CHAPITRE
PÉLOPON ÈSE.
A K GO UDF..
D'Athènes» à Nnuplir.
On s’éloigne difficilement du sol de l’Atlique ; cependant , quand on a vu Athènes, il faut bien voir aussi Sparte, sa vieille rivale, bien que rien n’y attire aujourd’hui l’attention ni la curiosité du voyageur. Tout y a disparu; le temps s’est plu à anéantir l’une comme à préserver l’autre. L’Athènes antique se fait jour partout à travers l’Athènes moderne ; son plan existe encore tracé sur le sol : il semble qu’un effort de quelques jours suffirait pour la relever dans toute sa splendeur. Ses ruines imposantes et scs temples superbes semblent attendre, dans le
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silence et la tristesse, le retour de ses grands hommes et de ses dieux absents. Sparte, au contraire, si puissante et si fière jadis, n’existe plus; ce n’est même pas une ruine; son nom seul se prononce autour des lieux où elle fut , et se répète d’âge en âge comme le nom d’un héros autour de sa tombe ouverte et veuve de ses cendres jetées au vent.
Je partis d’Athènes pour Nauplie au milieu de la nuit, et m’embarquai sur le bateau à vapeur de la Compagnie autrichienne qui fait, deux fois par semaine, le trajet entre ces deux villes. A travers le tumulte du départ et les ombres de la nuit, il m’était difficile d’examiner le pont du navire; je choisis ma place au hasard et m’étendis comme les autres dans mon manteau. Bientôt les premières lueurs du jour se répandirent dans les ténèbres indécises et se firent une trouée pourpre à travers les nuages. Les hauts rochers des côtes, voilés à leur base par la brume grise qui s’élevait des ondes , ne laissaient voir que leurs cimes teintées d’un rose vif, tranchant avec l’azur du ciel ; et ils semblaient, tout autour de l’horizon , un diadème aérien jeté sur le front des mers. Rien de plus curieux et de plus fertile en observations que le pont du bateau qui nous portait. Parmi la foule de Grecs de tout âge et de tout rang , il était facile de reconnaître deux générations bien distinctes : l’une qui va disparaître , l’autre qui commence. La première, longtemps asservie au joug des Turcs, a subi l’influence de leurs mœurs et de leurs habitudes; ceux qui lui
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appartiennent ont laissé s’altérer, au contact de leurs oppresseurs, quelques-uns des caractères distinctifs de leur nation. Assis sur de larges peaux de bêtes, enveloppés d’une longue pelisse, ils se livrent, immobiles et impassibles, au mouvement du navire et au caprice de la mer; leur œil seul , plein d’esprit et de vivacité, agit et regarde ; prompt à saisir les objets et à refléter l’impression reproduite , il révèle seul l’intelligence native qui s’agite sous ces dehors de paresse et d’inactivité. Ceux de la génération nouvelle, nés sous l’empire de la liberté et aux bruits des combats dont elle fut le prix , ont reconquis avec elle les signesparticuliers, les qualités, les défauts et les allures extérieures de leur antique race ; on retrouve en eux l’esprit, le mouvement, la fierté , l’élégance et la vanité des anciens Hellènes. Le fessy rouge coquettement rabattu sur l’oreille droite, orné d’un long gland bleu rehaussé d’or qui tombe sur l’épaule et se mêle aux cheveux , la main petite et sèche, indice d’un noble sang, la taille démesurément serrée par une ceinture de couleur dont les bouts flottent sur leur blanche foustanelle qui tombe jusqu’aux genoux en plis réguliers, ils se promènent , ils parlent, ils chantent , rient, discutent, s’invectivent, et semblent avides de produire au dehors tout ce qu’ils ressentent en eux. A la vue de ces jeunes hommes fiers et bruyants, au pur profil antique, l’étranger regarde et cherche lequel d’entre eux est Alcibiade , et lequel est Thémistocle.