait lea Circaatiensy Im Géorgiem, . Im MingréiieiiSy qui oompoaaiMit ce corps radottUUe, mpurant avoir ou conserre^ det enfiwi .ett .^gjrptc» qiioiqa*Ua «tttMot da i»eU«t eaelam, «t an grand nomlNre.
me disait un habitant du Caire : le pacha parut •ombre , aoucieux ; maia parfois il sa rappelait qu'il devait présider, ce même jour, à la féte (1) la piiia brillante des Musuhnana, et un aîotirire forcé contrastait alors d'une manière effrayante avec le reste de sa physionomie. nFib ainés du » Prophète , avait fait dire Ajk>hamed Aly aux 1» mamiouks , puisque la paix nous réunit, Tenex dans tout votre éclat léter avec moi le départ de mion fiis pour le saint tombeau.
Cependant des Albanais dévoués sont cachés sur lés remparts , sur les tours , derrière des cré» neaux : les mamlouks arrivent avec confiance } les portes du château se ferment-sur les derniers. he pacha , placé au sommet d'une terrasse , assis sur un tapis , fumait son riche nar^ilié (2), et pouvait tout voir sans être aperçu; derrière lui étaient trois de ses officiers , ses confidens intime^. Mohamed Aly se retourne vers eux sans profé* rer un seul mot : ce regard fixe et terrible n'est que trop bien compris; il devient le signal du feu le plus vil et du massacre des mamlouks. Ils étaient couverts d'armes magnifiques, et montés
(0 Celle du départ de rétnir h&ggj.
(a) Pipe pei-suie.
9iir lewa p4ua beaux cbevaux : mais leur nembra , *
isui: courage I, tout devint inutile; iln furent égort gés. Parmi ceux qui échappèimt à ce désastre « quelques-un» ^ réfugi^rei^ en Syrie : ie restf ç'est retiré à Dongola , dans la Nubie. Ils ont emrdié des Nubiens, des Maures, et le^ fai*<«^eat, dit-on , à tous ies exercices qui distinguaient (es intrépides mamiouks : peut-être un jouv ies vervftr t'On encore essayer de descendre au Caire et d y ir#ssaisîr le pouvoir. Dé^à la divi^on qui s'était mise parmi eux avant cette catastrophe , les avait foïi affaiblis : une moitié suivait le parti d'Osman-
bey Bardissy , mort de la peste ; les autres obéis» soient àrElfy-bey , victime du même fléau : ce dernier était vendu à l'Angleterre , et sa défaite a été la conséquence de celle des Anglais dans leuip dernière et malheureuse expédition eu Egypte.
Je dus à rhabit mahométan que je portais, la facilité de visiter les marchés des femmes esr claves. Je passais , dans les bazars , chez ies mar^ chauds , pour OsmanU Chah , ou Turc du Nord ; ce qui pouvait fiûre supposer que je ne parlais facilement ni le turc ni l'arabe. Les esclaves (l)
(1) Tni» di^SKvpt^ ^««Yuict QQiwluMepI do» «ipt^iwi <t <r#t|tfef
-^les pluil «greàblèft que ton puisse âcheter m Caire , sont les Abyssiniennes (1) : on en trouve
^ souvent f une grande beauté. Xen ai vu dont les traits me semblèrent réguliers et fins» les
• ' formes admirables , la peau légèrement olivAtre , : . douce et transparente ; leurs cheveux noirs $ont
souples et d'une belle couleur. Il y en avait de charmantes dans la caravaoe qui arrivait du Dar-Four (2) : dies étaient chrétiennes et fort attachées à leur croyance. Les plus belles se
nuirebftodtaefl de rintérieur de rAfrique au Caire : rnne part de Moanoukt capitale du Fenao; rantre, de Sennaar; la troisième » du Dar^Four. ÊHes n'arriveiit point en Égypte à dea époques fixes , niais à des lutervaUes plus ou moins longs. Leur voyage dépend non-seulement de la difficulté i|U*eUes ont eue à se procurer dft esclaves et d^autres ol^ets propres ï être vendus, mais des ordret de leurs chefs» et de piusSeurs autres causes. (W. G. Browhs»- Voyage dam k Dar^Fcur, )
(i) Les esclaves que Ton tire de I*Abyssinie , traversent ordinal» rement la mer Rouge, de Masuah à Djeddah. La plupart sont
vendus à la Mecque; les autres sont amenés au Caire par Sues ou Cosseyr. Les djellàbs abyssins appoi tent aussi au Caire de i'or, qu'ils y échangent contre les marcliandises dont ils ont besoin.
• Un missionnaire qui a vécu long-temps à Gondar, y portait le titre d'évèque d'Adel (royaume situé sur ia côte de la mer Rouge, près du détroit de Bàb ei-Mandeb). C'est là que croissent i'encens et la myrrhe.
(a) Air peut signifier un royaume, et parfois un district, on village; ySwr signifie daim : les Arabes ont ainsi qualifié les liabi» tans de cette contrée^ parce qu*iis fuyaient laiii cesse ibvaiil «nx*
vendaient de quatre à cinq mille piastres du . Caire. «Teus beaucoup dt difficultés à snnnooteir . pour obtenir la permission de pénétrer dans les . marcbéa pardcuiiers des esclaves blanches. Jen vis d abord de très-médiocres , et quelques- unes assez agréables : mais le chef des mamiquks français m'introduisit le lendemain chez un riche marchand arabe, dont la maison était meublée avec recherche. Cet homme , qui fournit le harem du pacha 9 est associé au plus riche marchand d esclaves de Damas. li nous montra , parmi plusieurs femmes plus ou moins jolies, une feune Circassienue âgée de quinze ans environ : cest, je crois ^ une des beautés les plus parfiûtes que } aie vues de ma vie ; je fus si frappé des charmes de sa figure et si touché de son sort , que , malgré le peu d apparence qu'il y eût dobtenir la permission de la fidre sortir de l'Egypte , j en offris jusqu'à six mille piastres du Caire. La pauvre infortunée semblait désirer que le marché se conclût : elle levait sur moi ses grands yeux noirs, humides de larmes, en me présentant le sorbet. Il fallait qu'elle fût admirablement belle, pour paraître telle malgré son costume : un petit bonnet rouge , brodé d'or , é$ait placé sur
IA4 VOYAGE ©AN* t-ï; REVANT.
