CHAPITRE XI
île celle fontaine; apercevant son image reflétée dans le cristal de ses eaux, l’esprit troublé et le cœur plein du souvenir d’un être qui lui était si cher, il crut que sa sœur lui apparaissait. Mais son erreur lut de courte durée. Cependant, il continua chaque jour de venir se regarder dans cette fontaine; tout en sachant que c’était sa propre image qu’il considérait ainsi , il se faisait néanmoins illusion , s’imaginait y voir sa sœur et trouvait de la sorte un poétique soulagement à son amour.
Je passai la nuit à Erimocastron (château solitaire ) , village situé sur le rocher , en vue des bocages de l’IIélicon et dans les régions où était la petite ville d’Ascra , patrie d’Hésiode. Je fus témoin d’un baptême dans lequel mon guide joua le rôle de parrain, et j’assistai le lendemain au banquet de famille donné à cette occasion.
Le Grec est, comme autrefois, profondément superstititieux. La religion chrétienne a changé les noms des dieux, des génies et des démons familiers en des noms de saints, d’anges ou de démons; mais la crainte ou l’espoir qu’inspirent les puissances invisibles sont toujours empreints d’idolâtrie. Ainsi , saint Dcmétrius remplace le dieu Pan dans les pâturages ; il veille sur les troupeaux et reçoit les offrandes des bergers ; la Panagia ou la Vierge, comme Vénus, ouvre les portes de l’Aurore; saint Paul, dans les premiers temps du christianisme, passait pour Mercure, à cause de son éloquence; le printemps et les rossignols reparaissent à la voix des
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Quarante Saints ; saint Georges protège les moissons; et saint Nicolas, nouveau roi des mers, calme les tempêtes avec le trident et le Qnos ego ... de Neptune. « A Corfou, raconte M. Pouqueville, dans « la relation de son voyage en Grèce , c’est saint « Spiridion qui a ce privilège. On sait, car les Pap- « pas le disent et l’assurent, qu’il sort toutes les « nuits quand la mer est orageuse, afin de guider « les vaisseaux au port. Comme il marche sur les « flots , on trouve des algues dans ses bottes, qui « sont des reliques dont on fait un commerce assez « lucratif, ainsi que de ses vêtements et de ses « chaussures, qu’on a soin de renouveler souvent. » Il n’est pas une époque marquante de la vie, pas une saison de l’année , qui ne soit soumise à l’influence d’esprits bons ou mauvais que l’on invoque ou que l’on détourne par des cérémonies tirées des mœurs et des croyances païennes. Aussi, mille pratiques superstitieuses devancent l’enfant dans la vie , l’accueillent au berceau et le suivent jusqu’au jour du baptême. C’est surtout dans les tribus de l’intérieur des montagnes que ces pratiques sont d’un usage général. Le premier soin d’une nouvelle mariée est d’invoquer les génies de la destinée, les Mires (Molpat, Parques), pour se les rendre propices et obtenir d’elles qu’elles fécondent son sein. Une fois cependant que la jeune femme est devenue mère et qu’elle sent palpiter en elle le fruit de son hymen , des pensées plus hautes et plus religieuses pénètrent dans son cœur; son âme se transforme à