‹ Voyage dans le pays d'AschantieChapitre 11 sur 31 · W«VV1I · texte numérisé non relu

W«VV1I

: x CHAPITRE IX.

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* Origine et histoire de la guerre des Aschantes , extrait de l’ouvrage de Mereditb sur la Côte-d’Or (i).

Lj: royaume d’Assin est situé derrière le pays des Fantes , et limitrophe de l’Asehantie. Il était divisé en deux états; l’un gouverné par le roi Chébou et Quacoe Açoutay; l’autre, par le roi Amou. Quoique Apoutay ne fût pas revêtu de la dignité royale, son • pouvoir égalait celui de Chébou , mais l’un et l’autre étaient soumis au roi d’Aschantie. Un homme riche mourut dans la capitale d’Amou. Suivant l’usage, on enterra avec lui de l’or et d’autres effets précieux. Un homme de Chébou avait été présent aux funérailles. Il guetta une occasioû favorable, ouvrit le tombeau , s’empara du trésor que l’on y avait déposé et l’emporta. Amou demanda justice à Chébou et à Apoutay, sans pouvoir l’obtenir; il s’adressa alors au roi des Aschantes. Celui-ci fit comparaître devant lui toutes les parties, et, les ayant écoutées avec impartialité , décida en faveur d’Amou. Apoutay fut retenu en otage jusqu’à ce que la restitution fût “ effectuée ; mais il parvint à s’échapper , et, une fois

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en liberté, il refusa de se soumettre à la décision du roi d’Aschanlie.

Là-dessus, Amou prit les armes, attaqua Chébou et Apoutay, et mit leurs soldats eu déroute. A la sollicitation du roi des Aschantes, les parties eurent une nouvelle entrevue, mais Apoutay eut recours à la trahison ; il envoya secrètement demander à Chébou une armée pour le soutenir. Il livra une nouvelle bataille à Amou ; il fut encore défait , et l’homme qui avait commis le vol perdit la vie. Le roi d’Aschantie, voulant rétablir la paix, interposa > son autorité entre les parties belligérantes. Il envoya deux bracelets d’or, l’un à Amou, l’autre à Apoutay, et leur ordonna de cesser les hostilités. Ils eurent l’air d’y consentir tous deux, et reçurent les bracelets. Mais Apoutay attaqua de nouveau Amou , le vainquit à son tour, et le chassa de sa ville capitale. * Celui-ci, indigné, assembla de nouvelles troupes et triompha encore une seconde fois de son adversaire. Cependant le roi d’Aschantie, voulant réconcilier ses voisins, sans être obligé de tirer l’épée, envoya à Amou une hache et deux sabres à poignée d’or, en lui recommandant de faire la paix avec Apoutay. Amou répondit qu’il y consentait; mais il fut encore attaqué par son implacable ennemi, complètement battu, et perdit dans cette dernière bataille les sabres à poignée d’or et la hache. Le vainqueur exerça des ravages dans tout le territoire appartenant à Amou , massacra tout ce qui tomba entre ses

mains, et n’épargna pas même les messagers du roi des Aschantes.

Il s’ensuivit une guerre avec ce dernier. Apoutay, craignant sa vengeance , s’enfuit avec Chébou dans le pays des Fantes. Le roi d’Aschanlie envoya un message et lin présent de vingt onces d’or à Acoum, cabocir d’Assécoumab (petit état tributaire de son royaume), en lui expliquant la nécessité où il se trouvait de poursuivre ses ennemis sur le territoire des Fantes, et l’assuraut de ses dispositions pacifiques à l’égard de ceux-ci , puisqu’il n’avait d’autre but que de s’emparer de la personne de Chébou et d’Apoutay. Les Fantes ne voulaient ni intervenir dans cette affaire, ni permettre que l’armée des Aschantes entrât sur leur territoire. Alors Appey Dougah (i ) , général du roi d’Aschantie , rassembla , par ordre de son maître , des forces considérables , et livra bataille à ses ennemis. Il y fit preuve de bravoure et défit Chébou et Apoutay, soutenus par une armée de Fantes qui les avait rejoints.

Le lendemain Chébou et Apoutay, ayant rallié leurs troupes et reçu de nouveaux renforts des Fantes, livrèrent bataille à Appey Dougah et furent encore défaits. Ils perdirent beaucoup de monde, et le cabocir d’Abrah , principale ville des Fantes , fut du nombre des prisonniers. On offrit une somme considérable pour sa rançon; le roi la refusa, et le

(i) Ce doit être Appia Dunqua , frère aîné d’Appia Nanu , dont j’ai rapporté la disgrâce dans le chapitre VI de la première partie.

mit sous la garde d’Acoum , cabocir d’Assécoumah , en qui il avait grande confiance : celui-ci n’y répondit point et laissa aller le prisonnier.

