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leur cri plaintif et sauvage; le soir, le tambour des Turcs résonnait, et les sérénades avaient lieu , comme un jour de fête, à l’entrée des tentes pavoisées des chefs. On se serait volontiers demandé quelle étrange fantaisie arrêtait ainsi cette riche et nombreuse armée devant des masures en cendres, au pied d’un rocher aride. De leur côté, les deux cents Grecs d’Ypsilanti, presque sans munitions et sans vivres , contemplaient ces troupes indolentes et méprisables; ils semblaient compter le nombre de victimes qu’ils auraient à faire avant que la fatigue ne les livrât à leur tour aux coups de leurs ennemis; tandis que les Turcs perdaient un temps précieux à se reposer, les Grecs invoquaient le Dieu des armées et parcouraient sans cesse du regard les montagnes où leur œil perçant et exercé voyait des groupes d’hommes, trompant sans peine la vigilance endormie des infidèles , se rassembler et se former mystérieusement en troupes derrière les rochers , en attendant le moment favorable pour venir à leur secours. Ypsilanti, le chef de ces deux cents héros, était d’une constitution frêle et délicate et semblait incapable de surmonter les fatigues d’une seule journée de combat; mais la force de son âme soutenait la faiblesse de son corps, et le rendait aussi fort que ses plus robustes compagnons. Les Turcs firent plusieurs tentatives pleines d’hésitation, et furent aisément repoussés malgré leur nombre ; ils envoyèrent alors à Ypsilanti des parlementaires, qui n’obtinrent que d’alarmantes
PÉI.OPONÉSE.
réponses. Mohammed se décida enfin à donner une attaque mieux combinée, car déjà des corps de troupes grecs sortaient derrière lui des montagnes et le harcelaient d’une façon inquiétante. Grâce à la position avantageuse des assiégés et à leur prodigieuse valeur, les Turcs furent de nouveau refoulés dans leur camp après avoir fait de nombreuses pertes. Alors Dramali, intimidé et désespérant de s’emparer de ce formidable rocher , leva le siège et résolut d’aller à Corinthe pour y attendre l’arrivée de Kourchid. Mais un désastre complet lui était réservé dans les défilés qui séparent la Corinthie de l’Argolide. Dix-huit cents Grecs, conduits par Nikitas , épiaient son passage sur les hauteurs voisines; à son approche, ils se couchèrent à plat ventre parmi les broussailles ou se cachèrent derrière les troncs d’arbres et les rochers, et le laissèrent s’engager dans l’étroit espace de ces défilés. Se dressant ensuite tout-à-coup comme une apparition surnaturelle, ils se jetèrent sur les Turcs en poussant de grands cris et en faisant rouler du haut de la montagne d’énormes blocs de granit. Les Turcs, surpris et ne sachant au premier moment à quels merveilleux ennemis ils avaient affaire, furent saisis d’une terreur panique; la tête de l’armée eut le temps de gagner l’Acro-Corinthe où Dramali parvint avec ses riches vêtements en lambeaux et le corps criblé de blessures. Il mourut quelques semaines après. L’arrière-garde rebroussa chemin et, traversant ventre-à-terre la plaine d’Argos, se