‹ Voyage dans le royaume de GrèceChapitre 148 sur 154 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Slamuto ; auprès d’elle, se trouve une autre cuve presque aussi colossale et nommée Angélique. Stamato et Angélique sont entourées d’une cour nombreuse de futailles de diverses grandeurs, à peu près toutes pleines jusqu’au bord. Une étroite fissure , ménagée par la nature dans le rocher, laisse pénétrer l’air et un peu de lumière dans l’antre.

I)e la cave, je passai au réfectoire où s’assemblent les religieux à certains jours, et de là , montant aux galeries aériennes dont j’ai parlé, je pus voir à mon aise l’intérieur des cellules auxquelles ces galeries distribuent le jour. Ces cellules sont de petites dimensions et , dans quelques-unes , deux religieux sont réunis ensemble; elles sont taillées dans le roc, dont rien ne dissimule la froide et rugueuse surface; d’énormes barreaux de fer se croisent devant leur étroite fenêtre. Elles ont un aspect funèbre ; et j’admirais, sans les envier, ces prisonniers volontaires clos dans ces sombres cachots. J’examinai avec intérêt et curiosité les têtes superbes des moines qui se dérangeaient de leur travail ou de leur prière pour me regarder passer. Quelle variété et quels contrastes dans ces physionomies! Les uns étaient de vénérables vieillards , au front grave et pensif penché sur un manuscrit enluminé ; la culture des lettres et des sciences sacrées remplissait leurs heures de loisir ; l’étude avait empreint sur leur figure le calme de la réflexion. Les autres semblaient oisifs ; mais je devinais dans leur regard vague et inattentif que de profondes pensées les

préoccupaient intérieuretuent ; leurs lèvres closes , pâles et décharnées semblaient retenir un secret qui pesait sur leur poitrine. D’autres enfin, jeunes encore , à la barbe noire et vivace , à l’œil brûlant , aù front chargé de cheveux , regardaient avec tristesse l’échappée de ciel bleu que leur laissaient entrevoir les vitraux de la galerie. La main serrée sur les barreaux de leur fenêtre, ils semblaient vouloir ébranler ces entraves rivées par eux mêmes sur leur liberté. Que de mélancolie sur ces bouches vermeilles, sur ces jeunes figures , dans ces yeux où la vie ascétique n’était pas encore parvenue à éteindre les passions ! Que regrettaient-ils dans le passé et quel espoir demandaient-ils à l’avenir ? je l’ignore; mais je voyais bien que ce pan de ciel bleu les tentait , qu’ils aspiraient à l’air libre , et qu’ils pleuraient une vie dont ils s’étaient trop précipitamment dégoûtés.

Je ne dis rien de ceux qui dormaient ou qui semblaient attendre en un paisible ennui l’heure de chanter l’office. Après cette visite, je demandai à être présenté au prieur; mais il était parti le matin même pour inspecter des fermes aux environs.

Quelques heures après, je quittai le couvent et repris rapidement la route de Vostitza où je rentrai le soir.

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