Cependant Apoutay, battu sur tous les points, fit dire au roi qu’il acceptait les conditions de paix qu’il lui avait fait offrir, pourvu qu’il payât ses dettes. Le roi y consentit, et, pour preuve de réconciliation, envoya des messagers porter des présens à Chébou et à Apoutay. Ceux-ci, au lieu de les recevoir avec reconnaissance, décapitèrent les députés. Celte perfidie, que rien n’avait provoquée, enflamma la colère du roi d’Aschantie; il jura guerre éternelle aux aggresseurs. 11 avait pardonné à Acoum d’avoir rendu la liberté au prisonnier dont il lui avait confié la garde. Comme celui-ci avait beaucoup de provisions, il lui en demanda. Acoum parut y consentir avec plaisir; il livra fidèlement six fois de suite tout ce qu’il s’était obligé de fournir; mais, à la septième, il s’empara de mille hommes envoyés vers lui pour chercher des vivres, et les vendit comme esclaves, en mars ou avril 1806. En conséquence de cette nouvelle trahison , il se trouva enveloppé dans la guerre. Le roi , après l’avoir battu , marcha avec son armée vers la côte , contre Chébou et Apoutay. Les Fautes opposèrent quelque résistance , mais ils succombèrent dans toutes les rencontres; et les Aschantes, dans leur marche , anéantirent presque entièrement les Braffoes. Les habitans d’Annamabou, à l’instigation de quelques Braffoes qui s’étaient réfugiés chez eux , furent assez imprudens pour y recevoir Chébou et

Apoutay, et pour leur accorder leur protection.; ce qui leur devint fatal»

A cette époque , le gouverneur du Cap-Corse concevant des inquiétudes pour la sûreté des établissemens anglais, forma le projet d’envoyer des députés avec un drapeau blanc au roi d’Aschantie, qui était alors ( mai 1806 ) à Abrali , c’est-à-dire à quinze ou vingt milles de la mer. Mais les habitans d’Annamabou , consultés sur cette mesure , l’en dissuadèrent; elle fut donc ajournée. Le gouverneur aurait voulu savoir sous quel point de vue le roi considérait les Anglais, et jouer le rôle de médiateur; mais les habitans d’Annamaboü, pleins d’une folle confiance dans leurs forces, se flattaient de vaincre le roi, et de voir tomber entre leurs mains la totalité ou du moins la plus grande partie de son armée. Ils n’étaient donc nullement portés à adopter des mesures pacifiques, et ne permirent pas au messager du gouverneur d’avancer sur leur territoire.

Peu de temps après, une division de l’armée des Aschantes arriva à Cormantine, mit en fuite les habitans de la ville , et la détruisit entièrement. Le chef de cette division parvint même à s’emparer du fort hollandais; et, après l’avoir pillé, il y établit son quartier-général. Il était bien temps de connaître les intentions du roi ! Le gouverneur du fort d’Annamabou envoya au commandant de cette division des Aschantes un messager avec un drapeau blanc, pour s’informer dans quel dessein le roi faisait marcher une armée sur les côtes, et pour lui offrir sa média-

tion. Le lendemain matin , on vit venir du côté de Cormantine trois hommes portant un drapeau blanc déployé. M. White, gouverneur d’Annamabou, se flatta qu’ils lui apportaient des nouvelles agréables et satisfaisantes; mais il reconnut bientôt qu’il se trompait. Le chef de cette division était fier dit triomphe qu’il venait d’obtenir, et si glorieux d’être arrivé sur les bords de la mer, qu’il y avait trempé trois fois son sabre , et avait même envoyé de l’eau de la mer au roi, comme une preuve de ses succès. On ne peut savoir si ces motifs le déterminèrent à mettre à l’épreuve les dispositions du gouverneur anglais, mais il lui envoya un message extrêmement arrogant qui ne pouvait réussir auprès de M. White; il mandait que, lorsque le gouverneur lui aurait envoyé vingt barils de poudre et cent fusils, il lui ferait connaître quels étaient les desseins du roi.

