‹ Voyage dans le royaume de GrèceChapitre 46 sur 154 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

nous manquait. Le guide eut alors la malencontreuse mais necessaire idée de préparer notre départ. S’il avait attendu mes ordres, je ne sais point quand je les aurais donnés , car ce toit hospitalier avait pour moi un charme indéfinissable. Quelques instants après , nous partions au galop ; je voulais étourdir mes regrets par la rapidité de ma fuite. La nuit était close depuis longtemps , lorsque nous fûmes de retour au khan de Vourlia. De là, je pus revoir encore cette vallée de Sparte où j’avais trouvé tant d’impressions de toutes sortes.

L’antiquité, l’a vouerai-je ? s’effacait en ce moment de mon souvenir; des ombres plus douces que l’ombre austère de Lacédémone surgissaient à mes yeux du sein de la nuit. Je me plaisais surtout à considérer Misthra qui, sur le fond ténébreux du Taygète , m’apparaissait comme un blanc fantôme aux clartés pâles et vacillantes de la lune. Les femmes maures se montraient sur les balcons, attentives aux concerts, avides de la fraîcheur de la nuit et du parfum des jardins; les guerriers français veillaient à pas comptés au sommet de la citadelle et, plus bas, je revoyais aussi la jeune fille aidant son père à s’endormir. Le matin, quand je m’éveillai, toutes ces choses, chassées par le soleil, avaient disparu ou repris leurs formes accoutumées; et je sentais en moi cette impression vague, silencieuse et triste, que laissent après eux les rêves.

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