CHAPITRE III
pécnncs les plus grandes et les plus imposantes de toute la Grèce. Des pans de murs larges de vingtcinq pieds existent encore, ainsi que des vestiges de portes pratiquées dans l’enceinte fortifiée, et la fameuse chambre des filles de Prælus. A voir ces blocs de pierres énormes tournées et retournées par le bras des géants, carrément taillées, habilement superposées et reliées entre elles par des pierres plus petites introduites dans leurs interstices, l’imagination cherche vainement par quels moyens étranges , ou par quelle force humaine inconnue à nos débiles générations, elles ont pu être transportées d’un lieu à l’autre, et comment, une fois là, le temps lui-même a pu les séparer et les disperser sur le sol , comme il fait de nos frêles habitations. L’ombre d’Hcrcule, qui naquit à Tirynthe et y fit de longs séjours, plane sur ces ruines, derniers vestiges de la force merveilleuse dont une race d’hommes fut douée à une certaine époque , époque de barbarie et de brutalité, où ces hommes luttaient aveuglément contre les puissances de la nature , satisfaits de surmonter des obstacles après eux insurmontables, et de répandre dans la postérité la crainte et l’étonnement. Plus tard, les hommes, doués de membres moins robustes, eurent en compensation une intelligence plus haute, un cœur plus élevé , une âme plus ouverte aux conceptions du beau. L’art naquit ; ce fut le règne de l’esprit sur la matière.
Du sommet des ruines de Tirynthe , on embrasse
PÉLOPONÈSE. 53
d’un coup d’œil toute cette belle et florissante Argolide , Nauplie et son golfe qui paraît un lac paisible, Argos et sa haute acropole , et Mycènes dans de sombres gorges. On ressent une impression qui ne peut se définir , à ce contraste enfanté par le temps entre la splendeur, la richesse, le tumulte du passé, et la solitude, le silence des jours présents.
La plaine d’ Argos, à travers laquelle je m’acheminai en quittant Tirynthe, me parut d’une nature forte et vivace , malgré l’état d’abandon dans lequel elle se trouve. Il ne manque à cette terre ni le soleil qui vivifie , ni l’air qui assainit , ni le ciel pur qui verse de fécondes rosées , mais un bras intelligent et actif pour lui confier des moissons et des fruits. Lorsque le roi Othon vint pour la première fois en Grèce, la plus grande partie de ces terrains sans maître fut concédée aux Bavarois qui l’avaient suivi. Leur présence ne plaisait point aux Grecs qui ne s’accommodaient ni de leur caractère, ni de leurs habitudes ; ils les voyaient d’un mauvais œil s’établir parmi eux, et former par leur colonie une nation étrangère dans leur sein ; ils ne leur tenaient aucun compte des services qu’ils pouvaient rendre dans l’avenir, en cultivant ces terres et ranimant leur fécondité ; inhabiles et paresseux , ils préféraient voir leur sol rester inculte et improductif dans leurs propres mains, que possédé et ensemencé par d’autres. Aussi , à l’époque où la constitution fut proclamée, tous les Allemands s’enfuirent et abandonnèrent leurs possessions, effrayés par les menaces et i’ani-