„ Satisfaire à une pareille demande , c’eût été montrer trop de condescendance, et donner au roi une opinion peu avantageuse du caractère anglais. M. White reçut poliment les députés , leur fit offrir des rafraichissemens , et leur dit qu’il regrettait beaucoup que le roi ou leur commandant parussent si peu disposés à entrer en explication ou à se concilier ; ajoutant que si le roi voulait lui dire en quoi les habilans d’Annamabou l’avaient offensé, il emploierait tout son crédit pour lui faire donner ** satisfaction; mais que, jusqu’à ce qu’il fût assuré qu ils s étaient rendus coupables de quelque faute envers le roi, ils avaient droit à la protection du

fort, s’ils la demandaient; enfin que, si l’armée dû roi s’approchait du fort dans des intentions hostiles , il ferait feu sur elle.

On fit ensuite tirer en leur présence deux à trois des plus gros canons, pour leur donner une idée des effets destructeurs de l’artillerie. Ces messagers étaient sur le point de partir, quand on reçut au fort un avis secret, portant que le drapeau blanc dont ils étaient porteurs ne serait pas respecté, et qu’ils seraient massacrés en. s’en retournant. MM. While et Wilson se chargèrent donc de les escorter eux-mêmes, et les conduisirent jusqu’à une distance peu considérable de leurs avant-postes. Cependant le gouverneur attendit avec impatience la réponse définitive du roi, et n’oublia rien pour se mettre sur la défensive. Les habitans de la ville, qui avaient eu jusque-là beaucoup de confiance dans leurs forces, commencèrent à concevoir des alarmes, et demandèrent avec instance la protection du gouverneur. M. White leur promit que, si l’armée des Ascbantes attaquait la ville, il en protégerait et secourrait les habitans par tous les moyens qui seraient en son pouvoir, leur indiquant en même temps les mesures qu’ils devaient prendre pour se mettre en état de défense. Il leur conseilla d’avoir toujours de forts détachemens à la découverte, et de garder toutes les routes qui conduisaient à la ville, et les engagea ensuite, à la première alarme, ou dès qu’ils verraient l’ennemi s’avancer, d’envoyer au fprt les vieillards, les femmes et les enfans, les assu-

rànt qu’on y en recevrait le plus grand nombre possible, et que les autres, en campant sous les murailles, se trouveraient protégés par l’artillerie.

Dans cette conjoncture critique, ni M. White ni les habitans de la ville ne connaissaient au juste quelles étaient les forces du roi d’Aschantie; ils n’avaient qu’une idée fort imparfaite de la bravoure et de l’intrépidité des troupes qui composaient son armée. On présumait que les Aschantes ressemblaient aux habitans des environs qui, en général, ne savent pas soutenir un feu régulier et bien' nourri , et qui sont prêts à Se cacher dans le premier trou., quand ils entendent un boulet ou une balle siffler à leurs oreilles. En leur supposant même plus de courage , on ne s’imaginait guère que leur bravoure, ou leur soif de vaincre, les porterait à se précipiter jusque sur la bouche des canons, au risque de s’exposer à une destruction inévitable.

Environ une semaine se passa sans qu’on reçût de nouvell*du roi, ce qui n’annohçait pas -des dispositions pacifiques. Le chef de la division qui s’était emparé de Cormantine , et qui, d’après ce que l’on apprit ensuite, était le roi de Dankara, voulut s’assurer de la force de la ville d’Anhamabon , et réussit à préndre position dàns Agag , petit village situé sur une pointe de' terre, à tin mille à l’est : il pouvait, de là , voir tous les mouvèmens de ses ennemis de ce côté. Le j 4 juin, un corps considérable, composé de presque tout ce qui était en état de porter les armes, sortit de la ville et marcha vers Agah, pour

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en déloger les Ascbantes. Des murailles du fort , on put voir parfaitement cette affaire. Les Fautes furent reçus avec courage et résolution , et la victoire resta indécise pendant quelque temps. Les Aschantes tiraient avec plus de régularité qu’on ne s y attendait, et leur feu était bien dirigé. Les Fantes, au contraire , tiraient avec confusion et au hasard. Ils eurent pourtant l’avantage; mais leurs ennemis firent leur retraite dans le meilleur ordre, et réussirent à se maintenir dans une partie du village caché dans une vallée où les Fantes ne jugèrent pas à propos de les poursuivre. Ce succès ajouta encore à la présomption qu’inspirait aux habitans d’Annamabou la forte position de leur ville; mais, tandis qu’ils étaient aux prises avec ce détachement , le roi , avec son corps d’armée, s’emparait de toutes les routes qui conduisaient chez eux, et n’en était plus qu’à trois milles.