le sommet de sa téte ; ses cbeTeux bruns , ceupet «ur le front » peadaieat r^gulièremeat $ur 3e$ épaules ; une double fobe semée , d'une étoffe tramée d'argeat » était retenue par ua petit 9cbAl placé en ceinture au-dessus des hanches; un grand pantalon enveloppait toute la partie mSén rieure. Ses bras, ornés de bracelets, étaient nus ; ses pieds , nus aussi , traînaient seulement um petite babouche brodée, avec laquelle il serait difficile de marcher ailieurs que des tapia.
marchand , qui avait ûxé à huit mille piastres le prix de cette esclave , me demanda qudtqiiaf
heures pour réfléchir sur l'offre que je lui avais laite, et je n entendis plus parier de lui*
£a sortant de ce lieu , je traversai la grande mosquée d'Hasanq^n (1), en songeant à la triste destinée de ces jeunes femmes, qui devaient, peu de fours a^ès , être ensevelies toutes vivant os dans un harem (2), pour y devenir les victimes de la stupidité brutale de quelque vieux Musul* man. Je fus tout-à*coup distrait de ma rêverie par un mendiant arabe , qui Da*arréte en me disant en français : u Eh bien! citoyen, tu ne donnes
(i) Consacrée aux nièon du Propiiète.
(3) lieu défendu.
VOYAOB DANS LE UVANT. 9M
donc rien aujoui d'iiui au pauvre bancal , qui » n*a pu encore déjeùné 7 » Cet homme aTait appris cette phrase pendant ie séjour de l'armée française en Egypte, et il la colportait alors arec succès dans les cafés du Caire. Le luamlouk qui me suivait, favait averti que fêtais Fran» çais ; et le pauvre estropié se trouva bien de la confidence.
J^allai ensuite visiter \e Moiiristân, l'hôpital des fous. On y trouve le dernier degré de Taban** don, de la misère, de la dégradation humaine. Ces malheureux sont couchés nus dans des cachots infects, où ils sont renfermés sous de doubles grilles , comme des bétes féroces dans me ménagerie, âueiques-uns sont cliargés de chaînes : plusieurs poussaient des éclats de rire immodérés, taudis que d'autres rugissaient et mordaient les barreaux de leur prison. Une pauvre femme, les yeux fermés, se tenait im« mobile dans un coin de son cachot. On n'aventissait cette infortunée du moment où on lui apportait la nourriture , qu en secouant une corde placée autour de son cou.
Je partis du Caire pour la haute Egypte , le 13 janvier au soir. Décidé à remonter le Nil,
j^avajs loué une kange sur laquelle H y avait shc raQieurs nubiens, outre le ràys ou patron. Le prix fut arrêté à cinq cents piastres égyptiennes par mois. Nous devions avoir deux hommes de plus : mais le propriétaire de ia barque , habir * tant du Sayd| homme de mauvaise foi, n^ me tint parole ni sur le nombre des matelots, ni sur l'époque du départ. Au moment où fallait enfin m embarquer au vieux Caire , une rixe s'éleva entre lui et ses gens qu'il payait nud. Cette dispute dura plusieurs heures. Ismay} Kq^ chouân, qui m'accompagnait dans ce voyage^ termina le différend en frappant sur tous ces \ mdheureux , et en menaçant le ràys de lui tran^ cher la téte si nous n étions pas partis dans quelques minutes. Il fut obéi avec une soumission admirable. J avais en outre pour compagnon de voyage M. Martini » jeune médecin toscan , qui depuis ioug-temps attendait une occasion sûre de visiter les ruines de Thèbes. U était habile dsns son art, et fort instruit dans la littérature de son pays et du mien. Je partageais avec lui une petite baraque nommée pompeusement la chambre , oh Ton ne pouvait entrer qu'en se courbant beaucoup ; nous y dormions assez mal à notre aise.
•Tavais pour droginan un Syrien. Mansour sortait des mamiouks de la garde. Rechouân avait quitté la France pour FOrient, tandis que Mansour était parti d'Egypte avec Farinée française. Après 1 avoir suivie dans ses chances de victoire ^t de revers / Mansour était revenu , couvert de blessures, jouir du respect de ses compatriotes, et oublier sesfiitiguea sous le beau ciel de TEgypte. ' Nous remontions le Nil avec une alternative de calme, de vent contraire ou de vent &vo* rable, extrêmement faible : nous atteignîmes ainsi Beny-Soueyf le 16 au soir.
Cette ville triste et ruinée, située sur la rive oecideiilile du Nil, est entourée de campagnes fertiles et d'une forêt de palmiers. Moliamedpaefaa en bit un lieu d'exil pour les officiers et les soldats albanais qui troublent, la tranquiUilé du Caire : aussi la garnison est -elle toujours fort nombreuse. Nous vîmes dès le lendemain matin des ahneh (1), dont plusieurs étaient aases belles, exécutant des danses d'une expression très-vive, devant un café situé sur les bords du Nil. Des che& d'Albanais avec des
(i) Ditianiiei publiques.
S3d VOYAGE DANS U LEVANT.
