CHAPITRE XII
ardues des rochers, et pendant l’hiver, les bruyères dans les plaines et sur les rivages de la mer , ne craignant ni les orages, ni les fatigues, ni les guerres que se font les peuples, ni les Clephles dont ils sont sans cesse voisins et dont le genre de vie se rapproche du leur. Autrefois ils unissaient le courage du guerrier à la rudesse de l’homme sauvage. i\I. Fauvel raconte, dans ses chansons populaires de la Grèce, l’histoire d’un de ces patres qui devint un clephte célèbre.
Ce pâtre, du nom de Kantzatonis, possédait en Epire d’immenses troupeaux. Le fameux Ali , pacha de Janina , osa le premier attenter à la liberté et aux propriétés des pâtres jusques alors indépendants et respectés. Kantzatonis fut un de ceux qui eurent le plus à souffrir des violences d’Ali , et il résolut de se venger. Kantzatonis était petit , grêle , mal fait; il semblait privé des conditions les plus nécessaires au métier de clephte. Aussi , quand il parla de quitter la houlette pour le fusil , la bure du chévrier pour le costume albanais , on se mit à rire. Mais, en revanche, il était souple, agile, vigoureux, infatigable et entreprenant. Son frère Georges fut le premier à s’unir à lui ; quelques autres suivirent son exemple, et Kantzatonis commença bientôt à exercer de fréquentes et audacieuses représailles sur les domaines des Turcs. Peu à peu, sa réputation grandit; ses partisans s’accrurent, et ses exploits devinrent plus brillants. En peu de temps, il fut la terreur des Turcs, et Ali-
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Pacha se vit obligé d’envoyer à sa poursuite de véritables corps d’armée. Kantzatonis les attaquait toujours avec une audace qui augmentait la frayeur de ses ennemis, et toujours il leur échappait comme par miracle; car son esprit était résolu et fécond en ressources , inépuisable en stratagèmes.
Un jour qu’il occupait sur une montagne un poste dangereux , que l’on ne pouvait atteindre et d’où l’on ne pouvait sortir que par un seul sentier étroit et difficile, les Turcs, étant venus en grand nombre et en secret s’emparer de cette issue , s’imaginèrent tenir les Albanais à leur discrétion. Ceux-ci, de leur côté, s’étant aperçus de la présence des Turcs, se crurent perdus, n’ayant autour d’eux qu’un abîme et un rocher à pic du haut duquel ils ne pouvaient songer à se précipiter. Déjà , ils parlent de se ruer impétueusement sur les Turcs et de vendre chèrement leur vie. Mais Kantzatonis les arrête, leur fait entendre qu’il est inutile de se faire tuer comme des brebis par des ennemis qui ont l’avantage du nombre et de la position , et leur recommande de se taire , de le regarder et de faire comme lui. Aussitôt il coupe avec son sabre une énorme branche de pin , arrondit une de ses extrémités et laisse l’autre garnie de son feuillage touffu ; puis, se mettant à califourchon sur cette branche, il s’élance sur la pente rapide et glissante du rocher. Le frottement de la lourde branche sur le rocher ralentissant sa chute et l’cpais feuillage garantissant son corps de toute blessure , il parvient sain