Le lendemain, c’est-à-dire le i5 juin, à la pointe du jour, les soldats qui étaient de garde aperçurent toute l’armée aschante en mouvement. On donna l’alarme, et tous les hommes en état de porter un fusil se disposèrent à marcher contre l’ennemi. La ville étant située devant le fort, ets’étendant à quelque distance dans les terres, on ne put voir le combat, mais on apercevait d’épais nuages de fumée s’élever de difïérens côtés, et l’on entendait distinctement un feu roulant de mousquelerie. L’alarme et la confusion sè répandirent alors dans la ville. Les femmes, les vieillards, les enfans se réfugièrent dausle fort,

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où Ton en reçut un aussi grand nombre qu’il fut possible; quand les portes en eurent été fermées, les autres campèrent le long des murs. Le bruit des décharges de mousqueterie s’approchait de plus en plus; enfin les Fantes prirent la fuite dans le plus grand désordre. On tira du fort deux ou trois coups de canon pour tacher d’intimider les ennemis; mais ils étaient trop in trépides, trop animés par l’espérance de la victoire pour se laisser épouvanter. Vers onze heures, on entendait partout les balles siffler dans le fort, et les Aschantes entrèrent dans la ville poursuivant les vaincus jusque sur le rivage de. la mer où ils en firent un grand carnage.

Les Fantes espéraient pouvoir s’échapper, grâce à leurs canots et à leur habileté à nager; mais ils se trouvèrent poursuivis de trop près par les Aschantes qui , dans leur fureur insatiable , massacraient sans pitié tout ce qui se présentait à eux: hommes, , femmes et enfans. Pendant ce carnage, le gouverneur, avec sa petite garnison , travaillait de son côté à repousser les ennemis. Un canon de vingtquatre, pointé vers le rivage et charg é à mitraille, leur fit perdre beaucoup de monde; et une pièce de trois, pointée du côte de l’est, ne les incommoda guère moins. Mais de nouvelles troupes avançaient continuellement; elles marchèrent enfin vers les murs du fort pour s’emparer de céux qui s’étaient réfugiés en foulesousleur protection , n’ayant pu trouver place dans 1 intérieur. Le gouverneur reçut deux blessures en ce moment : une balle le

frappa à la bouche et lui emporta quatre dents ; une autre lui traversa le bras gauche. Un officier et deux soldats furent blessés; un soldat fut. tué.

Les choses prenaient alors un aspect plus sérieux et plus inquiétant qu’on ne Tarait pensé; la garnison ne pouvait douter que les Aschantes ne fussent bien déterminés à faire tous leurs efforts pour s’emparer du fort, où ils espéraient trouver un butin considérable. La garnison ne consistait qu’en vingtneuf personnes ; savoir : M. While, quatre officiers', quatre mulâtres libres et vingt hommes, soldats, ouvriers et domestiques; elle comptait ' pourtant beaucoup sur la force de sa position. Les murailles du fort étaient très-hautes et bien flanquées, elles portes étaient solides et bien barricadées à l’intérieur. Le gouverneur , considérablement affaibli par le sang que ses blessures lui avaient fait perdre, fut obligé de quitter les remparts, et de laisser le commandement au plus ancien officier qui, s’apercevant que le canon produisait peu d’effet, parce que les Aschantes ajustaient avec tant d’adresse, qu’ils tuaient ou blessaient chaque homme qui se montrait à une embrasure, ordonna qu’on ne fit plus usage que du fusil. * •- . ' \

La garnison se trouva enfin réduite à huit hommes en état de faire un service actif. Les Asçhantes mirent tout en œuvre pour forcer la porte du côté de l’ouest f mais ils furent répoussés deux fois avec perte par le feu.de la mousqueterie. Ils s’avancèrent une autre fois en apportant des matières combustibles

pour metttre le feu à la porte ; et, après avoir encore été forcés de se retirer, ils n’en continuèrent pas moins l’attaque jusqu’à six heures du soir. Dès qu’ils eurent suspendu les hostilités, la garnison s’occupa à se mettre en état de défense, dans le cas où ils voudraient livrer un assaut pendant la nuit.

Le lendemain , les premiers rayons du jour firent voir le spectacle de toutes les horreurs de la guerre. Des monceaux de morts et de blessés entourant les murs du fort, et couvrant le rivage jusqu’à la distance d’un mille du côté de l’est, des maisons détruites; d’autres qui brûlaient encore; l’air de consternation des vieillards réfugiés dans le fort ; les lamentations déplorables des femmes et des enfans; tout présentait uh effroyable tableau dont on détournait les yeux en frémissant.

