CHAPITRE IL
Histoire.
Les Aschantes s'imaginent que c’est mettre en danger Ja vie da roi que de parler de son prédécesseur , . ou de demander quel sera son successeur; la superslition et la politique donnent une nouvelle force à ce préjuge, et c’est, d’après la loi, un crime capital de s’entretenir de ces deux points. Sil’on réfléchit en outre que les habitansdu pays ne savent point calculer le temps, et que les Mores ne se sont établis parmi eux que depuis une époque assez récente , on ne sera pas surpris que je n’aie pu re- , cueillir des renseignemens plus positifs et plus complets sur l'histoire de ce peuple.
Suiyant une tradition généralement adoptée, et que je n ai entendu contredire qu’une seule fois , les Aschantes sortent d’un pays situé près du bord, de la mer. Après avoir soumis les Intas de l’ouest et deux autres peuplades moins considérables , ils fondèrent le royaume actuel. Comme ces peuples étaient comparativement plus avancés qu’eux dans les arts, les Aschantes, en profitant de leurs découvertes, adoptèrent nécessairement une partie des
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mois don! ils se servaient ; ce qui occasionna probablement la légère différence radicale qui existe entre leur langue et celle des Fantes ; car , après m’être donné les plus grandes peines , je n’ai pu trouver que deux cents mots qui ne fussent pas connus de ces derniers. Les conquérans adoptèrent, entre autres , sans y faire le moindre changement , les poids du pays des Intas, et en conservèrent les soins.
On ne parle qu’avec la plus grande réserve de ces traditions , d’ailleurs très-maigres et imparfaites ; et le gouvernement détruit par politique tous les monumens qui pourraient les perpétuer , ou rappeler les origines différentes des sujets. D après le peu de renseignemens que j ai pu obtenir , il parait que l’émigration des ÀschanteS eut pour cause, soit l’esprit d’entreprises, soit le mécontentement; elle se fit par familles nombreuses qui, par la suite , réduisirent leur mère - pajrie sous leur obéissance. La tradition qui les fait sortir d’un pays situé près de la mer, est trop générale pour ne pas être adoptée. • je suis porté à croire qu’ils vinrent du sud-est, partie où le territoire , regardé comme étant l’Aschantie propre, se prolonge fort loin, comparativement à son étendue au sud , ou au spd-ouest : l’anctenne importance de la ville de Doumpassie, et de celles qui sont à l’est, vient à l’apppi,de„cetle conjecture. Le très-petit nombre d’habitans qui avaient une opinion à ce sujet , et qui osaient l’exprimer , semblaient croire que leurs ancêtres étaient venus
desen virons d’anepelite rivière nommée Ainschioue, derrière Ouinnebah. On y trouve en effet un village 1
appelé Coumadie ; mais il n’y a pas d’autre indicé qui puisse autoriser cette conjecture.
Les langues du royaume d’Aschantie, de Fantie ,
de Ouarsâ, d’Akim , d’Assin et d’Aquapim , sont incontestablement des dialectes qui ont une origine commune ; leur identité est même plus frappante que celle des dialectes de l’ancienne Grèce. Or , les Nègres de Fantie et du Ouarsâ conservent une tradition , qui existe aussi chez plusieurs familles d’Ahanta : c’est qu’ils furent repoussés dè l’intérieur jusqu’au bord de la mer, par une nation éloignée dont- l’ambition fut couronnée de succès: d’où l’on peut conclure que l’émigration des Aschautes dont nous nous occupons dans Ce moment, fut postérieure à un mouvement plus considérable de la population entière, mouvement qui s’opéra en même temps que celui de leurs voisins.
Je ne m’étendrai pas sur ce sujet qui offrirait peu; d’intérètj et' je me bornerai à donner encore une preuve assez curieuse de l’identité primitive des peuples d’Aschantie, du Ouarsâ , de Fantie, d’Akim, d’Aquambou , et d’une partie des Ahantas.
Suivant une tradition , ces peuples ne formaient originairement que douze tribus ou familles ; l’Aquonna, l’Abroutou, l’Abbradi, l’Essonna, l’Anngna, l’Yoko ,1’Inchtona, l’Abadie , l’Appiadie, la Tchouidam, l’Agounaetla Doumina. Aujourd'hui encore, ils se classent dans ces familles , sans aucun égard
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aux distinctions de nations. Par exemple, un habitant d’Aschantie , de Ouarsâ , d’Akim , d’Ahanta , ou de tout autre pays que nous venons de nommer , dira qu’il est de la famille Annona ; un autre se dira de la famille Tchouidam. Lorsqu’en se rencontrant ils apprennent qu’ils sont de la même origine , ils se font réciproquement un accueil fraternel. Le roi d’Aschantie est de la famille Annona; notre inter- prête d’Accra, et l’un des interprètes fautes en étaient également. Aquonna , Essonna , Inlchoua et Tchouidam, sont les noms des quatre familles pa- Iriarchales, qui ont la prééminence sur toutes le» autres.
Je me suis inutilement donné de fa peine pour obtenir l’étymologie de ces mots. Il faut beaucoup de travail et dé patience, d’abord pour se faire comprendre à un nègre, et ensuite pour comprendre sa réponse. Voici ce que j’ai pu recueillir: quonna est un buffle, animal dont la famille de ce nom ne -se permet pas de manger ; abroutou signifie un épi de blé, et abbradi, une banane; annona est un perroquet; on dit que c’est aussi un symbole de patience. Esso est un chat sauvage , nourriture défendu^ à celte famille; yoko est la terre rouge employée pour peindre le bas des maisons dans l’intérieur; intchoua est un chien , mets fort recherché' des gourmands du pays, et par conséquent privation sensible pour la famille de ce nom ; appiadie signifie une race d’esclaves; etchoui est une panthère, nourriture assez commune dans l’intérieur, et qu’il n’a pas été inutile
de défendre; agouna signifie un endroit où Ton récolte de l’huile de palmier.
