‹ Voyage dans le Levant... 18171818Chapitre 5 sur 23 · ÉPHÈSE · texte numérisé non relu

ÉPHÈSE

L'ÉCLAT dont a brillé , pendant plusieurs siècles ,

Éphèse, l'une des principales villes de l'Asie mineure, et qu'on regardait comme la métropole de iloniey

n'a pas préservé sa mémoire des ravages du temps j

• (r) Saunier dans Tounulort, Voyage, tom. I , pag. i46. " (2) Tijcophrast. Hist. plant. lib, IV, cap. 12 ; lib. viii, cap. 3. (3; Dioscor. lib. v. Piin. Hist. nat, lib. xx^v, câ|>. i3.

â a jetë sor f origine de cette vîfle un voile que nous

ne pouvons plus espérer de soulever. Les auteurs anciens que nous connaissons , nous laissent dans Fincertitude sur ce point comme sur tant d'autres , et nous avons perdu ceux qui auraient pu i'éclaiFcir en nous donnant plus de détails : nous avons suMout k regretter les ouvrages de Xénophon d'Ephèse, qui avait écrit une histoire de cette ville; celle de Crëophyle, cité par Athénée; la description du temple, par Démocrite d'Éphèse ; celle de Phiion de Byzance, ^nt on na qu'un fragment (1); et le voyage du consul Mucianus en lonie : il était contemporain de Pline le naturaliste , qui ie cite avec doge.

La fondation d'Ephèse remonte à une époque trcsrecuiée^ et se perd dans la nuit des. temps mythologiques : le peu d'accord que Ton trouve dans les traditions , prouve sa haute antiquité. Suivant quelques auteurs , et Justin est du nombre (2) , les Anuzonesy parties des plaines de Tiiémiscyre sur les bords du Thermodon, sous k conduite de leurs reines Lampédo et Marpésia , s'emparèrent d'une grande partie de l'Asie mineure , y fondèrent plusieurs 'villes , entre autres Éphèse^ à fequelle, suivant Etienne de Byzance, elles donnèrent d'abord le nom de Smyrna^ Amazone

(i) Gronov. TAes. antiç. gnec. tom. VIII, (a) Hùt, iib. u> cap. 4>

célèbre. A Marpésia succédèrent Antiope et Oritliye qu'Hygin nomme Otrera (1) y et qa*il dit femme de Mars ; ce qui convenait assez à une héroïne. Il paraît que ce fut sous leur règne que d'autres Amazones, poursuivies par Hercule et Thésée , vinrent chercher un asile dans le temple de Smyrne , dont elles changèrent , dit-on, le nom en celui d'Éphèse, en mémoire de leur délivrance. On voudrait que du mot grec Aphesis, qui signifie délivrance, on eût, par un changement de lettre et de terminaison, formé le nom JSphesos (2). Thésée eut d'Hippolyte, sœur

(i) Foi. 3o , aa3 , as5.

(a) Ce changement ii*eit guère probeUe : H eét entièrement eltéré le mot , en snbstîtnant, dent la composition , une préposition à une autre d'un sens différent (^J^* à ^m). On pourrait auksi bien supposer que le nom d'Éphèse vient du mot Ephesis , qu'on peut rendre par irruption, et qui eût rappelé celle des Amazones. Au reste, on saitrcombien les Grecs aimaient à rapporter à leur pays , à leurs dieux et à leur langue , tout ce qui leur venait d*autres nations plus anciennes qu'eux, et à qui Us de\ aient même une partie de leurs connaissances ; c'est ce qui est arrivé au sujet des Amazones, dont l'existence est encore un pioblème. Lt^s Grecs , jaloux de toute espèce de gloire, ont mis la leui- à passer pour avoir combattu et vaincu des armées de femmes guerrières. Le Parthénon et d'autres monumens rappelaient ces exploits. Mais , supposé qu'un peuple de femmes , une nation où il n'y avait qu'un sexe, ait pu exister pendant piusieui-s siècles, est-il probable que, des boids du Thermodon, en tournant le Pont-Euxin, après un voyage do six à sept cents tionea/ et après avoir traversé plusieurs grands fleuves à leurs embouchures» elles soient venues attaquer la Grèce et l'Asie; ou qu'elles aient été chassées des

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JAntiope , le bel Hippolyte. Daprès h chronoiogîe de M. Larcher^ Thésée régna depuis l'an 13^2 avant J. C. jusqu'à ian 1293. Ainsi, en suivant ie récit do Justin y il semble c|u'on pourrait placer la première expédition des Amazoues vers ie commence* ment du XIV.' siècle avant J. C.

