‹ Voyage dans le royaume de GrèceChapitre 51 sur 154 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

L’importance d’Argos me faisait espérer que j’y trouverais une hôtellerie où me reposer de la fatigue des jours précédents ; je me trompais. Après avoir longtemps parcouru le bazar avec mon guide pour acheter ici des légumes, là des fruits, plus loin de la viande, je fus conduit dans un misérable khan à l’extrémité de la ville. Une troupe de dindes nous y reçut d’abord en s’empressant de faire devant nous la roue, de la façon la plus majestueuse et la plus risible , et leurs cris discordants avertirent les maîtres de la maison que des étrangers se présentaient. Une vieille femme vint nous recevoir; tout en s’excusant sur sa pauvreté, elle nous installa dans une salle basse qui avait la terre pour plancher, et pour toit des poutres disjointes et calcinées. Bien que ce gîte fût de beaucoup préférable à quelquesuns de ceux où je m’étais trouvé , je le considérais cependant avec assez de découragement, lorsque mon regard distrait s’arrêta sur un jeune homme et une jeune femme, assis dans la cour près d’une haute cheminée construite sous un hangar : c’étaient le fils et la belle-fille de notre vieille hôtesse. Le premier, étendu dans un large fauteuil, avait l’air triste et languissant; il paraissait âgé de vingt-cinq à vingt-six ans, et ses mains, appuyées sur ses genoux, étaient déjà blanches, maigres et ridées comme celles d’un vieillard. Mon guide m’apprit qu’il était atteint depuis plusieurs années d’une maladie de la moelle épinière, et incapable de quitter son fauteuil. Sa femme était toute jeune,

l’KLOPONKSE.

grande, gracieuse, au visage d’une expression triste et touchante. Elle soignait son mari avec tout le dévouement que lui inspirait un amour dont elle avait à peine goûté les joies; il y avait, dans toute sa personne, le charme particulier à cette tristesse générale et involontaire qui , à la suite de longues souffrances , pénètre les traits et passe dans l’habitude de la physionomie.. Au fond de la salle qui m’avait été cédée, se trouvait une image de la Vierge, entourée de plusieurs autres images de saints, au-dessous desquelles étaient écrites des légendes et des prières. Ces images de piété , grossièrement fabriquées par les moines qui habitent les couvents du mont Alhos, se retrouvent pendues aux murailles de toutes les habitations des Grecs, et ont remplacé chez eux les dieux préposés autrefois aux foyers domestiques. La jeune femme entretenait sans cesse devant la Madone un cierge allumé qu’elle venait, à chaque instant, redresser ou renouveler; ce soin l’absorbait tellement, quelle ne paraissait même pas s’apercevoir de ma présence. Avant de se coucher, elle vint allumer une petite lampe en cuivre qui oscillait à côté du cierge; cette pâle et pieuse lumière me tint longtemps éveillé.

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