‹ Voyage dans le royaume de GrèceChapitre 125 sur 154 · chapitre: xhi · texte numérisé non relu

chapitre: xhi

et à la nymphe Gorycia. Une longue inscription , toute détériorée , indique l’antre Gorycien dont l’accès était praticable aux chevaux , du temps de l’historien Pausanias. Ce dernier atteste n’avoir jamais vu une grotte plus spacieuse ni plus belle ; aujourd’hui, les eaux et les éboulements en ont comblé une bonne partie. C’est à l’antre Gorycien que les Thyiades , prêtresses natives d’Athènes, se donnaient rendez-vous à une certaine époque de l’année, appelant à elles les femmes de la Phocide et les femmes étrangères que la dévotion amenait à Delphes. S’animant ensuite, au moyen de pratiques mystérieuses , d’un esprit intérieur qui les rendait folles, elles franchissaient, fortifiées parleur exaltation , les sentiers les plus impraticables et atteignaient la cime la plus élevée du Parnasse. Là, per dues dans les nuages, elles se livraient en l’honneur d’Apollon à d’étranges fureurs et à d’indescriptibles orgies.

Quelques débris de sarcophages en marbre , cachés sous les vignes qui couvrent de ce côté le penchant pierreux et rapide du vallon; une chambre souterraine dans laquelle il est aisé de pénétrer ; l’empreinte des gonds et des clous énormes d’une porte sur le rocher, porte qui fermait , dit-on , un chemin secret conduisant au trépied de la sibylle ; quelques petites colonnes soutenant le vestibule extérieur d’une église indigente et placées, par la maladresse des habitants , le chapiteau en bas et la base en l’air ; un mur de soubassement que l’on re-

PIIOCIDE.

garde comme indiquant la place du temple d’Apollon dont il aurait fait partie, et sur la partie visible duquel on peut lire une immense inscription bien conservée rappelant les décrets magnifiques rendus en l’honneur des bienfaiteurs du temple , les noms de plusieurs architectes employés à le construire ou à l’agrandir, et l'affranchissement d’un esclave par sa consécration au dieu ; enfin , tout le long de l’unique sentier qui parcourt le vallon, des niches plus ou moins grandes taillées dans le roc et dans lesquelles parfois l’image d’une Madone a remplacé les riches offrandes des païens : c’est là tout ce qui rappelle au voyageur attristé l’existence de la superbe Delphes. Plus de temples, ni de statues couvertes d’or et luisant au soleil; plus de danses, plus de jeux, plus de processions solennelles, ni de peuples assemblés; plus d’amphyctions réglant les destinées de la Grèce; plus de conquérants avides d’arracher auCiel le secret de leur avenir; plus de philosophes s’inclinant devant la devise la plus sage et la plus vraie peut-être qu’ait enfantée le génie du paganisme, rV&'s-i oean/Iôy, Connais-toi toi-même! Tout a disparu, comme le lendemain d’une fête, les splendides échafaudages , la musique , les danses cl le peuple qui cherchait la' joie. La pâle et triste sibylle semble seule habiter ces lieux sombres et déserts. En un rêve facilement enfanté par l’imagination, on la voit passer, l’infortunée prêtresse, malheureuse de sa gloire et de sa science involontaire, conduite par d’inflexibles pontifes qui la for-

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