Pausanias (I) croit qu j^phèse eut pour fondateurs

bords du Tanals et des contrées du Caucase par Hercule et par Thésée , qui seraietit aHés chercher des aveatui^es da«s des pays aussi éloignés d» la Grèce » et dont «lie airait % pei^e alors q«eI<|M notion ? et, supposé même que ces expoditioiis extraordinaires aient eu lieu de part et d*autre, peut-on croire que ces nations scythiqueSy qui certainement parlaient des langues tout'A'^fait di^ férentes de celle des Grecs, aient donné des noms grecs aux vHIcs fusettes auraient exquises ou fondées? l^e nom à*jEorpata onctueuses d'hommes, que , selon Hérodote, se doonâient ces femoicf gpei^ fièreSf ne ressemble en rien à celui d* Amazones, sous lequel les Grecs nous les ont fait connaître ; et ne serait-on pas tenté d adopter rétymologic proposée par Fréret, qui la tcouye dans deux mots du tartare IcalmouL-, aemé, femme,. et ùaJ^ ou. satne, forlOf covngemeT jiemé'-tsaine , binoine, rendrait Tidëe que le» Grecç avaient des Amaxones ; et il sei-ait inutile , pour expliquer ce nom, de supposer que ces femmes valeureuses s'extirpaient ie sein droit (a privatif, et mazos , sein) pour avoir le bras droit plus libre dans l'exercice de i arc. Aucun nionumcnt r.c les oftre ainsi mutiicH's et privées du plus bel ornemeut de leur sexe. Vt'ijez, sur les Amazones, les Héroujucs de Pliilobtrate ; le [)réiident de Brosses, Acad. des tnscr. t, XXV, p. 5o4 ; Fréret, ibiJ. t. XXI, p. io6 ; et , dans le I.*' volume des Monujfu ns incdid de M. Miilin , ch.ip. XXVII , une disseilation sui- un très-beau vase grec, qui, de la collection de M. Duraad^ a passé dans ceiie de M<ic coAite James de Pourlalès-Gorgier.

(i) Cnfc, Dcscr^f. Uh. Vii, cap. a.

Oésiw et Éphémis» fib du Caystre, et quldle pm le

nom du dernier. Ces héros inconnus , et qui devaient être regardé» comme autocbtbonee , furent peutrétre les premiers ^lû formèrent quelques ëtdbfissenens sur ies hoi ds du Caystre ; et ils pourraient Êùre reporter ia fondation d'JÉphèse à une époque plue reculée que celle des Amazones.

Les auteurs anciens ne disant presque rien des premiers temps d'Éphèse. On sait quelle éprouva plusieurs révolutions qui la ruinèrent à diifiéreutes époques ; ce qui a pu tromper sur œiie de sa fondation. Néiée et Androclus, fds de Codrus> dernier roi des Athéniens, à la suite de dissensions et de changemens dans le gouvernement d'Athènes, vinrent, à la téte des Ioniens de rAtti^e.(en 1 1 30 Avant J. C), s établir dans l'Asie mineure, et y fondèrent cm rét^ bllrent douze villes ^ parmi lesquelles se distinguaient Miiet et Ëphèse : ayant chassé de cette dernière les Lélèges et les Lydiens ou Cariensqui f habitaient, ik ne leur laissèrent que ia ville basse et les environs du temple, quib occupèrent avec quelques Amazones consacrées au service de la déesse. Les vainqueurs s'établirent dans la ville haute , où devait être h citadelle, qui leur donnait. les moyens de se maintenir dans leur conquête. Androclus s'empara de Samos, qui resta, pendant quelque temps ^ sous la domination d'Éphèse^ ainsi que quelques auUt:^