Telles sont les étymologies sur lesquelles les Nègres sont d’accord. Sans discuter si ces familles sont d’institution primitive, je me contenterai de faire observer que les quatre familles patriarcales, le buffle , . le chat sauvage, la panthère et le chien, semblent rappeler la première race d’hommes subsistant par la chasse. L’introduction dp l’agriculture par leurs descendans immédiats,* a l’air d’être caractérisée par l’épi de blé et la banane ; la terre rouge désigne l’invention et le perfectionnement de l’architecture; l’huile de palmier indique l’origine du commerce. Les Nègres comprennent même dans cette dernière famille les Portugais qui, les premiers, trafiquèrent avec eux; ils en donnent pour motif, que leurs relations intimes et prolongées^ avec ce peuple ont rendu la race actuelle tout à la fois africaine et portugaise. La race d’esclaves nous rappelle la malédiction de Chain. Cette famille semblerait avoir une origine judaïque; mais le peuple d’Accra est le seul <jui pratique la circoncision ; et il parle , comme on le verra, une langue radicalement distincte, quoiqu’elle ne puisse être comparée à celle des Tntas, nation dont les Fantes disent qu’il lire son origine, uniquement parce que c’est la plus voisine où la . circoncision soit en usage. Accra est une corruption du- mot inkran qui signifie une fourmilière; Ton dit que ce nom futdonnéà ce pays, àcausedu grand «ombre de ses habitans ; ce dut être sans doute
avant les guerres qu’ils eurent à soutenir contre le* Aquambous.
Lorsqu’Adokou , chef des Braffoes , peuplade fante, consulta les vénérables prêtres du temple du fétiche , près de Souprourou , sur le sujet de la guerre contre les Aschantes, ils répondirent que rien ne pouvait être plus offensant pour le fétiche, que de voir les Fautes empêcher leurs voisins de l’intérieur d’entretenir des relations pacifiques avec ceux du bord de la mer, parce qu’autrefois ils ne formaient tous qu’une seule'famille.
Il paraît que lrf dernière émigration de* Aschantes se fit sous la direction de Saï'Toutou qui, secondé par d’autres chefs, et encouragé par des présages favorables, fonda Coumassie, et fut créé roi à cause de ses talens supérieurs. Deux choses viennent à l’appui de celle tradition, d’abord la nature mixte du gouvernement qui a tout à la fois pour base l’égalité et le despotisme, ensuite l’existence d’une loi qui exepipte de toute peine capitale les descendans directs de tous les pairs ou capitaines de Saï Toutou. Telle fut l’origine du conseil.aristocralique.
La monarchie de Douabin fut, dit-pn, fondée à la même époque par Boilinnie qui était de la même famille -queSaï Toutou. Boitiupie et ses compagnons prirent possession de la plus considérable des villes du pa js , tandis que Saï Toutou bâtissait Coumassie, d’où il semblerait que les partisans du premier étaient les plus puissans. J’ai même entendu plusieurs Aschan tes avouer que le Douabin a vait a u t refois la préc-
mînence, mais que néanmoins les deux peuples avaient toujours été fidèlement alliés en temps de guerre , partageant également entre eux les dépouilles et les conquêtes. Cette alliance étroite, observée sans interruption pendant pins d’un siècle par deux puissances naissantes et limitrophes, dans la vue d’agràndir plus rapidement leur territoire, et la profonde sagesse avec laquelle ils sacrifiaient à la politique tous les différends qui pouvaient survenir entre eux, est du petit nombre de cés circonstances frappantes et dignes d’être remarquées dans une histoire qui ne se compose que d’une suite de guerres. Je ne crois pas qu’il existe un exemple d’une union semblable dans l’eptarchie anglaise, et je ne m’en rappelle même aucun , à l’exception de celui de Chalcis et d’Erétrie dans l’île d’Eubée.
Backie,qui, ainsi que je l’ai dit dans mon journal , mourut il j a environ un an , était fils de Saï Apokou, le second roi; il était encore à la mamelle à l’époque de la mort de son père; or, comme il était très-vieux lorsqu’il encourut le déplaisir du roi actuel, cette circonstance confirme le rapport des Mores, suivant lesquels il y a environ cent dix ans que le royaume futfondé. Bosman et Barbot nous en fournissent une autre preuve, en disant que les Européens n’entendirent pas parler des Aschanles avant l’année 1700. Aussitôt après l’établissement des Mores dans le pays, qui n’eut lieu qu’au commencement du règne actuel, le gouvernement témoigna un empressement extrême d’avoir des registres
publics pour y inscrire jour par jour les événemen* <jui se passaient. Ce fait prouve trop clairement que 1 histoire des premiers temps est trop obscure et > imparfaite pour laisser le moindre espoir de réussite aux. recherches des élrangers.On ne trouve, pi dans les archives du Cap-Corse, ni dans celles de C!ir islianbourg , aucune relation qui remonte au-delà d’un demi-siècle, de sorte que la chronologie ne peut être établie que sur celle des Mores, et <1 après le rapprochement des circonstances.
Le gouvernement d Aschantie concentra la masse de st s for ccs en fixant les chefs de la nation à Coumassie et dans les grandes villes qu’ils bâtirent dans les environs. Il s attacha ceux qu’ilavail subjugués, en leur Accordant des dignités qui ne consistèrent que dans de litres honorifiques et leur conservant leurs gomeruemens. D un autre côté, il prévenait toute idée de révolte de leur part, en les obligeant d’assister
fréquemment ^ ^es ^les instituées par la politique.
Le commandement militaire paraît avoir été la seule prérogative de Saï Toutou, car son autorité civile et administrative était beaucoup plus restreinte par les chefs qu’elle ne l’est à présent. Ceux-ci, commç dans les gouvernemens tentoniques, dirigent les affaires de 1 état , et ne consultent une assemblée gé-> nérale que dans les cas extraordinaires.
Saï Toutou vainquit les habitans des paysd’Akitn et d’Assin, subjugua lesToufels, et soumit plusieurs petits états des environs. Il fit aussi la conquête du Dankara, dont le roi, Intim Dakare^, faisait uq traûo
d’esclaves si considérable, que le gouverneur général hollandais, qui lui payait tous les mois une pension sur sa propre bourse, lui envoya trois petits canons avec un renfort d’Européens, au moment de r invasion des Aschanles. Les canons sont maintenant placés comme des trophées dans Coumassie , à l’extrémité de la me où logeait l’ambassade. Le Bouroum fut subjugué bientôt après.
Saï Toutou ne vécut pas assez pourvoir toutes les rues de Coumassie achevées. La guerre ayant été déclarée aux Aloas, habitant un district situé entre ceux d’Akim et d’Assin, il envahit leur territoire. Le chef des Aloas, qui ne pouvait lui opposer une résistance ouverte, fît passer adroitement sa petite armée à travers une épaisse forêt, et joignit bientôt l’arrière-garde de l’armée des Aschantes, que le roi suivait à peu de distance avec une garde de quelques centaines d’hommes. Tous furent massacrés par les Aloas, et le roi fut tué dans son hamac. Ce désastre arriva un samedi, prèsdeCormanlie, village que les Aschanles furieux détruisirent de fond en comble. Depuis cette époque, leur serment le plus terrible est: « Par samedi et Cormanlie. » L’on ne commence jamais aucune entreprise ce jour-là.