On’peut calculer que la population de la ville montait au moins à quinze mille âmes. Il en périt environ les deux tiers. Près de deux mille se réfugièrent dans le fort, environ deux cents parvinrent à gagner un rocher entouré par la mer, à une portée de fusil du rivage ; deux à trois mille se dispersèrent de côté qjt d’autre , et se sauvèrent malgré la vigilance des Aschantes. Bien certainement plus de huit mille Pantes perdirent la vie dans cette affaire; mais, quoiqueleurs ennemis fussent au moins trois fois plus nombreux, si les Fantes avaient eu le tiers de leur bravoure , ils leur auraient opposé plus de résistance, et auraient probablement refroidi leur ardeur et leur impétuosité. Au contraire , ils furent saisis de terreur dès le

commencement de l'attaque, et prirent la fuite avec tantdeprécipitation que la mer put à peineles arrêter.

Les Ascliantes voyant leurs ennemis en déroute, firent marcher une partie de leurs forces contre le fort avec autant de sang froid que d’intrépidité; ce corps s’avança jusqu’à la bouche du canon , en poussant de grands cris. Une pièce de trois, bien servie,'' en mit un grand nombre hors de combat du côté del’ésl; mais, du côté de l’ouest, la position avantageuse de l’ennemi empêchait de se servir du canon qui flanquait la porte, de sorte que l’on ne put se défendre qu’au fusil. MM. Meredith et Swanzy en tirèrent chacun plus de trois centscoups. Le dernier eut l’épaule meurtrie par le recul de son fu&il , et resta ensuite plusieurs jours sans pouvoir faire usage de son bras droit, à moins d’y éprouver une vive douleur. M. Meredith était à peu près dans le même état.

On ne peut déterminer avec exactitude quelle fut la perte des Aschantes. Leroi, avant de partird’Annamabou, dit qu’il avait perdu trois mille hommes, mais il y comprenait probablement ceux qui moururent de maladie. Il est pourtant certain que son armée souffrit beaucoup , car elle s’avançait en corps si serrés , que chaque coup de canon chargé à mitraille emportait vingt à trente hommes ; les coups de fusil se tiraient de si près , qu’ils tuaient et blessaient plusieurs soldats en même temps.

Le fort , en ce moment ( 16 juin ),se trouvait dans une situation assez alarmante ; complètement bloqué

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par terre , n’ayant avec la mer qu’une communication imparfaite, et n’étant approvisionné que pour quelques semaines, attendu le nombre de Fantes qui s’y étaient réfugiés. Il faut encore ajouter que la vue des cadavres gisant sur la terre tout autour, et qui ne pouvaient tarder à tomber en putréfaction , inspirait des inquiétudes sérieuses. Ces circonstances exigeaient des efforts extraordinaires que la garnison , dans son état de faiblesse , ne se trouvait pas en état de tenter. On était resté sous les armes depuis le i5 au matin , sous un soleil brûlant, sans aucun repos , presque sans nourriture ; chacun était épuisé de fatigues. On concevait pourtant quelques espérances que les Aschantes ne renouvelleraient pas les hostilités j tous leurs mouvemens semblaient annoncer des intentions pacifiques. La garnison désirait vivement la paix ; mais elle ne voulait pas être la première à céder, ni offrir des conditions sans les ordres du gouverneur en chef. Le roi , d’après le succès que ses armes venaient d’obtenir, avait une haute opinion de ses forces et de la bravoure de son armée. D’une autre part; la petite garnison, malgré son état de faiblesse, étaitpleine de confiance, et désirait prouver au roi des Aschantes la supériorité de la tactique européenne.

Le gouverneur du Cap-Corse, informé de ce qui se passait à Annamabou , ne perdit pas de tempspour y envoyer du secours. Il fit partir , dans la matinée du 16, deux petits bâtimens qui amenaient douze soldats et quatre officiers, renfort dont l’arrivée fit

grand plaisir à la garnisou. On protégea lenr débarquement parle feu de quelques pièces de canon; les A sellantes n’essayèrent pas de s’y opposer. Cependant ils tirèrent sur le canot qui les avait amenés, lorsqu’il partit du fort pour aller rejoindre les bâtixnens, et blessèrent un homme.

Le gouverneur du Cap-Corse avait donné ordre d’envoyer des députés au roi avec un drapeau blanc. Les Aschanteslesvirentsortir du fortavec degrandes démonstrations de joie; une foule immense se pressait autour des envoyés; ce ne fut pas sans peine que les officiers du roi, distingués par des sabres à-poignée d’or , parvinrent à faire faire place pour les conduire à ce prince.

