CHAPITRE XIII
un n’y rencontre que des enfants gaillards et joufflus, qui entrentdans la vie à pleines voiles sans avoir besoin de combattre ou d’aider la nature; on n’y voit que de fières jeunes filles, de robustes mères, d’athlétiques jeunes gens et de vigoureux vieillards qui meurent sans passer par la période des infirmités et sans que leur front ait été flétri par la caducité ordinaire à leur âge. Aussi , est-ce dans ces régions du Parnasse que la Grèce a trouvé ses plus rudes guerriers et les plus terribles défenseurs de sa liberté. C’est pour cela encore que la vie de clephle est naturelle à ces hommes, vie de dangers , de combats , de privations et d’indépendance , au sein de laquelle ils trouvent à dépenser les forces que leur a prodiguées la nature.
Mon guide me conduisit chez un brave homme du nom d’Alexandre Alexandrojanni , qui nous reçut avec la plus cordiale prévenance. L’avantveille encore, il était maire d’Arakhova; le jour où nous arrivâmes, il n’était plus qu’un simple citoyen. En effet, une commission de justice avait passé par là , envoyée exprès d’Athènes pour réprimer les brigandages nombreux qui ne cessaient de se commettre dans toute la Phocide et pour faire le procès à leurs auteurs. Le maire d’Arakhova, le plus riche habitant du pays , n’étant pas exempt des soupçons de l’autorité , sa maison fut , comme les autres, fouillée de fond en comble. Fort heureusement, on ne trouva rien qu’il ne possédât légalement et légitimement. Froissé néanmoins de
PHOCIDE
cet acte de suspicion de la part du Gouvernement, Alexandrojanni donna sa démission de maire. Nous le trouvâmes donc sous le coup de ce triste événement; ce qui ne l’empêcha pas de se montrer d’autant plus affable et plus obligeant, qu’il tenait plus à nous prouver combien les hommes avaient été injustes envers lui. Dès que je fus réchauffe et reposé, il me proposa de faire un tour dans le village en attendant l’heure du souper; j’acceptai. Après avoir parcouru des rues étroites , tortueuses et rapides, nous atteignîmes un petit plateau qui domine le village et n’est séparé que par un profond ravin des dernières sommités du Parnasse. Une église est bâtie là sur les cadavres de plusieurs centaines de Grecs qui, de cet étroit espace, combattirent d’innombrables Turcs pendant plusieurs jours et les forcèrent à se réfugier dans les hauteurs de la montagne où ils périrent de faim. Cette église, nouvellement réparée , est spacieuse et richement ornée; ses murailles sont couvertes de fresques éclatantes et fraîchement achevées; de grandes lampes de cuivre brûlent entre chaque colonne. Lorsque nous entrâmes, deux vieux pappas, enfoncés dans leur haute et profonde stalle, y chantaient eu nasillant l’office du soir. Le ci-devant maire d’Arakhova connaissait peu son histoire sainte et n’était pas familiarisé avec les noms du Martyrologe. Aussi, quand il se mil à m’expliquer le sujet des diverses peintures qu’il s’efforçait de me faire admirer, il se trouva plus d’une fois fort en peine