physioooBifes lëroces, jouissmnt de te spectacle M fumant leur narguiil^» étendus sur de» tapù €t appuyés sur des coussins. «Tappris qu'on célé* braiti ce jour-là» um sorte de féte miiilaire en ilioniieur des succès qu avait obtenus le paclia dans iTémen. Les soldats couramit dam les rues , criaient comme des insensés , ou tiiaieut des coups de pisU>le4 m IW , en stgne d'acdaûm* tions. Quelques-uns se précipitaient, le cangiar nu .à h jnaia, eonune }mr pkuaaiiteriey sur «s ieunes ab)wh, dont la plupart étaient leurs maitresses, de sorte quii entrait toajoMrs un pen de aage et de jalousie dans ces aimables jeux. £!es feimes femmes se jetaient am ^ettoux de ces brutaux , ou se réfugiaient aux |iieds de^ chefii; mais fîntervientionide oenx«ci vfÊiaà é^ ^ciiement les scènes de dépit amoureux, qui se termikient . souvent par des conpa de poignard* Telles sont les mœurs de la bonne oompa]gme dsà Beny^eueyf; caries agis bosmaquesjîeM ai mieux élevés au plus tendres que i^us stupides sotdiAs:'
C'est d&Bayad , ris-à-vis de Beny-Soueyf , sur la rive orientale du Nil, qu'on se rend aux mû* aastères de Saint-Antoine et de SaiatrPaul situés
êttr lé molit Cofzoïltii. Les mMtagnes de Gebel et d'Uadjar Mossoun conduisent à la plaine sa« Uoiineuse d'el-Bakaraii : du sotmnet du Kftb8 qui la termine, on aperçoit le désert del-Araba. dueiques religieux coptes Iiubîtent ces deut eouvens , si vénérés par les chrétiens. De hautes Inurailles les mettent à labri des entreprises des Bédottias, ainsi que de la fureur des tigres, qui sont en grand nombre dans cette affreuse solitude. Un aqueduc fort dégradé leur apporte de feau saumâtre, qui arrose, dans leur jardin, queiqveB arbres et quelques légumes. Près de là sont les canières de marbre précieux eïcpioi*iée» aveç tant d'activité dous (es Pharaons , qui éfii décoraient leurs tombeaux. Ces grottes , lârsu^éts par le tule et ie pouVôir, dëviilfretit |i1Ub tard Tasile du repentir et de la prière.
KèpaHi fe 17 d« Beoy-SoM^f , le bateau mit trois jours à se rendre à Minyeh , l'antique CynopàUs, célèbre par le culte SAméis (1).
'Cette petite v^le, commandée par un cachef,
W MUliUVUUU XnTUltdX VCRfnDTv VS UCl 11 ICI oICkV
quelle Tient de soutenir. Les mamlouks sy
(i) Améû, qu'on erotl ligAifier horùm doté.
étaient retranchés; Mohamed -pacba s*enipara
de la ville , et la détruisit presque entièrement* Les habitans logent dans des baraqnes ou sous les décombres. Mous trouvâmes à Minyeh uu ' capitaine de port fort obligeant : il donna d<es ordres très^absoius pour que notre équipage se . troûvftt augmenté de qualre^ matelots; sans leur secours , nous ne serions jamais arrivés à Meilaoïiy. On atteignit cette hauteur le SI, à deux heures après midi. Le matin , ) avais parcouru les ruines SAntinoé (l). Cette ville ^ qu'Adrien s'était plu à décorcur de monumens magnifiques , est ensevelie sous des collines de sable. Quel- * ques colonnes en sortent pour indiquer seule* ' mcbt la plai66 qu'elle occupait. Le même soir, f allai visiter le portique d'Acbmouneyn , autre- ' fois Hermopolis, à une lieue -du Nil, sur sa rive orientale. Ce monument, d'un grand caractère , * est tout-à-fait isolé. On ne trouve pas la moindre trace du temple dont 11 était le péristyle.
Un Anglais, M. Brymm, vient de faire cons- *
(i) Origène, dans son traité contre Ceisc, prétend qu'Antinous, favori de i'erapereur Adrien, faisait des miracles en Égypte par la force des charmes. On croit qu'une ville nommée Besa occupait ta I»lBfie à'jtHtînoé, avant ^ue ceile-ci fût fondée par Adiien.
truire une raflhierie de sucre pour le dompte
du pacha , sur le rivage du Nil , à une demilieue de Meiiaouy. Cet établissement paraît bien %onçu , bien dirigé ; et les résultats en sont ti*èslatisfaisans: \
Fatigué de cette ennuyeuse navigation , je pris le parti de me rendra à Syout par terre* J étais las de la riche moQOtonie des bords du Nil, las dé voir toujours à un quart de lieue du village que je venais de quitter, un village qui lui ressemblait parfaitement : la rive orien«^ taie offrait un peu plus de variété; derrière la ligne des palmiers s'élevaient les crêtes arides du mont Mokatam , dont la cbaine se rapproche toujours davantage du fleuve depuis Beny-Soueyf jusqua Minyeh. Cest par-tout la même culture; par-tout ce sont les mêmes efforts pour faire arriver l'eau à vingt ou trente pieds de hauteur, le Nil étant toujours encaissé par des rivages taillés à pic.
Je m'arrêtai à Deyrout : c'est un gros village à cinq quarts de lieue du Nil , presque en* tièrement caché sous des palmiers et de gros sycomores. Le cachef voulut absolument .par»
tager avec nous son pilau : chacun, accroupi
ft
S42 VOYAGE DANS L£ Lm'ANT.
autour d'un plateau de bois , prend des poignées
de riz, et porte à ses lèvres le vase de terre, la bardaque pleine d'eau firaiche , qui bit le tour , et sert même aux esclaves , qui se tiennent debout dmière leur maître. Les gms du cachef nous fournirent des chevaux jusqu'à Goussyeh. C est la pius triste bourgade de fÉgypte. Je Toulais coucher en plein air; mais M. Martini , qui était souffirant , insista pour qu'on acceptât la maison abandonnée que le cheykh el-beied nous avait assignée , et qui fut assiégée toute la nuit par les rats et les fouines. Un pauvre Turc , gouverneur de Goussyeh, offrit de faire cuire le riz, et s'en acquitta fort bien. Long-temps< prisonnier des Russes , il n'avait dû sa liberté qu'à l'incendie de Moscou. En suivant presque constamment la lisière du désert libyque , nous arrivâmes fort * tard à Syout , l'ancienne Lycopolis. JTétais recom« mandé à un négociant grec, nimm^Anachamas, chez lequel je fus logé.
