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Epire. Cette retraite fut aussi périlleuse, aussi difficile , aussi fertile en héroïques actions que la retraite des dix raille. Andrikos acquit ainsi une grande renommée, et devint l’effroi des Turcs qui employèrent mille subterfuges pour s’emparer de sa personne.
Après s’être distingué encore dans maints combats, Andrikos prit le parti de se rendre en Russie dans l’espoir d’y obtenir quelque haut emploi militaire. Etant forcé de passer sur les terres de Venise, malgré de nombreux avis, il ne prit aucune précaution pour échapper à la police de cette perfide république que la Sublime-Porte avait su gagner. Aussi, à peine débarqué, il fut emprisonné. Un vaisseau turc qui l’attendait le transporta à Constantinople. Le sultan ne le fit point décapiter et , afin de jouir du charme d’une vengeance prolongée , il le jeta au bagne. Andrikos y subit avec calme les plus cruelles humiliations et les plus durs tourments. Au bout de quelques années, le grand-seigneur lui offrit la liberté et la pelisse d’honneur, à condition qu’il embrasserait la religion musulmane. Andrikos refusa et mourut de la peste au bagne , vers le commencement de ce siècle, martyr de l’indépendance de son pays et de sa foi.
Odyssée était fils d’ Andrikos; sa carrière militaire fut plus longue que celle de son père, cl, se trouvant mêlé à des événements plus importants, il put agir en faveur de sou pays avec plus d’utilité et plus de gloire. Par son grand caractère , sa bravoure , son
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désintéressement et son habileté militaire, il fut un des plus célèbres parmi les hardis capitaines qui achevèrent d’assurer la délivrance de la Grèce. Odyssée débuta comme protopallikare d’Ali , pacha de Janina ; en d’autres termes , il était à la fois le capitaine des gardes , le secrétaire intime et l’aidede-camp du trop fameux Ali-Tébélen. C’est pourquoi il se trouva plus d’une fois en face des armées du sultan , contre lequel Ali était sans cesse en rébellion. Mais Odyssée ne montra point dans ces occasions ce qu’il devait être plus tard; son génie semblait attendre, pour se révéler, qu’il eût à défendre une cause plus légitime et plus pure. Qu’était-ce en effet qu’Ali , sinon un tyran féroce , un criminel cynique, un esclave révolté ?
Peu de temps avant la chute définitive d’Ali , Odyssée , du consentement de son maître , se retira du château de Janina avec ses bandes d’Armatoles; celles-ci se dispersèrent et le laissèrent partir pour l’ile d’Ithaque, où il fit un assez long séjour. N’est-il pas curieux de voir le moderne Ulysse se retirer dans le royaume de son antique homonyme, comme pour y demander de précieux enseignements et y recevoir de mystérieuses leçons des mânes mêmes du sage Ulysse, chanté par Homère? Odyssée ne sortit de sa retraite que pour répondre à l’appel de sa patrie , quand elle proclama le règne de la Croix et l’indépendance des Héllènes. Sa première apparition et sa première campagne eurent lieu non loin des Tliermopyles, sur les bords du Sperchius où
il avait rallié ses fidèles Armatoles et où il se trouva en face d’Omer Brionès , pacha brave et intelligent. Odyssée , tantôt vainqueur , tantôt vaincu dans les premières rencontres, força cependant Omer-Pacha à la retraite. Il se retira luimême en Livadie , où il rencontra de nouveau son ennemi dans la plaine de Chéronée. Il engagea avec les quelques centaines de soldats qui le suivaient une lutte trop disproportionnée , surtout en rase campagne ; il fut battu ; mais le lendemain , ayant reçu quelques renforts et ses soldats demandant à grands cris à réparer leur défaite et à venger la mort de leurs frères , il livra aux Turcs un nouveau combat où il fut plus heureux. Rien ne résista à son impétuosité et à son audace. Orner prit la fuite, laissant la meilleure partie de ses troupes sur le champ de bataille. Odyssée s’engagea ensuite dans le Parnasse et s’empara d’Arachova , ancien fief de la famille française de Néville , forteresse que les conquérants se disputèrent de tout temps avec acharnement, parce qu’elle commande les défilés du Parnasse et l’entrée de la fertile Livadie. De ce jour, la renommée d’Odyssée s’accrut rapidement. Quelques mois plus tard , l’antre de Trophonius où une image de la Vierge prophétisait à la place de l’oracle païen, l’antre de Trophonius, dis-je, appelait Odyssée la terreur des Turcs et prédisait le succès constant de ses armes.
Odysséé tenait de son père cette beauté mâle et fière qui semble l’apanage héréditaire des familles