CHAPITRE XIII
cendu, et prit en courant le chemin d’Arakhova. Despo était rentrée chez elle depuis longtemps ; assise à sa fenêtre , elle regardait la route. Aucun sinistre pressentiment ne l’avertissait du triste sort de son amant; elle l’aimait , donc il était le plus fort et le plus adroit; son amour lui devait être une invincible égide. Elle rêvait au jour de son mariage et aux fêtes à célébrer; d’avance, elle souriait à son bien-aimé. Mais quel coup mortel la frappa au cœur, lorsqu’elle vit apparaître triomphant celui quelle n’attendait pas! Son regard se voila; une pâleur sépulcrale s’étendit sur son front. Cependant elle se leva et alla attendre Alexis à la porte de sa maison : « N’entrez pas, lui dit-elle avant qu’il eut <i parlé; il n’est plus, je suis à vous. Le térébinthe « que vous avez cueilli sera mon bouquet de noces. « A huit jours ! »
Que se passa-t-il ensuite dans l'aine de Despo et quel dénouement se préparait ? Le jour des noces étant arrivé , les jeunes filles se rendirent au logis de la mariée afin de présider à sa toilette ; les jeunes gens en firent autant pour Alexis. A l’heure du banquet, celui-ci se dirigea vers la demeurede sa fiancée, conduit, selon la coutume traditionnelle des Grecs, par le chœur bruyant et joyeux des jeunes hommes. Despo l’attendait, entourée de ses compagnes. L’antique péplum de lin la couvrait des pieds à la tète , et le bouquet de térébinthe apparaissait sur sa poitrine à travers le fin tissu du long voile. Les jeunes gens cherchaient à deviner l’expression du visage
PUOCIDE.
caché de l’épousée ; ils savaient tous son histoire. Qu’allait-elle dire? son regard pleurait-il ou brillaitil d’espoir? Son cœur était-il consolé, ou projetait-il une vengeance?... Quand les hommes eurent achevé les chansons d’usage, le moment vint de dévoiler la nouvelle mariée, afin qu’elle se montrât dans sa pudique splendeur de vierge et qu’elle répondît les couplets accoutumés. La jeune fille désignée pour cet office s’avança donc vers Despo , et écarta le voile qui la couvrait tout entière. Chose étrange ! les yeux de l’épousée étaient fermés; sa bouche, entr’ouverte; son front, pâle; ses mains , glacées. La touffe de térébinthe détachée de son sein gisait à ses pieds... Despo n’était plus. Ne pouvant ni faillir à la foi jurée, ni accomplir le sacrifice, elle était morte et son âme avait rejoint celle de son bien-aimé. Les habitants du pays prétendent que, à partir de ce jour, deux sources jumelles jaillirent du rocher à la place du térébinthe. Ils firent des âmes des deux amants les génies de ce beu, qu’ils appelèrent Nymphovrysis , source des fiancés.
Arakhova.
Pour arriver à Arakhova, il faut monter pendant trois grandes heures par un chemin escarpé sur le flanc du Parnasse. Déjà , l’on aperçoit le village se