CHAPITRE XIII
dressant tout autour d’une pointe de rocher dont la dernière arête , aiguë comme une flèche , surgit du groupe même des habitations qu’elle domine de quelques toises. On se croit arrivé ; car déjà l’on entend distinctement le cri des enfants qui prennent sur les places leurs joyeux ébats. Mais non; il faut encore marcher pendant une grande heure, descendre à pic, perdre plusieurs fois de vue lesmaisonsdu village au fond de quelque ravin et remonter encore suruneroche plus haute, jusqu’à ce que l’on atteigne le dernier étage de ces pittoresques assises et que l’on entre à Arakhova par des rues grimpantes , tortueuses , creusées dans le roc même que pas un pouce de terre ne recouvre.
Arakhova est renommée en Grèce pour l’excellent vin que produisent ses coteaux rocailleux. Je dois dire que je ne trouvai pas le vin meilleur là qu’ailleurs ; car on le fait comme dans tout le reste de la Grèce , en le laissant fermenter avec de la résine et des pommes de pin, ce qui lui donne à peu près le goût d’une décoction sucrée de térébenthine. Que ce ne soit point une raison de renoncer à l’ascension d’ Arakhova ; car il n’y a pas deux Arakhova en Grèce. Arakhova jouit aussi d’une renommée moins inoftènsive et plus méritée que celle de son vin. C’est, ou plutût c’était avant les énergiques mesures prises par le Gouvernement grec, une pépinière de Clephtes, le refuge de tous les brigands qui infestent les défilés du Parnasse , ceux des Thermopyles et les frontières de la Turquie. Que ce ne soit
PHOC1DE.
point non plus un motif de battre en retraite; avec un guide fidèle, connu, ayant des amis partout, même dans le camp ennemi, on est en parfaite sûreté.
Arakhova est bien le village le plus romantique , le plus pittoresque, le plus hardiment situé de toute la Grèce. Du piton élevé sur lequel il est construit comme un nid d’aigle , vous vous trouvez au niveau de toutes les montagnes de la Béotie. Du côté opposé , à travers l’étroit et formidable défilé que forment les rochers de Delphes, les cimes de la Corintbie, celles de l’Argolide, quelques-unes même de la Laconie s’échelonnent à l’horizon, et, par une énorme embrasure de rochers , vous apercevez sur le premier plan un fragment du golfe de Lépante, qui reflète vivement le ciel. Au-dessus de votre tète , sont les dernières aspérités du Parnasse et ses neiges solitaires ; à vos pieds , de noirs abîmes et de fauves torrents qui se croisent en tous sens, et enfin les mémorables roches de Delphes. Combien tout cela vous console des fatigues et des inconvénients du voyage !
La race d’ Arakhova est remarquable ; elle jouit des mêmes privilèges physiques que les lieux qu’elle habite. Sa vigueur et sa beauté toutes primitives ont été conservées intactes par un air vif et salubre, par la nécessité de mener une vie sobre et de posséder des membres infatigables au sein de ces inaccessibles montagnes , de ces rudes chemins et de ces sauvages solitudes. Tout y est fort et beau;