‹ Voyage dans le royaume de GrèceChapitre 19 sur 154 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

D’ailleurs il est temps de partir, si nous voulons , à travers ces défilés où la marche est lente , gagner la prochaine habitation avant la nuit. » Nous repartîmes donc, devancés par nos bagages que Dimitri avait mis en route depuis longtemps, afin que nous ne fussions pas retardés par eux. Pendant que nous cheminions côte à côte , il me raconta l’histoire qu’il m’avait promise.

Jean Stathas.

C’est un épisode des guerres de l’indépendance , période féconde en exploits, inépuisable carrière d’histoires inouïes, d’anecdotes romantiques, d’homériques batailles, de sombres drames , source intarissable où la poésie pourrait puiser des chants sublimes pour éterniser la mémoire des gigantesques actions d’un peuple qui secoua soudain le linceul du passé sous lequel il semblait enseveli, et les chaînes d’une immense et puissante oppression. Ces annales, dignes de la poésie épique, n’ont laissé que de rares souvenirs dans la génération actuelle; la génération suivante ne les retiendra pas. Les rochers, les montagnes, les abîmes,

l’ÉLOPONÈSK.

la mer, le ciel bleu, témoins de chacune des phases de ce poème accompli par des hommes dont quelques-uns existent encore , ont un jour retenti du bruit des grandes choses qui se passaient; ils en ont renfermé le secret dans leur sein. Les héros de Souli , de Navarin , de Missolonghi , terrassant , malgré leur petit nombre, les Turcs innombrables , ne sont en rien inférieurs aux demi-dieux mythologiques. Le récit de ces luttes serait une sanglante et sublime Iliade ; un Homère manque pour le raconter. Heureux le poète qui parcourrait la Grèce en rhapsode , recueillant les débris épars de cette histoire , de la bouche du vieillard qui y figura , du paysan qui les tient de son père , ou de l’aveugle qui chante encore au carrefour des villes ou sur le fossé des routes! Mon guide commença enfin le récit suivant :

« Le vieillard que vous avez vu se nomme Jean Stathas; il s’est rendu célèbre par ses exploits contre les Turcs, pendant nos guerres de l’indépendance. Sa renommée et ses hauts faits n’ont pas franchi les limites de la Morée , de laquelle il ne sortit guère. Il naquit à Castro, petit village situé sur une de ces montagnes élevées qu’on aperçoit dans la direction d’Argos. Une vingtaine de chaumières, renfermant les membres d’une seule famille, c’était tout le hameau. Jean Stathas n’avait autour de lui que des frères, des enfants, des cousins, qui tous le regardaient comme leur chef, parce que de bonne heure il avait pris sur eux un ascen-

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