1720. Saï Apokou , frère de SaïToutou, futçnsuite placé sur le trône.- A défaut de frère, le fils de sa sœur lui eût succédé; ce singulier ordre de succession, excluant tous les enfans, autres que ceux d’une sœur, est fondé sur l’argument que, si les épouses des princes sont infidèles, leurs enfans ne
sont pas du sang royal; tandis qu’ils en sont nécessairement, lors même que les jeunes princesses de la famille royale trompent leurs maris.
SaiApokou acheva la construction de Coumassie, et eut quelques relations amicales avec le roi de Dahomé; mais elles cessèrent bientôt , et neserenouvellèrent plus. Monarque despdtique, le roi de Dahomé craignait sans doute de fournir à ses sujets l’occasion d’apprendre qu’ils ne jouissaient pas d’autant de liberté que les Aschantes,
Saï, nom de famille de la dynastie actuelle, est commua à plusieurs des parens du roi. Jnnana est aussi le surnom des rois de Dagoumba.
Apokou ayant envahi le royaume de Gaman', Abo, qui en était roi, se réfugia dans le pays de Kong, où l’armée aschante le poursuivit. Le roi de Kong , pour préserver ses états des malheurs de la guerre, eut l’adresse d’engager Abo à aller combattre ses ennemis sur les frontières. Celui-ci essuya une défaite complète, et il acheta la paix en offrant des sommes considérables en or aux différens chefs , et en consentant à payer un tribut annuel. Apokou soumit ensuite leTakinia , etforça ses habitans à se réfugier dans le Gomaoua. Les habitans d’Akim avaient enlevé par ruse à ceux d’Accra la paye accordée à ces derniers par les Anglais, les Danois et les Hollandais; mais ils furent obligés de les abandonner à leur tour aux Aschantes, leurs vainqueurs. Les Aschantes ne bornèrent pas là le cours de leurs exploits. Ayant sommé inutilement les habitans du
Dagoumba, royaume voisin , de’ leur payer tribut, jls leur déclarèreut la guerre et les mirent en déroute, Le roi de Dagoumba, voyant qu’il avait compté vainement sur la population plus nombreuse de son pays , car l’esprit militaire des Aschantes leur assurait l’avantage sur ses sujets plus enclins au commerce, et d’ailleurs dépourvus d’armes feu àopposer à celles de leurs ennemis ( i ) , demanda prudemment la paix , avant qu’une défaite décisive lui ôtât tout espoir d’obtenir des conditions honorables. En effet , les Aschantes sachant qu’il lui restait encore des ressources , et voulant consolider leur royaume naissant, aimèrent mieux se l’attacher en qualité de prince tributaire, que d’épuiser leurs forces pour le subjuguer. Quant au roi de Dagoumba , la légère diminution de dignité personnelle qu’il pouvait éprouver était compensée à ses yeux par le triomphe que sa politique obtenait. Pour no tribut peu Considérable , il établit ayec ce peuple voisin des relations commerciales qui lui étaient avantageuses sous tous les rapports ; il avait d’ailleurs acquis beau-
(1) Les armes à feu sont inconnues à toutes les nations au sud du Niger que le schérif a visitées; il eu donne pour raison qne les rois des pays voisins de la côte, persuadés qu’ijis perdraient leur indépendance si ces formidables instruajens de guerre tombaient jamais dans la possession des états de l’intérieur, qui sont plus peuplés que les leurs, ont strictement défendu, et, par la sagesse de leurs mesures , ont en effet empêché que cette dangereuse marchandise fût jamais transportée au-delà dés limites de leurs étals. (Lucas).
coup de réputatioh comme prophète, et l’on avait une grande confiance dans les fétiches qu’il distribuait ; de sorte que, tandis que le commerce augmentait ses revenus, la superstition lui assurait le respect général. L’Inta était déjà devenu tributaire.
J’aurais dû dire que chaque état tributaire est placé sous la direction immédiate d’un chef aschaute , qui n’en réside pas moins ordinairement dans la capitale ; seulement il va de temps à autre recevoir le tribut des mains du roi du pays, de la conduite duquel il est jusqu’à un certain point responsable. C’est ainsi qu’à présent le Dankara est sous la protection de Quatchi Quofie ; leSouta, sous celle d’Odoumata; l’Aquambou , sous celle d’Apokou , etc., etc. En un mot, sous ce rapport comme sous beaucoup d’autres , le système politique des Aschantes a un rapport frappant avec celui des Perses , tel qu’il est décrit par Hérodote.
Boitinnie, premier roi de Douabin, mourut sous ce règne.
i74»-Saï Apokou eutpour successeur Saï Aquissi , son frère. Celui-ci, sanslairede nouvelles conquêtes, maintint dans l’obéissance les peuplés déjà soumis. Sous son règne , le roi d’Akim , désirant déclarer la guerre à ses voisins, fut obligé d’en demander la permission, aux Aschantes qui la lui accordèrent, à condition qu’il leur enverrait la moitié du butin. Ayant négligé de remplir sa promesse, il apprit bientôt qu’Aquissi était dans l’intention d’envoyer demander sa \ête% Comme il savait que les paroles
d’un roi sont irrévocables, il assembla ses ministres ï et déclara qu’il était prêt à sacrifier sa vie pour la tranquillité de son peuple. Ses ministres voulurent absolument partager son sort; et, s’asseyant chacun sur un baril de poudre, ils burent une grande quantité de rhum, et, avec le feu de leurs pipes, allumèrent les poudres. Isert avait aussi entendu raconter ce fait dans le royaume d’Akim. , '
1753. Après sa mort d’Aquissi , Saï Coadjo monta sur le trône. Ce monarque commença par diminuer le nombre des membres du conseil aristocratique, ne nommant aux places qui vaquaient que dans la proportion d’une sur quatre. Il les donna, à ses capitaines favoris, qu’il s’attacha encore davantage, en jurant que leur vie serait aussi sacrée que celle des anciens pairs de Saï Toutou. Il prit cette mesure pour prévenir les doutes qui pourraient s’élever sur sa fidélité à la constitution.
