ILE DE MELOS
Ijile de Meloê parait avoir eu des Phéniciens pour premiers habitans. Festus dit qu'elle prenait son nom d'un certain Melus qui venait de la Phënicie (1) , et le Syncelle fait remonter cet établissement des Phéniciens au temps oit ie premier Minos, fils d'Europe^ renaît en Crète (2).
Les Phéniciens lui donnèrent plusieurs noms.
Bochart prétend que celui.de Melos n était pas même celui d'un homme ; mais que ce nom , dans la langue des fondateurs de cette Ue , signifiait plénitude, par la raison que y lorsqu'on y fidsait des fossés, ie creux se remplissait par de la terre qui était soulevée du fond du soi (3). Gela pourrait avoir eu lieu dans quelques parties de l'île , parce que le terrain en est volcanique^ et qu'il s'y fiût encore des boursoo-
(1) Festus, verho Mdos.
(2) Georg. Syncell. Annal, p. i58.
(3} ^ochart, Cà«na4m, lil>. i, cap. i4-
flures près d'un cratère que M. Oiivîer le voyageur a vifité (1) : mais il ne pouvait pas en étie de même de toute l'Ile; sans quoi l'on n'aurait pu y asseoir aucune construction. Néanmoins Bochart dérive de ce même nom de Melos ceux de MimalUs et de ByhUs qui lui sont donnés par Pline , Étienne de Byzance et Hcsychius (2), et il tire encore du phénicien celui de Zepkyria que lui donnait Aristote , selw Pline (3), quoique ce dernier puisse signifier senl6ment que cette tte était- la plus occidentale des liés Cyclades, comme elle fest en effet par sa position. £lle portait encore le nom de Lastus , selon le même Hésychius (4), et même ceux de Siphnoé et iâcyion, selon Héraclide dans Pline (5).
Peu de temps après rétablissement dés Doiiens dans le Péloponnèse, cette fie reçut tme eolbnie de Lacédémoniens , ou plutôt de peuples venus de la Lacônie. Des Minyens , qui Jetaient Itôbittiys près d Aniyclce, s'étant révoltés contre les Lacédémoniens^ eeux-ci y après les avoir vaincus, les envoy^éiit ën colonie dans File de Crète : mais, pendant l^ur ha-
(i) Olivier, Voyogt dans tBhtpké otèmuah, - * 1* ' " ' (3) Plin. HUt. nat. lib. iv, cap. 12. Stepli. 'vcrbo BvCmç. He> sych. ver6ù UtjuaXIÇetUyutCMf,
(3) Arist. a/jud Plinium, ibid. ' • :
(4) Hes^cli. verbû AaLÇiç,
(5) PUn. iùid, . • • " \ ^ . .
rigation , ces colons s étant approches de f lie de Melos , une partie s'y établit ^ sous la conduite d'un nommé Crmihcdê ,ijBMémoïÀetk • en sorte que cettA iie fut depuis regardée comme une colonie de Lacé* démone (1).
II paraît qu'elle parvint à un état florissant; car, au temps de la bataille de Salamine, elle était assel pittssante pom* fimmir aux Grecs deux pentécom tères (2) : mais cet état ne dura pas ; et , environ sept otnts ans après sa fondatkm par tes Lacédémoniens , elle fut presque anéantie par les Athéniens^ en haina de sa métropole (3).
Lés Méitetis étaient très-attachés à leur mirepatrie (4). Les Athéniens^ dans la guerre du Pék* ponnèse» tentèrent de les en séparer. D'abord > ib envoyèrent une flotte pour ravager leur île (5); mais, dix ans après , ils prirent la -résolution de les subjuguer éntièrement. Ib firent line descente dans Ttie aved des forces considérables, et sommèrent les habitans de se rendre ieœ^ tributairts et de leur fournir ktf
troupes qui leur seraient demandées, ou de subir,
(1) Plutarch. De vïrtuf. niul. t. II, p. :'4 7. Conon , J*y'i//. 36, Clavier, Histoire des premiers teDips de la (Jucc, tom. Il, pag. i43. Raoul-Rochettc , Histoire des colonies gt-ccques , tota. III ^ pag. 6X;
(2) Herodol. Hist. iib. Viii, cap. 4^^-
(3) Thucyd. Hist. Iib. v, cap. 112 et 116.
(4) Xenoph. Hellcn. Iib. 11.
(5) Di«d. Sic. BihL AùL iii». xii. .
ûiyitizea by ^OOglc
comme iFaincos, la loi qu'ib lew imposendent. Les Mëliens leur représentèrent qu'ils étaient alliés par le mag avec les Lacédémoniens , et que, par cette raison , ils ne pouvaient porter les aimes contre ieurs pères; que, sik voulaient leur permettre de rester neutres 9 Us se rendraieiit à leurs desnrs* Les Athë» niens, usant de leurs forces , leur dirent qu'ils n'avaient point à choisir; qu'il Êdlait qu'ils se rendissent tributaires , et qu'ils les suivissent par-tout où sis les ineneraient, ou bien qa'iis devaient se résoudre k supporter tous les maux que pouvait leur apporter la guerre.
