CHAPITRE XIV
leur secours. A sa voix , tous sortirent de leurs cellules ; le mont Cyllène vit défiler la longue procession des habitants de cette sainte Thébaïde qui se décidaient à redescendre parmi les humains et à se mêler à leurs eilêrvescentes passions , pour accomplir un acte de miséricorde. Ils traversèrent les camps des Grecs et, par l’ascendant de leur auguste sacerdoce, parvinrent à leur arracher leurs victimes. Une fois les Turcs remis entre leurs mains, les moines leur firent traverser toute l’Achaïe , les accompagnèrent jusqu’au bord du golfe de Lépante et là , s’embarquant avec eux et se faisant leurs nautonniers, ils ne les abandonnèrent qu’après les avoir déposés en sûreté à Crissa où le croissant régnait encore. Dans les invasions qui suivirent, lesTurcs n’oublièrent pas cette conduite magnanime; ils laissèrent les moines en paix dans leur couvent et, plus d’une fois , cédant à leurs prières , rendirent aux prisonniers chrétiens la vie et la liberté. Ce fait est resté dans la mémoire des religieux de Mégaspiléon comme une tradition glorieuse.
Plus tard cependant, en 1826, ils durent tenir une conduite toute différente. Ibrahim-Pacha ayant envahi la Morée, d’innombrables familles allèrent chercher un asile dans l’inexpugnable couvent de l’Assomption. Le pacha, alléché du reste par l’appât du gain , essaya de s’en emparer. Mais les moines s’étaient préparés à le recevoir; leurs cellules étaient devenues d’énormes embrasures, par lesquelles des canons montraient leur gueule menaçante; ils
avaient une ample provision de vivres, d’armes et de poudre. A l’approche des Turcs, la caverne sainte devint un antre de Vulcain où se forgeait la foudre et qui vomissait la mitraille. Il aurait fallu prendre le couvent d’assaut ; mais comment escalader cette énorme muraille de rocher à pic, trouée de meurtrières et dégarnie à l’avance de tout ce qui aurait pu en rendre l’accès possible? Aussi, Ibrahim- Pacha fut-il obligé de se retirer après avoir perdu beaucoup de monde, sans avoir pu causer à l’ennemi la plus petite égratignure. Cependant, pour satisfaire son amour-propre , il ne voulut pas quitter la montagne sans l’avoir marquée du sceau de son passage. Pour cela , il la tourna, atteignit son sommet parle revers du côté du golfe , et y bâtit une forteresse inutile qu’on aperçoit encore aujourd’hui à quatre cents pieds au-dessus du monastère, et qui est restée là comme un monument de l’impuissance et de la vanité de celui qui l’a construite.
Les statuts de l’ordre sont à peu près ceux de tous les ordres monastiques; le jeune, l’abstinence, la mortification des sens en font la base. Les heures de la journée qui ne se passent pas à la chapelle sont partagées entre l’étude et la contemplation pure; et, la nuit, de longs offices interrompent le sommeil. Mais toutes ces pratiques se sont plus ou moins altérées, et les couvents ne sont plus ce qu’ils étaient autrefois ; des abus de tous genres s’y sont introduits. La plupart des religieux ne se sont point voués à la vie monastique par un saint zèle ni par