Saï Coudjo remporta , sur les habitans du Ouarsà et de l’Assin , une victoire plus complète qu’aucun de ses prédécesseurs, et força ces deux pays à se reconnaître tributaires du royaume d’Aschantie. Il soumit aussi l’Aquambbu et l’Aquapim, étouffa plusieurs révoltes dans d’autres provinces, et acquit le renom d’un très-grand capitaine. L’aïeul d’-Amanquatea Atoua conquit le pays de Savi après en avoir tué le roi; et, bientôt après, Bakki soumit le Moinséa. Quama, roi de Douabin, mourut sous ce règne. ‘
1785. Saï Quamina était encore fort jeune lors-
qu’il succéda à Saï Coudjo , son aïeul. Peu de temps après son avènement au trône, les liabitans de l’Akim se révoltèrent à l’instigation d’Ofousou , le chef le plus intrépide qu’ils eussent peut-être jamais eu. Celui-ci fit alliance avec plusieurs petites puissances, et tailla les Aschantes en pièces dans plusieurs batailles successives. Mais, parla trahison de ces alliés, Qualchi-Quofie , chef de l’armée aschante, finit par obtenir sa tête ; et, le pays rentré dans l’obéissance, il retourna à Coumassie avec ce trophée. Il fut si fier de cet exploit , à cause de la grande réputa- . lion d’Ofousou , qu’il fil faire une figure de ce guerrier , et la plaça sur son parasol où elle est encore aujourd’hui. Il danse devant elle en faisant les gestes les plus insultans , toutes les fois qu’il vient assister aux cérémonies de la cour. On dit que le roi actuel a plusieurs fois observé hautement combien il était fâcheux que ce vieillard se conduisît de la sorte, parce que les chefs d’Akim s’empressaient généralement d’accourir à ses ordres , dès qu’il les mandait pour assister à ses fêtes; mais la vue des insultes prodi guées à l’image d’un général qu’ils adoraient , les enflammait d’indignation , et les excitait à la révolte. Ce peuple , rempli de bravoure , a secoué au moins huit fois le joug des Aschantes.
Le gouvernement d’Ascfelantie ayant saisi un prétexte pour envoyer des troupes sur le territoire de Banda , le roi Odrasie leur opposa une vive résistance ; mais prévoyant qu’il finirait inévitablement par tomber entre leurs mains , il voulut empêcher
qu’ils .ne trouvassent sa tète, ce qui serait un sujét tle dépit pour l’ennemi (1), et de consolation pour ses sujets. En conséquence, quelques minutes avant de se donner la mort, il ordonna de sacrifier sur-le-champ une femme , d’ouvrir le ventre de cette malheureuse;
(0 LO” la mort du dernier roi d’Amanahea , deux compétiteurs se présentèrent pour lui succéder; l'un s’appelait Souiki ou Souiquaii ; le nom du second m’est inconnu. Tous, deux réunirent leurs esclaves et leurs partisans , et se livrèrent bataille. Souiki fut obligé de fuir et de se cacher dans les bois; mais le vainqueur ayant mécontenté le peuple , Souiki reparut et triompha à son tour. Lorsque son rival vit qu’il ne lui restait plus aucun espoir, il jeta dans le lac tout son or, qui remplissait plusieurs jarres; et, rassemblant alors toutes ses femmes et les différens membres de sa famille, il s’enfonça avec eux dans l’endroit le plus épais du bois, et leur coupa la gorge à tous, à l’exception d’un seul <Je ses fils qu’il épargna , pour qu’il l’aidât «enterrer les corps. 11 fit alors jurer à sou fils, sur son fétiche , de le tuer et dé l’enterrer , et de ne jamais découvrir l’endroit où étaient les cadavres. Son fils accomplit le serment, et retourna à Apollonia, mais je ne sais ce qu’il devint. Lorsque Souili fut fermement établi sur le trône, il parvint â découvrir où les cadavres étaient cachés. 11 les fit déterrer et transporter à la ville d’Apollonia, et là il les fit ranger sur une seule ligne, le long du rivage de la mer , assis et les bras étendus par lé moyen de pieux qui soutenaient aussi leur tête. Cet horrible spectacle dura jusqu’à ce que leurs os même ne fussent plus que poussière. Un des premiers actes du règne de Souiki fut de consacrer le bois où il s'était caché , en déclarant que quiconque jurerait par le bois de Souiki , et ne tiendrait pas son serment, serait puui de mort ou condamné à une forte amende.
et, après y avoir enfermé sa tête et l’avoir recousue d’enterrer son corps avec les autres cadavres qui couvraient le champ de bataille. Malgré toutes ces précautions , sa tête fut découverte , et son crâne orne encore aujourd’hui un des grands tambours du roi.
Le gouverneur -général danois, voulant punir les habitans de Popo , demanda à Saï-Quamina cinq mille hommes de troupes auxiliaires , qui lui furent accordés j mais pendant qu’elles étaient en marche > le gouverneur mpurut; et son successeur, plutôt que de s’exposer aux frais et aux inconvéniens d’une semblable alliance , paya prudemment a5o onces d’or , somme que le roi prétendit avoir avancée pour la subsistance des troupes pendant leur marche vers Christiansbourg.
1798. Saï-Quamina étant allé rendre visite au roi de Douabin , était resté un an à sa conr, sourd aux remontrances de differentes députations , et aveuglé par son amour pour Ghyava , fille de ce souverain. - Enfin on lui déclara formellement que s’il n’était pas présent à la fête des Ignames qui allait se célébrer, il serait privé de la couronne. On dit que sa maîtresse refusa de l’accompagnera Coumassie , soit qu’élle craignît le ressentiment de la mère du roi, femme très - ambitieuse et emportée, soit plutôt qu’elle cédât aux prières de son père qui l’engageait à employer; la ruse’et les caresses pour retenir auprès d’elle Saï Quamina dont il voulait accélérer la
ruine , dans l’espoir de trouver, au milieu des troubles , l’occasion d’agrandir sa puissance.
' La manière dont les Aschantes détrônèrent leur roi est très-remarquable. Mtpia- Danqua , dont le pouvoir paraît avoir été égal à celui de maire du palais, alla cliez la mère du roi avec les principaux' capitaines; et, après lui avoir fait d’un ton ferme et résolu l'énumération des fautes de son fils , fl la somma de lui adresser des remontrances , comme fille de leur ancien souverain , et comme celle à qui le roi actuel devait le jour ainsi que son élévation au trône. La mère de Saï Quamina qui, sans doute, avait assisté au conseil privé , feignit de déplorer son malheur et la disgrâce de son fils; avoua, avec une répugnance affectée , que ses remontrances avaient déjà été méprisées, que le roi avait même attenté à ses jours, et finit par prier les députés d'élever Saï Apokou , son second fils, au trône que l’aîné n’était plus digne d’occuper. Les chefs y consentirent; ils envoyèrent à Saï Quamina quelques-unes de se? femmes et de ses esclaves, en lui disant de se retirer dans le bois et de s’y construire une demeure. A sa mort, qui arriva bientôt après, et qui fut, diton , causée par l’amertume de sa douleur, ils lui rendirent les honneurs funèbres les plus magnifiques qu’on eut jamais vus. La Cléopâtre africaine ne lui survécut pas long-temps.
