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CHAPITRE III

Quelques instants après le lever du soleil , nous dépassions la pointe d'Herinione, et nous jetions l’ancre devant Hydra. La ville, groupée en amphithéâtre sur une pente rapide , coupée en deux endroits par de profonds précipices, est d’un aspect gracieux et souriant. Deux rocs de forme conique précèdent le port à droite et à gauche , couronnés par des moulins à vent dont les ailes tournent continuellement au souffle incessant de la mer. Le mouvement du port, les petites embarcations qui entrent ou sortent à toutes voiles , le beau ciel qui l’éclaire , le contraste de la vie qui s’y est concentrée avec la solitude des sites sauvages dont elle est entourée, tout lui donne l'air d’une petite ville heureuse, riche et paisible. Ses maisons, dont les vitres étincellent au soleil, et dont les murailles peintes à la chaux éblouissent le regard par leur blancheur, la font ressembler à une touffe de fleurs jetées du haut des cimes rocheuses qui la dominent, arrêtées çà et là par un abîme, et descendues pour s’épanouir aux brises de la mer et chercher leur image dans ses ondes.

Hydra joua un rôle important dans les guerres de l’indépendance. Elle était habitée par une population de 3,500 hommes, gouvernée par un sénat , payait de modiques impôts, et ne devait autre chose à la Porte-Ottomane qu’un tribut de cinq cents marins élevés et équipés aux frais de l’île, et faisant la meilleure partie de la flotte turque. Hydra possédait à elle seule tout le commerce du

PÉLOPONÈSE

Levant, et ses armateurs amassaient d’incalculables fortunes. Pendant longtemps cette île conserva la neutralité dans la lutte des Grecs de terre-ferme contre leurs oppresseurs; mais lorsqu’on y apprit le massacre du patriarche de Constantinople et de tous les chrétiens dans l’ile de Chio, ainsi que celui des Hydriotes au service de la Porte, Hydra se souleva d’indignation et résolut d’entrer enfin dans la lice. Son sénat, présidé par le vénérable Lazare Condouriotis, proclama l’indépendance des Grecs, et le r'egne de la Croix, le 28 avril 1821. L’amirauté d’Hydra expédia cette résolution aux autres îles; elles y adhérèrent toutes. Le scandale des antiques rivalités des Grecs entre eux au moment du danger ne se renouvela pas. Chaque île , chaque armateur , chaque habitant devait fournir sa part d’hommes ou de vaisseaux. Il va sans dire qu’Hydra en fournit le plus grand nombre ; Jacques Tombasis fut élu navarqne à l’unanimité. Tel fut le principe de cette héroïque et audacieuse marine grecque qui , avec ses faibles ressources , anéantit celle des Turcs, remporta la victoire de Missoloughi, et fit connaître au monde les noms de Miaoulis et de Canaris.

Au déclin dujour nous passâmes devant la petite île de Spezzia, l’ancienne Tiparénus, qui produit les plus hardis marins de la Grèce , puis devant le rocher stérile dePsara, et peu après, notre bateau, s’approchant de la côte, troublait sur l’onde tranquille le sombre reflet des hauts rochers de Pala-

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