‹ Voyage dans le royaume de GrèceChapitre 52 sur 154 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

Larissa.

Le lendemain matin, je montai à l’acropole d’Argos , qui portait le nom de Larissa. C’est un rocher pointu, d’une grande élévation, qui domine tous les pays environnants; les dieux qui l’habitaient voyaient ainsi à leurs pieds la jfoule de leurs adorateurs, et ceux-ci n’avaient qu’à lever les yeux pour s’introduire en esprit auprès des autels. L’acropole se transforma plus tard en citadelle, et les hommes se fortifièrent sur ces hauteurs sacrées, quand les dieux en furent descendus. On ne rencontre plus dans la Larisse que quelques portions de murailles cyclopéennes qui ont servi de base au mur d’enceinte des Vénitiens; quatre belles citernes antiques se font aussi remarquer à travers les débris amoncelés des tours et des casernes du moyen-âge. Si l’on monte avec peine au sommet de la citadelle, on en redescend plus difficilement encore , car le moindre choc fait rouler sur le penchant rapide de la colline les fragments de roches et les ruines mouvantes sur lesquelles on marche.

Le siège qu’eut à subir la citadelle de Larissa , pendant les guerres de l’indépendance , est célèbre

PÉLOPONÈSK.

dans la nouvelle Grèce. Mohammed-Dramali , lieutenant de Kourchid-Paclia , venait d’être nommé vizir deMorée. Il jouissait d’une grande réputation militaire, et voulut la consacrer par la conquête du pachalik dont il était investi. Il partit des bords du fleuve Pénée , le I er juillet 1 822 , à la tête de 20,000 fantassins et de 10,000 cavaliers; il avait en outre 60 pièces de campagne, 1,500 chameaux et 2,000 bêtes de somme. Quinze jours lui suffirent pour descendre des hauteurs de la Thessalie sur les rives du golfe Argolique. A peine les habitants d’Argos virent-ils déboucher dans la plaine les éclaireurs de cette formidable armée, qu’ils se dispersèrent dans les montagnes après avoir mis le feu à leurs habitations. Deux cents hommes seulement, commandés par Ypsilanti, s’enfermèrent dans les châteaux de la citadelle , résolus à mourir. Mohammed vint camper entre Argos et Nauplie, après être entré dans cette dernière ville sans éprouver de résistance. Jamais, depuis les guerres de l’antiquité, cette mer n’avait vu tant de soldats rassemblés sur son rivage, où les deux races ennemies, la race grecque et la race orientale , se retrouvaient comme autrefois en présence. Les 30,000 hommes de Dramali remplissaient la plaine du bruit de leurs voix et de l’éclat de leurs armes ; des étendards flottaient de tous côtés; des chevaux à la selle ornée d’or et de velours couraient dans tous les sens, et les chameaux agenouillés, gémissant sous leur fardeau , faisaient retentir l’air de

C1IAPITKK VII.

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