‹ Voyage dans le royaume de GrèceChapitre 117 sur 154 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

entrouvrit plus bas de fraîches vallées et sema des bosquets verts et frémissants.

Une énorme tète de lion en marbre gît à gauche de la route qui mène au village de Chéronée. La gueule béante de l’animal semble menacer le ciel ; ses yeux sortent de la tète ; son épaisse crinière se hérisse autour de son large front. C’est là ce qui reste du lion qui surmontait lePolyandrum élevé par Philippe de Macédoine , après la bataille de Chéronée , sur les glorieux cadavres des trois cents guerriers du bataillon sacré des Thébains. Au commencement de ce siècle, ce précieux monument existait encore presque entier. Malheureusement, de barbares montagnards formant la troupe d’Odyssée, après un combat où ils défirent les Turcs, firent sauter le lion avec des pétards, s’imaginant qu’il était creux et qu’il contenait d’immenses trésors. Il est à regretter qu’aucun abri ne protège contre les intempéries des saisons les derniers vestiges de cet antique monument. Chaque année ronge davantage les énergiques contours de cette superbe tête ; les mousses l’envahissent et bientôt ce ne sera plus qu’un bloc informe et méconnaissable, devant lequel le voyageur ne pensera plus à s’arrêter.

Trois ou quatre masures, où nous trouvâmes à peine une poule à acheter, forment la Chéronée actuelle , au pied d’un rocher dont la pierre a été taillée par les Cyclopes et que couronnent quelques pans de muraille de l’ancienne Acropole. C’est sur ce rocher, nommé Pétrachus, que Rhéa trompa Sa-

PtlOCIDE.

tumc en lui donnant à avaler une pierre au lieu de Jupiter ; le maître des dieux fut ainsi dérobé au triste sort que lui préparait son père dont l’habitude était, comme on sait, de dévorer ses enfants. On est tenté de passer sans s’arrêter devant les chaumières de Chéronée ; grâce à la nécessité où se trouvait mon guide d’y acheter quelques provisions de bouche, nous y limes une courte halte, et je n’eus pas à le regretter. Une petite église byzantine attira mon attention par son air triste et pauvre ; elle était grossièrement construite, et son dôme rabougri s’élevait à peine au-dessus des chaumes environnants. Je franchis une petite muraille de pierres non cimentées, qui formait un enclos exigu à l’entrée de la chapelle. Quelques débris de marbre antique , des fragments de colonnes et de chapiteaux y gisaient recouverts d’herbes sauvages et mêlés à quelques amas de pierres ou de tuiles surmontés de toutes petites croix de bois. C’était là le cimetière; car, dans les villages grecs, le cimetière se trouve toujours devant ou derrière les églises : les morts dorment ainsi sous l’œil de Dieu et sous l’heureuse influence des prières qui se disent auprès d’eux. Une porte vermoulue fermait l’église; jel’ouvris facilement, et je pénétrai dans l’intérieur en descendant cinq ou six marches. Une surprise m’y attendait. Cette église, si basse et si chétive vue du dehors, était en réalité haute et élancée, en raison de son enfoncement dans le sol. Une rare et mystérieuse lumière y pénétrait; l’odeur sacrée de l’en-

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