‹ Voyage dans le royaume de GrèceChapitre 49 sur 154 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

et reposent, dans leur mythologique célébrité, sous les pieds de la race qu’ils ont fondée et qui dure encore; creusez le sol et, sous les églises, les couvents, les mosquées, les maisons blanches entourées de jardins, vous apercevrez, sommeillant dans leur linceul , les mânes de Danaiis, de Persée, d’Atrée , de Thyeste et d’Agamemnon.

En entrant dans Argos , on rencontre à droite la tour d’une mosquée construite, dit-on, sur l’emplacement du temple de Vénus Nicéphore, dont voici l’intéressante origine : Danaiis ayant ordonné à ses filles d’égorger les cinquante fils d’Ægyptus auxquels elles avaient été données en mariage, une seule , Hypermnestre , refusa d’accomplir cet ordre cruel. Lyncée, son époux, se sauva dans la ville de Lyrcée et, arrivé dans ce lieu, éleva une torche en l’air, comme il en était convenu avec Hypermnestre, pour lui faire savoir qu’il ne courait plus aucun danger. Celle-ci, de son côté, en éleva une du haut de la citadelle de Larissa , afin de répondre à ce signal de délivrance. Danaiis, irrité de la désobéissance de sa fille, la livra au jugement d’un tribunal, parce qu’il n’osa point la punir lui-même dans la crainte de la vengeance de Lyncée, Hypermnestre fut acquittée par les Argiens et , pour remercier le Ciel , elle fit construire et dédia ce temple à Vénus Nicéphore.

Un peu plus loin, je tournai à gauche et, après avoir dépassé une grande tour en brique de construction romaine, je me trouvai dans l’enceinte du

PÉLOPONKSE.

théâtre. Le théâtre d’Argos est un des plus grands et des mieux conservés de la Grèce; ses gradins, taillés dans le roc, sont intacts comme au premier jour; chacun des spectateurs d’autrefois pourrait trouver encore, s’il y revenait, la place qui lui était réservée; des mousses éparses et de rares brèches, dues à l’action corrosive de l’air et des pluies d’orage , indiquent seules que les hommes ont depuis longtemps cessé de le fréquenter. Le théâtre fait face à la mer et est adossé contre la montagne; il a pour tenture, le ciel, ce ciel de la Grèce sans rival au monde ; pour premier plan , les montagnes du Péloponèse, d’un côté; de l’autre, celles de la Corintliie; dans le lointain, le rocher de Nauplie et le flot bleu du golfe Argolique. Quels magnifiques et grandioses décors! Combien cette foule impressionnable, qui s’assemblait là pour entendre débiter les vers de Sophocle , d’Eschyle et d’Euripide , devait être profondément émue par les pathétiques accents de cette poésie ! Et quelle sublime entente devait exister entre les acteurs qui parlaient sous la voûte sonore et harmonieuse de ce superbe ciel, et ceux qui les écoutaient ! Ces derniers, le spectacle étant fini, restaient immobiles à leur place pour assister à un autre spectacle peut-être plus saisissant encore que le premier; car c’était vers le déclin du jour, à cette heure où la nature s’éveille du lourd sommeil de la journée et frémit comme une assemblée d’hommes qui s’ébranle , où les forêts chantent au souffle du vent du soir, où la mer fait entendre son grave et

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