On fit aussi courir le bruit que Saï Quamina , voyant que ceux qu’il avait persécutés autrefois venaientsans cesse l’insulter dans sa retraite etallaient
même jusqu’à maltraiter ses. femmes, en sa présence , eut une entrevue particulière avec le nouveau roi , lui communiqua plusieurs projets de conquête, lui conseilla de se méfier des hommes par qui lui-même avait été abandonné , et même , s’il était possible, de les punir, et implora la mort qui lui fut en effet donnée ; mais comme il était défendu de verser le sang de la famille royale , et qu’on ne ne pouvait le noyer secrètement dans la rivière sacrée , on lui attacha les pieds à terre ; et , faisant plier son corps en arrière au moyen d’un poteau trèscourt sur lequel son dos se trouvait appuyé , on suspendit de grosses dents d’élépbant à un nœud coulant qu’on lui passa autour du cou, et qui, étant attaché au poteau , l’eut bientôt étranglé. N
1799- Saï Apokou ne vécut que quelques semaines après son avènement au trône , et eut poqr successeur son frère Saï Toutou-Quamina , le roi actuel , qui devait être âgé d’environ dix sept ans. A cette occasion l’assemblée générale des capitaines , jalouse du conseil aristocratique, et désirant produire une impression favorable sur Je jeune roi, insista pour que le peu de membres de ce conseil qui restaient rendissent les fétiches propices au nouveau règne , en renonçant publiquement au privilège qui les exemptait de la peine capitale.
L’invasion du royaume de Fantie, en 1807 , fut le premier esplpit militaire un peu important du jeune roi. On en a vu les détails plus haut (1). Pendant
(1) Chapitre X de la première partie.
quJ oa méditait cette invasion , Baba , à présent chef des Mores, à Coumassie, arriva dans cette ville et y demanda un asile. Chassé , disait-il , du Gamba , par l’avarice du roi , son proche parent , qui avait voulu s’approprier ses grandes richesses , il ne désirait les recouvrer avec le secours des Asehantes , que pour nommer leur souverain héritier de toute sa fortune. Le roi lui promit d’obliger le roi du Gamba à lui rendre justice , à son retour de la guerre contre les Fantes, si Baba et ses compagnons voulaient prier pour le succès de ses armes, et dans le cas où leurs prières seraient exaucées. Le gouvernement d’Aschanlie intercéda ensuite en laveur de Baba auprès du roi de Gamba , qui ne jugea pas à propos de résister aux sollicitations d’un semblable médiateur.
1807. Counadoua, mère du roi, fut nommée régente pendant son absence ; cette femme était une seconde Messaline : beaucoup de jeunes capitaines qui , par crainte ou par dégoût, refusèrent de satisfaire ses désirs, finirent par être les victimes de ses artifices et de sa vengeance.
Yaboquorra , roi de Douabin , mourut dans cet intervalle, et eut pour successeur Boitinnié-Quama, son petit-fils, qui n’est encore âgé que d’environ vingt uns.
i8u. Attah , roi d’Akim , avait suivi le roi d’Aschanlie à la première guerre contre les Nantes, et l’on n’avait eu aucun reproche à lui faire. Apokou, l’uu des premiers capitaines , fut quelque temps
après envoyéde nouveau contre lesFantesde Oninnebah et de Berracou. Allah reçut ordre de le rejoindre avec son contingent. Au lieu d’obéir, il envoya un messager à Apokou , avant que celui - ci passât la rivière de Bousempra , lui fit déclarer son refus, et conseiller de ne pas chercher à traverser son territoire. Apokou rendit aussitôt cômpte de ce message au roi qui, suivant l’usage, envoya demander à Allah s’il avait tenu ce langage. Celui-ci répondit affirmativement sans hésiter, et ajouta que le roi le traitait comme un esclave, en le sommant à chaque instant de joindre ses armées ;que d’ailleurs il n’oublierait jamais que Saï Coudjo avait tranché la tête à son grand-père, et qu’il combattrait Apokou, si ce capitaine persistait à vouloir entrer dans ses étals.
Peu de temps après, Qaumina-Gouma, et l’un des fils du roi , revenant à Coumassie avec une grande quantité d’or qu’ils avaient recueillie pour rendre les honneurs funèbres à la mère du roi, Attah les arrêta , leur enleva tout leur or , elles massacra avec leur suite , à l’exception d’un seul homme qu’il chargea d’aller rapporter au roi que cet acte devait le convaincre qu’il parlait sérieusement, et qu’il était déterminé à lui faire la guerre. Apokou reçut aussitôt l’ordre d’attaquer Attah. Celui-ci était parvenu à faire entrer aussi dans la révol te Quà-Saffatchi qui cherchait depuis long-temps une occasiou dé secouer un joug aussi pesant.
Lorsqu’Apokou entra sur le territoire. d'Akini ,
Allah voulait l’attaquer sur-le-champ, et au lever du soleil. MaisQuâ, craignant qu’ils ne pussent résister aux Aschanles qui les surpassaient dans Ja connaissance de l’art militaire, le pria d’attendre jusqu’à trois heures, parce que c’était le moment auquel leurs ennemis étaient dans l’habitude de manger et de dormir ; de plus , s’ils avaient le dessous , il leur serait j)lus facile de se retirer, parce queles Aschantes ne poursuivaient jamais dans l’obscurité. Ceux - ci lurent attaqués à l’improviste; mais le combat n’en fut pas moins acharné , et il resta indécis jusqu’à la nuit. Apokou, voyant alors qu’il avait perdu un grand nombre d’hommes, envoya sur-le champ un messager aux habitans d’Accra , pour les sommer de venir à son secours , en qualité de vassaux du roi. Ils se rendirent àson appel, et l’ennemi fit aussitôt une retraite précipitée. Les deux chefs Attah elQuà se séparèrent dans leur fuite ; Apokou poursuivit le dernier qui s’était réfugié vers le fort d’Adda, et qui parvint à lui échapper. Soupçonnant quelegouverneurdanois avait été de connivence avec lui, Apokou le lit prisonnier, et le força de rester pendant cinq mois avec son armée qui bientôt après campa dans le royaume d’Aquapim. Pendant ce temps le gouverneur danois fut traité avec respect et considération , mais il ne fut remis en liberté que pour une rançon de près de quatre cents livres sterling. Apokou reçut ensuite l’ordre de retourner à Coumassie; je l’ai entendu dire qu’il rapporta la cloche du fort d’Adda, comme un trophée de sa victoire.
armée moins considérable du côté de Ouinnébah et de Tantum, pour surprendre les rebelles, s’ils essayaient de fuir dans cette direction.