On doit remarquer ici que , quoique les Aschantes soient bien en arrière des peuples civilisés et policés , ils ne semblent pourtant pas étrangers aux lois de la guerre en usage parmi ceux-ci. Ils respectèrent le drapeau blanc; quelques-uns de leurs soldats ayant voulu s’avancer vers le rocher Sur lequel environ deux cents Fantes s’étaient réfugiés, ils entendirent fort bien le signal du rappel qui leur fut donné par quelques coups de fusil tirés par-dessus leur tête ;• ils y obéirent aussitôt.

Le roi reçut très-bien les députés, leur dit qu’il était charmé qu’on lui eût 'envoyé un drapeau de paix, et leur témoigna sa satisfaction en leur faisant présent d’un mouton. Ils revinrent vers les sept heures du soir avec trois messagers du roi; ceuxci, pour justifier ce prince, entrèrent dans un long

détail des causes qui l’avaient déterminé à faire la guerre aux Fantes. Ils ajoutèrent qu’il n’âvait pas le dessein d’attaquer le fort ni de faire la guerre aux blancs, qu’il n’avait d’autres ennemis quelesAssiniens et les Fantes , et qu’il commençait à eroire qu’il leur avait lait suffisamment fait éprouver sa vengeance.

A partir de ce moment, des relations amicales s’établirent entre le roi et son armée , et la garnison du fort.On crutpourtant qu’il était prudent d’en tenir les portes fermées jusqu a ce qu’il existât une parfaite intelligence. On ne pouvait guère espérer d’y parvenir que par le moyen d’une entrevue entre le roi et le gouverneur en chef. On fit tous les efforts possibles pour déterminer ce prince à se rendre au Cap-Corse, ils furent inutiles; on eut beau ' l’assurer qu’il y serait honorablement reçu , qu’on >

lui donnerait pour sa sûreté toutes les garanties qu’il pourrait désirer, qu’on lui enverrait tous les jours une députation d’officiers pour l’accompagner, il ne voulut pas y consentir, mais il promit d’envoyer quelques-uns de ses chefs pour conférer avec le gouverneur.

Effectivement, dès le 17, le roi nomma douze députés qui allèrent au Cap-Corse; mais on reconnut que, sans une entrevue avec le roi, on n’obtiendrait aucun résultat satisfaisant; en conséquence, le colonel Torrane, gouverneur en chef, vint à Annamabou. On fixa le jour auquel la conférence aurait lieu. Pour disposer favorablement l’esprit du roi, on lui envoya des présens; et, pour lui inspirer une . ..

liaule idée de la puissance anglaise, le gouverneur se fitaccompagnerd’une suite nombreuse, composée de toutes les personnes qui n’étaient pas absolument indispensables au service du fort.

Avaul le jour fixé pour l’entrevue, le gouverneur du Cap-Corse ayant fait arrêter Chébou, qui avait été une des principales causes de la guerre, l’envoya au roi, dans l’espoir de prévenir une nouvelle effusion de sang et d’empêcher l’entière destruction des Fantes; mais cette espérance ne se réalisa point. Le roi s’était trop avancé pour pouvoir reculer, sans mécontenter des auxiliaires qui ne l’avaient suivi que dans l’espoir du pillage ; d’ailleurs Apoutay et Acoum avaient déjà repris les armes, et rassemblaient tous les Fantes, pour livrer au roi une nouvelle bataille.

En se rendant à l’entrevue, le gouverneur fut accompagné d’un cortège qui, sans être nombreux, était cependant assez imposant par son bon ordre et sa belle tenue. La marche était ouverte par une vingtaine d’ouvriers de la compagnie, bien habillés, et suivis de quarante fusiliers. Venait ensuite le gouverneur précédé d’une troupe de musiciens , et suivi de dix officiers marchant deux à deux. Enfin, quelques marchands que la curiosité avait fait venir du Cap-Corse fermaient le cortège. A quelque distance du fort d’Annamabou , l’on rencontra un des principaux capitaines du roi qu’il avait envoyé pour conduire le gouverneur et écarter la foule qui se pressait autour du cortège , car la plus grande partie des soldats du roi n’avait jamais vu un homme

blanc. Malgré tous les soins de ce chef et les efforts des gens de sa suite , la curiosité était si vive que les Anglais marchaient au milieu d’une multitude confuse qui semblait ne former qu’une masse , tant elle était serrée ; ce qui , en empêchant la circulation de l’air, augmentait la chaleur de l’atmosphère , inconvénient qu’augmentaient encore les exhalaisons infectes des cadavres dont la terre était jonchée.

