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solennel murmure , tout plein alors des poétiques échos de la tragédie qui finissait à peine ; à ce moment enfin, le soleil, majestueux et fier, tombait à l’horizon et disparaissait peu à peu dans la mer: ainsi, l’acteur qui achève de réciter son rôle se retire lentement devant le peuple qui l’applaudit.
Il y a quelques années , ce théâtre s’emplit toutà-coup d’un tumulte inaccoutumé; une foule nombreuse et bruyante se pressait sur ses degrés; ce n’était plus, comme autrefois, pour voir jouer une tragédie ou entendre chanter des vers ; un intérêt plus puissant et plus sacré l’y attirait. Ce jour-là, le peuple s’y rendait pour recevoir ses lois de la main des chefs héroïques auxquels il devait sa liberté. L'affranchissement de la Grèce ayant été prononcé, Capo d’Istria, le président, et, à ses côtés, des hommes tels que Nikitas, Miaolis, Grivas, Colocotroni, tinrent à Argos, au mois de juillet 1829, la première séance de l’Assemblée législative.
Les femmes et les coursiers d’ Argos jouissaient autrefois d’une grande réputation de beauté; la race de ces superbes chevaux , que vantaient les poètes, m’a paru complètement éteinte et l’on ne rencontre plus dans le pays que des animaux efflanqués et sans grâce. Quant aux femmes, je n’ai pu juger qu’imparfaitement si elles ont conservé quelques attributs du sang de leurs ancêtres , car elles portent presque toutes, à la façon des femmes turques , un voile blanc qui ne laisse à découvert que leurs yeux , et un long manteau qui ensevelit
PKLOPONÉSE.
leur taille sous ses larges plis. Ce costume ne manque cependant pas de prestige; à travers la gaze diaphane qui enveloppe leur visage , le regard cherche instinctivement la beauté et croit la découvrir telle que l’imagination la rêve. Argos s’est illustrée non-seulement par ses guerriers, mais encore par ses poètes et ses sculpteurs, et, l’une des premières parmi les villes de la Grèce , elle cultiva les arts. Télésilla fut une femme célèbre par son talent poétique, et plus encore par un acte de courage auquel la ville dut son salut. Les Lacédémoniens, ayant mis le siège devant Argos, étaient sur le point de s’en emparer, lorsque Télésilla rassemble les femmes, les anime par ses paroles, marche à leur tête contre l’ennemi et lui fait subir une déroute complète. Une fête annuelle fut instituée en mémoire de cet événement; pendant sa durée, les hommes s’habillaient en femmes et les femmes en hommes. Le sculpteur Polyclète, contemporain de Phidias, rivalisa de gloire avec lui ; ses conceptions étaient peut-être d’un ordre moins élevé , mais il poussa la perfection de la forme à un degré que Phidias lui-même ne surpassa jamais; les proportions du corps humain étaient si pures et si rigoureusement observées dans toutes ses œuvres, qu’on le surnomma le canon ou la règle. Il excellait à retracer la jeunesse et l’enfance, et son ciseau se refusa toujours à reproduire les traits austères ou décrépits de la vieillesse.