CHAPITRE XIV
Vous avez sans doute oublié le jeune homme à qui j’avais donné de la poudre à l’entrée des gorges de Bura, et sur les projets duquel j’avais conçu quelque inquiétude. Moi-même je l’avais oublié complètement et je ne m’en souvins qu’à la vue de son frère, lorsque je le revis en repassant près de ce khan pour descendre à Vostitza. Dès qu’il nous aperçut , il vint à notre rencontre d’un air agité , prit vivement les mains de mon guide et serra les miennes aussi. Etonné de cet accueil, je lui demandai ce qu’il avait; il me répondit: « "Eyivey ÿj éniïtxrioi s, il y a eu vengeance. » — « Et de quoi ? » repris-je. Cette question l’embarrassa ; il parut se repentir d’avoir parlé. Cependant , à force d’instances, nous le décidâmes à raconter en ces termes l’histoire suivante :
« Mon frère Stamatis , et moi , nous avons une « sœur, Hélène. Nous la laissons chaque matin « à quelques lieues d’ici, sous la garde d’une vieille « tante qui nous a servi de mère. Notre sœur est « pauvre , puisque nous le sommes, mais si belle » que sa vue vaut mieux pour nous que celle du « plus riche trésor. Stamatis a pour elle une prédi-