Le gouverneur fut obligé de rendre visite à tous les principaux chefs avant d’être admis en présence du roi. Ce cérémonial , auquel il ne pouvait se refuser, dura assez long- temps ; car tous les chefs formaient un vaste cercle , et chacun d’eux avait sa suite rangée autour de lui. Ils étaient assis sous de grands parasols , entourés de gardes et d’esclaves ; des jeunes gens rafraîchissaient l’air autour d’eux en agitant des éventails, et écartaient les mouches extrêmement nombreuses et incommodes. Un de ces chefs attira surtout rattention, son costume, loutà-fait différent de celui des autres , prouvant qu’il venait d’un pays très-éloigné. Il était grand, avait de l’embonpoint et des formes athlétiques ; son teint ressemblait à celui d’un Arabe ou d’un Égyptien. Ses vêtemens lourds ne paraissaient nullement adaptés au climat. Une espèce de bonnet jaune lui descendait jusqu’au-dessous des oreilles , et ne produisait pas un effet favorable sur son teint. Il était Mahométan, fort grave, et cependant communicatif et poli. Il portait sur lui des versets du Coran enchâssés dans de petits étuis d’or et d’argent ; il semblait y

attacher beaucoup de prix. Il venait duKassina, pays qui paraît situé au sud-est de Tombouctou. Il nous dit qu’il avait été à Tunis et à la Mecque , qu’il avait vu un grand nombre de blancs et de leurs vaisseaux; il décrivit la manière de voyager dans le * grand’ désert. Il commandait un corps de soldats qui se servaient egalement de l’arc et du fusil. On trouva dans le fort quatre de leurs flèches qui étaient courtes et garnies d’un fer pointu et barbelé. Sa suite, composée de gens de la mêmé couleur, était vêtue un peu différemment ; ils portaient tous le costume turc , mais n’avaient pas de turbans.

Toutes ces visites d’étiquette terminées , on conduisit le gouverneur vers le roi. Il était entouré d’une suite nombreuse, dont l’extérieur annonçait la richesse et l’autorité. Leurs sièges^ leurs chaînes, leurs haches, les poignées de leurs sabres, les pommes de leurs cannes, etc. , étaient ou d’or massif ou couvertes de lames de ce métal. Le damas, làsoie et les autres riches étoffes dont ils étaient vêtus , . ajoutaient encore à la splendeur de ce tableau. Le gouverneur étant arrivé près du roi , et les premiers complimens ayant eu lieu , l’air retentit du bruit des instrumens, tels que tambours, cors et flûtes. Après quelques minutes de conversation, durant laquelle le roi montra lapins grande politesse , le gouverneur témoigna le désir que cette visite de cérémonie lui fût rendue ; l’on y consentit.

On le conduisit alors sous quelques arbres où il s’assit avec toute sa suite en demi-cercle, les

soldats formant une haie, au milieu de laquelle passèrent tour à tour le roi et tout son cortège. Ce cortège était si nombreux, qu’il mit deux heures à défiler avant que le roi arrivât. Chaque chef, en passant, s’arrêtait pour saluer suivant la manière de son pays , et se remettait ensuite en marche. On

avait donné ordre aux tambours de battre aux

champs , et aux soldats de présenter les armes quand le roi passerait. Il parut très-satisfait de cette marque de distinction et de respect. Il s’arrêta pour examiner l’uniforme et la bonne tenue des soldats, et sembla écouter avec plaisir un air guerrier que la musique jouait. C’était un homme de moyenne taille, bien fait, du plus beau noir, ayant des traits réguliers et un air ouvert et agréable. Ses manières étaient graciêuses et dénotaient beaucoup dîintelligence, sous tous les rapports;. il surpassait l’idee qu’on s’en était formée. Son costume était fort simple, et ne consistait qu’en une pièce de soie qui l’enveloppait. Une guirlande de soie verte entourait sa tête. Ses sandales étaient bien faites et couvertes d’ornemens en or bien exécutés. Il ne portait pas de bijoux d’or comme les gens de sa suite : un d’eux, entre autres, en était littéralement chargé. Il se distinguait par son habillement grotesque , et semblait jouer le rôle de bouffon.