On devait demeurer une journée entière à ' Syout. Décidé à la bien employer , je gravissais dès la^pointe du jour le Tschebat ei-Koffery, la montagne des Tombeaux , et les grottes de Sababinath : elles furent habitées par des soli«
taires dans le premier âge du christianisme. Les cénobites partagèrent cet asile avec des momies qui dormaient dans ce lieu depuis un grand nombre de siècles. Dégoûtés du monde , ils an-^ ticipaient ainsi sur la paix du sépulcre. Les Arabes trouvent parfois dans les profondeurs de ces cata« combes des sarcophages assez précieux. Sy eut , capitale de la basse ThébaîdCi contient environ quinze miiie a mes. Eiie est située à trois quarts de lieue du Nil, au pied de la chaîne libyque. Mohamed-bey, gendre de Mohamed Aly pacha, defterdar ou gouverneur de la haiite Egypte, réside dans cette ville , ainsi qu Achmet-bey, son kyàhyah. Ils sont tous deux remplis de bien^ veillance pour les étrangers. Le premier était absent , et Tautre se mourait des suites de son goût immodéré pour les liqueurs fortes. Ses eicès à cet égard ont été portés si loin , qu'on a de la peine à concevoir comment il a pu y résister aussi long-temps. Uunique occupation de ces oi&ciers et de leurs agens est de pressurer ' ies malheureux habitans du Sa*yd. Toutes les petites villes de ce gouvernement sont surchar^' gées d'une gmiison de soldats métoualîs ou da(mates. Tout tremble, tout paie, tout languit. Les
terres sont cultivéesv pour le compte du pacha;
les marchands ne trafiquent que pour lui. U. a le monopole des denrées , des esclaves , et s'empare même de la fougère brûlée des champs.
Syout fait un grand commerce avec f Âbyssinie , Dongola , le Dar-Four et Cosseyr. Des djel- ' làbs (1) y amènent de Sennaar des esclaves noirs y ils y apportent de la poudre dor, du tamarin, de la gomme arabique, des dents d'éléphant , des plumes d autruche, et de ia poudre de chiché, fort sdutaire pour les maladies des yeux, si fréquentes en Egypte.
M. Marrouchi , médecin piémontais au service du bey de Syout, et qui s occupe avcQ succès de fouilles et de recherches, diait entreprendre un voyage dans la grande Oasis : il espérait obtenir des renseignemens positifs sur les ruines des temples quelle renferme. J'ai souvent vu, dans la haute Egypte, des Italiens qui se disaient médecins : ils enterrent des agas, déterrent des statues, et se trouvent fort bien de cet échange. On doit faire une honorable exception en faveur de M. Marrouchi, qui joint
, (i) Marchands. . . i
V9YAGE DANS L£ LEVANT. 245
beaucoup (Tobiigeance à beaucoup de lumières.
M. Anaehamas est le négociant ie plus considérable de Syout. Il correspond plus particulièrement avec Gondar, capitale de TAbyssinie , où il expédie de la verroterie , des toiles , de Tabsinthe , et des sabres droits des manufactures . d'Allemagne.
Je quittai Syout le 25 Janvier. Nous suivîmes des champs très-riches. Le Nil, bordé sur ce point par le mont Mokatam, coule avec asseï^ de rapidité. Sur la droite, le déseit libyque dessinait la plaine , dont les couleurs fraîches et variées contrastaient avec la blancheur du sable; f horizon se terminait par de petites collines bleuâtres. On s'arrête , pour déjeûner , sous un bosquet de palmiers superbes , à el-Maragha.
Nous couchâmes le soir à Tahta, Tancienne Aphroditopolis , dans un couventlatin des Pères de la Propagande.
Deux religieux italiens nous offrirent l'hospitalité : leur monastère est en ruine ; leur misère et leur dënûment sont déplorables. M. Martini , se trouvant plus mal,' attendit auprès de ces religieux que notre kange , qui était restée sous la direction de Rechouân , fut arrivée à Tahta.
Je quittai ce lieu pendant la nuit pour atteindre Mankié : cette route est Pennée, de villages trèsrapprochés les uns des autres. On appelle ainsi quelques chaumières placées sur un monticule aiiiriciel. De ces maisons construites avec de la boue , s élancent des palmiers ^ dont ces pauvres édifices semblent étro le vase. Des enfans entièrement ausi des femmes couvertes de haillons, des hommes enveloppés dans un reste de manteau brun , des chiens qui vous poursuivent» tandis que tous les habitans seufuient à votre approche , voilà ce que f ai rencontré constam-^ ment depuis le Caire jusqua Louqsor. Mais quel soleil ! quelle végétation ! quels prestiges que ceux de cette lumière qui colore les lointains d'une façon si pure et si brillante ! Pendant la journée de Mankié , je vis la vallée se rétrécir. On marche près du Nil, près aussi-des montagnes libyques , à demi enterrées dans les sables , d'où sortent des pointes de rochers noiiâtrcs.
Je rencontrai un grand nombre de Moglire»
bius qui revenaient de la Mecque par Djeddah et Cosse3rr. Ce sont, de tous les Musidmans, le» moijQS civilisés et les plu» iaaatiquc»^ ceux dont
VOYAGE DANS LE LEVAIT. 247 les procédés sont les plus grossiers et les plus insultaDS : quelques-uns, accablés de fatigue, étaient étendus sur le sable , et reti ouvaient des forces pour vomir des injures contre les chré-^ tiens. J'arrivai fort tard à Mankié. Je trouvai Oualy*cachef , auquel fêtais adressé , assis à la porte de sa maison , et jugeant un procès entre des Arabes pasteurs. Nous primes une haute idée de la force des poumons et de la volubilité des plaideurs : je n'ai de ma vie entendu un va-* carme pareil. Le cachef fumait et souriait; il finit par prononcer quelques mots , et les parties furent rejavoyées à grands coups de bâton. Nous passâmes une fort triste nuit, livrés aux rats» dans une petite chambre basse sans porte et sans fenêtre. Jenepouvais cependant pas me plaindre; car les musiciens du cachef se crurent obligés de me donner une sérénade , que jeus beau-coup de peine à faire fmir. Une douzaine d en-*^ fans mis, liés deux à deux avec des cordes»
étendus sur le pavé de la cour du cachef, mouraient de faim et de soif. Cétaient des otages. Ces innocentes et faibles créatures connaissaient déjà les douleurs de la captivité , parce que leurs pareusi dans fimpossibilité de payer le myry^
Diyilizea by v^OOglc
jetaient enfuis au désert. Les Egyptiens sont ^ncore ce qu'ils étaient sous le sceptre des Pha* raons ; cest pour un maître qu ils cultivent leurs terr^ , c'est pour lui qu'ils couvrent le Nil de bateaux. Le feilâh sert aujourd'hui la cupidité de Mohamed Aly, comme il obéissait jadis à ForgueiHeuse volonté ({ui faisait construiie les pyramides.
