‹ Voyage dans le royaume de GrèceChapitre 153 sur 154 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

dans l’espace. A ce moment, l’imagination s'exalte et je ne sais quelles voluptés puissantes s’emparent des sens. Un génie inaccoutumé s’allume eu vous, et l’on dirait qu’il va parler par votre bouche et remplir de ses chants ces rivages poétiques. Mais il n’appartient pas à tous de traduire en magiques paroles ces inspirations intérieures que la nature verse dans tous les cœurs à de certains moments. Heureux ceux qui peuvent parler alors et redire ce qu’ils entendent en eux !

Patras se trouve situé à l’entrée du golfe de Corinthe, au sortir de la mer Adriatique, entre la Roumélie , les îles Ioniennes et le Péloponèse. Cette position en a fait de tout temps une place importante par son commerce; maintenant encore, pour la même raison, c’est la ville de Grèce qui ait devant elle le plus florissant avenir. Elle est spacieuse, ses rues sont alignées au cordeau, son port paraît encombré et animé; chaque jour, elle tend de plus en plus à remplir le vaste cadre du plan qui a été tracé pour elle. Bien qu’elle fût déjà fameuse dans l’antiquité, aucun de ses monuments n’a survécu aux coups du temps et aux désastres de la guerre. On trouve seulement quelques débris de colonnes épars dans ses environs et, dans son acropole , quelques rares vestiges de temples mêlés aux ruines de la forteresse turque.

La seule chose à voir, c’est la grande et belle église de Saint- André , martyrisé à Patras et patron de la ville. Cette église est construite sur l’empla-

cernent du temple de Cérès. A côté de ce temple , il y avait une source célèbre par les oracles qu’elle rendait au sujet des maladies. Les personnes malades y descendaient munies d’un miroir, qu’elles jetaient dans l’eau de façon à ce qu’il surnageât à sa surface ; le miroir avait à ce moment la propriété de représenter ces personnes mortes ou vivantes encore , selon l’issue que devait avoir leur maladie. Cette source existe encore contiguë à l’église, et forme une claire nappe d’eau à laquelle on arrive en descendant des degrés usés par l’affluence des gens qui viennent encore la consulter. Il n’y a pas en Grèce de ville ni de village qui ne possède une source pareille, source miraculeuse ordinairement consacrée à la Vierge et appelée Agiasma (’A yix cv^a) . Les Grecs leur attribuent la vertu de guérir ou d’éloigner les maladies; ils ne passent jamais devant elles sans se faire avec leur onde de nombreuses ablutions sur la tète et sur le visage, quelle que soit la saison.

Pausanias trouva qu’à Patras les femmes étaient deux fois plus nombreuses que les hommes, et qu’elles étaient portées à l’amour plus que toutes les autres femmes. Est-il surprenant que , sous un tel ciel, la beauté soit plus amoureuse que partout ailleurs ?

En face de Patras , on aperçoit une plage basse et marécageuse à laquelle sont amarrées en foule des barques de pêcheurs. Il y a quelques années, ces pêcheurs se sont montrés des héros; cette plage,

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