‹ Voyage dans le royaume de GrèceChapitre 14 sur 154 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

mari, tué à Constantinople par ordre du sultan. Lorsque l’amirauté d’Hydra proclama l’indépendance, elle saisit avec avidité celte occasion de venger les mânes de son époux. Elle équipa trois vaisseaux , arbora son pavillon sur l’un d’eux , et confia les deux autres à des capitaines expérimentés. De son bord, elle dirigeait elle-même les opérations de sa petite flottille et commandait les manoeuvres. A elle seule, elle tint le blocus de Nauplie, jusqu’au moment où les Turcs quittèrent la place. Elle avait deux fils quelle envoya combattre aux avant-postes de l’armée grecque, en Moréc; ils s’y firent tuer tous deux.

Nos chevaux et nos bagages, que j’avais fait venir par terre , étant arrivés , je résolus de partir le lendemain, et de prendre à travers les montagnes la route de Sparte. Jamais journée plus sereine ne s’éleva sur le golfe Argolique. Quand je quittai Nauplie, le rocher de Palamède projetait encore sa grande ombre sur la plaine; à son sommet, le soleil qui allait paraître formait une ligne d’or suivant la sombre silhouette des tours et des murailles crénelées de la citadelle. Je marchai sur la route d’Argos, grande et belle route , bordée de chaque côté d’une haute rangée de peupliers jusqu’à une certaine distance de la ville ; quelques maisons de campagne , entourées de jardins et d’ombrages, s’élèvent çà et là. Je remarquai avec surprise à ma droite un énorme lion taillé dans le vif, sur le flanc perpendiculaire d’un roc élevé; il fut sculpté par ordre du

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roi , en mémoire des Bavarois morts en Grèce. J’y voyais autre chose que le souvenir d’étrangers dont la nature ne put jamais s’allier à l’organisation délicate du peuple grec. Cette gigantesque effigie , incrustée dans la pierre , m’apparaissait comme un sceau de jeunesse nouvelle et de rénovation empreint par une main providentielle sur le sein de cette terre, vieille de tant de siècles, devant de gloires, et de tant de ruines qui la jonchent. Ce lion, la griffe allongée, la tète puissante et irritée, le front ombragé d’une forte crinière , la gueule béante , la face toute jetée hors de sa matrice de pierre, semble une frémissante imprécation jaillissant du sol même contre ses oppresseurs passés, et une menace permanente contre ceux qui tenteraient de l’opprimer à l’avenir.

Tirvnthe.

Tirynthe se trouve à peu près au quart de la distance qui sépare Nauplie d’Argos. Cette ville fut bâtie par Prætus, fils d’Abbas , roi des Argiens. Prætus appela les Cyclopes pour leur faire ceindre sa ville d’épaisses murailles, et la fortifier par d’inexpugnables remparts. Ses ruines sont les ruines cyclo-

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