‹ Voyage dans le royaume de GrèceChapitre 100 sur 154 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

ce premier sentiment de la maternité. Elle oublie, un moment, les esprits de l’air, les funestes sorciers et les influences malfaisantes , pour ne plus se recommander qu’au Dieu conservateur , le Dieu qui féconde les mères, qui crée et se charge de sauvegarder la vie des ctres qu’il a créés. Mais, lorsque l’enfant a vu le jour , la femme redevient ce qu’elle était auparavant , ignorante et craintive ; elle rentre sous l’empire de la superstition. On entoure le nouveau-né d’amulettes qui se composent de croix , de médailles et , quelquefois , de mystérieux objets laissés en passant par quelque pâtre sorcier en récompense d’un bon service. Le père ferme la porte de sa maison et veille autour, de peur qu’un étranger n’y introduise de mauvais sorts ou qu’une fatale magicienne ne jette ses maléfices sur le cher berceau. On place sous le clievet de l’enfant un gâteau, une pièce de monnaie et un sabre , emblèmes de l’abondance, de la fortune et de la valeur, afin d’attirer sur lui tous ces biens. Si c’est une fille , on remplace le sabre par une quenouille , symbole du travail, de l’activité et des vertus domestiques. Arrive ensuite le cinquième jour après l’accouchement, que les anciens appelaient l’ Amphidromie, et les modernes, la Visite des Mires. A ce moment, ces filles de la nuit, comme les appelle Hésiode, pénètrent invisibles dans la maison où on les reçoit sous le nom de Bonnes dames , comme pour les flatter et les apaiser par ce doux surnom. C’est le même sentiment qui faisait dire aux anciens les

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Euménides (bienveillantes) , en parlant des Furies. Ce jour-là , la cabane se pare de fleurs pour accueillir ces esprits dont la vertu consiste à emporter la fièvre de lait de la mère. Mais il faut avoir grand soin de ne pas laisser cette dernière seule, même un instant, pendant toute cette journée ; car les Exotiques (’Egoroud, c’est ainsi qu’on appelle les fées en Grèce) , quoique bienfaisantes en apparence, ont leurs raisons pour ne passe montrer toujours débonnaires. Ce sont, en effet, des vierges surannées dont nul esprit de l’air n’a voulu pour épouses; irritées de cette virginité forcée, elles sont jalouses du bonheur de la jeune femme qui a goûté les joies du mariage; et, si ses parents la quittent un seul instant , elles en profilent pour lui tordre le cou.

Après toutes ces pratiques païennes , qui datent des temps les plus reculés, le baptême arrive. Dèslors, la religion reprend exclusivement ses droits; une fois l’enfant régénéré par les eaux baptismales, on l’abandonne à lui-même et à la garde de Dieu et de la nature.

Le baptême dont j’ai parlé eut beu de grand matin avant mon réveil; j’assistai ensuite au repas donné à cette occasion sous le misérable chaume de mes hùtes. Mon guide me fit hommage de la place d’honneur qui lui revenait de droit en sa qualité de parrain ; je m’assis donc sur des coussins préparés d’avance , tandis que les autres s'arrangèrent, comme ils purent, sur le plancher autour de

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