‹ Voyage dans le royaume de GrèceChapitre 123 sur 154 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

de me nommer les saints et les saintes qu’ elles représentaient. Alors, l’un des pappas interrompait son chant, me regardait par-dessus ses lunettes comme une vieille connaissance et me criait, de façon à couvrir la voix de l’autre qui continuait , le nom que ne pouvait prononcer mon cicérone. Puis, il reprenait gravement son chant à l’unisson de son acolyte.

Tout autour de l’église, de petits monuments de tuile indiquaient des tombeaux et, sur les plus récemment fermés, des poignées d’encens brûlaient encore et répandaient leur mélancolique et pieux parfum. Appuyé sur une rampe , je ne pouvais m’arracher au spectacle qui s’offrait à mes yeux. C’était le soir, et le soleil se couchait. C’est par un coucher de soleil qu’il faut contempler la Grèce; ce moment de la journée y est splendide, et je ne crois pas que sous aucun autre ciel le soleil éclaire de plus merveilleuses beautés et s’en aille de l’horizon avec plus de pompe et d'éclat. La nature , accablée de la chaleur du jour, se réveille alors; les oiseaux chantent; les montagnes , les unes sombres , les autres noyées dans la lumière, revêtent des formes inattendues; une création nouvelle semble s’accomplir, et l’âme se ranime aussi pour partager cette espèce d’inspiration générale. A cet instant où de splendides reflets disputent l’espace aux ténèbres, l’imagination peut créer des fantômes à sa guise; les songes remplacent la réalité; le présent s’endort et le passé renaît. Tandis que de grises

PHOCIDE

vapeurs couvraient la Béolie, que des étoiles commençaient à scintiller au-dessus d’elle et qu’une ombre épaisse se traînait à mes pieds dans les abîmes et sur les rochers de Delphes , l’horizon du Peloponèsc était tout en feu; ses montagnes semblaient douées de transparence, afin de laisser voir à travers elles un incendie immense qui les embrasait elles-mêmes. Cet éclatant crépuscule pâlissait déjà, et le petit espace du golfe de Lépante , qui m’apparaissait entre deux noirs rochers, tout environné d’ombres , reflétait encore les dernières lueurs du ciel : on eût dit l’œil rouge et sanglant d’un monstre terrassé. Mon hôte était, comme moi, plongé dans cette contemplation; nous ne quittâmes la place que lorsque la nuit fut complètement venue.

Après le souper , Alexandrojanni , charmé de trouver un étranger qui parlait sa langue, devint de plus en plus expansif; il m’interrogea d’abord sur les choses qui se passaient en France. Il avait entendu parler des grandes conquêtes de Napoléon , et professait pour lui la plus fervente admiration. Il aimait aussi les Bourbons et déplorait leur exil; car lui , qui avait combattu pour son pays, il savait par expérience de quel poids pesèrent dans les destinées de la Grèce, en faveur de son affranchissement , les secours envoyés par les derniers rois de cette dynastie. De la politique, il en vint aux confidences de famille. Il me raconta qu’il était riche et qu’il avait laborieu-

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