; Les voyageurs sont, pour ainsi dire, les journalistes du monde. Ce numéro n'aura d'inté* rét que par une date assez rapprochée. Je le répète , j'écris, ce que je vois , .ce qui me frappe. Ces notes » si insuffisantes pour les autres , ne font, que le miroiy* de. mes impressions.
Nous marchâmes pendant treize heures pour nous rendre de Mankié à Farchout. Je traversai Girgeh. , îiutrefois capitale de la basse Thébaïde. Je passai près d'Abydus, célèbre par le temple dlsmandès. J'avais déjà vu ia place où brillèrent jadis de tant d'éclat Chemmis, PanopoUs, Afp* tœopolis; cette dernière est remplacée aujour-» cThui par Qàou el-Kebyr : enfin j'ai retrouvé les vestiges d'Aboutig et ceux de Diospolis parva,
Syout a hérité du commerce et du gouverneur de Girgeh , dont ist décs^deAce et la mUère
actuelle inspirent la pitié. Les hameaux sont de plua en plus rapprochés les uns des totres ; plus charmans quand on les aperçoit d'une demi- lieue, plus dégoùtans et plus pauvres quand on y arrive. Je voyais souvent les habitans sortir en procession pour aller au-devant de ceux des leurs qui revenaient du saint pèlerinage. Le cheykh el-beled ouvrait la marche : un Arabe frappait en cadence sur de petits tympanons ; d'autres \- montés sur des ânes , battaiént un gros tambour ; des femmes suivaient en foule , poussant des cris mêlés de si£3emens. On portait, sur un plateau de bois , du pain de dourah , avec de feau pour désaltérer les voyageurs. Ceux qui restent dans les dyouars (l) , nettoient, rebianchissent la maison du hâg^y (2), et peignent avec du gros rouge et du bleu la porte de sa demeure. C'est une chose remarquable , que tous les édifices publics ou religieux qu on trouve en Egypte , kans , fontaines , mosquées , n'ofirent que des ruines, et ne soient propres quà servir de refuge aux chacals. Sous le gouvernement des beys mamlouks, leur patronage se faisait sentir
(i) VUU8«8. (a) Péknn.
dans les districts dont ib étaient gouverneurs. Leur administration était, dit-on, assez paternelle : ils sont tombés ; et tout ce qu il y avait de moins mauvais dans les institutions de cette république aristocratique , n a pas été remplacé. Le pacha d'Egypte , forcé de payer avec exi^ titude des troupes séditieuses auxquelles il doit le pouvoir,, a renûs ses intérêts entre les mains des Arméniens et des Gi^cs les plus avides :
aussi jamais le peuple égyptien n'a-t-il été pressuré , vexé et ruiné , autant qu a lepoque actuelle, lok terreur impose silence aux nuu> mures ; mais ce silence est celui de la mort.
Je traversai Menfalout ^ où ^ fos fort biea reçu par l'aga cachef. C'est ua Turc d'Erzeroum , jeune , riche , sensuel ^ d'une figure noble et douce , et qui a des manières très-polies. Soli-* man-cftcbef était bien logé ; il était couché sur des coussins de Damas et des tapis de Perse.
Nous admirâmes la beauté de son fik , âgé de six ou sept ans. Une valetaille nègre , le servait à genoux , en souriant servilement toutes les foia que l'enfant leur donnait des coups de kour* hache (l) sur la tête. On apporta un fort hou
(i) Espèce de foiMlt|>èt4oiipfe,&it avec doUpeaiiftorhipoc^Q^
VOYAGE DANS LE LEVANT. 35 i
déjeuner turc sur un plateau de cuivre bien luisant , on donna à laver avec du savon par* fumé» et nous nous quittâmes , tous enchantés les uns des autres.
J aperçus de l'autre coté du Nii» à Taide d'une lunette , un couvent habité par des religieux coptes » où ion ne peut entrer que bissé par une poulie qui vous élère à une grande Iiauteur. Ces solitaires nont trouvé que cette fiiçon de se soustraire aux avanies des Arabes. J avais déjà vu près de Minyeli , tou* jours sur la côte orientale du Nfl , ces grotte» de Gîirgajrès » célèbres par 1 austérité des anachorètes qui les habitèrent. Persécutés par-tout, ils ne trouvèrent de reïiige que dans les déserts les pius âpres. Les bêtes féroces finirent par s*«q>prtvoiser avec ces hommes si forts et si doux; elles venaient écouter leurs chants religieux, et creusaient parfois le tombeau du cénobite qui avait partage leui* épouvantable solitude*
Je descendis à Farchout dans un petit ermitage osjtholique du couvent de la Ptopagande. Le religieux qui habite ce lieu , pius pillé , plus ruiné .qu'aucun de ceux que favais vus , était
â52 VOYAGE DANS LE LEVANT.
absent. II aura trouvé , le lendemain , sur la table yermoulne qiii.iui sert d'autel , le fiiibie tribut de la reconnaissance de ceux qui s étaient reposés sur sa pauvre natte, et qui avaient bu l'eau de sa cruche cassée.
> On traverse le Nil assez près de Farchout, pour se diriger sur Qené , Tancienne Cœne»
Nous y arrivâmes après une fournée pénible.
Le terrain change de nature sur la rive orientale , où est situé Qené : il devient pierreux et moins fertile. Les campagnes sont couvertes >de dattiers, et de cet arbre que les Arabes nomment doum , ou palmier à larges feuilles.
Ce îom>Ià , je rencontrai deux chameaux chaînés de la Sàçou. la plus pittoresque : toute une famille voyageait sur un plateau de bois placé sur le dos^.du premier; et,. sur le second, une jeune esclave noire portait entre ses bras un petit dromadaire qui venait de nakre.