Abiniova alla sans être inquiété jusqu’à Aguiasso, qui est à environ un jour de marche du royaume d’Aquapim; mais dans cet endroit un détachement, envoyé pour fourrager , fut attaqué par Coudjo-Couma, qui lui tu£t sept hommes. Il y eut le lendemain matin un engageinentgénéral; et, après six heures de combat, la victoire se déclara pour les Aschantes, qui envoyèrent une mâchoire et un esclave à chacune des villes voisines d’Accra. Ainanqua alla alors recevoirlapaye due au roi, et resta près d’un an dans le pays. Il revint ensuite dans le royaume d’Aquapiin, où il reçut un message du roi, qui lui envoyait une grande quantité d’or, et lui faisait défendre de reparaître devant lui sans lui apporter les têtes de Coudjo et de Quâ. Amanqua necominuniquapasdesuitece message à ses capitaines; mais, après avoir donné de grandes fêtes qui durèrent trois jours, il jura et il leur fit jurer avec lui sur leur fétiche de ne pas retourner à Coumassie avant d’avoir accompli les ordres du roi.
i8i6.Appia-Danqua était mort en Assin dans l’intervalle, et fut remplacé dans le commandement par Appia-Nanou, son frère. Le roi, ayant appris l’indolence de ce chef, envoya ordre à Amanqua de se joindre à lui et lui fit reprocher sa lâcheté. L’armée combinée se préparait à attaquer Commenda, lorsqu’une capitulation fut conclue au Cap-Corse, et l’armée se divisa de nouveau. Coudjo-Couma fut tué par un
Dit
détachement du corps d’AppùnNanou , près d’Essecouina; et aussitôt Appia, au lieu d’aller se joindre à Amanqua, comme les deux capitaines l’avaient concerté ensemble, revint à Coumassie, où il fut reçu froidement; mais ce ne fut que le 1 2 juillet 1 Si 7 qu’il fut accusé, comme on l’a vu dans la relation du voydge. • ' . . •
Telle fut la fin de l’un des deux chefs dont le roi d’Aschantie avait demandé la tête. L’autre 11e tarda pas à partager le mèpie sort» Adou-Danqua, frère de Quâ-SafFalchi, vint trouver les Aschanleset promit de le livrer entre leurs mains, parce qu’il était -las, disait-il, de voir son-frère errer en vagabond de pays en pays. Un petit nombre d’Aschantes l’accompagnèrent. Lorsqu’il arriva près de l’endroit où Quâ était caché, il les plaça en embuscade, ets’avança seul pour lui parler. Il s’assit auprès de lui, lui fit des remontrances, et finit par lui conseiller de se donner la mort;, mais Quâ ne le voulut pas, et dit qu’il espérait lasser la patience du roi qui était si acharné à le poursuivre. A ces mots, Adctu seleva, et les Asehantes firent aussitôt feu sur Quâ, qui tomba quatre fois et quatre fois se releva* en s’écriant que son frère, était son meurtrier. Son corps lut transporté à Accra, et sa tête envoyée à Coumassie ; elle est suspendue maintenant dans un des quartiers de cette ville. Amanqua reprit le chemin de. Coumassie, où il arriva environ six mois avant l’ambassade»
Les habitans d’Aovin, pour prévenir les vues ambitieuses du gouvernement d’Aschantie, envoyèrent
dernièrement une ambassade pour offrir leurs services et un tribut; mais le montant du tribut n’a pas encore été déterminé.
Le roi avait envoyé demander au souverain de Buntouko son trône qui était richement plaqué en or. Celui-ci n’osa pas le refuser. Sa sœur, femme d’une résolution et d’un courage au-dessus de son sexe, et qui était l’ame du gouvernement, se trouvait alors; absente. A son retour, elle réprimanda sévèrement son frère, et lit construire aussitôt un trône d’or massif à la place de celui qui avait été si ignominieusement livré. Le. roi d’Aschantie avant encore, en vertu du droit du plus fort, envoyé demander ce trône, avec un grand ornement d’or, de la forme d’un éléphant, qui avait été trouvé dans des ruines, la sœur reçut les ambassadeurs, leur déclara que leur roi n’aurait ni l’un ni l’autre; puis ajouta, avec plus d’énergie que de délicatesse , qu’elle et son frère devraient changer de sexe, parce que, si elle était roi, elle saurait se faire respecter, et combattrait jusqu’à la dernière extrémité plutôt que de se voir dépouiller ainsi. Le roi d’Aschantie lui envoya dire qu’elle était digue d’être sœur d’un roi, et qu’il lui donnait un an pour se préparera la guerre. Cependant plusieurs ambassades furent envoyées à Coumassie pouryiouer une négociation ; il en vint deux pendant notre séjour; la dernière, disait-on, était chargée d’offrir 4oo bendas (76,800 fr.) Mais le conseil aristocratique montra de l’obstination, et représenta au roi que les autres états tributaires le mépri-
seraient s’il n’envoyait pas demander la tête du roi de Buntouko. La petite vérole faisait alors de grands ravages dans ce royaume. -
Il est évident que le roi d’Aschantie a le dessein de faire descendre le roi de Douabin du rang d’allié indépendant à celui de prince tributaire. Nous fûmes témoins d’une circonstance qui nous confirma dans cette opinion. Un messager ayant été envoyé dans ce royaume pour demander de l'or, le roi* jeune homme d’un caractère très-faible , semblait irrésolu; mais un capitaine de la famille royale répondit qu’il n’y avait pas alors de guerre qui occasionnât des dé* penses extraordinaires , et que, comme ce ne pouvait être que pôur l’intérêt particulier du royaume d’Aschantie, le gouvernement devait se rappeler que le Douabin lui avait autrefois imposé des tributs , qu’il ne devait pas*en payera présent, parce qu’il avait renoncé à ses droits, par respect pour son allié.
Celte réponse ayant été transmise au roi , il cacha son ressentiment, jet envoya une épée à poignée d’or avec d’autrés marques de distinction à ce chef, qui, à sa grande surprise, les refusa , en disant que les honneurs qui lui avaient été déjà accordés dans sa patrie lui suffisaient et le flattaient davantage. Le roi temporisa encore. Quelques mois après, dans une assemblée générale ternie pour la proclamation du traité avec le gouvernement britannique , la mère du roi de Douabin , qui agit en qualité de régente , et sur laquelle on sait que Saï a beaucoup d’influence, accusa toutà-coup ce capitaine de tramer des complots pour
détrôner son fils. L’accusation fat soutenue par d’autres chefs, qui prièrent le roi de juger cette affaire. Le roi de Douabin écouta les débats avec la plus grande indifférence. L’accusé fit un appel énergique à l’assemblée ; alors Saï, soit par clémence ou par politique , prit vivement sa défense , et ordonna aux interprètes de l’acquitter. Le capitaine le remercia avec beaucoup de feu. Adonssi fut chargé de lui dire qu’on avait dépeint sous les couleurs les plus défavorables ses sentimens envers le roi d’Aschantie ; mais qu’on n’ajoutait plus foi à ces propos , qu’on lui demandait seulement de jurer qu’il aimait le roi , et qu’il lui ferait tout le bien qu’il pourrait. -Dès qu il eut prêté ce serment, il reçut de nouvelles marques de faveur.