Il ne fut pas question d’affaires dans cette visite, qui était de pure cérémonie. Le roi demanda poliment des nouvelles de M. While, en exprimant l’espoir qu’il serait bientôt guéri. Il ajouta qu’il par-

lirait bientôt d’Annamabou, parce que les eaux et la corruption des cadavres causaient des maladies dans son armée. Depuis cette entrevue, on accorda toute confiance au roi et à ses soldats. Les portes du fort furent ouvertes, et des conférences amicales eurent lieu. La paix avec les Fantes fut cependant regardée comme impraticable ; Apouta y .avait échappé à la vigilance du roi ; Acoum était encore à la tête d’une armée nombreuse. Le roi dit au gouverneur qu’après avoir vaincu ses ennemis, il reviendrait à Annamabou pour y prendre desarrangemens relatifs au gouvernement du pays et pour conclure un traité de commerce.

Toutefois, le roi promit de ne pas inquiéter les Fantes qui vivaient sous la protection et dans les environs des forts, pourvu qu’ils restassent neutres, et de respecter le pavillon anglais. Le gouverneur obtint aussi la liberté de tous ceux qui s étaient réfugiés dans le fort d’Annamabou, quoique le roi prétendit qu’ayant détruit la ville, tous ceux qui l'habitaient devaient être ses esclaves. Informé qu’Acouin marchait vers Annamabou pour l’attaquer, le roi partit à la tête de son armée pour, aller à sa rencontre. Deux jours apres son départ, l’avantgarde des Aschanles joignit Acoum et lui livra bataille. Ceux-ci furent complètement défaits, et la retraite leur aurait été coupée s’ils n’eussent traversé le gué d’une rivière qui n’était pas connu de ses ennemis. Après cette défaite, les ennemis du roi d’Àschantie n’osèrentplus lui résister à force ouverte, mais

continuèrent aie harceler dans sa marche, et réussirent quelquefois à battre des détachemens peu nombreux. La désolation accompagnait partout l’armée des Aschanles ; les villages et les villes par où elle passait n’offraient plus que des monceaux de ruines; mais lamaladie quis’était déclarée parmi leurs troupes à Annamabou, faisait de nouveaux progrès etdeur emportait beaucoup de monde. Cette calamité inattendue changea les projets du roi. Ne pouvant retourner sur les bords de la mer sans risquer de perdre toute son armée, il rentra dans son royaume, et se contenta de laisser à Accra une force suffisante pour veiller sur les prisonniers et les conduire sans danger çn Aschantie.

Chébou et Apoutay se montrèrent amis inséparables depuis le commencement de cette guerre et pendant toute sa durée. Dès qu’ils virent l’armée des Aschanles marcher sur Annamabou , ils se retirèrent vers le Cap-Corse .avec environ cinq cents hommes. Les habitans de ces cantons étaient disposés à prendre les armes pour eux; mais le gouverneur, instruit de ce qui se passait à Annamabou , les avertit du danger auquel ils s’exposaient , et les engagea à la neutralité. Quand il apprit l’attaque par l’armée du roi d’Aschantie, il résolut de s’emparer de ces deux hommes, qui étaient seuls cause de cette guerre , et de les livrer au roi pour la terminer et s’assurer son amitié. Il fit donc marcher un détachement contre eux; mais il éprouva une vive résistance, et Apoutay parvint à s’échapper. Chébou ne fut pas

si heureux; on le fit prisonnier, et on l’envoya au roi. Ceux qui l’accompagnaient prirent la fuite en désordre, elabandonnèrent leurs bagages où se trouvèrent toutes les marques de la dignité royale de Chébou qu’on expédia aussi au roi. Cette conduite produisit l’effet que le gouverneur en attendait. Elle donna au roi une opinion favorable des Anglais , lui inspira des dispositions amicales pourle gouverneur, et diminua le désir qu’il avait conçu de se venger de la perte que son armée avoit éprouvée le 1 5, lors de l’attaque du fort. Il avait d’abord formé le projet de s’en rendre maître par assaut, et son plan n’était pas mal conçu. Il devait faire marcher contre le fort six mille hommes d’élite ; la moitié devait entretenir un feu continuel, tandis que l’autre moitié, s’avançant jusqué sous les murs, y aurait pratiqué une mine pour en faire sauter une partie, et profiter du moment de confusion , occasionné par l’explosion, pour s’introduire dans la .-place et s’en emparer. La( sage politique du gouverneur en chef fit renoncer le roi à ce projet. La remise de Chébou entre ses mains, la demande de la paix qui lui fut faite, appaisèrent son ressentiment et le portèrent à adopter des mesures pacifiques.

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