CHAPITRE XII
et sauf et par le plus court chemin au fond du précipice. Tous ses hardis pallikares suivent à la hâte son exemple ; tournant ensuite le rocher, ils tombent sur les derrières des Turcs qui n’étaient nullement sur leur garde et qui s’enfuirent surpris et effrayés de se voir attaqués par ceux-là même dont ils croyaient avoir rendu la perte inévitable.
Kantzatonis était obligé de se retirer parfois dans les îles ïonniennes , pour se reposer ou pour se soustraire aux poursuites d’Ali. Il eut le malheur de prendre la petite-vérole, pendant un de ces séjours. Recueilli et soigné dans une des maisons de l’ile Sainte-Maure où il se trouvait, il s’ennuyait, il trouvait le temps long, et ne pouvait respirer à l’aise enfermé entre quatre murs. Espérant que le grand air des forêts le rétablirait plus promptement que la chambre, la diète et les soins ordinaires, il repartit avant d’être complètement guéri.
Mais à peine de retour dans ses chères montagnes, suivi de son frère qui ne le quittait jamais, il retomba plus gravement malade et fut obligé de s’arrêter dans un monastère situé dans le Pinde. Craignant d’y être surpris par les Turcs, il se fit transporter dans une caverne voisine, inconnue de tous et dont un moine et une vieille femme avaient seuls le secret. A peine y étaient-ils installés qu’ Ali- Pacha était informé de leur retraite; ou le moine ou la vieille femme les avait trahis. On pense bien qu’Ali ne mit aucun retard à profiter d’une aussi
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belle occasion de surprendre son redoutable ennemi. Un jour donc que Georges sortait de la caverne pour aller aux provisions, il se trouva face à face avec cinquante soldats du pacha. Il devine la vérité , rentre en toute hâte , charge son frère sur ses épaules , reparaît et étend à ses pieds d’un coup de pistolet le premier soldat qui se présente. Jetant alors cette arme désormais inutile, puisqu’il ne pouvait la recharger à cause du précieux fardeau qu’il portait, il met le sabre à la main, se fait jour à travers les ennemis étonnés de son intrépidité, et court de toutes ses forces vers une forêt rapprochée dont il connaissait toutes les secrètes profondeurs et dans laquelle il espérait échapper aux sicaires d’Ali. Mais son fardeau le gênait et ralentissait sa course. Quand il se sentait sur le point d’étre atteint, il le déposait sur le chemin , se retournait en brandissant son sabre et se débarrassait de l’adversaire le plus près de lui. Il rechargeait ensuite son fardeau sur ses épaules et reprenait sa course pendant quelques instants; puis il le déposait, se retournait et se défendait encore. Mais cela ne pouvait durer longtemps; il fut enfin pris, ainsi que son frère que la maladie avait privé de forces et de sentiments. Ils furent emportés à Janina et condamnés à avoir les membres inférieurs écrasés jusqu’à la hanche à coups de marteau de forge. Pendant le supplice, Kantzatonis, énervé parla maladie, ne put se raidir complètement contre ces dernières souffrances et poussa quelques cris aigus.