‹ Voyage dans le royaume de GrèceChapitre 26 sur 154 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Le reste de la soirée se passa à parler de diverses choses, et à me munir de renseignements sur la route que j’allais suivre.

Au moment de nous séparer pour nous livrer à un sommeil dont j’avais un grand besoin, le maître d’école vint de nouveau vers moi et, me remettant un gros morceau de coton , il me fit signe d’en jeter un morceau sur l’enfant. « Encore une de nos idées, me dit-il, quand j’eus fait ce qu’il voulait. Cela signifie que vous formez le vœu qu’il vive assez longtemps pour que ses cheveux deviennent blancs comme ce coton. » La mère me remercia avec effusion , et ajouta : « Vous aussi , devenez vieux; que vos cheveux blanchissent à force d’âge, et, parmi les longs jours que je désire pour vous, qu’il n’en soit pas de mauvais. »

Mantinée.

Tripolitza est à une heure environ du bourg de Sténo. Avant d’y aller, je fis un long détour sur ma droite pour traverser la plaine de Mantinée , et visiter l’emplacement de ses ruines. Cette plaine est étroite, longue, d’un aspect sévère; de temps à autre cependant, l’aridité du sol est interrompue

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par un bosquet verdoyant sous lequel se cache une chaumière, et par quelques espaces cultivés qui font pressentir l’homme dans ce désert. De hautes montagnes, aux cimes bizarrement découpées, environnent la plaine de tous côtés; on dirait l’immense et long ovale d’un gigantesque amphithéâtre. Çà et là , quelques mamelons arrondis , adossés au pied des montagnes, sont recouverts d’une bruyère aux reflets chatoyants. Cette plaine aride , ces torrents sans eaux , ces monts au flanc nu, c’est l’Arcadie, cette riante et fertile région des pâtres et des troupeaux. Rien n’y rappelle aujourd’hui les gracieuses descriptions qu’en ontfaites les poètes anciens, ni les naïfs épisodes qu’ils ont chantés. Que sont devenus ses pâturages si verts, ses bosquets propices aux amours , ses sources fraîches et cachées? Les chansons des pasteurs et les accords de leurs champêtres instruments ne réjouissent plus les airs; les échos ne sont plus ébranlés que par les coups de fusil du Clephte qui chasse ou qui se bat, répercutés de rocher en rocher. Tout ce passé n’est plus qu’un souvenir poétique qui charme notre imagination.

Je retrouvai cependant un reste vivant des anciennes traditions de ce pays; le roussin d’Arcadie, si célèbre et si vanté, existe encore, sinon tel qu’il était autrefois , du moins avec des caractères particuliers qui le rendent encore digne de sa renommée. Je rencontrai plusieurs de ces animaux qui broutaient en liberté; ils sont de petite taille; leurs

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