On traçait alors , par ordre du pacha , une route qui doit aboutir à Qené. Le cachef de ce canton employait des tribus entières d'Arabes à planter des cassiUiers , qui devront im jour ombrager ce chemin , très-fréquenté par les caravane de Cosseyr. C'était un travail tout
nouveau pour les Arabes , qui plantent rarement des arbres. Q^né me parut être un viiiage de dix miUe ames environ , y compris trois mille Coptes. Cette échelle de Cossejrr n'en est éloignée que de deux fours de marche. II n'est pas rare de voir des gens s embarquer à Cosseyr et se rendre en vingt jours à Bombay.
On remarque qu il pieut fréquemment à Cos* seyr, tandis que la température de Oené est toujours égale ) et si chaude ^ même en hiver , que , le 28 janvier , Tatmosphère me semblait pareille à celle du mois de juillet à Paris.
Mollah Husseyn commande à Qené : il a quatre cents hommes sous ses ordres. Qené fait un grand commerce de toiles, de schftis de Cachemire » de poivre y de gingembre, et de ces vases de terre connus sous le nom de bardaques: De l'autre côté du Nil se voient les ruines, de Tentyra, dont j'aurai occasion de parler plus loin; et au-dessus. de Qené sont les vestiges de lancienne Coptos (l), doù une grande route conduisait aux Bérénices.
Nous quittâmes Qené pour nous diriger sur
(i) Ruiatc MUS le règM do DiociéUeo.
Qotts. Cest une petite vilie^ où se trouvent deft
restes des monumeus de l'antique Egypte , et , entre autres, une porte qui devait être eelie de la ville ou d un grand temple. Une inscription grecque attestait que oe monument avait été dédié au Soleil par Cléopatre et par Ptoiémée son fils. Cette porte est enterrée jusqu'au sommet l'arcade. Dans la voussure se voit un globe entouré de serpens qui semblent le supporter : autour sont des ailes déployées , peintes encore de cou* leurs assez vives.
Q.0US y qu on suppose être l'ancienne Apolli* nopolis parva,,riest plus célèbre que par ses almeh vêtues avec rechmiie et drapées avec grâce. Le cou et les bras de ces danseuses sont couverts de chaînes de verre mêlé de grains d'or et d'argent, dont elles ornent aussi leur turban. Le khol noircit les cheveux et les pau*« pières de ces courtisanes hardies , dont les ongles y tein0 avec le henné, semblent être de couleur d'or. Tout cela excitait la vive admiration de Mansour et des Arabes qui m'accompagnaient. Les plus jeunes abneh dansèrent, et nous apportèrent du café. Appuyé contre!
un obélisque renversé , ce groupe bruyant me
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regardait ensuite desrâier arec une 8uq)ri8e extrême. On a beaucoup de peine à se débar* rasser de leurs soins aflfectueux ; eiies avaient même la prétention de faire ies honneurs des ruines de Louqsor, où nous n'arrivâmes qu'à neuf heures du soir, après avoir presque toujours suivi le cours du Nil , et traversé des bosquets de nabouls et de sycomores.
Nous passâmes la nuit enveloppés dans nos manteaux , et couchés sur le sable, sous le portique du temple de Louqsor. «Tétais enfin arrivé dans ce lieu, dont mon imagination fut si son* vent occupée ; je touchais cés colonnes que ma pensée mesurait depuis si long-temps; j étais dans la ville aux cent portes , dans la merveilleuse Hécatompyle (i).
Le jour, que j attendais avec impatience, vint me montrer du sommet du portique , où nous étions montés , Louqsor , Karnak , Med-Amoud, les restes des quais qui bordaient le Nil. De l'autre côté de ce fleuve j'apercevais ûournah , Medynet-Abou, et ces montagnes consacrées à la mort, dont les flancs creusés de toutes parts
(i ) Nom donné par Homère à la ville de Tliè|>ef , et qui signilM cent porUs*
renferment tant de générations, et cette vallée de Bybân el-MoIouk (l), que les rois s'étaient réservée pour ieur dernière demeure.
Des plaines immenses sont couvertes d ave<* nues de sphinx,. qui dirigent encore le voyageur vers des temples qui semblent être l'ouvrage des génies de Tordre le plus élevé.
Des portes de quatre-vingts pieds de haut , couvertes d'hiéroglyphes , précèdent ces temples, dont le temps est venu révéler les sanctuaires mystérieux , fermés jadis à tous les regards. Des cours entourées de portiques , des milliers de colonnes sculptées (2) , défient les sables du dé^ sert de pouvoir jamais les ensevelir : elles soutiennent encore ces pierres d'une inconc^able grandeur , couvertes de tous les signes de la religion qui les éleva. Une foule d'obélisques, d une admirable conservation , coupent avec va-» riété les lignes prolongées des édifices. Pàr-iout la grandeur yous impose , par-tout le fini vous étonne.
^' (i) Vallée des tombeaux des Roli.
(2\ Les colonnes ^lyptiennes ne sont fanais monolithes » et les* obélisques le sont toujours ; oe qui a donné lieu à quelques savans de douter que la colonne improprement dite de Pompée , à Alexandrie^ fût un monument des anciens Égvptiens<
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Le petit vHIagede Louqsor est construit dans un coia du grand temple. Des maisons de boue et de paille sont plaquées contre fa base de ces colonnes éternelles. La vache et la cavale de fArabe sont attachées au pied du sphinx. Le trône mutilé d'Horus sert de loyer à des familles misérables, qui cachent le faible produit de * leurs travaux dans un tombeau de basalte et de granit.
. Le temple de LouqsOr est bâti sur un quai qui
lui sert de base. Cliacun fouille à i'envi les parvis de ces lieux jadis sacrés (l). On cherche ce qui a pu échapper à la fureur de Cambyse, au fitnatbme des chrétiens* Les premières églises du vrai Dieu sont tombées. Ou reconnait à la forme des colonnes , aux omemens grossiers de faichitecture, le style bâtard du Bas-Empire. Les mosquées de Mahomet , qui remplacèrent lautel de Jésus-Christ, s écroulent aussi. L'obélisque seul échappe au ravage des révolutions
(i) Voici, je pense, le nom des ruines qu'on pourrait fouiller avec quelque espoir de succès en Èfff^te : Tile d'ÉU'i hantinc, el-Kâb [ Eiethyia Thèl)es, Louqsor, Kai-nak , Qournah, Medynet* Abou , Ak 1 1 mym [ ancienne Paticpoiù] , Araba el-Madfotineh f Aby» dus] y Acbmounqrn [ Hermopolis mognajf Benehseh [ Oxyrynhhus]^ Medyoct ei-Fajroiiin» Aninoé, Mctanulytbi Aboufjrr, Ma^i^U.
et du temps , et semble être un immuable piOer de. la voûte céleste.
