CHAPITRE III
madversion des indigènes. Depuis ce moment les travaux agricoles, à peine commencés, ne furent repris par les Grecs qu’avec impéritie et lenteur.
Lerne.
Après une heure démarché à travers des champs marécageux, nous passâmes devant une grande maison qu’on appelle Iiippophortion (iKiroyopze'tov), ainsi nommée parce que les gens qui arrivent de l’intérieur s’y arrêtent pour décharger leurs chevaux et les recharger ensuite. A cet endroit nous quittâmes la route battue, pour suivre le rivage en ligne droite afin d’abréger le chemin; de temps en temps nos chevaux s’enfonçaient dans la mer jusqu’au poitrail, puis se retrouvaient sur la cime plate d’un rocher, puis redescendaient encore dans l’onde. Je m’en rapportais à l’expérience de mon guide et à l’instinct de ma monture, et je contemplais les hautes montagnes de l’Argolide et du Péloponèse , au sein desquelles j’allais m’aventurer. La vue de ces montagnes déchirées par des gorges profondes, séparées entre elles par des précipices, dépourvues de végétation, austères comme le rocher que rien ne couvre , sans habitants , sans forêts , sans sentiers, pré-
PÉLOPONÈSK.
dispose l’àme à la tristesse , au souvenir de la patrie lointaine et regrettée, aux craintes vagues et intimes. Un grand silence régnait, rempli seulement de ces bruits confus et mystérieux de la nature qui font partie du silence même , la pierre qui s’écroule entre deux monts solitaires, le vent qui traverse accidentellement les hautes régions de l’espace , la voix profonde de la mer qui ne se tait jamais; et je prêtais l’oreille tantôt à la mer, tantôt aux montagnes. Une nuée de corbeaux s’était attachée aux pas de notre caravane; sans trop m’en rendre compte, je les suivais d’un œil inquiet; je les comptais à ma droite et à ma gauche , et je tirais de leur vol capricieux des présages qui se contredisaient d’un instant à l’autre. Errant sur cette terre mère du paganisme, je ressentais en moi des terreurs païennes; la superstition me gagnait. Heureusement un arbre demimort leur offrit , à ma droite, un lieu de repos sur lequel ils s’abattirent tous d’un commun accord. Je remerciai le Ciel, et continuai ma route, rassuré par ce propice augure.
A ce moment, la courbe insensible du rivage nous amenait à l’extrémité du golfe, en face de Nauplie. Un grand arbre sur les bords de la mer , quelques chaloupes amarrées, de chétives maisons , telle est Milos (MîjXos), dernière halte habitée à l’entrée des déserts. On s’arrête là, parce que, avant de s’engager dans les solitudes qui s’ouvrent devant vos pas, on est invinciblement entraîné à jeter un long regard en arrière , sur Nauplie qui blanchit