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Livadie.
Livadie , autrefois Lébadée , est une petite ville gracieuse, pittoresque, originale. Ses maisons s’étagent les unes au-dessus des autres sur les deux bords du torrent Hercina , dont le nom actuel m’échappe. Ici , un grand arbre surgit au-dessus des toits; là, c’est un rocher qui surplombe; une église légère domine la ville du faite de l’un de ces rochers; ailleurs, de petits minarets élancés à la galerie veuve de son muezzim , à la pointe dédorée , s’élèvent entre des groupes de maisons et donnent à Livadie une élégance tout orientale. Ses rues sont animées et presque toutes converties en bazars, où s’étalent des étoffes de mille couleurs. Le torrent qui la traverse contribue à y répandre la vie et la poésie; car il attire près de lui des laveuses qui chantent, des enfants qui s’amusent avec bruit, des troupeaux qui mugissent et se désaltèrent; sa voix ne cesse jamais de se faire entendre, tantôt grandiose, tantôt douce et argentine , selon la hauteur de ses diverses cascades. Au-delà des maisons une longue rangée d’arbres suit le torrent, dont la pente s’est adoucie et dont l’eau s’en va sous un berceau d’une
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luxuriante végétation. Lorsqu’on arrive à Livadie vers le soir, le soleil se couche en face d’elle ; une teinte rouge et dorée colore ses blanches maisons dont les vitres miroitent et lancent des rayons pourpres, la cloche de l’église tinte lentement son mélancolique Angélus , les oiseaux chantent et la ville, avec ses chants et sa lumière , se détache comme un groupe féerique sur de sombres vallées où la nuit commence et au-dessus desquelles le Parnasse étale ses neiges roses. Ainsi aperçue , Livadie se revêt d’un aspect romantique , triste et souriant à la fois ; elle apparaît comme uu précieux joyau que le Parnasse , avare et jaloux , cache et protège dans un large pli de son gigantesque manteau.
L’antre de Trophonius , creusé dans un rocher qui domine Livadie , renfermait un des plus célèbres oracles de l’antiquité après ceux de Delphes et de Dodone. Agamèdes et Trophonius étaient deux frères célèbres par leur habileté à construire les palais des rois et les temples des dieux. Ayant été chargés de bâtir le temple de Delphes, ils eurent soin de placer dans la muraille une pierre qui s’enlevait facilement, ne l’ayant point cimentée comme les autres. Ils venaient chaque nuit soulever cette pierre, et pénétraient dans le temple afin de s’emparer de l’or et des choses précieuses qu’il renfermait. Les pontifes, étonnés de ces larcins qui se commettaient sans laisser la moindre trace aux portes ni aux serrures , tendirent des pièges dans i’inlé-
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rieur du temple. Agamèdes et 'l’rophonius étant venus selon leur impie habitude , Agamèdes entra le premier et fut pris dans l’un de ces pièges. Trophonius qui le suivait, à la vue de la triste situation de son frère, et probablement n’ayant pu réussir à le délivrer, crut n’avoir rien de mieux à faire que de lui trancher la tête afin de lui éviter le sup'plice qui l’attendait le lendemain et pour écarter de luimême tout soupçon. Trophonius s’étant rendu peu de temps après à Livadie , la terre s’entr’ouvrit sous lui et l’engloutit. Un temple et un bois sacré lui furent consacrés à cet endroit, et sa voix rendit des oracles. C’était un oracle terrible et redouté ; pour l’interroger il fallait être doué d’une âme forte et d’un cœur d’airain, et encore ne le faisait-on jamais impunément. En effet, Pausanias qui le consulta, après avoir décrit les cérémonies préparatoires et le pitoyable état dans lequel on revenait de l’antre , ajoute , pour rassurer ses lecteurs , que cependant on recouvrait plus tard C usage de sa raison et la faculté de rire. Quelles épouvantables épreuves fallaitil donc soutenir pour perdre ainsi pendant longtemps la raison et le sourire ? Du reste , personne ne périt dans l’antre même , à l’exception d’un soldat de Démétrius qui s’y était introduit sans avoir fait aucune des pratiques préparatoires et dans l’unique but de s’emparer des richesses que le temple souterrain contenait. Ce soldat, esprit fort, trouva à qui parler dans la personne ou plutôt dans les mânes de Trophoniusqui était expert en matière de larcin.