Je Tisitai les reste» de Med«Amoud , qui pou- V9dt être un des faubourgs de Thèbes. Je dessinai' son temple, qui sort du milieu des vestiges gri* sàtres d une ville copte ^tièrement abandonnée.
Je traversai le Nii (l) sur une petite barqueconduite par un Arabe y laseuie qu'il fut possible de trouver alors sur ce fleuve, qui porta jadis avec orgueil les temples , les jardins, les maisons flottantes des anciens maîtres de TEgypte. Que sont devenus ces vaisseaux dorés, ces voiles de pourpre, ces cordages tissus d'argent? Quel silence effrayant a succédé au bruit répété des rames , aux applaudissemens de la multitude , au chant des [urètres , à i'hannonie de cette mu« sique dont les sonspuissans calmèrent si souvent les passons haineuses des peuples! La douce
(i) Ce fleuve porta le nom général d'Iaw [fleuve] ; il reçut ensuite l'épithètc de Ncilon , c'est-à-dire, croissant à une époque fixe. Les prêtres lui préparaient des repas sur le rivage : sans cette cérémonie, le peuple éj^'vptien n'aurait pas espéré de débordement. La crue périodique du Nrl paraît être encore la même qu'elle était • dans les siècles dont l'histoire nous a conservé if souvenir, c'està-dire, de seize coudées. U croit depuis la (in de juin jusqu*«o oom* mencement de septembre , augmentant dès-lors de quatre ponces par • jour, et dimiaua ni eotoite g^neUcnieiit jus^'au soltticc suivant; '
mélodie a porté son charme ailleurs : elle règne sur d'autres nations , celle qui agit sur tous les êtres, qui transporte à son gré Thommc dans une «utre sphère ; rhomme , qui , pour se croire heu>^ reux , a toujours besoin d être arraché d où il est.
Le bateau vient datteindre l'autre rive : c'était la pai tie la plus populeuse de Thèbes. Straboa dit que des maisons de cinq étages contenaient à peine une fouie industrieuse , la population brillante de cette ville , vaste métropole de l'uni* vers. Thèbes, cette mère du monde civilisé, fut le modèle de toutes les réunions d'hommes, quisentirent le besoin de se rassembler , d'invoquer KÉtemel , de s'assujettir à des lois , de s'entourer de murailles , de fermer leurs portes à des ennemis. Je ne vois plus* rien , tout a disparu ! Mai» cette poussière qui s'élève est la cendre des premiersr pères du genre humain. Tavance : je voisr leurs autels, leurs sépulcres; je retrouve leurs idoies% Voilà ce' colosse d'Aménophis (l) , élevé par l'orgueil ; ce futt encore l'orgueil qui le renversa. Le'frènt seul' de cette téte, à moitié Cachée dans le sable, est une montagne; et le
(i) Cette statue debout avfait d^pané de tonte la téte la hauteur dli Louvre.
sourire de ses lèvres est exprimé par uiie caverne. .
V Sentte ensuite dans la vdiée sacrée : fe vais interroger ces innombrables catacombes ; je descends dans les sépulcres des rois. Dés peintures brillantes me disent les usages et le culte de ce peuple ingénieux , me montrent les triomphes de ces. princes dont tous les sarcophages sont vides. Ainsi tout me rappelait à l'idée de la brièveté de la vie; tout disait autour de moi que rhomme n'est quelque chose que par son* ame : roi par la pensée , frêle atome par son enveloppe , lespoir seul d'une autre vie peut le rendre vainqueur dans cette lutte continuelle entre les misères de son existence et le sentiment de son origine céleste.
Je pénétrais dans les entrailles de la terre, dans des palais souterrains, distribués, divisés avec art , soutenus par des piliers , recouverts de stuc et de peintures d'un fini admirable. Ces hiéroglyphes , ces figures , sont sans doute Tliistoire des connaissances humaines : les prêtres de l'Egypte ne les confièrent aux abinies que pour les soustraire au bouleversement du globe. Des salles se succédaient , et la dernière contenait
un sarcophage d albâtre, aujourd'hui veuf des restes qu'on y renferma. II est gravé, couvert de caractères symboliques (l), et d'une étonnante conservation.
Dans ces lieux de ténèbres , je me croyais sous ia puissance d'Âladin , sous un charme magique : il semblait que je fusse guidé par la lumière de la lampe merveilleuse , et au moment ffétre initié à quelque grand mystère. Le Bédouin qui nous suivait, expliquait facilement ces travaux surnaturels. Après le déluge , disait-il , les montagnes étaient plus tendres , les hommes plus puissans, les pierres plus légères : voilà comment furent creusés ces puits de la mort , comment furent élevées ces grandes mosquées qui couvrent notre désert.
Le génie des anciens E^j^ptiens était spécialement consacré aux tombeaux, tandis que le
(i) Les caractères hiéroglyphiques et les caractères hiératiques étaient ia langue cursîve des prêtres, la langue écrite sacrée. Le* 'caractèrés coptes étaient grecs : les caractères confiques étaient ceux de Tancien arabe. Le copte était ia langue des anciens Égyptiens : le coufique était une langue sacrée intermédiaire et qui servait à rezpiication des hiéroglyphél ; elle n*était connue que des prêtres. Quant au samaritain, il est à croire que c*est l'ancien hébreu, celui des Jui& avant leur esclavage, après lequel ils adoptèrent lea caractères chaidéens.
fl62 yOYACaS LE LEVANT.
génie des Grecs sacrifiait aux grâces, à laviJeur, à la beauté. Les Egyptiens cachaient leur magni» ficence dans des souterrains : le granit, le sombre basalte» étaient les matériaux quils employaient: le plus habituellement. Les Grecs , au contraire , cohstroisaient des temples de marbre blanc sur des promontoires élevés ou dans les sites les plus rians.
