‹ Voyage dans le royaume de GrèceChapitre 48 sur 154 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

les habitants de quelque pauvre hameau veulent se construire une église , d’établir un tronc avec une croix à l’endroit même où elle doit être construite. Cet appel à la générosité du peuple n’est jamais vain, car toute pensée religieuse trouve un puissant écho dans le cœur des Grecs. Pas un passant ne manque de s’arrêter devant ces troncs modestes et solitaires pour y laisser tomber une aumône proportionnée à sa fortune; le plus riche nomarque descend pieusement de cheval, et dépose son offrande sans ostentation; le mendiant le plus misérable y jette sa dernière obole. Je rencontrai , en effet, dans la suite, une grande quantité de ces troncs, abandonnés sur la route jusqu’au jour où ils seront remplis et feront place à quelque charmante petite église. Je remarquai qu’ils étaient presque toujours placés dans un site dont la beauté élève la pensée de l’homme vers le ciel ; il semble que le peuple grec tient encore de ses ancêtres cet instinct artistique qui portait ceux-ci à ne choisir pour leurs temples que d’admirables situations; on dirait que ce peuple amoureux du beau a toujours senti le besoin de mêler ses prières aux sublimes concerts de la nature , et qu’il adresse au Créateur de plus parfaites adorations dans les lieux où celuici déploie le plus de magnificence.

l’ÉLOPONKSE.

Argos.

Argos se trouve à une petite demi-heure de Képhalovrisis. Quand on approche de ses murs, l'aine se recueille d’elle-même. Berceau des premiers peuples de la Grèce, suzeraine, par le droit du sang ou de la conquête, des plus puissantes cités du Péloponèse, cette ville est maintenant réduite au simple rôle de chef-lieu de canton ; Nauplie s’est emparée de son commerce et de ses richesses. Néanmoins, le vieux sceptre achéen ne s’est point brisé; la primitive royauté d’ Argos est encore debout dans la mémoire des hommes. On aperçoit toujours , du haut de son acropole, Mycènes et Tirynthe, ses sombres filles, aux légendes merveilleuses, aux tragiques aventures, et, plus loin, son port qui s’appelait Nauplie dès les temps les plus reculés , et d’où ses vaisseaux partirent pour cette fabuleuse conquête de la toison d’or à laquelle tous les peuples de la Grèce voulurent prendre part, confondant leurs forces et oubliant un instant leurs nationalités particulières pour s’appeler tous ensemble lesMarins d’ Argos (Argonautes), du nom de la cité mère. Les rois et les héros de son histoire ont traversé les âges

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