CHAPITRE VIII
soin d’aposter sur sa route, au dehors des frontières de son royaume , une troupe de brigands les plus féroces de toute la Lycie. Bellérophon les battit et n’en laissa pas survivre un seul. Enfin, charmé de sa valeur, lobâtes le rappela à sa cour, lui avoua les ordres cruels qu’il avait reçus de Prætus , et lui donna sa fille en mariage.
Je m’empressai de parcourir Corinthe , et je retrouvai son amphithéâtre, à l’extrémité duquel on voit encore l’antre où les bétes destinées au combat étaient retenues. Au milieu de la ville, sept colonnes doriennes sont debout , surmontées de leurs architraves; elles faisaient partie du temple de Minerve Chalinitis. Je fus douloureusement surpris de voir que les seules ruines importantes existant à Corinthe n’appartinssent point à l’ordre corinthien, cet ordre élégant et pur, dont les formes harmonieuses et pensives rappellent la mélancolique origine. On sait, en eft’et, que Callimaque , architecte de Corinthe, l’inventa à la vue d’une touffe d’acanthe venue sur la tombe d’une jeune fille, tombe récemment fermée, sur laquelle une malheureuse mère venait chaque jour apporter en offrande quelques-uns des objets que sa fille avait aimés. Quand elle eut fini, elle couvrit le tout d’une tuile. Cette tuile gêna dans leur croissance des feuilles d’acanthe qui se trouvaient dessous et les força à se replier sur elles-mêmes. Callimaque , ayant remarqué leurs formes harmonieusement contournées, imagina le chapiteau corinthien. Je ne retrouvai
PKLOPONÈSB.
pas non plus , dans la population qui s’agitait au sein de la ville, cette langueur, cette mollesse et cet air de volupté qui devaient la caractériser autrefois. Comme à Sparte et à Argos, je rencontrai des physionomies sobres, mâles et guerrières. A voir ainsi dans une constante attitude de combat le peuple grec, ce peuple de Clephtes insoumis et d’invincibles marins, poussé peu à peu à travers tant d’écueils vers une destinée nouvelle, on dirait un nautonnier attentif, flairant l’avenir , écoutant le vent qui va souffler et le porter vers des rivages qu’il a prévus et où il doit trouver le repos et la gloire.
L'Isthme , Callamachi.
Une heure suffit pour traverser l’isthme et passer du golfe de Corinthe à celui de Salamine. Ce terrain semble avoir été préparé par la nature pour les jeux fameux qui s’y célébraient ; il est plat et uni ; des arbrisseaux rabougris apparaissent çà et là comme ces touffes d’herbes qui croissent sur une vieille place abandonnée. Des pins isolés s’élèvent de loin en loin; cet arbre abondait autrefois dans la plaine, et son feuillage servait à couronner le vainqueur à la course.
Jusqu’à une certaine distance de Corinthe, la terre renferme une multitude innombrable de tombes, dont une graudc quantité a déjà été décou-