‹ Voyage dans le royaume de GrèceChapitre 34 sur 154 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Vourliaest situé sur une haute colline, de laquelle on aperçoit sans obstacles la vallée de Sparte tout entière; splendide et fertile vallée où les végétations les plus diverses croissent l’une près de l’autre, et que l’Eurotas enlace de ses fauves anneaux. Le village de Vourlia est pittoresque et séduisant comme l’un de ces hameaux qui ornent les penchants des Alpes; ses maisons blanches, entourées de larges balcons , annoncent une certaine aisance parmi ses habitants. Des femmes grandes, gracieuses , enveloppées dans leurs larges vêtements, involontairement posées comme des statues antiques , fdent du chanvre sur le seuilde leurs maisons; des pallikares au profil d’aigle, au teint cuivré , au fessy fièrement jeté sur le côté, chantent en ramenant les troupeaux. Un air rafraîchi par les neiges du Taygète , et parfumé par les arômes qu’il recueille en passant sur la vallée , remplit et ranime la poitrine. Tout cela fait de Vourlia un délicieux séjour, dont le charme est d’autant plus vif que la scène est plus sombre vis-à-vis, au sein des précipices et des forêts du mont Taygète.

Après être descendu chez le démarque de l’endroit , et pendant que mon guide installait les bagages et les provisions , j’aperçus à quelques pas de là une petite église ornée d’une flèche aiguë et abritée par un frêne gigantesque qui la couvrait presque entièrement de son dôme verdoyant. Située sur un retranchement avancé de la chaîne de collines qui borde en ce sens la vallée, elle se penche

PÉLOPONÊSE.

au bord d’un ravin profond où croissent des arbrisseaux touffus. Son clocher et son grand arbre se voient de toutes parts, et semblent un incessant appel à la méditation et à la prière. J’ai toujours trouvé un charme particulier à ces petites églises grecques ; simples cl rustiques à l’extérieur, elles sont ordinairement placées dans le site le plus pittoresque et le plus gracieux du hameau qui l’entoure ; on devine en les voyant qu’une inspiration poétique s’est unie à la pensée religieuse pour présider à leur construction. Si l’on pénètre dans l’intérieur , on éprouve une émotion pleine de recueillement; leur enceinte obscure exhale un parfum de piété primitive; des lampes de cuivre pendent à la voûte et brûlent sans cesse ; un faisceau de cierges , à tout instant renouvelé par ceux qui viennent prier ou se reposer, se consume lentement à l’entrée près du bénitier; de grands saints aux vêtements de pourpre et d’indigo, la tête entourée d’une auréole d’or , dressent contre les murailles leurs formes incorrectes mais expressives; puis, sur la barrière sacrée qui sépare la nef du sanctuaire , et dont le voile ne s’écarte qu’à de certaines cérémonies , on voit d’un côté la grande et belle figure du Christ, et de l’autre, une mélancolique tète dePanagia (Sainte- Vierge). C’est à la Panagia que les Grecs adressent leurs prières avec le plus de confiance ; c’est elle qu’ils entourent de plus d’amour et de respect , et qu’ils invoquent le plus souvent dans leurs joies ou dans leurs douleurs. Le peuple de l’intérieur, qui

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