‹ Voyage dans le royaume de GrèceChapitre 118 sur 154 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

cens imprégnait les murailles; une lampe brûlait dans un angle obscur. Aux larges dalles de marbre blanc qui formaient le parvis, aux quatre grandes colonnes qui supportaient le dôme et qui étaient d’un marbre jaune veiné de rose , de vert et de bleu , à leurs chapiteaux corinthiens , au large fauteuil sculpté et de marbre encore adossé contre l’une de ces colonnes, je reconnus un temple des idoles ; mais aux pieuses fresques peintes sur la barrière qui me cachait l’autel , aux grands saints méditatifs peints sur les murailles, à la douce image de la Madone entourée dans sa niche de cierges et de lampes, je reconnus le temple du vrai Dieu. Son sanctuaire avait pris la place du sanctuaire païen, et s’était enrichi des dépouilles de l’ancien culte. Ce temple était peut-être celui de la divinité qu’avaient adoptée lesChéronéens,etqui était le sceptre de Jupiter. La généalogie de ce sceptre le rendait digne des honneurs qu’on lui décernait. Vulcain l’avait fabriqué pour Jupiter, qui le donna à Pélops ; celui-ci le laissa à Atrée , qui le transmit à Agamemnon dont la fille Electre l’apporta, diton, en Phocide.

A une petite demi-heure de Chéronée se trouve le village de Saint-Biaise ( C/ A yios BXifpjs), qui est tout ce qu’on peut s’imaginer de plus misérable et de plus indigent. Il se compose de quelques familles albanaises , transplantées là par je ne sais quel caprice du sort. Faute de mieux, nous installâmes notre déjeûner sur la place publique ; un vieux tronc

PHOCIDE

d’arbre nous servit de table. Tandis que nous mangions, de hauts lévriers fauves et décharnés guettaient nos restes avec impatience et se disputaient hargneusement ce régal inusité. Deux grandes filles, noires , maigres , à l’œil hagard , se coiffaient entre elles sur la porte de leur chaumière, sans que notre présence parût les gêner; elles arrangeaient leur coiffure et en disposaient les sauvages ornements d’après la forme de leur silhouette que les rayons du soleil détachaient vivement sur la muraille. Leur toilette leur prit du temps, car, lorsque nous partîmes, elles étaient encore occupées à tresser dans leurs cheveux de longs cordons de soie ornés d’aiguillettes de cuivre.

Nymphovrysis.

En quittant la plaine de Chéronée, on s’engage surles bords sablonneux d’un petit ruisseau qui vous conduit, à travers plusieurs vallons étroits, entre des montagnes assez élevées, et qui vous charme par la fraîcheur de son onde et par l’ombre, si rare et si désirée en Grèce, des arbustes amassés sur le penchant des coteaux. Le paysageest gracieuxetmélancolique; le grand silence de la nature, l’harmonie et la tran-

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