Saï Toutou parait soigner plus qu’aucun de ces prédécesseurs les finances de son royaume. Il use aussi avec circonspection de la prérogative royale, et saisit toutes les occasions d’augmenter le nombre des capitaines secondaires; il éleve à ce grade les jeunes gens élevés auprès de sa personne, et continue à les garder à son service immédiat.
Saï Acotou, frère du roi, et héritier présomptif de la couronne, me parut n’avoir que des moyens très-bornés; mais les Aschantes le jugent toutdifféremment.
Le roi est d’un caractère aimable dans la vie privée. Lesenfaus de ses frères lui sont aussi chers que les siens; il joue souventavee eux, et le peu de momens qu’ih peut leur consacrer sont ceux qui
leurparaissent les plus agréa blés. Les différens exerrr pies que nous vîmes de sa générosité et les circonstances dans lesquelles elle s'exercait , m’autorisent à attribuer ce sentiment à sa bonté naturelle. Son admiration pour les inventions nouvelles , plus ingénieuses que brillantes, a pu souvent lui donner un air de cupidité que le motif rendait excusable. Lui offrir les bagatelles qui attiraient son attention lorsqu’il venait nous voir , c’était l’offenser; il nous disait que nous devions seulement lui permettre de les examiner, et répondre à ses questions. Lui offrir des présens lorsque nous en recevions une audience particulière, c’était supposer un motif intéressé à l’honjieur qu’il nous faisait, et qu’il ne nous accorderait plus, si nous n’avions pas plus de respect pour sa dignité et pour son amitié. Il est d’ailleurs capricieux, et la libéralité de ses sentimens est obscurcie par ses préventions contre tel ou tel individu. Il avoue lui-même, qu’il ne peut s’en rendre raison. Il s’est montré d’une sévérité injuste envers les chefs qui jouèrent le principal rôle dans la déposition de son frère , parce que, jaloux des droits de la royauté, il désapprouve en secret celle démarche.
Souvent son humanité l’emporte sur sa superstition et sa politique; il a offensé Quatchi-Quofie, l’un des quatre membres du conseil aristocratique , en limitant les sacrifices humains aux funérailles de sa mère ; il a résisté à toutes les importunités, et, malgré la coutume , il n’a pas voulu qu’on immolât un nombte de victimes plus grand que celui qu’il avait lise.
Il nous congédia deux fois, en s’excusant de ne pouvoir nous accorder audience. La première fois , il allégua pour motif qu’il s’était mis dans une grande colère après nous avoir envoyé chercher, et qu’il n’avait pas encore recouvré son sang froid ; la seconde, il nons dit que des nouvelles agréables l’avaient porté «à boire plus qu'il ne convenait pour entendre des discours aussi importuns que les nôtres.
Quand il rend la justice, il aggrave la peine du coupable qui commet un mensonge; un aveu sincère atténue ordinairement la faute et en fait même quelquefois obtenir le pardon. II cherche toujours à prévenir le parjure toutes les fois que des preuves convaincantes doivent être opposées à l’accusé. Ses manières offrent un heureux mélange de dignité et d’affabilité, et sont tout à la fois nobles et engageantes. Il parle bien, et avec plirs de logique que la plupart des membres de son conseil , qui sont diffus dans leurs discours, mais il excelle surtout à interroger avec adresse pour approfondir ce qu’il veut savoir. 11 est d’une politesse remarquable, et paraît aimer à s’instruire. La guerre, la législation et les arts mécaniques étaient les sujets de conversation qui lui plaisaient le plus. Son plus grand défaut est son ambition. Je ne crois pas cependant qu’elle lui ait jamais faitiunnquer à l’honneur, quoique peutêtre la justice en ait quelquefois souffert. Je n’ai tracé celte esquisse de son caractère que d’après mes observations. L’histoire d’Agny, son second interprète, pourra servir à le développer.
Agay, dans sa jeunesse, apportait du seld’Aquoumo à Coumassie, pour le vendre. Aquoutou, cabocir. de la première de ces villes, l’avait ensuite pris à son service. Ce cabocir, ayant été accusé injustement par le gouvernement d’Aschanlie , fut mené à Counaassie pour y être jugé ; Agay l’accompagna. Les messagers du roi parlèrent les premiers, et exposèrent l’affaire sous un faux jour , plutôt que d’avouer que le roi s’était trompé. L’accusé , confus, n’osait répondre ; il allait être condamné , lorsqu’Agay se leva tout-à-coup , et parla ainsi, suivant ce que l’on m’a rapporté : « Roi, vous avez des gens pour vous laver, pour vous nourrir, pour vous servir ; mais vous n’avez personne pour vous dire la vérité , et vous avertir que Dieu n’approuve pas votre jugement. » L’assemblée s’écria unanimement qu’il fallait saisir le jeune insolent, et lui trancher la tête, a Non, s’écria le roi, qu’il achève son discours. » Agay parla , dit-on , pendant trois heures , avec tant de force et d’éloquence , qu’il convainquit le roi de l’innocence de son maître , qui fut aussitôt acquitté.
Le roi retint Agay auprès de sa personne , mais sans Je. traiter avec une distinctioa.particulière. Un débat important entre deux chefs fut un jour porté devant le conseil, qui ne savait que décider, mais semblait pencher en faveur de l’homme e[ue le roi soupçonnait. Le jugement fut suspendu. Dans l’intervalle, le roi envoya secrètement Agay chez les deux chefs pour entendre successivement leurs raisons , et ensuite lui demanda son avis , qui se
trouva d’accord avec le sien. « A présent, dil Saï, je vois que vous avez une bonne tète. » A gay fut alors nommé interprète, et reçut du roi une maison, des femmes , des esclaves et de l’or.