ties voisines; mais, les Samiens ayant repris lear

île, Androcius porta du secours à la ville de Priène, l'une des douze de ia confédération ionienne, attaquée par les Gi riens , anciens habitans du pays : il perdit une partie de sçn monde et fut tué ; on enleva son corps , et , du temps de Pausanias , on voyait encore , entre le temple de Diane et celui de Jupiter Olympien , le tombeau d' Androcius, sur lequd était sculpté un guerrier armé. Les Ephésiens qui avaient survécu à l'expédition d' Androcius , se soulevèrent contre ses fils, et s'unirent aux habitans de Tëos et de Girina, à qui ils permirent de s'établir à Éphèse et de fiûre partie de leurs tribus. Les plus anciens colons, probablement les restes des Lëlèges et des Cariens^ formèrent la tribu éphésienne; venaient ensuite celles des Téiens, des Carinéens, de Benna et de JEuhonymia. Ces derniers avaient conservé ie nom de la tribu ou du déme athénien .doit ils , sortaient. Il y eut aussi , selon Strabon , des Épbésiens qui, du nom de Sisyrbé, autre Amazone , furent appelés Sbyrbites (1).

(i) Voyez PtusantaS) Crète, Deseript, lib. vu , cap. 12 ; Sleph. Byzant. voc. BivveL/Mct> II paraît qu'il faut lire BèVm , au lieu de

BtvvoL^ctj et que le mot /MA fait partie de la phrase BiWa /UA, Benna une des cinq &c.

Voyez aussi M. Kaoul-Rochette» tiùt des coUmùt grecques, tom. lU, pag. 75 et suiv.

Diyitizua by ^OOglc

nine (1) dit qti'Éphèse se nommait Alopes, à 1 époque du siège de Troie : mais la ville de ce nom , dont parie Homère (â) , ne peut être une viile d'Ionie; car elle est au nombre de celles qui faisaient partie des états d'Achille; et ce nom doit être Alopé, et non Alopés , qui est le génitif é^Ahpé, Au reste y sur ce passage de Pline, Saumaise (3) cite un vers qu'il attribue à Homère, et qui ne se trouve ni dans aucun de ses poèmes, ni dans les fragmens qu'on lui attribue. Pline ajoute qu'Éphèse sappelaaussi Marges, Ortygia, Smyma Traehœa, SamamionetPtelea; mais il parait que ces noms furent ceux de dilférens quartiers d'Éphèse : Marges ne se trouve que dans Pline; le nom de Samomion se rapporte à celui de Smyme* Strabon (4) dit que le nom de Trachée [âpre, rude] était celui des dancsdek montagnede Caressus, aux environs de laquelle était située l'ancienne ville, qui s'étendait vers l'Athénée et la fontaine Hypelœus» Du temps de ce géographe, la position d'£phèse n'était plus la même : ces endroits étaient hors de la ville ; le lieu nommé Stnyme était près du gymnase, et derrière la ville , telle qu'elle existait alors , entre Trachée et Leprénicté, nom par lequel on désignait

(i) Hùt. nat lib. V» cap. 3l , edit. Bipont.

(a) Iliad. lib. ii , v. 682.

(3) Exerctt. Plin. pag/. S 10.

(^) GêOgr, lib. xiv.

334 mTES DIVERSES.

Je mcmt Prion , qui dominait la nôtivelle ville , et sur kcjuel était une partie des murailles. On appe* bit Opisiholepré [derrière k Lepré], les fends dé terre situés denière le Prion. Ce mont parait être une branche du TfMolus : i'ëpkhète de Lepré [rude^ escarpé] lui convenait; ses contours découpés et rudes lui avaient fiait donner , suivant Polybe , le nom de Prion, qui , en greCf s^fnîfie une soie. Il y avait ^ près de Carthage et en Sardaigne, des monts qui^ pour iâ même raison > portaient le même nom,. Dans quelques auteurs , la montagne d*Ëphèse est nommée Pion, qui exprimait , dit- on , la /ertiiité de la con* trée (1) : mais il paraft que le nom de Prion est ie véritable (2). Celui de Ptelea aurait été donné à £phèse> selon Denys Périégète, à cause de i'omiei 5^?tX^<* , autour duquel les Amazones jetèrent les pre* mières fondations du> temple : mais^ d'après Uéro* dote (3) et Pausanias, le temple était hors de' ia viiie ; et ii est probable que ce nom venait des plan* tations d'ormes qui, autrefois^ couvraient fe terrain

occupé depuis par ce quartier de la viiie (4). Il est probable qu'Éphèse n'était pas encore très*

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