Des Bédouins plus noirs , plus desséchés que les momies qu'Us vendent , .servent de guides .dans ces labyrinthes souterrains : leurs familles ^nt logées dans d'autres tombeaux. La lanoe de .ce fils des Troglodytes est soutenue .par le bras iTune cariatide , et sesenfims dorment dans des ^cophages couverts de caractères mystérieux.
Tous les sables des enviroos sont semés de km» i)eaux de momies, de restes de papyrus et de liandelettes dorées. Je trouvais ainsi, i chaque pas^ de nouveaux témoins de ia vanité des choses liumames. Je voyais cette tribu d'OuIâd-Aiy trafiquer des restes des morts « et défendre contre ies prétentions des autres Aralies le privilège de ce commerce impie^
Près de là , dans la plaine , sont deux colosses placés à côté fun l'autre , tous deux assis^
'le visage tourné Vers Forieiit. Je eènsidërais avec ime sorte d épouvante ces montagnes taillées par la aiaîn de 4'bomine , qui leur imprima fion image. L aurore trouve à pré^ut silencieuse •cette statue la saluait jadis -par des'sonshar^ -momeux. Des inscriptions dans toutes les langues rappeUeot Ia «irpr»e «t la T«Dé»tion des Toya- ;geurs frappés de ce prodige.
Les noms de i^ttrieiirs maîtres de la terre •sont tracés sur les pieds du colosse ; mais les yeux se reposent str le nom de "Gei^anicns^ .parce que r<^oque de son voyage, dans la haute •Egypte fut sûrement marquée par des bienfaits. Un obscur baionoet sest cru obligé de nous instruire de son passage à Tlièbes. On vient de tracer .péniblement sur le igranit^ à côté du nom de César, celui de ce gentilhomme qui veut que la postérité fa. fhd& ireeuiée commisse jusqu'au quartier de Londres qu'il habita. Ce qui servirait à fireuTer eomUen la véritable gloire est modeste, c'est qu'on chercherait vainement sur oelte Btsftue le nom de Desoix, ceux deRa}^ et de Belliard. Rien ne rappelle le combat de Seydiman et de Benouthak^
JLiC Memnonium nonuné par les Arabes
et-Kiur (l), placé au pied de ia mdntaghe, et auprès duquel se trouvent les vestiges du plus grand colosse, est construit en pierrés d'une énorme dimension et d une couleur blancbâtre. n est enterré presque à demi sous le sable , ainsi que celui de Mcdynet-Abou. C'est sur une partie de ia plate-forme de cet immense édifice que se voient les ruines de Pappâ. Une petite ville, qui eut des remparts, une église assez vaste, une place publique, fut construite sur une portion du toit de ce monument. On ne saurait mieux Élire que de renvoyer, pour les détails de ces merveilleuf^s miiies, aux planches du grand ouvrage de la Commission d'£gypte. . U serait cependant possible de remarquer qu on n a pas toujours conservé à l'ensemble: des monumens le caractère de grandeur qui les distingue. Peutêtre Tusage constant de la chambre obsçure a-t<*^ii rétréci les moyens des artistes habiles chargés de ce travail. Je ne reconnais pas toujours dans leurs résultats rimagc de ces temples dont la grandeur et la majesté réduisent à présent > à mes yeux , les plus beaux édifices de Rome et
(ij Le château.
Oigitized
de la Grèce aux proportioos des fiibriques des jardins anglais.
Peut-être, pours'en former une plus piste idée , devrait-on lire , après avoir vu ces détails si piK rement dessinés, les pages àJa-fob naïves et brillantes du Voyage de M. Denon. Cet artiste qurituei fiit le Jomville de notre dernière expédition en Egypte. Sa bravoure, son sang-froid, contribuèrent puissamment au succès de ses études, à la fustesse de ses recherches. Cest à cette réunion si raie (^\ie nous devons son ou- .vrage, ce livre devenu classique , qui charmera toujours les amis des aits, de la vérité, et de ia gloire du nom français.
La chaleur était déjà insupportable à Thèbes dans les premiers joiurs 6e mars. Elle devient si épouvantable pendant leté, que les Arabes la comparent au rugissement du lion. Le ciel est en feu , la nature parait incendiée , et c'est à .cette .époque que les pieires éclatent et que s écroulent souvent des portions des temples de la Thébaïde. Je me rappelle que , poursuivi par un chiieu, je ramassai un caillou : il était brûlant. Les harmonies de la nuit, les bruits dans la campagne, avaient déjà tout le charme de la plus
;beUe saison de f année, et :îe me .prouvais le
soir au bord du Nil avec autaat de plaisir que |e ie fitt8ai»aUtnioîs'd*aoiit/àAmne* sot Je rivage du Tibre* . .
Je ne miodiltrais ordiitaicemmit que ^des 'bu£fles qui venaient se plonger dans ia Nil. ibis d'une îbianofaenr ébidnissittkte dépiloyaîent • leurs ailes, d'argent, et se .plaçaient sur dos de ranimai wuvage , toutffier de oe prnds sai^é. Je regardais oouier oe fleuve., qui venait de tra- ^wser d'tmnenses soflitacbs. Le NH d é s a l t ère ies lions de Sabala^ les tigres de Goyam, et porte .fa iforqùe^ lliabitalit de DoÀgofa et le radeau fragile de Sennaar*. il passait doucemedt àHièbes f-ttwtô&ant lui-même pendant son cours À détruii^ les anteb ^ui lui furent élevés par la reconnaissance des peuples.
M. Sait, consul d'Asigleterre, étnt'établi avec une suite nombreuse , sous des tentes , dans la vaUée de Bybàn eUéolouk. il |irésidait aux fouilles que ia société des antiquaires de Londres fait fiiire * sur les points les phis iaiportans dé Thèbes. Beaucoup d'argent , beaucoiq) de pré» ^ns^ leur ont «Miquis fafiëction des Arabes, et toutes les entreprises ont été jusqu'à ce jour cou-