CHAPITRE VIII
verne servit longtemps d’abri à saint Paul, et c’est là qu’il rédigeait ses épîtres aux Corinthiens. Il y menait une vie austère et pure, ayant au-dessus de lui les idoles dont le règne allait finir et, à ses pieds, le peuple qui les adorait encore et s’efforçait de jouir de ses dernières voluptés. La présence du Saint a purifié ces lieux de leurs souillures, et les dieux, en entendant sa voix, ont abandonné leurs temples ébranlés.
Ln peu avant d’entrer à Corinthe, on passe par le Cranium, où se trouvait une enceinte dédiée à Bellérophon. Bellérophon donna un exemple de vertu , chose rare dans les annales de Corinthe, l’rætus , roi de cette ville , avait pour épouse Antée, femme pleine de séduction , mais immodérée dans ses désirs et d’une fidélité conjugale contestée par l’histoire. Antée était éperdument éprise de Bellérophon, bien que ce dernier ne lui eût jamais donné la moindre marque d’admiration ni d’amour. Cette indifférence même exaltait la passion d’ Antée. Ne comprenant point comment cet homme pou- \ ait demeurer rebelle au pouvoir de sa beauté , tandis que tous les autres recherchaient un de ses regards comme une faveur insigne, elle attendait impatiemment le jour où il s’avouerait vaincu, lui aussi, et viendrait prendre sa chaîne. Ce jour n’arriva pas. Alors, chose inouïe! cette orgueilleuse reine prit le parti de découvrir elle-même sa passion à Bellérophon. Celui-ci reçut cet aveu avec indignation, et ne conçut que du mépris pour celle
PÉLOPONÈSE
qui le lui faisait. Antée , transportée de rage , le dénonça à Prætus comme ayant voulu la séduire.
Prælus la crut ou feignit de la croire, trop heureux lui-même de se venger sur cet homme qu’on lui abandonnait, de tout ce qu’il avait souffert des autres sans oser se plaindre. Hésitant cependant à se défaire de Bellérophon à Corinthe même, il l’envoya chez lobâtes, père d’Antée, roi de Lycie, et le munit d’une lettre où ses intentions à son sujet étaient clairement expliquées. lobâtes commença par recevoir Bellérophon avec magnificence et le festoya pendant huit jours, sans s'informer de ce qu’il venait faire chez lui. Après avoir ainsi largement rempli les devoirs de l’hospitalité , il ouvrit enfin la lettre que Bellérophon lui avait remise de la part de Prætus. lobâtes , ayant de la sorte appris le funeste projet de ce dernier, fut fort affligé, car il aimait déjà Bellérophon. Cependant, ne voulant point désobliger son gendre en épargnant sa victime, ni souiller son palais du sang d’un étranger qui avait joui des bienfaits de son hospitalité, il chercha un moyen honnête de s’en défaire sans que sa conscience eût rieri à lui reprocher et , pour cela, il l’envoya combattre la Chimère. Bellérophon, à sa grande surprise, revint triomphant. Il l’envoya alors contre les Solymes, et ensuite contre les Amazones. Bellérophon revint encore vainqueur ; la destinée semblait ne pas vouloir toucher à ses jours. lobâtes , fort embarrassé , le renvoya à Corinthe comblé de présents, mais après avoir pris