CHAPITRE XII
Il périt victime de sa coupable audace , et le corps du sacrilège fut vomi par une des ouvertures de l’antre. L’aveuglement populaire attribua sa mort à la juste vengeance du dieu.
Au sommet du rocher qui renfermait ce sanctuairë, est une petite plate-forme. C’est de là que descendait au sein de l’oracle le mortel qui voulait l’interroger. Revêtu d’une robe de lin, la tète ceinte de bandelettes et des gâteaux de miel dans les mains , il s’engageait dans une ouverture maintenant comblée de décombres. Aussitôt il était entraîné avec une violence et une rapidité que n’ont jamais égalées les torrents les plus impétueux. Des spectres effrayants , des images terrifiantes surgissaient à ses yeux du milieu des ténèbres; des secousses répétées agitaient son corps ; des bruits indéfinissables se faisaient entendre ; enfin, l’âme bouleversée, les sens presque évanouis , c’est à peine s’il pouvait recueillir les paroles de l’oracle. Quand tout était fini , le patient était lancé au dehors par la même ouverture et avec la même violence , les pieds en avant. Des prêtres le recueillaient alors et le transportaient près de là dans le temple de la Bonne Fortune, afin de lui faire recouvrer ses esprits. Quand on avait eu le triste privilège de consulter Trophonins, on restait sous une impression de frayeur qui vous poursuivait toute la vie, et l’on gardait pour toujours au fond de l’âme une terreur secrète et une insurmontable tristesse.
Au pied de ce rocher, il existe encore une ouverture qui communiquait avec l’antre et qui est entourée de niches dans lesquelles on déposait les offrandes. J’essayai de pénétrer dans cette caverne en me couchant à plat-ventre , mais je ne pus y introduire que la moitié du corps; l’espace se rétrécit aussitôt et se trouve comblé. Tout près de là, étaient les deux sources dont il fallait boire avant de descendre dans l’antre. L’une, Léthé , vous faisait perdre la mémoire du passé ; l’autre , Mnémosyne , vous préparait à garder le souvenir de ce qu’on allait voir et entendre. Le Léthé est tari; Mnémosyne coule encore , fraîche et pure , et tombe dans le torrent qui mugit à côté.
Si l’on faisait des fouilles dans ce terrible et mémorable rocher, peut-être y trouverait-on les machines dont les prêtres se servaient pour accomplir leurs effrayantes opérations et leurs coupables supercheries; ou bien, peut-être encore, en verrait-on sortir le démon qui parlait, ce malheureux Trophonius, clos dans sa prison de pierre depuis que la prédication de l’Evangile lui a fermé la bouche.
Cil Al’lTKK XII.
Amlriscos , Odyssée.
Livadie est la patrie de deux guerriers célèbres dans les annales de la Grèce moderne , Andriscos et Odyssée, noms aussi glorieux et aussi purs que ceux de Miltiade et de Léonidas.
Andriscos ouAndrikos étaitd’unesauvage beauté, d’une force prodigieuse , d’un courage indomptable , qui le faisaient ressembler au génie même des combats. Il portait d’énormes moustaches, dont le ciseau n’altéra jamais la luxuriante magnificence. Elles étaient si longues qu’il se les nouait ensemble derrière la tète, afin de n’ètre point gêné. Cet extérieur formidable et ces mâles qualités n’excluaient point de son âme une remarquable douceur et une inaltérable tranquillité. Le plus bel exploit d’Andrikos fut une retraite qu’il opéra en 1770, après une expédition dans le Magne où il était allé attendre un corps d’armée auxiliaire russe qui ne parut pas. Sans cesse poursuivi par des troupes dix fois plus nombreuses , il conduisit sa petite phalange à travers tout le Péloponèse , l’isthme de Corinthe et les bords du golfe de Lépante jusqu’à Patras , d’où elle se jeta dans des barques qui la portèrent en