CHAPITRE VIII
cascades, jusqu’à ce qu’il trouve enfin plus bas une couche moelleuse sur un gazon parsemé de fleurs et abrité par de verts arbustes.
Après deux heures de marche , nous nous trouvâmes sur les hauteurs qui environnent le vallon de Némée. Némée est une large et imposante solitude où l’on n’entre que par des sentiers dérobés. Quelques cimes neigeuses apparaissent au loin pardessus les premières montagnes , et les flancs de celles-ci sont couverts d’une couche de bruyères basses et sombres. Lorsque le vent y passe , il y produit le bruit et le mouvement des vagues. Il y avait autrefois là des forêts immenses, solitaires, hantées seulement par de sombres divinités et de féroces animaux; des cyprès remplissaient le creux du vallon et mêlaient leur voix plaintive à la voix plus mâle et plus grande des autres forêts. Quelques-unes des premières prêtresses de Bacchus, chassées d’Argos, vinrent confier aux échos discrets de ces lieux les mystères de leur culte encore inaccepté , et se livrer à leur étrange délire au sein de l’impénétrable asile de ces bois. Au premier plan du paysage, se trouve le mont Appesas, taillé en forme d’autel et sur lequel Persée offrit pour la première fois un gigantesque sacrifice à Jupiter Appesantius. A quelque distance de là , je pénétrai dans la caverne du lion de Némée, redoutable souverain de ces roches et de ces forêts. Au pied du mont Appesas, se trouvait le temple de Jupiter Néméen ; trois de ses colonnes existent encore, sveltes, élan-
PKLOPONÈSE.
cées, revêtues par le soleil d’une couche d’or, et coiff'ées d’un lierre sombre qui s’entrelace aux ornements brisés de leurs chapiteaux. De nombreux fragments de marbre gisent à leur pied. Ces trois colonnes produisent un effet sublime au milieu de ce désert brûlant et de ces montagnes aujourd’hui monotones et dénudées. Je les revis une autre fois, la nuit : ainsi rapprochées les unes des autres , éclairées par la lune, se dressant comme de blancs fantômes dans l’ombre environnante, elles formaient un groupe saisissant de grâce et de mélancolie; elles semblaient se mouvoir aux lueurs indécises d’une claire nuit, et l’on eût dit trois nymphes, surprises et troublées de ne plus retrouver comme autrefois le chemin qui les conduisait dans les grandes forêts et les vallées ombreuses chantées par Pindare. Sur le chemin qui conduit hors de la vallée, on voit encore la source où la nourrice d’Opheltes conduisit les sept chefs de Thèbes pressés par la soif. C’est aujourd’hui une petite fontaine turque , à laquelle nous nous désaltérâmes, nous et nos chevaux.
Au sortir de Némée , se présentent des vallées bizarrement coordonnées entre elles , des plateaux accidentés couverts de blocs de granit qui semblent transportés par la main des hommes. Souvent le chemin , au lieu de tourner autour des rochers qui le barrent, passe au travers et vous force à suivre la voie dangereuse tracée par les torrents. Au détour d’un de ces rochers, nous nous trouvâmes face à face avec une sixaine d’hommes armés et de mau-