‹ Voyage dans le royaume de GrèceChapitre 142 sur 154 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

chœur ; car , lorsque le couvent est en prière au moment où un étranger se présente, c’est là qu’on le reçoit. Une seule lampe l’éclairait, et sa rouge lueur se perdait dans un nuage d’encens. Dans le fond, le sanctuaire, caché par la barrière sainte, était entouré de plus de lumières; une clarté diffuse s’en échappait et ressemblait à un lointain crépuscule du sein duquel la voix du prêtre invisible se faisait entendre de temps à autre , comme un oracle sacré, au milieu du silence et du recueillement général. La muraille était couverte de fresques démesurément grandes , d’apôtres et de saints dont les auréoles d’or brillaient seules dans une demi-obscurité. De hautes et profondes stalles en bois sculpté , rangées tout autour de la nef, servaient de siège aux moines. La figure de ces derniers se détachait à peine de l’ombre environnante, et leurs immenses silhouettes noires s’agitaient sur les murs d’une manière fantastique. Rien de plus bizarre que cet office ; c’était un chant en langue grecque qui passait graduellement des notes les plus graves aux sons les plus aigus , sur un ton lent et nasillard. Puis, le chant cessait et tous les moines descendaient avec bruit de leurs stalles et se prosternaient à plusieurs reprises la face contre terre, en faisant de gigantesques et interminables signes de croix et en murmurant sans fin des kyrie eleison , à voix basse, jusqu’à ce que le souffle leur manquât. Le chant reprenait ensuite, triste, étrange, lugubre. Plus tard, l’hégoumène s’avançait gravement au milieu du

chœur, vêtu d’une tunique violette flottante, coiffe d’une haute toque delà même couleur; un immense voile noir retombait sur ses épaules. Il était de petite taille et sa barbe , blanche comme de la neige, descendait jusque sur sa poitrine et cachait à demi une grande croix d’or. Il tenait dans ses mains une haute crosse dorée et ciselée , et chacun des moines venait à son tour baiser son anneau. Cela fini , à la voix de l’hégoumène, le voile du sanctuaire s’écartait un instant, et l’officiant, couvert de riches chasubles, apparaissait devant l’autel, au milieu d’un nuage resplendissant. Tous les moines se prosternaient comme précédemment avec les mêmes signes de croix; le voile retombait, et les chants recommençaient encore du sein de l’ombre. Cet office excitait vivement ma curiosité et me remplissait d’une inexplicable émotion. Je croyais faire un rêve bizarre et assister aux étranges cérémonies d’un culte inconnu , accomplies dans ce sombre sanctuaire pratiqué dans les entrailles mêmes du rocher. Combien j’étais loin de retrouver la pompe simple et grandiose, la majestueuse dignité de nos cérémonies catholiques, si belles, si grandes, si pleines de ces émotions qui élèvent l’âme, qui touchent et calment le cœur! Quelle différence entre ces discordantes prières et l’ample harmonie de nos psaumes ; entre les gestes exagérés de ces moines, tour à tour assis ou couchés dans l’ombre , et la haute et pieuse attitude de nos prêtres devant les flambeaux sacrés de l’autel ! Le prieur seul m’avait inspiré une véritable vénération;

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