CHAPITRE IV
seraient des pratiques traditionnelles qui chassent le maléfice; ainsi, quand on voit un enfant et qu’on lui dit des paroles flatteuses , il suffit , pour conjurer le sort, de prononcer les mots suivants : ixi\ c’est-à-dire: Les louanges que je te
donne sont sincères ; que tout sortilège se dissipe autour de toi.
— « Mais si par hasard , repris-je , on oublie de dire ces paroles, ou si, comme moi, l’on ignore qu’il faille les dire ?
— « Dans le cas où l’enfant vient à tomber malade , les parents cherchent partout celui à qui ils attribuent le mauvais œil , et le prient de venir bien vite et de cracher sur l’enfant avec l’intention de le guérir. C’est un remède auquel vous avez sûrement peu de confiance ; mais nous croyons à sa vertu; et, si cela ne vous contrarie pas trop, faites ce que je viens de vous dire, afin de nous tranquilliser tous.
— « Comment donc? lui répondis je; je suis prêt à employer tous les moyens et toutes les formules que vous voudrez pour ramener sur cet enfant les plus heureuses influences, et obtenir la réalisation des souhaits de prospérité que je fais pour lui. »
Le brave homme courut chercher la mère, qui revint toute tremblante encore avec son petit garçon. Celui-ci, instinctivement effrayé lui-même de la terreur de sa mère , ne voulait plus s’approcher de moi. Mais quand j’eus accompli l’opération
PÉLOPONÈSK.
conjuratrice , on le remit entre mes bras, comme preuve de confiance ; il se laissa faire , et je lui prodiguai les caresses les plus rassurantes.
— « Vous me pardonnerez, me dit sa mère, quand vous saurez combien j’ai été malheureuse pour n’avoir pas assez veillé à écarter le mauvais sort de mes enfants. J’en ai eu quatre ; deux d’entre eux ne sont plus. Le premier-né est ce jeune homme à qui vous parliez ce soir; le second était un fils aussi: je l’avais depuis trois mois; il croissait avec vigueur. Un soir, j’attendais le retour des miens, assise sur la porte de ma maison; il était déjà tard; un moine suivait la route d’un air triste et fatigué. Arrivé devant moi, il s’arrête , jette un long regard sur mon petit garçon qui s’amusait à mes pieds; j’allais lui parler pour lui offrir sous notre toit un gîte pour la nuit; mais il se remit en marche et passa sans rien dire. Quelques jours après, mon enfant fut saisi d’un mal inexplicable ; il dépérit lentement; tous les remèdes furent inutiles, je le perdis. Le troisième subit un sort semblable, sans que j’aie pu savoir à qui attribuer l’affreux maléfice qui me l’enlevait. Vous comprenez maintenant pourquoi je tremble quand je vois des visages inconnus.
— « J’espère, lui dis-je, que vous êtes lout-àfait rassurée sur mon compte.
— « Oh! oui, complètement. •>