Quelque temps après, comme le roi manifestait sa haine pour un riche capitaine, ses interprètes, toujours disposés à flatter ses passions , lui dirent : « Si vous désirez avoir ses richesses , nous lui ferons son procès » ; mais Agay s’élança au milieu de la salle en s’écriant : « Non, roi, cela n’est pas bien ; cet homme ne vous a jamais fait aucune injure; vous savez que tout l’or de vos sujets esta vous à leur mort; mais si vous vous l’appropriez à présent, les étrangers s’en iront dire : le roi seul a de l’or, et cela ne sera pas bien; il fan tau contraire qu’ils puissent dire : Le roi a de l’or, tous ses capitaines ont de l’or , et tous ses sujets ont de l’or ; alors votre pays paraîtra vraiment puissant, et vos ennemis vous craindront. » Le roi nomma aussitôt Agay second interprète et le combla de nouveaux bienfaits. Lorsqu’Amanqua fut nommé au commandement de l’armée envoyée contre Goudjo-Gouma, le roi lui demanda quel interprète il voulait prendre avec lui? Il répondit, Adoussiou Oli. Le roi reprit: « Non ! je vousdonnerai cet enfant ; c’est la meilleure tète du conseil pour les négociations difficiles. » Amanqua lui représenta qu’Agaj était trop jeune; mais le roi lui dit : Vous êtes un fou de penser de la sorte. Il lui fit alors jurer qu’il lui rendrait un compte sincère de la conduite d’Agay qui se distingua d’une manière si éclatante.
que depuis ce temps on le charge toujours des négociations épineuses.
Les manières des capitaines supérieurs sont affables et bienveillantes dans la vie privée , mais hautaines et tranchantes en public. Je les crois jaloux de leur honneur, plutôt en apparence qu’en réalité ; leurs sophismes sont aussi ingénieux que leurs maximes sont séduisantes. Comme la guerre seule peut leur fournir l'occasion de se signaler, ils regardent l’ambition du roi comme sa plus grande vertu. Ils ne peuvent se figurer que la bonne administration à l'intérieur est seule capable d’agrandir réellement un état. Ils ont beaucoup de franchise ; eâr, lorsqu’ils avouent leurs défaites, ils louent généreusement là bravoure de leurs ennemis ; mais ils sont peu humains , et très-avares. Ils poussent la superstition jusqu’à la crédulité la plus puérile; cependant elle n’est mise en jeu que pour ce qui concerne leurs passions ou la conservation de leur vie. Lès Mores n’ont jamais pu découvrir si elles'étendait plus loin. Les Aschanles ne montrent ni curiosité ni inquiétude au sujet d’un état futur; ils font plus de cas des dignités et des exploits militaires que des verlusdomesliques; ils croientque, s’ils commettent des fautes , la solennité de leur pompe funèbre et les sacrifices que l’on y offre doivent les ex'pier. Si l’on réfléchit qu’ils sont livrés tout à la fois aux superstitions des Mores et des païens, loin de les blâmer sévèrement, on s’étonnera plutôt qu’ils ne poussent pas plus loin leurs excès , et
que leur aveuglement n’ait pas des suites encore plus funestes.
Le bas peuple est méchant , insolent , licencieux. Le roi nous répétait continuellement qu’à l’exception des Fantes , c’était le peuple du monde le plus détestable, et que généralement les peuples voisins valaient infiniment mieux. C’est peut-être l’occasion de dire avec Voltaire :Je crois qu’il faut plutôt juger d’une puissante nation par ceux qui sont à la tête que par la populace.
Lesprincipaux districts de Fantie sont l’ABetlou, le Bralfô, et l’Ëssecoumah. Le fort du CaprCorse fait partie du premier. Le dey d’Affetlou, titre probablement introduit par les Portugais , avait autrefois l’autorité suprême en Fantie; il convoquait même, lorsqu’il le voulait , les autres rois et cabocirs du pays, pour leur prescrire leur conduite politique, et avait, dans tous les cas, droit de vie et de mort, dans quelque endroit et par quelque personne que le crime eut été commis. Il y a plus d’un siècle, la petite vérole dépeupla presque entièrement Affettou qui était la ville la plus grande et la capitale de tout le pays: tous les héritiers directs du trône ayant été enlevés par cette maladie, la suprématie fut transférée à la ville de Mankasim. Néanmoins , le dey actuel conserve une autorité spirituelle sur les autres rois et cabocirs; il est regardé comme le chef de la religion. Lorsqu’ils, désirent de la pluie, par exemple , ils s’adressent à lui pour qu’il leur en procure , et c’est par lui seul qu’ils peuvent connaître leur chro- , , a3
nologie qu’il conserve par le moyen de nœuds faits à des cordons.
Mankasim devint ainsi la capitale de tout le pays; mais cette ville fut presque entièrement détruite par les Aschantesjorsdeleurpremière invasion en 1807. Tout cabocir faute qui ne répondait pas à l’appel du roi de Mankasim , était suspendu par lui de ses fonctions , et ensuite déplacé par la diète. Adou , dernier roi de Mankasim, ou des BrafFoes , dépouilla tous ses sujets de leurs biens les plus précieux , et soutint les membres de sa famille qui se permirent les mêmes excès , sarts distinction de personne. A sa mort , le peuple se souleva spontanément , arrêta tous ces tyrans avides, et, pour être délivré de toute la race, les vendit comme esclaves. Adokou, l’un des chefs de la révolte , fut alors élevé au pouvoir suprême,avec seulement le titre de cabocir, parce que le trône était toujours regardé comme vacant; mais il fut revêtu de la même suprématie et des mêmes privilèges que le roi , son prédécesseur , et/üt'reconnu par toutes les villes du royaume. Vaincu plusieurs fois par les Asehantes , il fut obligé de se réfugier dans les bois, et les villes de Fantie saisirent cette occasion pour s’arroger plusieurs droits politiques et judiciaires , dont Mankasim avait joui jusqu’alors exclusivement.
Ce n’étaient pas, comme le dit Meredith , les Braffoes, ni tout le peuple de ce district, qui avaient le privilège de vivre hors de chez eux aux frais du public, et de prendre tout ce qui leur convenait
des biens d’autrui, c’étaient les officiers grands de ce territoire, appelés brofaus , d’après le cuir dans lequel on roule le tabac , et avec lequel on leur formait des sièges particuliers. Exécuteurs, et non organes de la loi, ils étaient toujours assis à la droite et à la gauche d’Adokou , mais n’avaient pas de voix dans les délibérations. Ils étaient au nombre de douze; leur dignité était héréditaire de temps immémorial dans un pareil nombre de familles. Ces hommes pouvaient prendre partout ce qui leur plaisait; mais , depuis les revers d’Adokou et son impuissance à les soutenir, ils se sont contentés de demander humblement leurs dîmes dans les grandes villes, et n’exercent leur rapacité que dans les petits villages de leurs territoires. ’
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