CHAPITRE XII
veaux combats et réparer leur antique défaite. De ces deux cents terribles cavaliers , pas un seul ne rejoignit le corps d’armée ; ils furent tués en détail par les Armatoles , et ils disparurent comme si le sol les eût dévorés. Cependant les séraskiers avançaient toujours et vinrent camper à quelques pas desThermopyles, s’imaginant que les Grecs fuiraient épouvantés à la seule vue de leurs drapeaux, au seul bruit de leurs canons. Au premier coup d’œil, cette présomption ne paraissait pas dénuée de tout fondement ; car deux mille neuf cents Grecs tout au plus attendaient les dix-buit mille Turcs. Mais cette petite troupe était commandée par Odyssée et ses lieutenants Dyovounitis et Hervé Gouras.
La veille du combat , les pachas distribuèrent à leurs troupes le pilaf rouge, mets préparé avec du riz et une matière couleur de sang; ce repas religieux s’accomplit solennellement et enflamme vivement l’imagination des Turcs; car il est dit dans le Koran : « Je te donnerai à dévorer la chair de tes ennemis et à boire leur sang. » Les faquirs commencèrent ensuite leurs interminables prières et un sacrifice de cinquante béliers fut offert à Azraël, génie des tombeaux qui protège pendant le combat ceux qui l’ont invoqué et désigne à la mort ceux qu’elle doit frapper. Ainsi préparés, les Turcs s’avancèrent le lendemain , précédés d’une nuée de derviches à la mine macérée , au grand bonnet de laine, à la longue barbe, à la grande robe brune, et montés sur des ânes. Lis s’efforçaient de jeter en
tout sens des poignées de sable qui devaient anéantir les chrétiens, en vertu d’une promesse faite par le Prophète à la suite d’un miracle opéré par lui en pareille circonstance. Cependant les derviches tombaient sous le feu des Grecs embusqués derrière les rochers , et mouraient en s’étonnant de ce que le Prophète ne tenait point sa parole. L’armée , consternée de la perte de ses derviches, s’avançait par un étroit défilé où aucun mouvement ne lui était possible et d’où elle ne pouvait tirer sur les ennemis, cachés derrière les retranchements que leur avait préparés la nature. Ses rangs étaient décimés par une grêle de balles invisibles, et le soir vint sans que les Turcs aient pu répondre au feu des Grecs. Le lendemain , Odyssée voulut en finir et se précipita sur l’ennemi; les Grecs descendaient des montagnes comme une avalanche, poussant devant eux des quartiers de roche et d’énormes troncs il’arbres. La cavalerie et l’artillerie turques tombèrent dans les précipices ; deux pachas et un grand nombre de chefs restèrent sur la place. Avant le soir, les Osmanlis avaient lâché pied et se sauvaient en courant vers les plaines de Pharsale où ils ne furent pas poursuivis. Odyssée resta maître de neuf pièces de canon , de quarante drapeaux et d’une énorme quantité de bagages et de chevaux.
L’année suivante, une nouvelle invasion se préparait sous les ordres de Drama-Ali dont l’armée se montait à trois mille hommes. Odyssée l’attendait