CHAPITRE XII
d’antique race et de noble sang. Sa taille élevée, son regard énergique et profond commandaient le respect et l’obéissance ; il était brave dans les coni bats et, dans les conseils des Hellènes, il était aussi éloquent, aussi prudent, aussi persuasif qu’Ulysse sous les murs de Troie. Il aimait le luxe et la parure, goût presque toujours inhérent aux grands coeurs. Ses armes étaient riches et brillantes; ses vêtements, couverts d’or. Il se plaisait à se montrer ainsi dans un combat , beau et paré comme pour un jour de fête , afin de se faire distinguer des autres et d’attirer à lui les traits des assaillants , afin que tous les yeux, tournés vers lui, admirassent les coups de géant qu’il portait aux ennemis, afin aussi de s’obliger lui-même à une plus grande valeur et à de plus grandes actions. Odyssée avait un compagnon inséparable , un ami dévoué , Panorias , autre héros, berger fier et sauvage des monts Agrapha , dont l’àme stoïque envisageait la gloire et les richesses comme une vaine fumée. Panorias n’avait point quitté la tunique des pâtres pour le costume des guerriers ; il considérait ses belles actions comme suffisant «à l’annoblir aux yeux des autres chefs. Une profonde intimité existait entre Panorias et Odyssée ; les contrastes de leurs deux natures semblaient avoir fait naître la grande sympathie qui les unissait. Paraissant tous deux partout et toujours ensemble, Odyssée semblait une fleur éclatante, et Panorias, le tronc vigoureux destiné à la soutenir. Que de fois , après un rude combat ou une assemblée dans
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laquelle Odyssée avait déployé son éloquence accoutumée, les deux amis se sont-ils jetés dans les bras l’un de l’autre ! Alors Odyssée rougissait d’orgueil comme un enfant, et il répandait des larmes de joie en pressant contre son cœur le noble Panorias dont la bure grossière ne faisait point injure aux riches vêtements de son bien -aimé compagnon d’armes.
Odyssée peut être appelé à juste titre le Léonidas des modernes Thermopyles. L’étroit sentier de ce défilé fameux fut toujours fatal aux envahisseurs de la Grèce, depuis les Perses jusqu’aux soldats de Mahomet. Odyssée le défendit trois fois contre ces derniers. C’était là son poste de prédilection, parce qu’il savait bien que le salut de la Grèce était attaché à sa conservation.
Un jour, les séraskiers Hadji-Békir-Pacha et Seïm-Ali sortirent de Larisse avec dix-huit mille hommes , dans le dessein de s’emparer des Thermopyles et de fondre de là sur la Béotie et la Morée. Ils lancèrent devant eux deux cents cavaliers montés sur de fougueux chevaux de Thessalie, afin d’effrayer d’avance les populations et de reconnaître les défilés. Ces cavaliers franchissaient les distances, prompts comme la foudre, poussant des cris sauvages, incendiant les chapelles et foulant aux pieds les moissons; les timides paysans les regardaient passer avec effroi et croyaient voir en eux les mânes courroucés des soldats de Mardonius sortis du tombeau pour livrer aux vivants de nou-