CHAPITRE XIV
« promener un instant; ils passèrent plusieurs fois « près de mon frère qui écoutait avec avidité. La « présence de notre tante paraissait les gêner; Lef- « teris lui dit à plusieurs reprises de les laisser « seuls; elle s’y refusa. Euiin, le scélérat sortit de « sa poche une poignée d’argent et la lui remit. « Notre tante eut le cœur assez bas et assez lâche « pour accepter et pour les quitter à ce prix. Ce « n’était pas la première fois : car , d’après l’entre- « tien que Stamatis put recueillir par lambeaux , « Lefteris avait séduit notre sœur , en se faisant « passer pour un riche négociant de Patras et en lui « promettant de l’épouser. Il est si facile d’abuser « une jeune fille dont le cœur est fait pour aimer « et dont l’àme pure est incapable de soupçonner « le mensonge! Stamatis avait les deux pistolets « que vous lui connaissez ; mais il n’avait pu se » procurer encore ni poudre ni capsules. C’est vous ■< qui lui avezdouné cela. Que Dieu soit béni ! Il est « donc parti, comme vous l’avez vu, ivre de rage ; » il avait attendu si longtemps! En arrivant, il se « précipita dans la chaumière et les trouva tous <• trois causant tranquillement. »
Là , le jeune homme s’arrêta pour reprendre haleine.
« Et puis... , » reprîmes-nous ensemble , mon guide et moi.
« Et puis..., continua l’autre en balbutiant à force « d’émotion , il n’a pas tué cet homme. Mon frère « avait perdu son sang-froid ; il a tiré sur lui trop
« vite et l’a manqué. Lefteris s’est sauvé par la fe- « nêtre. Mais je suis tranquille sur son compte , « Stamatis a une balle sûre pour lui ; il est à sa « poursuite, et il a juré de ne pas invoquer son pa- « tron et de ne pas desserrer le cordon de sa fous- « tanelle avant de l’avoir tué ; et ce ne peut être
f< bien long Il n’a pas tué Hélène; il aurait dû le
« faire , mais il l’aime trop ; et puis , la pauvre en- « fant avait été trompée; il y avait de l’innocence « dans sa faute Mais il a tué »
« Qui donc ?.... »
« La vieille tante qui avait reçu, l’infâme, le prix « du déshonneur d’Hélène. »
Trois heures après , nous étions de retour à Vostitza, pour en repartir le lendemain de bonne heure afin d’arriver à Patras.
Lépantc, Patras, Missolonghi.
Par une erreur qu’explique facilement la précaution que nous avions prise de nous mettre en route sans emporter de montre, mon guide me fit lever ce jour-là à une heure du matin, au lieu de quatre comme c’était son intention. Il ne s’était en-