‹ Voyage dans le royaume de GrèceChapitre 139 sur 154 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

sait ia même impression ; car il me précédait en silence d’un air abattu, lui qui d’ordinaire avait toujours sur les lèvres une plaisanterie, une histoire ou une chanson. Après avoir erré sur ces cimes froides et chauves pendant plusieurs heures, nous descendîmes au fond d’un ravin, entraînés malgré nous par la chute des pierres mouvantes qui formaient le sol. Deux immenses rochers de couleur noire veinée de longues lignes transversales rouges formaient un défilé si étroit et si retentissant que chaque pas, chaque soupir de notre poitrine sc répercutaient à notre gauche de l’autre côté du ravin sur un mur perpendiculaire haut de cinq à six cents pieds. Uu torrent, descendu des monts de Calavryta , bondissait auprès de nous et nous éclaboussait lorsque nous passions trop près de lui ; un peu plus loin, il s’engouffrait en écumant dans un étroit goulet formé par la réunion des deux rochers. L’air était froid et humide; car les rayons du soleil ne peuvent pas descendre au fond de celte gorge. Je n’ai jamais plus fortement éprouvé quelle réaction puissante la nature exerce sur l’imagination et les nerfs de l’homme, et combien le sombre aspect de certains lieux a le pouvoir de le remplir de folles préoccupations et de terreurs irréfléchies. Le ravin commence à s’élargir à un endroit où s’élève un funèbre bosquet de cyprès. Là, un moulin et de tristes cabanes forment un village qui porte le nom de Zachloros et qu’habitent quelques pauvres familles. Il faut que ces gens soient bien abandonnés

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