‹ Voyage dans le royaume de GrèceChapitre 61 sur 154 · CHAPITRE VUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VUI

pas reconnues en les revoyant ainsi transformées par l’éloignement et groupées ensemble d’une façoninattendue. Elles étaient sombres et noires et les vallées se dessinaient sur leurs flancs par une ombre plus épaisse, comme des plis sur un manteau; elles formaient une scène gigantesque et animée, et paraissaient baignées d’une atmosphère de vie. Cinq ou six d’entre elles étaient réunies ensemble et , avec leurs sonmiets bizarres penchés les uns vers les autres, elles semblaient des colosses tenant un conciliabule aérien; çà et là, une cime s’élevait au-dessus de toutes les cimes voisines, sérieuse , calme, solitaire, et semblant considérer avec dédain les tourments et l’agitation du monde qu’elle dominait. Plus loin enfin, trois ou quatre, échelonnées sur une ligne en pente rapide , se précipitaient en avant comme si elles se fussent disputées à la course. Tout près de moi , des rochers aigus s’élevaient assez haut pour me dérober la vue de Corinthe et de sa citadelle. Derrière eux, l’IIélicon et le Parnasse planaient à l’horizon. Le mont Parnasse perdait dans un ciel doré son front blanc et majestueux comme le front d’un vieillard, et sa large base se noyait dans les vapeurs azurées de la mer. Mes regards ne pouvaient s’en détacher; j’éprouvais une émotion profonde à contempler de loin cet antique séjour des Muses. Je l’étudiais avec avidité, m’attachant à tous ses détails que la clarté de l’atmosphère me laissait apercevoir et cherchant à saisir l’expression de ces sublimes formes, car je ne m’attendais

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pas encore à parcourir ses sentiers, comme je le fis plus tard.

Corinthe.

En approchant de Corinthe, j’étais comme un voyageur poudreux qui regarde avec honte ses vêtements délabrés et n’ose pénétrer ainsi dans une ville somptueuse , s’imaginant que tous les habitants vont le regarder passer avec le sourire du mépris et du sarcasme. Je jetai donc un regard inquiet sur mes piteuses montures et sur moi-même, au moment d’entrer dans cette ville dont le séjour était si envié chez les anciens qu’ils en disaient : « Il n'est pas donné à tout le monde d’aller à Corinthe. » Mycènes , que je laissais à peu de distance derrière moi, troublait encore mon esprit comme un mauvais rêve et je m'efforçais de l'oublier. Quelle différence entre ces deux villes ! à Mycènes , de noires montagnes, de funèbres cavités, une religion pleine de sombres mystères, de crimes inouïs et d’affreuses expiations ; à Corinthe , au contraire, un ciel riant, un rivage harmonieusement découpé par la mer, un culte qui s’épanouit au grand jour et ne s’adresse qu’aux plus séduisantes divinités. Point de

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