CHAPITRE VI
sommets, cônes menaçants, dernière image des camps doriens, semblables à cinq tentes qui laissent tomber le long des supports leurs plis mornes et rugueux, dans le sein desquels s’agitent les soldats et se préparent les batailles. Sur ces monts fendus par les tremblements de terre, l’imagination reconnaît, à chacune des crevasses qui lessillonnent, la cicatrice immense laissée au flanc de la mère par le héros quelle enfanta ; à chaque anfractuosité , le chemin profond creusé sous les pas des races bel liqueuses sorties de son sein. Sur les cimes solitaires et blanchies par la neige , on croit voir errer le génie de Sparte, sombre et désolé, cherchant des yeux ses robustes enfants , ses mères inexorables et ses invincibles phalanges. C’est ainsi que l’austère montagne et la voluptueuse vallée confondent en une saisissante harmonie l’histoire et la fable, Lycurgue et Homère.
La vie et le mouvement renaissent quand on approche de la nouvelle Sparte, après avoir dépassé un grand monument carré que l’on regarde avec plus ou moins de raison comme le tombeau de Léonidas , dont les dépouilles furent rapportées des Thermophyles longtemps après sa mort. L’emplacement qu’occupe aujourd’hui la ville faisait sans doute partie de la ville d’autrefois. Sparte porte le titre de seconde ville du royaume ; quoiqu’elle soit loin d’avoir acquis tout son développement, elle ne saurait avoir fait de plus rapides progrès depuis le peu d’années qu’elle existe. Patras, Corinthe et
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Nauplie lui sont supérieures comme population et comme richesse, et doivent cet avantage à leur situation géographique ; mais l'intelligence et l’activité des habitants de Sparte ne tarderont pas à mettre cette ville au niveau de ses rivales. Si des routes sûres et faciles la reliaient aux contrées intérieures, et qu’un grand chemin , aisé du reste à tracer, la joignit à la mer dont elle est voisine, on la verrait prendre un essor rapide et devenir bientôt un des grands centres industriels de la Grèce. Son principal commerce consiste en des filatures de soie qui , sous une bonne direction , donneraient les plus beaux résultats ; la température et le terrain du pays sont favorables au plus haut degré à la culture du mûrier , et la soie qu’on obtient est d’une qualité supérieure.
11 est curieux de voir cette ville , bâtie sur le sol nourricier des guerres, attendre tout son avenir du commerce et de l’industrie que la tranquillité seule peut rendre prospères. Mais on ne s’étonne plus si l’on réfléchit au passé, et l’on admire avec quelle persévérance le caractère d’un peuple se maintient le même à travers les âges. Deux principes, en effet, présidèrent à la formation de la nation grecque, le commerce et la guerre. Les Phéniciens, conduits par Inachus, premier roi d’Argos, étaient un peuple de navigateurs et de marchands ; ils parcouraient les mers , portant aux diverses parties du monde alors connu les productions de l’Egypte et de l’Assyrie, et ce fut, sans aucun doute, un intérêt com-