Les Mâieiis y espérant qu'ils seraient secourus par
les Lacédémoniens , prirent le dernier parti. Aussitôt les Athéniens, ayant débarqué leurs troupes, enttmrèrent b ville de Mehs par un murde circonvallation ; ils partagèrent le travail entre les troupes des dif* (^■ens peuples qui étaient à leurs ordres, et, ayant laissé un assez grand nombre d'Athéniens et d'alliés pour veiller au blocus de la place, ils ramenèrent le reste de leurs troupes à Athènes.
Les Méliens , de leur côté , firent tous leurs efforts pour rompre la ligne des Athéniens; ils attaquèrent, de nuit , la partie du mur qui regardait ï Agora ou place du marché; ils tuèrent les hommes qui le gardaient , et ils firent entrer dans la vîHe tout ce qu ib purent/ de vivres et d'effets. Lies Athéniens firent
' NOTES DIV£RSES. 325
depuis meilleure garde; mais, leur nombre dimîmiant, Ht les Méliens ayant quelquefois des avantages , ils firent abrs venir d'Athènes de nouveHes troupes , et la place fut plus étroitement serrée.
Cétait le second ëtë que le si^e durait « et les liens ne recevaient point de secours du dehors. Les Lacëdémoniens , dont ils avaient imploré l'assistance, semblaient les avoir abandonnés à eux-inémes|: le découragement et l'abattement s'emparèrent des habitans; et, la trahison s'y étant jointe , les Méliens , hors d état de résister , furent obligés de se rendre à discrétion aux Athéniens y qui, irrités de la longue résistance qu'ils avalent flûte, les traitèiMt avec une inhumanité que ne méritait pas leur beau dévouement (1).
« L'ile fut soumise, dit l'él^jant liistorien d'Ana- »diarsis ; mais la honte fut pour les vainqueurs: ib » avaient commencé la guerre par une injustice, ils la » finirent par un trait de barbarie. Les vaincus furent » transportés dans l'Atlique : on fit mourir , de l'avis ' » d'Aicibiade, tous ceux qui étaient en état de porter nies armes; les autres gémirent dans les fers, jusqu'à »ce que Tannée de Lacédémone eût forcé les Athévniens à les renvoyer à Melo* (2).i»
Lorsque les Atliéniens fuient devenus maîtres de
(1) Thucyd. Hist. lib. V, cap. 84 et seqq.
(2) Barthéionj , Fcyagt du jetmt Anachums, ch«||^76.
Meloê ^ îb y cnyoy èrent une nouveile eokmîe , fermée
de cinq cents des habitans de ieur ville (1) : mais ces cdons ny restèrent pas ldag46nps; caries edans des Mélîens , qui avaient été élevés dans l'esclavage , furent renvoyés dans ieur patrie par Lysandre^ aussitôt liprès la guerre du Pâoponnèse^ (S).
C'était dans ce temps que vivait piagoras y célèbre yhilosûphe de cette ile» qui ^ voyant les maux que souf&ait sa patrie , nia l'existence des dieux après avoir été le plus religieux des hommes , et finit par mourir dans un naufrage (3). S'il ayak été témoin du rétablissement de ses compatriotes dans leur île , il se anait oerfiainement récoiicilië avec la Divinité.
Depuis ce temps , Melos fut ime île de peu d'importance* On voit que , du temps d'Auguste y il y avait quelques Jui6 (4) qui avaient apparemment de l'afiinité avec les andens Pliéniciens qui l'avaient peuplée. Dans le temps du christianisme y elle devint le siège d'un évèque , sous la métropole de Rhodes \ et aujourd'hui y ou du moins il ny a pas long4empS9 il y avait deux évêques> fun du rit grec , et l'autre du ht latin (5).
(1) Tlu'cyd. Hist. lib. v, cap. ii6.
(2) Xcnuph. HcUen. lib. ii. Piutarch. in Lysandro.
(3) Bai théicmy , Voxjagc du jeune Anacharsis , chap. 76.
(4) Joseph. Antiq. Jud. lib. xvii ; de Beli Jiid. iib. II.
• Dans le xui/ ùède, die fit partie du duché ctt
Naxie, sous Marc Sanucio, premier duc de rArcla. peiy qui vivait au temps de l'empereur Henri de Flandre , frère de Baudouin I/' ; elle fut ensuite démembrée de ce duché par Jean Sanudo, sixième due de l'Archipel , qui la céda au prince Marc, son frère; celui-ci la donna eu dot à sa fille Florence , qui épousa François Crispo. Ce Crispo réunit en lui tou( le duché de FArchipel. Ensuite le capttan pacha Bai-berousse soumit Milo à Soliman II (1). L'ile de Milp est , en générai , très-preductive , et l'on disait autrefois qu'il sullisait d'y semer pour recoller trente jours après (2). On attribuait la fertilité de «on sol à sa nature volcanique et à la grande quantité de soufre que l'on y trouvait (3).